Dossar n’y serait pas pour rien…

dossar

Dossar, ancien directeur de cabinet du président Sambi

Alors que le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la loi relative à la citoyenneté économique, entre les mains du président Azali sans doute début le mois de janvier 2018, n’a toujours pas été officiellement publié, nombreux sont les Comoriens, intellectuels, journalistes et autres, qui ont réussi à se le procurer. De nombreuses personnalités ont été pointées du doigt dans ce rapport, à l’instar de l’ancien directeur de cabinet du président Sambi, Mohamed Bacar Dossar. Normal, me direz-vous, Dossar aurait servi d’ intermédiaire dans ce projet de vente de la citoyenneté comorienne entre Sambi et Baschar Kiwan au mépris des lois et normes en vigueur aux Comores.

Nous vous proposons ici, notamment pour ceux qui n’ont pas eu accès à ce rapport dont on ignore tout du jour de sa publication officielle, de revenir sur les responsabilités de Dossar dans cette affaire telles que précisées dans ce rapport. Il ne s’agit ni de cibler l’ancien ministre des affaires étrangères ni de l’isoler. Il s’agit uniquement de s’interroger sur les accusations qui pèsent sur Dossar telles qu’elles apparaissent dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire afin, peut-être, de déterminer son rôle exact dans cette affaire. Nous ne porterons donc aucune accusation sur aucune personnalité que ce soit; nous ne nous priverons pas, en revanche, de notre droit à commenter sinon à interpréter certains passages contenus dans ce rapport; il en va ainsi de tout travail intellectuel qui se veut rigoureux.

Nous essaierons, dans la mesure du possible, d’évoquer les responsabilités de toutes les personnalités de premier plan citées dans ce rapport. Jadis nous parlions du président Sambi, place aujourd’hui à son acolyte, Mohamed Bacar Dossar et nous nous attarderons ainsi sur les personnages clés de cette affaire tel que précisé dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la loi relative à la citoyenneté économique.

L’homme clé du fameux Mémorandum…?

Pour comprendre le rôle de Dossar dans cette affaire, nous devons remonter nos explications au 29 février 2008. Ce jour-là, le président Sambi signe un mandat numéro 08048/PR. Écrit exclusivement en Arabe, ce mandat a été donné à la société CGH dirigée par Bashar Kiwan. Pourquoi la nécessité d’écrire ce document en Arabe? Est-ce parce que B. Kiwan est arabophone ou alors on peut y voir une certaine manipulation, le président Sambi, ce qui n’est pas forcément le cas de la plupart des acteurs du projet de la vente de la citoyenneté économique, comprenant parfaitement l’Arabe? On ne saurait le dire…

Toujours est-il que ce mandat aurait été attribué à M. Kiwan pour « négocier et conclure au nom de l’État comorien des Accords sur l’octroi des passeports comoriens à toute personne qui contribue financièrement au développement économique conformément à la loi sur la citoyenneté économique.» De quelle loi s’agit-il? D’aucune loi, bien entendu sinon de la fameuse « loi fantôme» dont on parlait dans nos précédents écrits. Ce qu’il faut retenir est que par ce texte, Sambi mandate Bashar Kiwan, un non comorien, à défendre les intérêts de l’État comorien dans cette affaire juteuse.

Mohamed Bacar Dossar, Directeur de cabinet, chargé de la Défense du chef de l’État (Sambi), signe, en Avril 2008, un Mémorandum d’entente avec Nasser Salim Lakhribani-Al-Naimi, chef du cabinet du ministre de l’intérieur des Emirats Arabes Unis et président du conseil d’administration de la « Société Privée des Services de Sécurité», une société dont le siège social est à Abu Dhabi. Là aussi, le document était rédigé en Arabe (p12).

Ce Mémorandum signé par Dossar, premier collaborateur officiel et institutionnel du chef de l’État, présenterait des détails pour le moins ridicules. Comment Dossar peut-il oublier l’appellation officielle de l’État qui est « Union des Comores» et utiliser à sa place l’appellation curieuse de «République des Îles Unies » pour la version traduite anglaise du Mémorandum et de «République des Îles Comores» pour la traduction française? Il peut s’agir, dit-on dans le rapport parlementaire, d’une simple négligence (p12). Sauf que Dossar n’est pas un politique néophyte. Il est l’un des politiques les plus avisés de notre pays. Est-ce possible qu’il ait pu passer à coté d’une telle précision? Il y a sans doute là, quelque chose de beaucoup plus enfouie.

Aussi, outre ce Mémorandum, Dossar aurait-il signé, une reconnaissance de dette en faveur de B. Kiwan. Dit autrement, Dossar aurait reconnu, au nom de l’État, une dette farfelue portant sur des montants astronomiques, lesquels n’avaient jamais été versés dans les comptes de l’État (p74).

Ses responsabilités?

Pour avoir reconnu, au nom de l’État, une dette fictive auprès de B. Kiwan, Dossar est accusé, dans le rapport parlementaire, notre principale source, de complicité de détournement de fonds publics (p74).

Pour avoir signé un protocole d’entente contenant des informations mensongères, Dossar peut être poursuivi, et c’est ce que recommande le rapport parlementaire, pour haute trahison. En attendant que l’État saisisse les paradis fiscaux dans lesquels les 200 millions de dollars de manque à gagner pour l’État comorien dormiraient ( la Suisse pour Sambi et les Îles Caimans pour B. Kiwan?), il serait peut-être temps, pour les députés  de publier officiellement le rapport parlementaire pour que le président Azali ou tout autre Comorien qui le souhaite, puisse,  éventuellement saisir la justice…

O.M

Sambi ne serait pas tout blanc…

SAMBI A LA MASSE

Le président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi

Alors que le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la loi relative à la citoyenneté économique, entre les mains du président Azali sans doute, début le mois de janvier 2018, n’a toujours pas été officiellement publié, nombreux sont les Comoriens, intellectuels, journalistes et autres, qui ont réussi à s’en procurer. De nombreuses personnalités ont été pointé du doigt dans ce rapport, certaines, à l’instar de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi ont été complètement chargée voire accablée. Normal, me dire-vous, Sambi fut le principal artisan de ce projet de vente de la citoyenneté comorienne.

Nous vous proposons ici, notamment pour ceux qui n’ont pas eu accès à ce rapport dont on ignore tout du jour de sa publication officielle, de revenir sur les responsabilités de Sambi dans cette affaire telles que précisées dans ce rapport. Il ne s’agit ni de cibler l’ancien président ni de l’isoler. Il s’agit uniquement à ’interroger sur les accusations qui pèsent sur Sambi telles qu’elles résultent du rapport de la commission d’enquête parlementaire afin, peut-être, de déterminer son rôle exacte dans cette affaire. Nous ne porterons donc aucune accusation sur quelle personnalité que ce soit; nous ne nous priverons pas, en revanche, de notre droit à commenter sinon à interpréter certains passages contenus dans ce rapport; il en va ainsi de tout travail intellectuel qui se veut rigoureux.

Cette histoire qui semble défrayer la chronique ces derniers jours, est aussi passionnante que complexe. Du fait justement de sa complexité, et parce que les passions peuvent amener à des controverses, nous vous proposons, avant d’étudier le personnage clé de Sambi, quelques éléments de contexte afin de vous plonger dans cette atmosphère de stupeur et de souffles qui se coupent.

I. Aperçu général

Bien avant l’arrivée au pouvoir du président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, plusieurs émissaires étrangers (dans le rapport il est question de «démarcheurs») ont essayé d’approcher les président Said Mohamed Djohar, Mohamed Taki Abdoulkarim et Azali Assoumani pour conclure le projet de la citoyenneté économique. Le projet n’a jamais vu le jour et c’est finalement le président Sambi qui aurait décidé de se lancer dans ce projet.

C’est là une très bonne opportunité pour Sambi, qui souhaitait réaliser les projets sur lesquels il a été élu. Sambi peut donc compter sur Bashar Kiwan qui propose d’octroyer, et non sans contrepartie (nous évoquerons ci-dessous les enjeux pécuniaires de cette affaire), la nationalité comorienne à des résidents apatrides ( qui n’auraient même pas la nationalité de leur propre pays de naissance) du Koweit et des Emirats Arabes Unis: les bédouins (littéralement, les habitants du désert).

Ce projet devait rapporter 200 millions de dollars à l’État comorien et ses retombées économiques devaient concernées 300 familles comoriennes. Le 29 février 2018, Sambi a donné à la société de B. Kiwan, Comoro Golf Hulding (CGH) l’autorisation officielle de mener les négociations au nom du gouvernement comorien avec les Emirats Arabes Unis et le Koweit.

En avril 2008, Dossar signe, au nom de Sambi, un protocole d’accord ( sans doute sous la présence de Sambi) entre les Comores et une société des Émirats Arabes Unis. Cet accord est dit de «privatisation pour les services de sécurité. » Il est précisé dans ce protocole que la loi comorienne relative à la citoyenneté économique était promulguée. Et que donc l’opération peut se dérouler en toute légalité. La vérité est que cette loi n’était pas encore en vigueur à la signature de ce protocole. Sambi et Dossar ont donc agi en dehors de tout cadre légal. Pour se couvrir, Sambi promulgue une loi fantôme ( qui n’aurait jamais été adoptée en séance plénière ), la loi 08-014/AU du 27 novembre 2008 par le décret N°08-132/P du 16 décembre 2008. Le président Sambi aurait donc fait un « forcing» pour faire adopter puis promulguer une loi qui l’arrange personnellement dans des conditions peu orthodoxes et troubles.

II.«La mafia au sommet de l’État » ( Alwatwan du 16/03/18)

Pour désigner les responsabilités du chef de l’État dans cette affaire de vente de la citoyenneté comorienne, le journal Alwatwan, en ce jour de 16 mars 2018, parle de « mafia au sommet de l’État.» Il faut dire en effet que les faits dénoncés dans ce rapport et qui sont attribués au président Sambi sont d’une gravité inouïe. D’abord le président Sambi, et nous l’avons souligné, aurait contracté des contrats sur la base d’une loi inexistante. Un président devrait il faire cela?Ensuite, pris dans le tourbillon de cette situation intenable, il promulgue une loi fortement contestée car n’ayant pas été normalement adoptée par les députés, seuls législateurs de notre pays.

Sous Sambi, la gestion des fonds résultants de ce programme dit de la citoyenneté économique est restée complètement opaque. Seul le président Ikililou, qui aurait renégocié le contrat avec l’État du Koweit, avait commencé à verser la somme due à la banque centrale. A partir de 2015, il n’a plus rien versé, lui aussi, dans les comptes de l’État. Il est, de ce fait, suspecté lui aussi de détournement de deniers publics.

Pour avoir ordonné à Dossar de signer un protocole fictif en 2008, pour avoir promulgué une loi rejetée par les parlementaires, les députés de la commission d’enquête voit en Sambi, un traître de la nation: « il a été déloyal à l’égard de la nation comorienne et a commis des faits de haute trahison.» ( p74). Aussi, Sambi aurait-il accepté une enveloppe, sous forme de gratification ( une gratification est une somme d’argent donné à quelqu’un en plus de ce qui lui est dû) à hauteur de 105000000 de dollars. Cette somme équivaudrait à la moitié de la valeur totale du contrat avec Abou Dhabi (p74). C’est là, effectivement, un acte de «haute corruption.» Sambi serait donc corrompu.

Au moment de son audition par les parlementaires, audition qu’il avait voulu public essayant ainsi d’imposer sa volonté aux parlementaires enquêteurs, Sambi avait reconnu avoir placé les fonds de la citoyenneté économique dans un compte ouvert dans un paradis fiscal. Sauf qu’il n’a jamais réussi à prouver l’existence de ce compte, ce qui le rend, évidemment, suspect de détournement de fonds publics. La seule intention de vouloir placer l’argent de tout un pays dans un paradis fiscal est pour le moins, curieux. A cela bien entendu, plusieurs raisons. D’abord, la banque centrale des Comores est habilitée à recevoir des sommes aussi colossales. La première démarche pour un président transparent serait de mettre l’argent des comoriens dans les caisses de l’État comorien. Deuxièmement, un président digne de ce nom, plutôt que de recourir aux paradis fiscaux, devrait les combattre au bénéfice des économies des États . Un président qui cache l’argent de son peuple dans paradis fiscal nourrit lui-même ces procédés, des procédés occultes, illégaux et tueurs des économies nationales. Troisièmement, l’État comorien est loin d’être connu pour être fiscalement infernal. Il peut, en sa manière, constituer un paradis fiscal. Pourquoi donc ne pas avoir versé ces fonds dans les comptes du pays, ce paradis fiscal?

Conclusion

Pour finir nos propos, précisons que l’État comorien semble avoir perdu tout contrôle sur le dossier de la citoyenneté économique. Personne ne semble aujourd’hui, pouvoir lister les nombreuses personnes bénéficiant de cette citoyenneté. Et parmi ces «nouveaux comoriens», certains sont peu recommandables ( terroriste?) comme le répétait Moussawi, comme il est dit dans le rapport de la commission d’enquête. Il semble tout de même qu’au 18 octobre 2017, 47950 passeports ordinaires auraient été délivrés ainsi que 136 passeports diplomatiques. Sous Sambi, avec la promulgation de la fameuse loi contestée, 142 passeports ordinaires auraient été délivrés.

La vente de la citoyenneté comorienne serait devenue l’apanage de certains responsables peu scrupuleux. Des ministres de l’intérieur assureraient ce marché et vendraient nos passeports aux plus offrants. Le rapport parlementaire le dit clairement avec toute la solennité que cela revêt, Moussawi l’avait dit il y a quelques mois… Nous ne l’avons pas forcément écouté…

Pour réparer les pots cassés, le président de l’Union des Comores doit saisir nos juridictions. Les personnes impliquées dans cette affaire doivent répondre devant la justice. En ce qui nous concerne, Sambi devra répondre des accusations de haute trahison et de détournement de fonds publics qui pèsent sur sa personne. Autrement, ce rapport n’aura été qu’une chose vaine et on aura alors laisser le champs libre à ceux qui, décidément, se sont enrichis âprement sur le dos des pauvres contribuables comoriens..

O.M

KIKI DE LA REPUBLIQUE…

KIKI

Cher Kiki de la République…

Que te veulent toutes ces critiques,

Cher Kiki de la République?

Dis leur que tu es propre comme la neige,

Et que tu n’es auteur d’aucun manège…

Que te veulent toutes ces critiques,

Cher Kiki de la République?

Dis leur que Moussawi affabule,

Et que tu es tout sauf ridicule…

Que te veulent toutes ces critiques,

Cher Kiki de la République?

Dis leur que tu es complètement étranger,

A ces histoires de cargaisons détournées…

Bon sang! Que te veulent ces critiques,

Cher Kiki de la République?

Dis leur que de ces affaires de détournement,

Et de blanchiment, tu n’en sais rien, on ment…

Mon Dieu! Que te veulent ces critiques,

Cher Kiki de la République?

Dis leur que tu n’es qu’un simple ministre,

Propre et honnête, agissant avec amour…

Dis Kiki, que te veulent ces critiques,

Toi qui, avec droiture, sert la République?

Dis leur Kiki que Agwa n’est qu’un séditieux,

Et qu’entre vous deux, point de contentieux…

Kiki de la République, je t’adore à vrai dire,

Tu nous fais tourner en bourrique, je t’admire,

Alors que personne n’ose l’ouvrir,

Tous derrière toi, on est prêt à mourir…

                            O.M

Vers l’instauration d’un régime dictatorial aux Comores?

Aux Comores, un pays ami de la France avec lequel celle-ci est liée par près de 140 ans d’histoire, un régime dictatorial s’installe dangereusement dans l’indifférence générale. Dans les années 1990, la démocratie arrivait aux Comores et, si elle avait été plus ou moins respectée à ses débuts, il est difficile d’en dire autant aujourd’hui.

En 2016, le président Azali Assoumani arrivait au pouvoir pour la deuxième fois. Cet événement avait suscité énormément d’espoirs tant celui-ci multipliait les belles déclarations. Mais rapidement, le ton était donné. Les toutes premières mesures du président ont été d’augmenter les salaires de tous ses ministres et de licencier plus de mille jeunes qui travaillaient dans l’administration du pays. Après cette mesure très contestée et voyant sa popularité faible dès le début, dégringoler vertigineusement, le président Azali et son ministre de l’intérieur, Mohamed Daoudou plus connu sous le nom de Kiki, ont instauré un régime pour le moins, terrifiant. La terreur s’est généralisée et les Comoriens, en particulier les journalistes, commencent à en pâtir.

Une presse muselée

Rien n’est plus dangereux actuellement aux Comores que d’élever sa voix contre le régime en place. Les journalistes comoriens sont régulièrement la cible de toutes sortes d’exaction de la part des forces de l’ordre. Abdallah Abdou Hassani, alias Abdallah Agwa, est devenu le symbole d’une presse muselée. Véritable journaliste d’investigation, sans doute l’un des rares aux Comores, Agwa paye son franc-parler et son sens de l’indiscrétion. Alors que l’actuel ministre de l’intérieur était receveur à la société comorienne des douanes, Agwa avait révélé une histoire de détournement de fonds publics dans lequel Kiki était directement cité. Celui-là même qui, aujourd’hui, comme par vengeance personnelle, lance la police comorienne à la recherche d’Abdallah Agwa. Maintes fois condamné, Agwa est aujourd’hui en cavale, il s’exprime quelques fois dans les réseaux sociaux. Récemment, il a expliqué que s’il ne se rend plus à la police, comme il le faisait par le passé, c’est parce que cette même police a confisqué tout son matériel, a saccagé sa radio, la Baraka FM, en dehors de tout cadre légal. Il est vrai que jusqu’à ce jour, la radio d’Abdallah Agwa ne peut plus émettre, malgré une décision judiciaire qui a ordonné la restitution du matériel de la chaîne et qui a entièrement innocenté le journaliste.

En cachette, Agwa s’exprime quelques fois dans d’autres radios. Mais à chaque fois qu’il s’exprime dans une radio, les forces de l’ordre partent sur ses traces et intimident du même coup, les responsables de la radio en question. C’est ce qui est arrivé aux responsables de la radio Kaz de M’kazi, obligés de fermer leur antenne à Agwa. Mais cette radio, l’une des rares à résister à la pression de l’État, continue de laisser Agwa s’y exprimer et voilà qu’en ce jour de 27 janvier 2018, une convocation signée de la brigade de recherche, a été émise contre deux journalistes de Radio Kaz: Idriss Youssouf et Mchangama Oubeid Athoumane. Mchangama Oubeid Athoumane n’est autre que ce fameux journaliste qui a été physiquement agressé par le ministre de l’intérieur en pleine réunion internationale à l’Assemblée nationale. Dans ses excuses à la nation et à Oubeid, Kiki a semblé justifier son acte par le fait que celui-ci ne possédait pas de carte de presse. Comme si le seul fait de ne pas en posséder pouvait légitimer ce genre d’actes dans un pays où peu de journalistes, même ceux des plus reconnus, disposent de ce précieux sésame.

Il y a quelques jours, d’autres journalistes de Hayba FM, ont été tabassés la nuit alors qu’ils s’apprêtaient à rendre visite à des membres de leurs familles. Les policiers qui les ont torturés ont expliqué leur geste par le fait que ces journalistes n’étaient pas en possession de leur carte nationale d’identité. Des images circulent dans les réseaux sociaux, on y voit toute sorte de marques et de traces de violence sur leurs dos. Le directeur de la radio Hayba FM, un ancien député de la République, a pris la parole pour dénoncer cet acte. Et si, cette agression qui a touché de près cet homme politique dans ce pays où l’opposition est traquée, n’était pas si anodine?

Une opposition traquée

Aujourd’hui, les réunions et meetings politiques de l’opposition sont régulièrement interdits. La liste de ces interdictions est tellement longue que nous préférons évoquer uniquement le dernier exemple en date. Il y a trois jours, Razida, une des grandes figures de l’opposition, devait rassembler ses troupes. Ils ont à peine eu le temps de s’assembler quand soudain, les forces de l’ordre débarquèrent. La réunion a été donc ainsi chamboulée et des arrestations ont eu lieu. Météo, un DJ très connu aux Comores, résidant à Mandza au nord de la Grande Comore, a été arrêté. Nous ignorons, pour l’instant, les motifs officiels de son arrestation. Le seul témoignage qu’on ait sur cette affaire est celui de DJ Météo lui-même. Son erreur, selon lui, a été de « sonoriser» un meeting tenu par un des leaders les plus connus de l’opposition.

La société civile sur le qui-vive

Si la société civile est pour l’instant peu touchée par ces persécutions nombreuses, force est de constater qu’elle n’en est pas, pour autant, épargnée. Aujourd’hui, Moussawi Saif El Moussawi ne peut plus retourner aux Comores. Il a été le premier comorien à révéler l’implication du ministre de l’intérieur dans une affaire sordide de corruption mêlant vente illégal de passeports comoriens à des terroristes et falsification de documents.

A l’heure où j’écris ces quelques lignes, je m’attends moi aussi à être intimidé comme l’ont été tous ceux qui ont osé parler. La société comorienne semble retranchée. Plus personne ne s’exprime sans avoir, au préalable, peser ses mots. C’est dire si le ministère de l’intérieur est à la traque de toute voix discordante d’où qu’elle vienne.

Mais pour ma part, je ne peux en rester impassible. Un régime dictatorial se forme. La France, principal partenaire étranger des Comores et pays hôte de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, doit demander l’arrêt de ces violations des droits élémentaires. La communauté internationale, garante des libertés et des droits des peuples, doit exiger l’arrêt immédiat de la persécution des journalistes comoriens.

O.M

Une commission parlementaire mise au pas?

Citoyenneté économique

Le travail douteux de la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur la vente de « la citoyenneté économique » ne cesse de confirmer nos craintes d’une mise au pas par l’exécutif.

L’interview du député Tocha, menée en direct sur facebook vendredi 17 novembre 2017, par l’excellent Ortega Abdou (journaliste, ancien employé de l’Assemblée de l’Union), a confirmé ce que nous disons depuis des semaines sur cette commission parlementaire.

  1. Le Président de la Commission a bien affirmé que l’exécutif allait donner tous les moyens à la commission pour mener l’enquête (ce qui est une entorse grave à l’autonomie financière de l’Assemblée et partant à la séparation des pouvoirs).
  2. Tous les auditionnés n’ont pas été interrogés de la même façon. La commission parlementaire s’est déplacée à Mwali pour écouter plusieurs acteurs, comme elle s’est déplacée à Beit-Salam (le député n’a pas été très clair sur le financement du voyage vers Mwali). Ceux qui avaient comme argument que l’ancien président Ahmed Sambi, seul, voulait des conditions particulières avaient tort.
  3. Par respect de la séparation des pouvoirs, mais aussi de l’immunité du président, cette commission n’aurait jamais dû auditionner le président en exercice, Azali Assoumani. Le député Tocha nous révèle même un fait étonnant : il ne savait pas que le Président devait être auditionné. Il est arrivé à l’Assemblée et a trouvé ses collègues en train de partir vers Beit-Salam et a suivi. Il n’avait pas été prévenu en tant que membre de cette commission. Il ajoute que s’il y avait eu une réflexion au sein de la commission, préalable à cette audition du président Azali, il aurait refusé que la commission entende le Président. C’est grave parce que cela veut dire que l’audition du Président a été décidé au dernier moment, qu’elle n’était pas prévue, qu’il y avait une volonté de faire en sorte qu’au moins un député membre de la commission ne soit pas présent. Les propos du député Tocha laisse comprendre que la décision d’entendre le président est venue soudainement et de l’exécutif même.
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Le député Tocha DJOHAR

Au regard de ces informations, le rapport et les conclusions de cette commission parlementaires risquent d’apparaître comme partiels.

Nous continuons à nous demander pourquoi au lieu de donner les moyens à une commission parlementaire, le gouvernement actuel ne les donne pas à la Justice pour que des juges soient nommés pour instruire la plainte que le parti du président de la République (CRC) a déposé au Palais de Justice contre l’ancien Président Sambi, ou pour instruire une affaire abandonnée impliquant l’ancien chef de la Sûreté Nationale, Abdou Achirafi, actuel député et cadre du parti présidentiel au sujet de ventes de passeport en dehors de tout cadre légal.

Mahmoud Ibrahime

Dans les coulisses d’un limogeage

msa ali djamal

Msa Ali Djamal, en pleine campagne pour Azali Assoumani, candidat CRC.

Juillet 2016, le décret présidentiel est tombé. Après des longs moments de tractations, Msa Ali Djamal a été nommé directeur général de l’Office de Radio et Télévision des Comores (ORTC). Octobre 2017, la décision est tombée. Msa Ali Djamal a été démis de ses fonctions. Du parcours de Msa Ali Djamal à sa nomination à la tête de la première chaîne audiovisuelle comorienne en passant par son limogeage, nous vous dressons ici le portrait de cet homme qui a tout donné pour un parti, pour un pouvoir, pour un homme dont l’élégance fait défaut.

Msa Ali Djamal, un homme de culture

Formé à l’Université Paris X-Nanterre, Msa Ali Djamal y a étudié la sociologie. Il en sort diplômé et surtout fasciné par un homme: Pierre Bourdieu. Il passera l’essentiel de sa vie en France à étudier l’œuvre de ce grand sociologue; des œuvres inspirées de la sociologie des hiérarchies sociales de Bourdieu vont même voir le jour. Les étudiants comoriens de France et leurs parents, ouvrage paru aux éditions Kalamu des îles en 2007, s’inscrit dans cet ordre d’idées. Il animera par ailleurs différentes conférences autour de la sociologie de Bourdieu.

Homme de culture, Msa Ali Djamal a également dirigé les éditions de La Lune avant de laisser le flambeau à son acolyte, Abdoulatuf Bacar. Ensemble, ils ont initié « les cafés littéraires des auteurs comoriens», un projet audio-visualisé qui mettait en lumière l’intellectuel comorien et les recherches publiées sur les Comores. Msa Ali Djamal n’est donc pas un inconnu du monde culturel comorien en France. De France, Msa Ali Djamal a eu le soutien de certains de ses compatriotes de la diaspora et sa nomination à la tête de l’ORTC doit certes beaucoup à son investissement pour la campagne du président Azali mais aussi, à certains frères et sœurs comoriens de France qui ont vu en sa nomination, la présence d’un de leurs parmi les hauts dirigeants de l’État.

Connu et ovni

Si Msa Ali Djamal, comme nous l’avons indiqué, est très connu par les Comoriens de France, il était complètement méconnu aux Comores jusqu’à sa nomination; une situation qui a contribué à son éviction. En effet, Msa Ali Djamal n’est rentré aux Comores que pour occuper son poste de directeur de l’ORTC. Sa nomination est intervenue alors qu’il se trouvait encore en France à un moment où les rumeurs qui circulaient, attribuaient, dans un premier temps, le poste à Ahmed Ali Amir, actuel directeur général du quotidien national Alwatwan.

 A son arrivée aux Comores, Msa Ali Djamal était donc un parfait inconnu. Les vétérans et poids lourds de la chaîne, mécontents de voir la promotion d’un véritable quidam à leurs propre dépens, ont accueilli la nouvelle avec appréhension et grincement de dents. Là, est né le creusé.

Les raisons d’une éviction peu glamour

Msa Ali Djamal s’est donc retrouvé en terrain hostile du jour au lendemain. Ambitieux, il se croit à l’époque capable d’affronter ces « baobabs» et mettre un peu d’ordre au milieu d’un véritable capharnaüm. Il faut dire que de l’ordre, il en manque cruellement à l’ORTC. Il décide alors d’appeler son bras droit, Abdoulatuf Bacar qui fut aussitôt promu rédacteur en chef de la télévision nationale. Ensemble, ils rêvent de redresser la maison et entreprennent quelques changements qui vont passer inaperçus. Ils aménagent les plateaux et commencent un travail inachevé de numérisation de la chaîne. Ils ont également accordé quelques primes à quelques employés jugés «méritants».

Mais, les méthodes jugées trop rigoureuses de l’inconnu qu’est Djamal et l’arrivée d’Abdoulatuf et de Lihoma, quelques temps plus tard, peinent à passer aux yeux des ténors de la chaîne. Msa Ali Djamal est catalogué de vouloir se comporter en Français aux Comores, il ignorerait les réalités du pays et ne serait donc pas à la hauteur des responsabilités qui lui ont été confiées. De plus, en faisant appel à ses hommes de confiance, Msa Ali Djamal est accusé, même si les accusations furent secrètes, de sectarisme. Il voudrait réduire la direction de l’ORTC à ses camarades venus de France. Des camarades «arrogants» et peu rodés au fonctionnement particulier de cette chaîne comorienne. De l’arrogance, c’est exactement les reproches qu’on faisait le plus souvent à Djamal.

Une espèce de lobbying s’est mise en place et Msa Ali Djamal était devenu l’homme à abattre. La pression était tellement forte qu’elle est parvenue à maintes reprises aux oreilles du président Azali. Lassé par ces pressions continues, le président a fini par céder et déclarer la fin du règne Djamal. Et pour maquiller le limogeage de son ancien grand défenseur, Azali évoque la diffusion d’un documentaire qui aurait froissé la République populaire de Chine amie, mais en réalité, il ne s’agit là que d’un prétexte tout trouvé. C’est l’arbre qui cache la forêt.

Dans cette histoire, le président de l’Union aura manqué d’élégance. Le limogeage de Djamal a été rendu public bien avant que le principal intéressé en soit avisé. Des journalistes d’Alwatwan et d’ailleurs ont été les premiers informés. A l’annonce de sa chute, Djamal se trouvait dans un « Hitma» en la mémoire d’un ancien collègue de l’ORTC disparu en mer entre Shindini et Mohéli. Il ne sera averti de son limogeage qu’à l’issu de cette cérémonie religieuse, c’est à dire après tout le monde tel un acteur qui a mal joué son rôle.

A qui profite le crime? Coïncidence ou ironie du sort, le successeur par intérim de Djamal n’est autre que Ben Abdou, un ancien, un très ancien de la maison. Cet intérim, défendu par le sulfureux ministre de l’intérieur, autant dire qu’il risque d’être prolonger sinon de s’éterniser. Djamal à la tête de l’ORTC, c’est l’histoire d’un homme trop convaincu, qui a trop donné pour un pouvoir qu’il n’ a eu qu’en apparence.

O. M

DJAZA, les chiffres et la malette

Traumatisé par les sévices de Maître Djaza, l’homme qui validait les hallucinants résultats de la CEII à 104% et qui explosait les comptes de la CENI qu’il dirigeait et qu’il dirige encore, Mopao Fanas présente ici un poème fin et puissant portant donc sur l’homme à l’origine de toutes ses pathologies.

104%

Résultats à 104% proclamés par la CEII de Ngazidja et validé par maître Djaza, éternel président de la CENI

Maître Djaza sur ses certitudes perché,

Tenait entre ses mains une mallette,

Le peuple comorien par sa naïveté développée,

Lui tint à peu près ce langage:

Et bonjour, maître Djaza,

Que vous êtes vorace!

Qu’est donc cette chose que vous tenez?

Vous semblez si honnêtes,

Et si vous nous dirigiez!

Sans mentir si votre ramage,

Se rapporte à ces éléctions,

Si pour elles vous faites rouages,

Comptez sur nous, on vous fera promotion.

Et pour montrer ses capacités à nuire,

Djaza tendit ses bras et ouvrit sa mallette,

Des millions et des millions de francs y dormaient,

De l’argent sale, dérobé et volatilisé.

Parce que Djaza n’est pas qu’un simple renard,

Parce qu’il est loin d’être un misérable corbeau,

Djaza voulut de nouveau,

S’illustrer. Honte et honneur, il ignore.

Président un jour, président toujours,

CEII puis CENI, tous même combat,

Amasser, ruiner encore et encore,

Djaza valide tout et se bat,

Pour qu’on aille encore plus loin.

A 104 % plus loin,

Là où résident les grands mathématiciens,

Ceux qui nous enseignent l’addition,

10 et 4 font 104,

parole de docteur, de magicien,

L’homme renard. Pour la nation,

Djaza est un macaque.

Mopao Fanas, l’homme qui est à jamais traumatisé par les sévices du Dr Djaza.