Une commission parlementaire mise au pas?

Citoyenneté économique

Le travail douteux de la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur la vente de « la citoyenneté économique » ne cesse de confirmer nos craintes d’une mise au pas par l’exécutif.

L’interview du député Tocha, menée en direct sur facebook vendredi 17 novembre 2017, par l’excellent Ortega Abdou (journaliste, ancien employé de l’Assemblée de l’Union), a confirmé ce que nous disons depuis des semaines sur cette commission parlementaire.

  1. Le Président de la Commission a bien affirmé que l’exécutif allait donner tous les moyens à la commission pour mener l’enquête (ce qui est une entorse grave à l’autonomie financière de l’Assemblée et partant à la séparation des pouvoirs).
  2. Tous les auditionnés n’ont pas été interrogés de la même façon. La commission parlementaire s’est déplacée à Mwali pour écouter plusieurs acteurs, comme elle s’est déplacée à Beit-Salam (le député n’a pas été très clair sur le financement du voyage vers Mwali). Ceux qui avaient comme argument que l’ancien président Ahmed Sambi, seul, voulait des conditions particulières avaient tort.
  3. Par respect de la séparation des pouvoirs, mais aussi de l’immunité du président, cette commission n’aurait jamais dû auditionner le président en exercice, Azali Assoumani. Le député Tocha nous révèle même un fait étonnant : il ne savait pas que le Président devait être auditionné. Il est arrivé à l’Assemblée et a trouvé ses collègues en train de partir vers Beit-Salam et a suivi. Il n’avait pas été prévenu en tant que membre de cette commission. Il ajoute que s’il y avait eu une réflexion au sein de la commission, préalable à cette audition du président Azali, il aurait refusé que la commission entende le Président. C’est grave parce que cela veut dire que l’audition du Président a été décidé au dernier moment, qu’elle n’était pas prévue, qu’il y avait une volonté de faire en sorte qu’au moins un député membre de la commission ne soit pas présent. Les propos du député Tocha laisse comprendre que la décision d’entendre le président est venue soudainement et de l’exécutif même.
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Le député Tocha DJOHAR

Au regard de ces informations, le rapport et les conclusions de cette commission parlementaires risquent d’apparaître comme partiels.

Nous continuons à nous demander pourquoi au lieu de donner les moyens à une commission parlementaire, le gouvernement actuel ne les donne pas à la Justice pour que des juges soient nommés pour instruire la plainte que le parti du président de la République (CRC) a déposé au Palais de Justice contre l’ancien Président Sambi, ou pour instruire une affaire abandonnée impliquant l’ancien chef de la Sûreté Nationale, Abdou Achirafi, actuel député et cadre du parti présidentiel au sujet de ventes de passeport en dehors de tout cadre légal.

Mahmoud Ibrahime

Dans les coulisses d’un limogeage

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Msa Ali Djamal, en pleine campagne pour Azali Assoumani, candidat CRC.

Juillet 2016, le décret présidentiel est tombé. Après des longs moments de tractations, Msa Ali Djamal a été nommé directeur général de l’Office de Radio et Télévision des Comores (ORTC). Octobre 2017, la décision est tombée. Msa Ali Djamal a été démis de ses fonctions. Du parcours de Msa Ali Djamal à sa nomination à la tête de la première chaîne audiovisuelle comorienne en passant par son limogeage, nous vous dressons ici le portrait de cet homme qui a tout donné pour un parti, pour un pouvoir, pour un homme dont l’élégance fait défaut.

Msa Ali Djamal, un homme de culture

Formé à l’Université Paris X-Nanterre, Msa Ali Djamal y a étudié la sociologie. Il en sort diplômé et surtout fasciné par un homme: Pierre Bourdieu. Il passera l’essentiel de sa vie en France à étudier l’œuvre de ce grand sociologue; des œuvres inspirées de la sociologie des hiérarchies sociales de Bourdieu vont même voir le jour. Les étudiants comoriens de France et leurs parents, ouvrage paru aux éditions Kalamu des îles en 2007, s’inscrit dans cet ordre d’idées. Il animera par ailleurs différentes conférences autour de la sociologie de Bourdieu.

Homme de culture, Msa Ali Djamal a également dirigé les éditions de La Lune avant de laisser le flambeau à son acolyte, Abdoulatuf Bacar. Ensemble, ils ont initié « les cafés littéraires des auteurs comoriens», un projet audio-visualisé qui mettait en lumière l’intellectuel comorien et les recherches publiées sur les Comores. Msa Ali Djamal n’est donc pas un inconnu du monde culturel comorien en France. De France, Msa Ali Djamal a eu le soutien de certains de ses compatriotes de la diaspora et sa nomination à la tête de l’ORTC doit certes beaucoup à son investissement pour la campagne du président Azali mais aussi, à certains frères et sœurs comoriens de France qui ont vu en sa nomination, la présence d’un de leurs parmi les hauts dirigeants de l’État.

Connu et ovni

Si Msa Ali Djamal, comme nous l’avons indiqué, est très connu par les Comoriens de France, il était complètement méconnu aux Comores jusqu’à sa nomination; une situation qui a contribué à son éviction. En effet, Msa Ali Djamal n’est rentré aux Comores que pour occuper son poste de directeur de l’ORTC. Sa nomination est intervenue alors qu’il se trouvait encore en France à un moment où les rumeurs qui circulaient, attribuaient, dans un premier temps, le poste à Ahmed Ali Amir, actuel directeur général du quotidien national Alwatwan.

 A son arrivée aux Comores, Msa Ali Djamal était donc un parfait inconnu. Les vétérans et poids lourds de la chaîne, mécontents de voir la promotion d’un véritable quidam à leurs propre dépens, ont accueilli la nouvelle avec appréhension et grincement de dents. Là, est né le creusé.

Les raisons d’une éviction peu glamour

Msa Ali Djamal s’est donc retrouvé en terrain hostile du jour au lendemain. Ambitieux, il se croit à l’époque capable d’affronter ces « baobabs» et mettre un peu d’ordre au milieu d’un véritable capharnaüm. Il faut dire que de l’ordre, il en manque cruellement à l’ORTC. Il décide alors d’appeler son bras droit, Abdoulatuf Bacar qui fut aussitôt promu rédacteur en chef de la télévision nationale. Ensemble, ils rêvent de redresser la maison et entreprennent quelques changements qui vont passer inaperçus. Ils aménagent les plateaux et commencent un travail inachevé de numérisation de la chaîne. Ils ont également accordé quelques primes à quelques employés jugés «méritants».

Mais, les méthodes jugées trop rigoureuses de l’inconnu qu’est Djamal et l’arrivée d’Abdoulatuf et de Lihoma, quelques temps plus tard, peinent à passer aux yeux des ténors de la chaîne. Msa Ali Djamal est catalogué de vouloir se comporter en Français aux Comores, il ignorerait les réalités du pays et ne serait donc pas à la hauteur des responsabilités qui lui ont été confiées. De plus, en faisant appel à ses hommes de confiance, Msa Ali Djamal est accusé, même si les accusations furent secrètes, de sectarisme. Il voudrait réduire la direction de l’ORTC à ses camarades venus de France. Des camarades «arrogants» et peu rodés au fonctionnement particulier de cette chaîne comorienne. De l’arrogance, c’est exactement les reproches qu’on faisait le plus souvent à Djamal.

Une espèce de lobbying s’est mise en place et Msa Ali Djamal était devenu l’homme à abattre. La pression était tellement forte qu’elle est parvenue à maintes reprises aux oreilles du président Azali. Lassé par ces pressions continues, le président a fini par céder et déclarer la fin du règne Djamal. Et pour maquiller le limogeage de son ancien grand défenseur, Azali évoque la diffusion d’un documentaire qui aurait froissé la République populaire de Chine amie, mais en réalité, il ne s’agit là que d’un prétexte tout trouvé. C’est l’arbre qui cache la forêt.

Dans cette histoire, le président de l’Union aura manqué d’élégance. Le limogeage de Djamal a été rendu public bien avant que le principal intéressé en soit avisé. Des journalistes d’Alwatwan et d’ailleurs ont été les premiers informés. A l’annonce de sa chute, Djamal se trouvait dans un « Hitma» en la mémoire d’un ancien collègue de l’ORTC disparu en mer entre Shindini et Mohéli. Il ne sera averti de son limogeage qu’à l’issu de cette cérémonie religieuse, c’est à dire après tout le monde tel un acteur qui a mal joué son rôle.

A qui profite le crime? Coïncidence ou ironie du sort, le successeur par intérim de Djamal n’est autre que Ben Abdou, un ancien, un très ancien de la maison. Cet intérim, défendu par le sulfureux ministre de l’intérieur, autant dire qu’il risque d’être prolonger sinon de s’éterniser. Djamal à la tête de l’ORTC, c’est l’histoire d’un homme trop convaincu, qui a trop donné pour un pouvoir qu’il n’ a eu qu’en apparence.

O. M

DJAZA, les chiffres et la malette

Traumatisé par les sévices de Maître Djaza, l’homme qui validait les hallucinants résultats de la CEII à 104% et qui explosait les comptes de la CENI qu’il dirigeait et qu’il dirige encore, Mopao Fanas présente ici un poème fin et puissant portant donc sur l’homme à l’origine de toutes ses pathologies.

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Résultats à 104% proclamés par la CEII de Ngazidja et validé par maître Djaza, éternel président de la CENI

Maître Djaza sur ses certitudes perché,

Tenait entre ses mains une mallette,

Le peuple comorien par sa naïveté développée,

Lui tint à peu près ce langage:

Et bonjour, maître Djaza,

Que vous êtes vorace!

Qu’est donc cette chose que vous tenez?

Vous semblez si honnêtes,

Et si vous nous dirigiez!

Sans mentir si votre ramage,

Se rapporte à ces éléctions,

Si pour elles vous faites rouages,

Comptez sur nous, on vous fera promotion.

Et pour montrer ses capacités à nuire,

Djaza tendit ses bras et ouvrit sa mallette,

Des millions et des millions de francs y dormaient,

De l’argent sale, dérobé et volatilisé.

Parce que Djaza n’est pas qu’un simple renard,

Parce qu’il est loin d’être un misérable corbeau,

Djaza voulut de nouveau,

S’illustrer. Honte et honneur, il ignore.

Président un jour, président toujours,

CEII puis CENI, tous même combat,

Amasser, ruiner encore et encore,

Djaza valide tout et se bat,

Pour qu’on aille encore plus loin.

A 104 % plus loin,

Là où résident les grands mathématiciens,

Ceux qui nous enseignent l’addition,

10 et 4 font 104,

parole de docteur, de magicien,

L’homme renard. Pour la nation,

Djaza est un macaque.

Mopao Fanas, l’homme qui est à jamais traumatisé par les sévices du Dr Djaza.

Éditorial. Discours du président Azali à l’ONU : dans la continuité

Depuis hier, les fidèles du président de l’Union se livrent à de belles démonstrations de ce qu’est la propagande politique. Ils essayent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. On doit croire que le président Azali a fait un discours historique à l’ONU, un discours jamais prononcé par un dirigeant comorien.

En réalité, le discours du président comorien s’inscrit dans les discours traditionnels des présidents qui l’ont précédé depuis une vingtaine d’années ! C’est un discours duquel ne découle aucune philosophie et aucune vision du monde, le président s’enfermant dans la politique intérieure pour faire une sorte de bilan de ce qu’il a fait et de ce qu’il voudrait faire, en appelant à l’aide la communauté internationale. Seul bémol à cette affirmation, le Président Azali, plus que ses prédécesseurs semble s’intéresser un peu plus aux questions environnementales dans le monde.

Mais, il réaffirme que Mayotte est comorienne, mais lui aussi a fait effacer la « question de l’île comorienne de Mayotte » de l’ordre du jour définitif de cette AG de l’ONU. Il justifie ce geste, qui est répété chaque année depuis 1995, comme les autres présidents : il y a des discussions en cours avec la France. Les fameuses discussions bilatérales qui n’avancent pas depuis 20 ans. Le président Sambi justifiait cette politique par le GTHN, Azali, comme Ikililou avant lui, justifie par le HCP.

Comme pour ses prédécesseurs, le discours du président Azali est marqué par des contradictions qui sont encore plus flagrantes cette année. Il fait appel aux « droits de l’homme et la dignité humaine », il dénonce avec une colère feinte « les droits de l’homme bafoués au quotidien » au niveau international, et réclame des sanctions contre leurs auteurs. Pourtant, pendant un an les droits individuels, et notamment le droit à une justice équitable ont été bafoués aux Comores. Des décisions de justice, ont été piétinés, des organes de presse ont été fermées, le matériel confisqués par l’armée en dehors de tout cadre légal.

Il définit l’Islam comme étant « l’Amour du prochain, ainsi que la tolérance » et à l’intérieur du pays, des religieux sont mis en prison parce qu’ils ont des pratiques différentes de celles de l’Islam proclamé dans la constitution ou parce qu’ils ont fêté un jour à l’avance l’aïd en suivant la tradition en cours dans le pays; sans parler des mosquées qui sont détruites.

À la tribune de l’ONU, il condamne les exactions contre les minorités dans certains pays comme la Birmanie, à l’intérieur de son pays, il promet une guerre sans concession aux Shi’ites. « J’ose espérer, dit-il à ses collègues, que notre organisation saura défendre les droits les plus élémentaires des opprimés, indépendamment des considérations d’origine, de race, de sexe et de croyance ». Quand on est Comorien, on a irrésistiblement envie de lui répondre : « J’espère, monsieur le Président que vous en ferez autant dans votre propre pays ».

Les partisans du régime évoquent le fait que le président parle à l’ONU de son ambition de faire parvenir le pays à l’émergence d’ici 2030, comme si c’était une grande nouveauté. Ils oublient juste qu’avant lui, le président Taki avait demandé l’aide de la communauté international pour parvenir au « Rehemani » et que le président Sambi avait présenté ses projets pharaoniques également.

C’est un exercice classique également pour les partisans du régime que de présenter les discours à l’ONU de leur champion comme étant exceptionnels, voire historiques. Il est probable que l’année prochaine, le discours du président sera plus qu’exceptionnel. Les partisans du président Sambi avaient présenté tous ses discours à l’ONU comme historiques, ils ne sont pas forcément devenus historiques. Il y a des choses qui ne se décrètent pas.

MI

« Après deux semaines de fonctionnement, nous venons d’ouvrir le service de pédiatrie, le service de néonatologie et le service de réanimation ».

L’hôpital de l’amitié Comores-Chine de Bambao Mtsanga à Anjouan a été inauguré le mois de mai dernier. Le lancement des services a été fait le 11 août. Pour en savoir plus sur le fonctionnement de cette nouvelle institution sanitaire, Mlimengu est allé à la rencontre de son directeur, le Dr Anliane Ahmed. Interview.

 

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Dr Anilane AHMED, Directeur de l’hôpital de Bambao Mtsanga

 

 

Mlimengu : quels sont les services qui sont assurés au sein de cet hôpital ?

Dr Anliane AHMED : Depuis le lancement technique de l’hôpital de l’amitié Comores – Chine, nous avons procédé à une ouverture progressive des services. On s’était fixé une phase de début avec 7 services notamment : l’imagerie médicale (scan, radio numérique et échographie), le laboratoire, la pharmacie hospitalière, les urgences, l’ophtalmologie, la stomatologie, les consultations spécialisées (cardiologie, neurologie, chirurgie infertile et générale). Après deux semaines de fonctionnement, nous venons d’entamer la phase 2 du programme et nous venons d’ouvrir le service de pédiatrie et de néonatologie, le service de réanimation. Je tiens à souligner que chaque service est patronné par un spécialiste et assisté par un médecin généraliste au moins.

 

M.L : lors de votre prise de fonction, votre allocution a laissé comprendre que vous voulez luttez contre l’immigration sanitaire. L’hôpital possède-t-il les outils indispensables ainsi que les médecins qualifiés pour répondre aux besoins des patients pour ne pas partir à l’étranger ?

A.A : Certes, la plupart des gens qui s’aventurent vers l’île sœur de Mayotte le font pour des raisons de santé. Car ils n’ont pas beaucoup confiance à notre système de santé vu le manque d’outil de diagnostic sophistiqué et aussi de personnels qualifiés. Actuellement, nous venons d’avoir l’outil de diagnostic. Nous possédons des outils techniques de dernière génération. Évidement nous avons encore des insuffisances en ressources humaines qualifiées. Nous espérons que des partenaires peuvent nous appuyer, et en formation technique, et en maintenance des ces outils.

M.L : la ministre de la santé dans son discours, a souligné que « l’accueil des patients doit être pris au sérieux ». Nul n’ignore que dans l’hôpital national, l’accueil des patients a toujours posé problème et que les médecins ne sont pas assidus et ne respectent pas les horaires de travail. Quelle stratégie adopterez-vous pour que ce fléau n’atteigne pas cette nouvelle institution sanitaire ?

A.A : L’aspect environnemental est très acceptable. Le plateau technique est très sophistiqué. Il pourra déjà servir d’élément de base pour l’accueil. L’accueil humain reste à améliorer, d’où la mise en place des formations dans ce domaine technique et administratif.

 

M.L : le président de la République a confirmé que l’État va subventionner l’hôpital pour une période limitée. Car, selon lui, à un moment donné « l’hôpital doit se prendre en charge lui-même ». Comment comptez-vous vous y prendre pour bien faire fonctionner l’hôpital sans la subvention de l’État ?

A.A: Évidement comme tout établissement public, il doit toujours être accompagné au début et se prendre en charge au fur et à mesure. Les actes, les consultations, les interventions chirurgicales, les hospitalisations, le laboratoire ainsi que la pharmacie ne sont pas gratuits. Ils ne seront peut être pas trop chers comme dans les structures privées.

M.L : les personnels seront-ils payés par l’hôpital en question ou par l’État ?

A.A : Deux statuts sont possibles : fonctionnaires et contractuels de l’hôpital.

 

Propos recueillis par Natidja HAMIDOU

Hommage

Des morts et des questions

 

Samedi 20 août 2017, quelque part en région PACA. Il est dix ou onze heures, je ne sais ; devant mon ordinateur ce matin là, j’écris, je cris comme d’habitude. J’ai pour habitude de crier le mal qui frappe mon pays, un pays spolié, un pays oublié.

Soudain, mon téléphone vibre. J’ai raté l’appel. J’eus à peine le temps de vérifier l’identité de mon correspondant quand soudain, il se mit là aussi à vibrer. Mon cœur palpite, quelque chose de grave, en tout cas de pas ordinaire, se produit. Je rappelle, la boule au ventre, les personnes qui essayèrent de me joindre. Et là, c’est l’effroi. C’est bien ce que je craignais. C’est dramatique. Un kwasa-Kwasa, ces embarcations meurtrières, a coulé au large de Mayotte en provenance de l’île d’Anjouan. Deux cousins ont péri et avec eux, près de vingt personnes (tous des Comoriens) sont mortes noyées.

Mandza et les Comores en larmes

 

Mohamed Assoumani et Nassur Said Mhadji respectivement connus sous les noms de GOVEA et de DJ SILVA sont deux jeunes très appréciés à Mandza et nationalement connus. GOVEA est tout simplement l’ancien bassiste de l’ASMUJEM, cet orchestre musical qui a fait danser les Comores à travers notamment les voix de Farid SAID et de Boinaid MOHAMED dans les années 1990. DJ SILVA lui, n’est autre que le petit frère de Farid SAID. Les plus jeunes d’entre nous le connaissent pour ses chansons de zouk qui, aux dires de ceux qui l’écoutent, font enivrer plus d’un. Les Comores perdent d’immenses musiciens.

Mandza pleure des jeunes très dynamiques, investis dans le développement du village. Des travaux de rénovation du village aux différentes activités culturelles, GOVEA et SILVA ont toujours répondu à l’appel avec l’humour qui caractérise le premier et le calme qui distingue le deuxième. On s’est tous déjà éclaté devant une blague de GOVEA et on a tous, au moins une fois, déjà évoqué le caractère très réservé de SILVA qui a fait de lui, un homme sans histoire jusqu’à son départ prématuré. On se souviendra longtemps de ces deux hommes au destin tragique, on n’oubliera jamais ces deux musiciens disparus un soir enchanté de toirab, un jour de grand mariage ; un mariage pas comme les autres, celui de l’oncle de SILVA. Ils ont tellement donné à la musique comorienne et à la chanson de Mandza qu’ils ne pouvaient partir que la nuit d’un samedi animé, jour de toirab quelque part dans un Bagwe à Mandza. Mandza est en deuil, Mandza pleure.

 

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Les morts de trop?

 

« Le Kwasa-Kwasa pèche peu. Il amène du Comorien.»  Cette sortie malheureuse du président Macron, nous l’avons tous combattue. Mais derrière cette regrettable déclaration, se cache une triste réalité. Nombreux sont les Comoriens qui risquent leur vie en empruntant le périlleux chemin maritime qui mène à Mayotte depuis Anjouan. A partir de 1995, les drames humains qui se produisent dans ce bras de mer, ne cessent de se multiplier. On compte à ce jour, plus de 12000 morts parmi les Comoriens, des Comoriens qui, au total, n’atteignent pas encore le million d’habitants.

Face à cette véritable catastrophe, les Comores semblent impuissants. La communauté internationale également. A quand des assises nationales ou, rêvons plus grand, internationales sur ce véritable mouroir qu’est devenu l’Océan Indien ? Cette partie du globe se vide peu à peu et dangereusement de sa population ; cela se passe sous nos yeux et personne ne semble s’en soucier.

Réagissons. Mobilisons-nous. Rester de marbre sur une question aussi dramatique, c’est humainement inacceptable. Nous perdons constamment pères, mères, frères et sœurs. Il est même des cas larmoyants où des femmes enceintes, accompagnées d’enfants en bas âge, prennent les kwasa-kwasa. Voilà qui nous pousse à nous mettre dans la tête des candidats au départ pour comprendre ce qui s’y passe.

Dans la peau de ceux qui partent

 

Que se passe-t-il dans la tête d’une mère qui part d’Anjouan vers Mayotte à bord d’un kwasa-Kwasa? Que se passe-t-il dans la tête d’une femme enceinte qui engage sa vie et celle de ses futurs enfants ? Que se passe-t-il dans la tête d’un frère qui, après avoir perdu un proche, décide de reprendre le chemin de la mort ? Sans doute, la décision de prendre ces embarcations n’est elle pas anodine. C’est le fruit d’un profond désarroi.

Les personnes qui se rendent à Mayotte, sachant qu’elles flirtent avec la mort, le font parce qu’elles n’ont plus rien à perdre. Parce que notre pays est incapable d’offrir à tous un peu de décence, certains de nos proches sont prêts à mettre leur vie à rude épreuve. Ces morts révèlent un certain malaise. Le pays va mal et c’est bien cet amer constat qui cause ces pertes.

Parce que notre pays, très affaibli est loin d’atteindre le chemin de l’essor, assurons au moins le service minimum. Pourquoi ne pas barricader ou sécuriser sans relâche nos côtes pour éviter d’autres départs ? Nos autorités ont le devoir d’assurer la sécurité de nos compatriotes. A nous aussi de nous éviter ces malheurs en nous défendant de prendre ces routes. Les Comores souffrent, les Comores saignent. Mais qui, pour stopper cette véritable hémorragie ?

O M 

Bac 2017. Un taux de réussite de 32,60% à Ngazidja

La délibération du baccalauréat de cette année a eu lieu le 16 août dernier. Le ministère de l’éducation nationale a respecté le calendrier prévu. Les résultats du deuxième groupe sont tombés ce jeudi 24 août. Le taux de réussite à Ngazidja n’est pas satisfaisant. Seulement 835 candidats ont été admis au premier groupe, soit 11,24% avec 7430 inscrits dans la grande île, toutes séries confondues. Ils étaient 1587 élèves autorisés à aller au rattrapage, soit 21,36%. Un seul élève a été recalé. Mais selon un membre du jury, ce candidat ne s’est pas présenté pour le rattrapage. Le taux de réussite à Ngazidja est de ce fait 32,60% avec 2422 élèves qui ont obtenu leur baccalauréat pour la session de 2017.

  Si nous analysons ces résultats de Ngazidja au niveau des différentes séries, nous constatons que comme d’habitude la série C prend le dessus avec 76,68%, suivie par la série A2 dont le taux de pourcentage est de 61,29%. La série D occupe la troisième position 56,40%. La série A4, qui a la réputation d’être la série la plus facile, est classée cinquième avec 21,27%.

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Pourcentage des résultats de Ngazidja. source: Office des examens de Ngazidja

 

  Le taux de réussite de Mohéli dépasse celui de Ngazidja avec 52,88%. Le pourcentage pour ceux qui sont admis au premier groupe est de 16,88% selon un des membres du jury et 36% pour ceux qui sont admis au deuxième groupe. Pour l’île d’Anjouan, nous n’avons pas pu récupérer les résultats à l’heure où nous bouclions cet article. Rappelons que cette année, la proclamation des résultats a été différente des années précédentes. Les candidats avaient la possibilité de connaître les résultats via une application « Natidja » qui était gratuite. Il suffisait pour l’élève de mettre son numéro et Son nom pour obtenir le résultat. Pour le second groupe, il fallait envoyer le nom et le numéro par message téléphonique afin de savoir si l’élève a obtenu son bac.  C’est une amélioration par rapport aux années précédentes où il fallait écouter ou se déplacer jusqu’ au lycée de Moroni ou Fomboni pour connaitre les résultats.

             Natidja HAMIDOU