Mois: février 2014

Remaniement de l’Executif d’Anjouan

Le Gouverneur Anissi Chamsidine a procédé à un remaniement de son gouvernement jeudi 27 février 2014.

Anissi Chamsidine

Anissi Chamsidine, gouverneur d’Anjouan

En effet, trois nouveaux commissaires sont entrés dans son exécutif, en remplacement de trois autres.le premier est un homme originaire de Domoni, appartenant à la diaspora comorienne du Mans (France), Loukman Saïd El Hadi, qui était conseiller municipal (UMP) dans cette ville et sans emploi connu jusqu’à son retour au pays en 2013. Il est chargé des collectivités locales, de l’urbanisme et de l’habitat, des transports, de la diaspora et des élections. Il faut sans doute mettre cela en parallèle avec la coopération engagée entre la Mairie du Mans (Parti Socialiste) et l’Ile Autonome d’Anjouan.

Daoud Houmadi est, quant à lui, chargé de la promotion de la production, de l’économie et du développement durable, de l’eau, de l’énergie et de l’environnement. Il a du travail puisqu’avant même l’annonce de ce nouvel Executif une manifestation a abouti au saccage du bureau d’Electricité d’Anjouan (EDA), après 19 heures de coupure de courant dans certains quartiers de Mutsamudu.

La nouvelle femme qui entre dans l’exécutif d’Anissi, Ell-Wardat bint Issouf est originaire de Mremani dans le Nyumakele. Après des études de sciences à Madagascar, elle enseignait les sciences naturelles. Elle est chargée de la formation professionnelle et de la promotion de l’employabilité. Le Gouvernorat fait remarquer qu’avec cette entrée dans l’exécutif, Anissi introduit la parité dans le gouvernorat.

Trois autres commissaires sont maintenus à leurs postes. Il s’agit de trois piliers de ce gouvernement qui ont fait leurs preuves : Dhoihir Dhoulkamal chargé des finances, de l’aménagement du territoire et du tourisme, entre autres, de Zaitoune Mounir, chargée de l’Education; et d’Assiati Abdallah, chargée de la santé, entre autres.

Le Gouverneur Anissi Chamsidine a profité de ce remaniement pour changer son très énergétique directeur de Cabinet, Mahamoud Mohamed El Arif. Il est remplacé par l’ancien Ministre des Relations Extérieures de l’ex-président Sambi, Ahmed Jaffar, qui depuis la fin du régime Sambi n’avait pas encore été placé quelque part. Il avait aidé son mentor à monter le parti Juwa et l’avait accompagné lors de sa tournée en France. C’est sans doute à cause de ce changement que certains observateurs pensent que Sambi et le parti Juwa, dont le Gouverneur est membre, verrouillent le gouvernorat en vue des prochaines élections.

Il est également à remarquer que le fils de Mohamed Abdou Madi, Husni, d’abord annoncé comme « démissionné », occupe à présent le poste de secrétaire Général Adjoint au gouvernorat.

Mahmoud Ibrahime

Interview d’Ibrahim Dufriche Soilihi, candidat des Verts à Montreuil

Ibrahim Dufreche

Ibrahim Dufreche et Irchad Abdallah (©Irchad Abdallah)

Mes 4 Questions à Ibrahim DUFRICHE-SOILIHI, 51 ans, né aux Comores. 
Tête de liste EELV-Les Verts aux élections municipales de Montreuil (93).

Homme des plus sollicités, campagne électorale oblige, Ibrahim Dufriche représente la diversité dans ce qu’il y a de joliment abouti. D’origine comorienne et adopté par une famille française, il choisit comme il le dit lui-même de faire, des études d’agronomie pour se rendre utile au monde paysan dont il se sent proche. Consultant, il décide d’entrer en politique après plusieurs années d’engagement citoyen.

C’est parce que son histoire propre entre en résonance avec une France Blacks-Blancs-Beurs, autant donc dire qu’elle résonne et raisonne, que j’ai cherché à comprendre le sens de son engagement et rien de mieux pour cela que de l’entendre de vive voix. Homme à la chaleur maîtrisée, comme si une certaine pudeur l’obligeait à constamment chercher le ton approprié et la juste distance, il se révèle dans la multitude un leader capable de trancher les questions posées et à diriger avec brio les débats et les orientations stratégiques.

Je tiens à préciser que j’ai assisté à une réunion de son comité de campagne avant de nous entretenir

Irchad Abdallah: M. Ibrahim Dufriche bonsoir.
M. Ibrahim Dufriche-Soilihi: Bonsoir.

1_Moi: La presse nationale vous a dépeint comme un parfait inconnu sur la scène politique française, voire même locale [ndlr Montreuil], alors que soutenu par la maire sortante et ancienne ministre Mme Dominique Voynet, vous êtes le candidat investi par le parti EELV (les Verts), de la majorité gouvernementale, pour être tête de liste dans une des plus grandes villes du département de Seine St-Denis (93) et de la région parisienne. Comment expliquez-vous le choix de votre personne pour diriger la liste EELV-les Verts?

_M. Ibrahim Dufriche-Soilihi: Tout d’abord, je tiens à vous remercier de me donner l’occasion de développer un peu la démarche qui m’a fait sortir de mon anonymat en tant que montreuillois, qui est né aux Comores, adopté par une famille française et qui est arrivé en France à l’âge de 9 ans, qui a étudié ici, grandi ici, qui vit dans cette ville.

Qu’est ci qui a fait qu’aujourd’hui je me lance en politique ?

C’est très simple, je suis un citoyen concerné par la vie politique locale depuis 2006, date à laquelle j’ai adhéré au PS. En 2008, lors des dernières élections notre parti nous a consulté pour savoir qui allions nous choisir entre D. Voynet et J.P Brard, un vote a été organisé, et une large majorité s’était prononcée pour Mme Voynet. Il se trouve que les instances nationales et fédérales ont voulu nous ordonner de soutenir J.P Brard, 60 d’entres nous, avons désobéi. Nous sommes donc partis faire une alliance avec Voynet et j’ai été de ceux-là.
Nous avons par la suite constitué un groupe qui s’appelle RSM pour la soutenir et j’ai fait partie de cette équipe.

A partir de cette date, je suis resté très attaché à son action politique ici à Montreuil, même si par moment j’ai été un peu critique parce qu’il y’a des choses qui n’allaient pas forcement comme je les souhaitais ou comme je les imaginais. Suite à l’annonce de son retrait le 25 novembre dernier, j’ai été animé par 2 choses : Un constat et une conviction.

Pour moi, le constat a été motivé par son bilan. Moi, un enfant qui ai grandi ici, qui ai toujours vécu dans cette ville, qui ai mes activités professionnelles ici, j’estime qu’elle a un bilan très positif même si encore une fois, tout n’est pas parfait, qu’il y a des erreurs ici ou là, mais globalement cette majorité sortante a énormément fait pour la ville de Montreuil. Plus de 3500 logements neufs, des centaines réhabilités, l’amorçage de la transition écologique, (…) donc mon constat, un bilan très positif et à partir du moment où j’estime cela en tant que citoyen concerné, ma conviction prend le relais et je me dis que que ce n’est pas le moment de me désengager de l’action politique parce c’est courir le risque d’un retour en arrière. Son concurrent qui est J.P Brard, depuis 6 ans se prépare à une revanche pour reprendre ce qu’il considère comme étant sa ville et bien sûr pour en faire ce qu’il a fait depuis toujours. En tant que citoyen, je me suis dit non, c’est le moment de m’engager car notre ville avance et commence à s’épanouir et je ne souhaite pas un retour en arrière.

Moi : M. Dufriche-Soilihi, vous le savez bien que beaucoup de gens s’engagent, pas tous n’arrivent à s’imposer !!!

EELV, est un parti qui est composé de gens qui ont une bonne mémoire, ils savent que depuis 2008, j’étais à leur côté et activement contribué pour cette victoire et que pendant ces 6 dernières années, je n’ai cessé d’alimenter, et le cabinet de Jacques Archimbaud, et les élus, en notes, en idées, sur l’organisation (…) sur ce que je pensais être la meilleure façon de gérer cette ville. Donc, ils connaissent un petit peu mon engagement et mes compétences. Ils savent aussi que je ne suis pas quelqu’un qui est là pour flatter les gens mais au contraire, j’ai produit et je continue à produire des idées, à introduire un modèle d’organisation pôle par pôle.

Moi : On peut estimer que EELV-Les Verts est un parti qui a la culture du mérite ?

Ils ont cette reconnaissance, des gens loyaux, engagés. À l’annonce du retrait de D. Voynet, je me suis posé la question de ce que j’étais capable de faire pour prolonger l’action entamée. A partir de là, j’ai appris l’existence de l’association « Ensemble pour Montreuil » en étant à l’époque en mission au Cameroun. Cette association avait pour mission d’organiser une consultation aux adhérents des verts, une primaire à vocation citoyenne. Certains m’ont soufflé l’idée de me porter candidat pour être tête de liste aux prochaines municipales. Je suis donc rentré le 21 décembre dernier à Paris, et ça a été très très vite. J’ai consulté mon entourage proche, famille … Et agréable surprise, que d’encouragements. J’ai posé ma candidature et ai été élu à 55%.

2_Moi: La majorité présidentielle part en ordre dispersé: Face à vous des poids lourds, Razzye Hamadi, député Ps, et Jean-Pierre Brard, ancien député-maire communiste de Montreuil, sont également candidats sans compter l’opposition – la droite – qui, elle, part unie. Quel est le projet que vous portez pour votre ville et qu’est-ce qui le distingue des autres candidats?

_M. Ibrahim Dufriche-Soilihi: Alors, je pense qu’en effet, quand on regarde le parcours de mes concurrents, ils sont tous déjà été élus ou le sont actuellement. Ils sont tous des politiciens en tant que tel et à différents niveaux, national, local, bref, ce sont tous des gens qui sont encartés politiquement et ont des mandats d’élus. Ce qui n’est pas mon cas. Le constat que j’ai établi face à l’action de Voynet, mais aussi le constat que je fais sur la perception du citoyen quant à la politique ou même des hommes politiques en général, c’est qu’aujourd’hui, le citoyen a besoin du PAROLE VRAIE, mais pas de gens formatés, issus des appareils politiques. Je pense que le citoyen français et montreuillois en particulier a besoin de gens qui sont juste capable de les écouter, de les associer et de faire avec eux.

Moi : Vous avez cet ancrage local..

Absolument. Par contre, je n’ai pas une prétention à faire carrière politique, j’ai adhéré parce que je suis un citoyen concerné mais aussi parce que la politique s’est très dégradée et c’est telle qu’elle est perçue par nos concitoyens. Ces derniers n’ont plus foi aux hommes politiques parce qu’ils travaillent essentiellement leur communication, leurs habiletés verbales sans que les actes suivent. Et donc, ça dégoûte un peu tout le monde. Je me dis qu’il est temps ! Il faut des citoyens suffisamment concernés et qui ont le bagage nécessaire pour comprendre la complexité de ce monde et la résolution des problèmes d’une cité comme Montreuil… je rappelle que j’ai fait en agronomie, j’ai ensuite été consultant en management dans plusieurs organisations et organismes où j’ai accompagné pendant de longues années des PME et des Business-Units sur des problématiques de management d’équipes, de projets de conduites de changements avant de me spécialiser dans l’intelligence économique. J’ai crée mon propre cabinet de conseil depuis 2004 qui nous permet de vivre ma famille et moi dans la dignité. Ce parcours là m’a permis de comprendre la complexité d’une ville de la taille de Montreuil.
Et encore une fois, le fait de ne pas être un apparatchik et de ne pas être un carriériste me positionne comme celui qui a la parole authentique, vraie, de terrain par rapport à toutes ces paroles formatées.

Moi : Si on vous demande quel est votre métier, vous ne répondez pas que vous êtes politicien ?

Non, je ne suis pas politicien, je pourrais dire agronome car je n’ai pas tout oublié mais aujourd‘hui je me définis comme consultant car c’est mon métier depuis plus d’une dizaine d’année.
Tout ça me permet de désacraliser le pouvoir d’une ville comme Montreuil, où les gens ont une perception, une vision de ce rôle comme celui d’un monarque qui fait, qui défait, qui promet aux uns et qui menace les autres.
Alors quel est mon projet ?

J’ai proposé 3 points essentiels.

-Une vision pour cette ville. C’est à dire, que voulons nous devenir collectivement à horizon 2020 ? Je le dis et je le répète, je veux faire de cette ville, une ville créative. Nous avons une bouillonnante population d’artistes qui ont quitté beaucoup d’endroits pour venir ici pour gagner en espace, en qualité de vie … Nous avons des artistes peintres, musiciens, cinéastes, acteurs.. Etc.

Alors mon projet consiste à faire de Montreuil une ville qui crée, qui est toujours dans l’invention. Je compte donc m’appuyer sur tous ces gens là, profiter de leurs diverses et enrichissantes expériences, de leurs capacités à imaginer dans le but de généraliser cela partout dans la ville. Demain, même un administratif une fois confronté à un problème donné, soit capable d’imaginer et de créer pour le résoudre. En résumé faire de Montreuil la ville de la créativité. Une ville qui va créer, qui va même imaginer le vivre ensemble.

– Construire un projet qui suscite un désir collectif, c’est à dire, qui restaure en quelque sorte la fierté d’être montreuillois. Nous avons une centaine de nationalité qui vit dans cette ville, c’est énorme ! Mais aujourd’hui lorsqu’on parle de Montreuil, les gens l’associent à Bamako c à d à la communauté malienne et toutes les autres, on ne les voit pas. Attention, c’est une fierté pour les maliens, je suis complétement d’accord avec eux quand ils sont fiers de dire que Montreuil c’est Bamako-bis ! Mon projet, je voudrais que tous les autres soient aussi fiers de vivre dans cette ville et de revendiquer cette fierté d’être montreuillois.

– Et enfin, la méthode de gestion, la méthode de gouvernance. Celle-ci consiste à créer des coalitions temporaires. Cela signifie concrètement que à chaque problématique, on réunit à la même table, des élus, des compétences multiples, des experts, des habita

nts, des administratifs (…), et ensembles on examine le problème pour trouver la meilleure solution. On peut prendre comme exemples, certaines expériences tentées ces dernières années, comme la « fabrique » dans le Haut-Montreuil, un projet d’éco-quartier où nous avons agrégé cette pluralité de compétences en vue de penser le mode d’aménagement de cet espace. D’autres exemples existent comme le « Square Papa Poule » ou le « Made in Montreuil »..etc. Bref, des expériences où les gens s’associent pour trouver la meilleure solution, je compte en faire mon mode de gouvernance pour cette ville. Une sorte d’intelligence collective.

3_Moi: La montée des extrêmes semble inexorable en Europe. C’est aussi un des enjeux de du prochain scrutin dans une lecture nationale. Face à l’euroscepticisme ambiant et au sentiment partagé par une large part de français de culture musulmane, que la question des signes de la laïcité se substituent à la réalité de l’intégration, quelle serait d’après vous, l’orientation à donner pour renforcer le bon vivre ensemble?

_M. Ibrahim Dufriche-Soilihi: Là en effet, à travers cette question vous donnez vraiment tout l’enjeu qu’il y’a autour de cett

e élection. On n’est pas sur une simple élection où les enjeux seraient seulement locaux. C’est d’ailleurs la dimension que je voudrais donner à ce scrutin, à savoir un enjeu NATIONAL.

Je pense que tous ceux qui me soutiennent de D Voynet, Cécile Duflot, Jean Vincent Placé, Emmanuelle Cosse, Pierre Serne. Tous les cadres comme tous les militants et sympathisants EELV m’ont accueilli de façon très favorable parcequ’ils sont des vrais démocrates. Ils m’ont accueilli par ce que c’est leur pratique, leur façon de faire. Ils ne m’ont pas choisi parce que j’ai la peau basanée et que ça pourrait faire bien mais plutôt dans cette logique d’associer tous ceux qui partagent les mêmes valeurs que les leurs. En ce qui me concerne, ils se sont aussi dits qu’à travers mon choix, ils pourraient porter et donner une dimension nationale à cette élection. 

La question qui est posée aux montreuillois est de savoir s’ils sont suffisamment « audacieux » et permettre à un enfant d’origine comorienne, de surcroit issu de la diversité, la possibilité de gérer une ville de plus de 100.000 habitants ! … Dominique Voynet a annoncé à ses colistiers en partant : « je suis aujourd’hui le problème et j’espère demain être la solution ». A travers cette phrase, elle a voulu de manière un peu prophétique dire que pour la première fois en France, un enfant d’origine africaine, comorienne pourrait gérer la destinée collective. Attention ce n’est pas encore fait, mais avec toute l’équipe nous y travaillons. Sachez que je suis conscient de l’enjeu mais quel que soit le résultat de cette élection, je pense que la confiance et l’honneur que le parti EELV a témoigné à mon endroit en acceptant que je conduise cette liste est un signal fort adressé à tous ces enfants qui s’estiment être des citoyens de seconde zone de réaliser et de savoir que c’est possible. Un signal à tous ces enfants d’origine immigrée, qui sont pour la plupart très qualifiés et qui se résignent à jouer le second rôle, le back-office. J’espère que cet éclairage qu’Europe-Ecologie-Les Verts donne à travers ma personne en me portant son choix suscite de l’espoir, de l’ambition. Je profite de l’occasion pour demander une mobilisation et une implication citoyenne très forte car oui, tout est possible.

4_Moi: Les Comores. Avez-vous gardé des liens avec votre pays d’origine, et, si vous étiez élu, quelle serait sa place en matière de solidarité internationale et de renforcement du co-développement ?

_M. Ibrahim Dufriche-Soilihi: Comorien je le suis, comorien, je le resterai comme dirait l’autre! Il n’y a pas photo, oui j’ai gardé des liens très forts avec mon pays d’origine. Je vais vous expliquer un peu.

Dans mon histoire personnelle, il faut que vous sachiez que je suis un enfant adopté. Dans un premier temps, il s’agissait de ce qu’on appelle, une adoption simple car j’ai conservé mon nom dans mon état civil. Je me suis appelé pendant longtemps Ibrahim Soilihi. Ce n’est qu’à la suite d’évènements qui se sont produits à l’intérieur de ma famille d’adoption que nous avons formalisé pour passer à ce qu’on appelle une adoption plénière. Suite à cela, s’est posée la question de mon nom alors que j’étais déjà majeur à l’époque. La décision a été d’intégrer le nom de « Dufriche », entre mon nom et mon prénom car ça résumait parfaitement toute mon histoire. Je suis né Ibrahim Soilihi et Dufriche s’est interposé. Ce qui explique aussi ce choix Ibrahim Dufriche-Soilihi. Ce qui en réalité m’a permis de vivre cette adoption de façon équilibrée, ce qui est valable pour mes parents mais aussi mes enfants car je suis aussi père de famille.

Mais je suis fondamentalement comorien. Je le suis car j’ai gardé toutes attaches familiales. Mes neveux, mes nièces, mes cousins, mes tantes et oncles.. La famille à la comorienne. Dès que l’occasion se présente, je ne manque pas d’honorer de ma présence et d’aller célébrer les festivités importantes au pays comme par exemple le grand mariage (Anda) de ma sœur il y’a quelques années. Je participe à la solidarité et aide ma famille restée au pays comme tous les autres comoriens de l’extérieur (la diaspora comme on dit).

Ce qui m’a donné comme idée de permettre à tous ceux qui justifient de cette solidarité envers leurs familles et qui y consacrent une bonne part de leurs revenus souvent modestes de pouvoir bénéficier d’une déduction fiscale (ça existe déjà pour les dons aux associations caritatives). Arriver à faire en sorte que la France reconnaisse que cet argent qui est gagné ici et qui est envoyé au pays participe quelque part à l’aide au développement. Cette mécanique pour le moins assez simple à mettre en place soulagerait ces travailleurs immigrés car il permettrait d’augmenter leur pouvoir d’achat et la France pourrait en contrepartie l’imputer au budget consacré à l’aide au développement.

Pour finir, je vais vous faire une confidence, même 40 ans plus tard, je parle couramment comorien, je me rappelle encore de la période où je rentrais de l’école et ne trouvais rien à manger, j’ai gardé tous mes souvenirs du shiyoni. En résumé, j’ai additionné tout ce que j’ai vécu, je n’ai rien soustrait.

D’ailleurs je tiens à vous annoncer que le 2 Mars prochain, j’invite tous mes compatriotes comoriens à une rencontre à partir de 13h30 ici à Montreuil.

Moi: Je vous remercie et vous souhaite bonne chance.
Ibrahim Dufriche-Soilihi: Je vous remercie infiniment.

Propos recueillis par Irchad Abdallah

La démocratie sélective du Mirex

Elarif_diaspo

Le Ministre Said Hassane Elarif à la rencontre de la diaspora comorienne (© Irchad Abdallah)

On se souvient sans doute de la forte mobilisation au sujet des droits et devoirs de la diaspora. Blogs, pages facebook et même quelques médias classiques ont relayé le combat de quelques milliers d’irréductibles. Beaucoup d’internautes ont gardé en mémoire la rocambolesque course poursuite, les rendez-vous manqués et les trésors de subterfuge déployés par les autorités comoriennes pour éviter soigneusement et délicatement la remise de la pétition de la diaspora. Et bien, bonne nouvelle, le jeu de cache-cache, la saison 2 de  » joue avec la cinquième île » peut bientôt reprendre.

Et pour cause, après le Sambi-Juwa tour, place à la reprise de la tournée du Mirex. Mais on ne change pas une méthode largement discutable.

Paris laboratoire d’une diplomatie « mharouma »

Il est vrai qu’avec la nomination de El-Anrif Said Hassane au Ministère des Relations Extérieures, la diaspora s’est fortement réjouie de voir un des leurs à ce poste. Issu du sérail et fin connaisseur des mille maux qui frappent la communauté, celle-ci en attendait un début de réponse à leurs attentes et espérances maintes fois déçues. D’ailleurs la grandiose cérémonie organisée lors du premier passage du ministre à Paris devait célebrer l’entente cordiale retrouvée entre l’île délocalisée et le reste de l’archipel.

Mais c’était avant la revelation d’informations troublantes, d’indiscretions attenantes à l’organisation même de l’évenement. Chaque ville et localité de la région de Mitsamihouli, d’où est originaire El-Anrif Said Hassane était contrainte de donner son quote part pour l’organisation de la soirée. Or qui dit région( bavou) et villes ( midji) à Ngazidja touche systématiquement au monde du Mila nantsi, le système traditionnel codifié et stratifié. Une visite officielle ainsi prise en charge et plannifiée, a fini par attirer l’attention sur la visite et alimenter débats et polémiques sur le web. Abbération, chauvinisme, usurpation scandaient les uns. Reconnaissance, hospitalité coutumière et prise de contact soutenaient les autres. Le débat a fait rage à tel point qu’accusés de régionalisme, les organisateurs ont paraît-il dû modifier l’ordre du jour, le registre et la nature même de la soirée.

L’adoubement en grande pompe du « Mwana hatru » a soudainement revêtu des habits moins claniques sans devenir pour autant politique. Comble de l’ironie pour le ministre en charge de la diaspora qui, fâce à ses administrés n’a pas pu délivrer enfin le message tant attendu:  » Je vous ai compris » et je travaille pour vous satisfaire. Mais ce n’était que partie remise. Car le vrai chantier a déjà commencé en coulisse. Le Mirex a fait son choix de la méthode d’écoute de la diaspora. Visiblement, le ministre compte peu sur les diplomates de l’ambassade pour piloter le projet. Il mise sur le maillage de la France par des milliers d’associations comoriennes, pour lui, plus proches des concitoyens. Une nouveauté en soi : la démocratie participative.

Et Paris entre dans la danse. La capitale française sert ainsi de laboratoire, de tête de pont et de base arrière. Des rencontres sont organisées mais souvent présidées par les mêmes. Les réunions publiques ouvertes à tous tournent au comité d’initiés, faute d’information. Les débats y sont pertinents, riches et animés. Mais l’adhésion n’est pas populaire. La notabilité Mharouma associée au projet, s’en approprie. Une alliance pragmatique et utile pour dévoyer un projet ambitieux: l’organisation de la diaspora.

La méditerrannée divisée

Après les résultats mitigés à Paris, le staff du Mirex, soutenu par la commission en charge du dossier prend le large vers le soleil du midi. A Nice, le mécanisme rodé à Paris se met en marche. On bat le rappel de la notabilité pour accueillir dignement et majestueusement l’honorable invité. La forme prend le pas sur le fond. Les associations deviennent spectatrices lointaines de l’opération. La notabilité se retrouve confortée dans les premiers rôles en apparence bien entendu. Etant donné que dans chaque réunion, une équipe technique manoeuvre en sous main pour des objectifs précis : contrôler et orienter le débat. Si tenté qu’on puisse le traduire ainsi. Parce qu’on assiste plutôt non pas à une consultation mais à une réunion d’information à minima.

Dans le sud, outre les divisions internes, les remous de la politique nationale ont rejailli jusqu’aux rivages de la promenade des anglais. Partisans et adversaires d’Iki ont eu l’occasion de s’étalonner.

Une situation encore plus flagrante et inquiétante dans la capitale de la cinquième île : Marseille. Pendant qu’une grande partie de la communauté attendait sagement le ministre, des partisans autoproclamés du président Iki l’auraient « kidnappé » à sa descente du train pour une réunion privée.

« Et c’est mal parti en Rhone-Alpes »

Après Paris et Marseille, Lyon doit entrer en scène. C’est sans compter sur les dissensions qui frappent la communauté. Les hinya se déchirent et pratiquent boycott, ostracisme et bannissement, amenuisant du coup les maigres chances des associations de mobiliser la diaspora.

Lyon forfait, Valence deviendra la capitale de la diaspora de la région, le temps d’une réunion.

Mais ici comme ailleurs, l’Amicale Franco-Comorien Drôme Ardèche (AFCDA) à qui incombe l’organisation de l’évenement, bénéficie de peu d’informations liées au projet. Tout au plus, la commission de pilotage s’est bornée de réquerir de l’aide pour accueillir le ministre.

En communauté experte en accueil convivial, l’agglomération valentinoise s’affaire à recevoir leur hôte de marque. L’accent est mis sur la solennité au détriment de la reflexion collective.

 » Diaspora complice ou abusée? »

Si le Mirex semble répondre à une des exigeances de la diaspora, notamment lors de la pétition:  » Exigeons la mise en place immédiate d’une commission Ad hoc pour réflechir sur la présente proposition… », force est de constater que les craintes émises à l’époque s’avèrent justifiées aujourd’hui:  » … nous dénonçons par avance toutes manoeuvres dilatoires qui consisteraient à mettre sur pied des structures qui n’obtiendraient pas l’onction du suffrage universel ». Pourtant, une grande partie de la diaspora mobilisée n’attendait qu’un signe, un geste, un mot pour prendre part activement au chantier:  » Nous manifestons enfin notre disponibilité , même si nécessaire en matière de ressources humaines, pour participer à toute réflexion ou demande tendant à satisfaire ce voeux ».

Dès lors, on s’interroge sur le choix du format retenu par la commission : une cérémonie publique nullement appropriée à l’étude approfondie des dossiers mais bien indiquée à la présentation de doléances. Un frein important à l’expression de la pluralité de la diaspora au profit d’une parole partisane, convenue et concertée.

Ainsi la société de l’honneur étend sa main protectrice  sur la démocratie de convenance. Un rendez-vous citoyen manqué. A moins que…

Idjabou Bakari

De la révision de la Constitution de l’Union

ImageLes conseillers des Iles ont entériné ce soir la loi du 23 décembre 2013 sur la réforme de la constitution de l’Union des Comores afin de permettre au gouvernement d’organiser les élections législatives (députés et conseillers) et municipales au même moment, en novembre et décembre 2014.

Au sein de la classe politique et de la société civile, il n’y avait pas vraiment d’opposition à cette démarche qui découle d’une entrevue à Beit-Salam entre les grands élus (Président, Vice-présidents, Gouverneurs, Président de l’Assemblée de l’Union et des conseils des Iles Autonomes).

Dans l’opposition, Saïd Larifou a annoncé qu’il avait saisi la Cour Constitutionnelle pour faire annuler cette loi et que si le président Ikililou Dhoinine ne sursoit pas à l’exécution de cette loi, il allait saisir de nouveau la Cour Constitutionnelle pour faire constater son « incapacité à assumer le fonctionnement régulier de nos institutions ». Cela veut dire que le leader du RIDJA est prêt à engager une procédure de destitution du président élu en invoquant une incapacité. Dans l’histoire des Comores, cette procédure a été utilisée une fois contre le président Djohar dans une tentative de « putsch constitutionnel » mené par le président de la Cour Constitutionnelle à partir du 3 août 1991. Mais le président Djohar n’a pas eu de mal à rétablir son autorité dans le pays. Et le juriste Saïd Larifou sait très bien qu’une telle procédure ne peut aboutir en l’état actuel des choses.

L’ancien Ministre, Houmed Msaidié avait lui aussi engagé une démarche auprès des Conseillers des Iles. Il leur affirmait que cette loi visait à proroger le mandat des députés sous couvert d’harmonisation. Il avait en outre rappelé que cette harmonisation n’est plus possible d’une manière permanente dans la mesure où la réforme constitutionnelle de 2009 (réforme Sambi) donne au Président de la République la possibilité de dissoudre l’Assemblée de l’Union à tout moment.

Tout en concédant au gouvernement le fait que la situation légale née de l’arrêt de la Cour Constitutionnelle laisse le pays sans Assemblée Nationale pendant huit mois, Houmed Msaidié critiquait le fait que l’opposition ait été tenue à l’écart des négociations à un moment où il aurait fallu un consensus de la classe politique.

La loi qui a été adoptée par les parlementaires de l’Union et des Iles va à l’encontre de l’arrêt de la Cour Constitutionnelle qui précisait que le mandat des députés se terminait en avril 2014 et celui des conseillers en novembre 2014. Était-il imaginable de faire des élections en mars ou avril puis en octobre ou novembre de la même année ? Les Sages ont dit la loi, il était nécessaire pour les élus de voir ce qui pouvait se faire concrètement sans trop s’éloigner de ces dates. Les Grands élus, les députés et les conseillers ont pris leur responsabilité et tout homme politique a le droit de saisir les instances de régulation prévues par la Constitution pour contester cette décision. La modestie voudrait qu’un opposant ne se mette pas à parler « au nom des Comoriens » alors que ceux-ci, précisément, ne l’ont pas élu et ont choisi son adversaire.

Mahmoud Ibrahime

2016: TOURNANTE, TOURNANT OU TOURMENTS ?

pétrole aux Comores

C’est désormais chose entendue, notre pays regorge d’hydrocarbures off-shore. Liquide d’origine naturelle, le PETROLE se rencontre dans des formations géologiques particulières. L’exploitation de cette source d’énergie fossile et d’hydrocarbures est l’un des piliers de « l’économie industrielle contemporaine », car il fournit la quasi totalité des carburants liquides (fioul, gazole, kérosène, essence, GPL ), tandis que le naphta produit par le raffinage est à la base de la pétrochimie, dont est issu un très grand nombre de matériaux usuels comme le plastique, textiles synthétiques, caoutchoucs synthétiques (élastomères), détergents, adhésifs, engrais, cosmétiques, etc.

Donc, on peut dire sans langue de bois que le pétrole est « Ze Pilier de l’Économie Mondiale ».

Qui dit pilier, dit convoitise!
Qui dit pilier, dit enjeux!
Qui dit pilier, dit appétit!
Qui dit pilier, dit richesse!
Qui dit pilier, dit intérêts … oups conflits d’intérêts?

Qui dit pilier … dit piller!

Alors, où se trouvent les intérêts des Comores? 

Les prochaines échéances présidentielles risquent de sortir de la simple balise d’une tournante fixée par une constitution bancale, pour représenter des enjeux autrement plus stratégiques, autant dire un tournant de tous les dangers. Outre que nos hydrocarbures commencent à aiguiser l’appétit de majors qui chercheront, à n’en pas douter, à «miser» chacun sur un «poulain» (ce qui promet de belles empoignades), mais la gouvernance politique elle-même ainsi que les choix qui seront faits pour gérer les «royalties» orienteront notre destin dans un sens ou dans un autre.

Yes, nous sommes un pays béni (Membres de l’U.A et de la L.E.A). 

Soit nous sombrons dans les tourments et les affres de la discorde, à l’instar de nos cousins d’Afrique dont la richesse du sous-sol est devenue une malédiction (RDC, Nigeria, Tchad … à droite de la photo etc.), soit nous tirons exemple des Émirats, du Koweït, Oman pour engager une véritable politique qui assure le développement de notre pays (gauche de la photo). Chaos ou Win-Win ? Quelle misère … Nous n’en avons pas les moyens, pas les moyens de lutter … pas les moyens d’imposer !

Chaos ou Win-Win ?

Un choix imminent entre le modèle UA (Union Africaine) ou LEA (Ligue des États Arabes)? 100% de zéro ou X% de quelque chose? Oui, notre pays pourrait avoir la chance d’avoir à gérer une manne pétrolière dans un horizon proche. Ce qui ferait de lui un acteur du jeu régional et international en matière pétrolière. Le pays a au moins cette chance de pouvoir tirer leçon de l’expérience des pays du tiers monde qui ont eu à gérer pareille manne dans tous les sens du terme.

Expérience, fortune et Infortune selon qu’on regarde vers le Moyen-Orient ou l’Afrique (guerres du Congo, Angola, RDC, Sierra Léone). Au vu de l’improvisation actuelle en matière de gouvernance de la chose publique, le scandale de la vente illégale de passeports comoriens en est un exemple, nous nourrissons légitimement toutes les craintes quant à la façon dont cette manne promise sera gérée; et notre pays, les Comores, truffé de patriotes du dimanche, doivent sans concession nous dire de quels pans de souveraineté serions-nous prêts à céder et à hypothéquer pour nous épargner ce chaos inévitable.

Est-il possible que notre psyché collective qui s’amuse à chérir l’indépendance sans en faire usage (cf. la saga ouverte depuis le passage de la frégate NIVOSE le 12/11 dernier, «journée mahoraise svp bo wandru » en passant par le fameux « livre vert » qui doit accoucher de notre stratégie de défense nationale en présence de l’officier franco-comorien) s’accommode de quelques déclarations d’amitié ou préférons-nous avoir cent pour cent de rien plutôt que dix pour cent de quelque chose.

100% de Zéro ou X% de quelque chose ?

Choix difficile ! Les pays du Golfe dont les populations vivaient il y a à peine 50 ans dans des tentes et se déplaçaient en chameaux, ont su négocier leur transition vers le progrès. Pourtant leurs enfants n’avaient fait ni Sciences-Po ni Polytechnique, n’en parlons pas les Ponts et Chausées, Harvard, Oxford ou Yales comme nos cousins d’Afrique!!! Le résultat est là, flagrant et désolant.

Ce pétrole, si découverte il y a, COMORIENS nous serons confrontés à un choix périlleux qui exigera un minimum de consensus national pour engager le pays dans des choix éclairés… D’autre part, la question de notre souveraineté sur nos eaux territoriales (les Comores étant admises à l’Onu dans ses frontières de 4 îles) ne manquera pas de remettre sur la table la question de nos relations avec l’ancienne puissance coloniale avec laquelle nous entretenons des relations «je t’aime … moi non plus » sans oublier le fait qu’elle héberge une diaspora (1/3 des Comoriens étant Français, Mayotte comprise) à la double nationalité.

2016 donc, tournant et non simple tournante! Aussi, derrière le branle-bas des états-majors politiques qui préparent les fameuses échéances, d’autres plans secrets sont-ils déjà dans les tiroirs?

Oui Alhamdoulillah, les Comores sont vraiment un pays béni Mash’ALLAH! Nous pouvons nous inspirer des expériences des uns et des autres, les très malheureuses comme les plus enrichissantes afin de mettre à profit cette future manne issue du pétrole.

Je profite de l’occasion, chers compatriotes, pour lancer un appel vibrant aux gouvernants actuels et comme aux futurs, et leur dire que l’avenir des Comores dépend de leur lucidité et de leur sens des responsabilités … Sinon, même leurs enfants et petits enfants deviendront des réfugiés ou des apatrides s’ils ne pensent pas COMORES !

IRCHAD ABDALLAH

Pourquoi veut-on, encore une fois, modifier la constitution ?

Deux ans avant les élections présidentielles et à quelques mois des législatives et municipales, les grandes manœuvres ont commencé.

Le gouvernement débute les hostilités avec une révision de la constitution dont le but est de prolonger les mandats des députés. L’argument reste toujours le même : « l’harmonisation des élections ». Le prédécesseur du président Ikililou, Ahmed Sambi, l’a fait pour essayer de prolonger son mandat d’un an, malgré la Cour Constitutionnelle. Tout dans l’histoire récente de notre pays nous rappelle que le respect de la constitution est le dernier des soucis de nos dirigeants.

Le Président de la République, censé faire respecter la constitution, est le premier à la fouler aux pieds. Une simple convocation de ses conseillers et collaborateurs suffit pour changer ce que le peuple, par sa majorité a choisi. C’est donc l’avenir de notre pays qui a du plomb dans les ailes. C’est encore une fois les intérêts personnels qui l’emportent sur l’intérêt général. Ce geste malveillant crée d’emblée un mécontentement populaire grandissant. Il faut respecter la constitution ! Cette question concerne tout le pays, c’est donc au peuple de trancher.

Depuis cinq ans maintenant, qu’est-ce que nos Députés et Conseillers des îles respectives nous ont apporté. Que des disputes inutiles, insensées, basées sur des intérêts personnels. Au stade où nous sommes, nos dirigeants ne doivent pas ignorer que par leurs erreurs ils aiguisent la conscience politique des Comoriens. Une prise de conscience qui peut devenir un mouvement brutal contre ceux qui osent manipuler la constitution en leur faveur.

Pourquoi avoir une Cours Constitutionnelle alors que personne ne veut la respecter ? Celle-ci a rappelé la fin des mandats des députés et des conseillers des Iles. Or les Grands élus convoqués par le Président de la République décident des modifications constitutionnelles qui ne tiennent pas compte de l’arrêt de la Cour. Par ce geste, le Président d la République diminue le pouvoir dévolu à la Cour Constitutionnelle. Il est inadmissible que des élus censés défendre et protéger la Constitution, la manipule à leur guise et selon leurs intérêts.

Abdourahim Bakari Papadjo

Naufrage au large de Mayotte

Sept personnes (dont deux enfants de un et six ans et quatre femmes) ont péri dans la nuit du dimanche 9 au lundi 10 février 2014 lors du naufrage au large de l’île comorienne de Mayotte d’une embarcation qui transportait des Comoriens des autres îles. Les six corps retrouvés ont été enterrés au cimetière de M’tsapéré, loin des caméras.

A Mayotte l’émotion est grande car c’est le deuxième naufrage en moins de six mois.

Cela fait maintenant 20 ans que le visa Balladur a été institué. Depuis 1994, le bras de mer qui sépare Anjouan de Mayotte est devenu le plus grand cimetière marin du monde. Ce qui attriste le plus les Comoriens de Mayotte, c’est le silence et l’indifférence des dirigeants comoriens qui n’annoncent même pas ces disparitions et morts brutales de leurs compatriotes.

Ils étaient nombreux à attendre devant leurs télévisions précisément lors du journal du soir de l’ORTC pour voir la réaction des dirigeants des trois îles indépendantes. Aucune déclaration n’a été faite.

Ceux qui survivent de ces naufrages doivent souvent leur vie à des pécheurs présents dans la zone lors du drame. Ces voyages dangereux, à bord d’embarcations surchargées, ne cessent de se multiplier. Pour les Maorais, c’est à cause de la mauvaise gestion du pays, de la part des dirigeants comoriens.

Durant ces vingt dernières années, une crise économique profonde et le manque d’emploi ont poussé les Comoriens sur les routes de l’exil à destination de la France, de la Réunion et de Mayotte. Des départs dont la seule motivation est « la recherche d’une vie meilleure ».

En 2002, un recensement réalisé par l’INSEE dénombre à Mayotte 55300 étrangers sur une population totale de 160300, 34,5% seraient donc des « clandestins » en situation illégale, au regard de la loi française, mais non au regard du droit international.

Ces gens qui sont considérés comme des clandesins, il ne faudrait pas l’oublier, sont des Comoriens dans un territoire qui, au niveau du droit international, appartient aux Comores. Ces êtres en quête du mieux-être, voyagent dans des conditions pénibles et au péril de leur vie.

Le taux d’entrée à Mayotte par la voie maritime (avec les Kwassa Kwassa) a augmenté. « D’après une source anjouanaise, citée par l’agence France presse en 1997, 850 Comorien de l’île d’Anjouan seraient morts, depuis 1984, en tentant la traversée vers Mayotte. Il en mourrait actuellement 10 à 15 par mois ».

Le départ massif des Comoriens des autres îles vers Mayotte marque-t-il l’échec des politiques menées par les leaders comoriens ? Beaucoup de Maorais le pensent. Mais, c’est l’avenir de l’archipel des Comores qui est en jeu, car le départ coûteux vers Mayotte est constitué d’hommes jeunes, entre 20 et 30 ans, originaires des milieux ruraux et  pour la plupart venant d’Anjouan.

Ne faut-il pas, pour l’Etat comorien, revenir à la « protection de son peuple » avant même d’engager des procédures qui prendront des années avant la résolution de cette question de Mayotte ? Dire que l’Etat comorien ne peut pas empêcher des Comoriens qui veulent se déplacer d’une île comorienne à une autre est juste, mais il faut voir aussi les conséquences de ces déplacements périlleux.

C’est d’ailleurs pourquoi une intervention de l’Etat au service des droits humains fondamentaux en empêchant ces départs à haut risque est indispensable. Cela ne veut pas dire abandonner la lutte pour le retour de Mayotte. Les dirigeants comoriens savent bien où s’effectuent les départs pour Mayotte, il est temps de mettre fin à cette hécatombe.

Maintenant c’est à l’Etat comorien de voir comment il peut convaincre les Comoriens de ne pas suivre cette voie dangereuse. C’est quand même une solution.  La protection du peuple comorien est primordiale, et cela n’empêche pas le gouvernement comorien de poursuivre son combat. Arrêtons de jouer de la démagogie et restons sincères et pragmatiques vis-à-vis de notre peuple.

Mlimengu