La démocratie sélective du Mirex

Elarif_diaspo

Le Ministre Said Hassane Elarif à la rencontre de la diaspora comorienne (© Irchad Abdallah)

On se souvient sans doute de la forte mobilisation au sujet des droits et devoirs de la diaspora. Blogs, pages facebook et même quelques médias classiques ont relayé le combat de quelques milliers d’irréductibles. Beaucoup d’internautes ont gardé en mémoire la rocambolesque course poursuite, les rendez-vous manqués et les trésors de subterfuge déployés par les autorités comoriennes pour éviter soigneusement et délicatement la remise de la pétition de la diaspora. Et bien, bonne nouvelle, le jeu de cache-cache, la saison 2 de  » joue avec la cinquième île » peut bientôt reprendre.

Et pour cause, après le Sambi-Juwa tour, place à la reprise de la tournée du Mirex. Mais on ne change pas une méthode largement discutable.

Paris laboratoire d’une diplomatie « mharouma »

Il est vrai qu’avec la nomination de El-Anrif Said Hassane au Ministère des Relations Extérieures, la diaspora s’est fortement réjouie de voir un des leurs à ce poste. Issu du sérail et fin connaisseur des mille maux qui frappent la communauté, celle-ci en attendait un début de réponse à leurs attentes et espérances maintes fois déçues. D’ailleurs la grandiose cérémonie organisée lors du premier passage du ministre à Paris devait célebrer l’entente cordiale retrouvée entre l’île délocalisée et le reste de l’archipel.

Mais c’était avant la revelation d’informations troublantes, d’indiscretions attenantes à l’organisation même de l’évenement. Chaque ville et localité de la région de Mitsamihouli, d’où est originaire El-Anrif Said Hassane était contrainte de donner son quote part pour l’organisation de la soirée. Or qui dit région( bavou) et villes ( midji) à Ngazidja touche systématiquement au monde du Mila nantsi, le système traditionnel codifié et stratifié. Une visite officielle ainsi prise en charge et plannifiée, a fini par attirer l’attention sur la visite et alimenter débats et polémiques sur le web. Abbération, chauvinisme, usurpation scandaient les uns. Reconnaissance, hospitalité coutumière et prise de contact soutenaient les autres. Le débat a fait rage à tel point qu’accusés de régionalisme, les organisateurs ont paraît-il dû modifier l’ordre du jour, le registre et la nature même de la soirée.

L’adoubement en grande pompe du « Mwana hatru » a soudainement revêtu des habits moins claniques sans devenir pour autant politique. Comble de l’ironie pour le ministre en charge de la diaspora qui, fâce à ses administrés n’a pas pu délivrer enfin le message tant attendu:  » Je vous ai compris » et je travaille pour vous satisfaire. Mais ce n’était que partie remise. Car le vrai chantier a déjà commencé en coulisse. Le Mirex a fait son choix de la méthode d’écoute de la diaspora. Visiblement, le ministre compte peu sur les diplomates de l’ambassade pour piloter le projet. Il mise sur le maillage de la France par des milliers d’associations comoriennes, pour lui, plus proches des concitoyens. Une nouveauté en soi : la démocratie participative.

Et Paris entre dans la danse. La capitale française sert ainsi de laboratoire, de tête de pont et de base arrière. Des rencontres sont organisées mais souvent présidées par les mêmes. Les réunions publiques ouvertes à tous tournent au comité d’initiés, faute d’information. Les débats y sont pertinents, riches et animés. Mais l’adhésion n’est pas populaire. La notabilité Mharouma associée au projet, s’en approprie. Une alliance pragmatique et utile pour dévoyer un projet ambitieux: l’organisation de la diaspora.

La méditerrannée divisée

Après les résultats mitigés à Paris, le staff du Mirex, soutenu par la commission en charge du dossier prend le large vers le soleil du midi. A Nice, le mécanisme rodé à Paris se met en marche. On bat le rappel de la notabilité pour accueillir dignement et majestueusement l’honorable invité. La forme prend le pas sur le fond. Les associations deviennent spectatrices lointaines de l’opération. La notabilité se retrouve confortée dans les premiers rôles en apparence bien entendu. Etant donné que dans chaque réunion, une équipe technique manoeuvre en sous main pour des objectifs précis : contrôler et orienter le débat. Si tenté qu’on puisse le traduire ainsi. Parce qu’on assiste plutôt non pas à une consultation mais à une réunion d’information à minima.

Dans le sud, outre les divisions internes, les remous de la politique nationale ont rejailli jusqu’aux rivages de la promenade des anglais. Partisans et adversaires d’Iki ont eu l’occasion de s’étalonner.

Une situation encore plus flagrante et inquiétante dans la capitale de la cinquième île : Marseille. Pendant qu’une grande partie de la communauté attendait sagement le ministre, des partisans autoproclamés du président Iki l’auraient « kidnappé » à sa descente du train pour une réunion privée.

« Et c’est mal parti en Rhone-Alpes »

Après Paris et Marseille, Lyon doit entrer en scène. C’est sans compter sur les dissensions qui frappent la communauté. Les hinya se déchirent et pratiquent boycott, ostracisme et bannissement, amenuisant du coup les maigres chances des associations de mobiliser la diaspora.

Lyon forfait, Valence deviendra la capitale de la diaspora de la région, le temps d’une réunion.

Mais ici comme ailleurs, l’Amicale Franco-Comorien Drôme Ardèche (AFCDA) à qui incombe l’organisation de l’évenement, bénéficie de peu d’informations liées au projet. Tout au plus, la commission de pilotage s’est bornée de réquerir de l’aide pour accueillir le ministre.

En communauté experte en accueil convivial, l’agglomération valentinoise s’affaire à recevoir leur hôte de marque. L’accent est mis sur la solennité au détriment de la reflexion collective.

 » Diaspora complice ou abusée? »

Si le Mirex semble répondre à une des exigeances de la diaspora, notamment lors de la pétition:  » Exigeons la mise en place immédiate d’une commission Ad hoc pour réflechir sur la présente proposition… », force est de constater que les craintes émises à l’époque s’avèrent justifiées aujourd’hui:  » … nous dénonçons par avance toutes manoeuvres dilatoires qui consisteraient à mettre sur pied des structures qui n’obtiendraient pas l’onction du suffrage universel ». Pourtant, une grande partie de la diaspora mobilisée n’attendait qu’un signe, un geste, un mot pour prendre part activement au chantier:  » Nous manifestons enfin notre disponibilité , même si nécessaire en matière de ressources humaines, pour participer à toute réflexion ou demande tendant à satisfaire ce voeux ».

Dès lors, on s’interroge sur le choix du format retenu par la commission : une cérémonie publique nullement appropriée à l’étude approfondie des dossiers mais bien indiquée à la présentation de doléances. Un frein important à l’expression de la pluralité de la diaspora au profit d’une parole partisane, convenue et concertée.

Ainsi la société de l’honneur étend sa main protectrice  sur la démocratie de convenance. Un rendez-vous citoyen manqué. A moins que…

Idjabou Bakari

Un commentaire

  1. Salut les amis (es)
    Un tour de France plus que parfait et riche d’enseignement sur ce qu’est la diaspora comorienne de France. On la donnera autant d’ailes que l’on voudra mais elle est toujours la même. D’Afrique de l’Est, la Grande île de Madagascar incluse, à aujourd’hui sur terres françaises, elle nourrit d’une manière permanente ses malheurs et ceux d’un peuple en entretenant ses bourreaux. A chaque extase, elle oublie même son âme. Pour reprendre en réponse ton interrogation, elle n’est ni complice ni abusée ; elle s’abuse elle-même comme la société comorienne à l’intérieur, toujours prête pour le perpertuel recommencement, par les mêmes armes et méthodes, à se livrer à la débauche politicienne.
    Merci, bon courage.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s