Mois: avril 2014

Houmed Msaïdié : le mouvement prend forme

 

Houmed Msaïdié : le mouvement prend forme

Houmed Msaïdié, ancien Ministre

Houmed Msaïdié, ancien Ministre

Du vendredi 25 avril au lundi 28, les anciens Ministres Houmed Msaïdié et Kamar-Ezzamane étaient à Anjouan pour rencontrer des responsables politiques en vue de former un large mouvement national. Le succès de cette première étape est l’annonce de la concrétisation de l’accord avec l’ancien gouverneur de l’île, Moussa Toybou qui a décidé d’en faire partie.

L’ancien Secrétaire Général de la CRC, qui a été délogé à ce poste par un putsch organisé par les partisans du colonel Azali, a décidé de ne plus perdre son temps dans des procédures judiciaires et de se lancer dans une nouvelle dynamique avec ses amis.

La visite dans l’île d’Anjouan a permis aux deux anciens ministres de faire des rencontres dans des diverses régions pour ouvrir des perspectives. Ainsi, après la rencontre avec les délégués du SNND, le Secrétaire Général de ce parti, Abidhar Abdallah a organisé une réception de Msaïdié et Kamar Ezzamane dans son village natal, Vouani.

Les deux hommes ont également visité Domoni et Mirontsy pour amorcer des liens qui seront exploités dans quelques jours quand ils reviendront dans l’île.

L’Assemblée Générale du nouveau mouvement devrait se tenir à Anjouan le 24 mai. En attendant Msaidié et Kamar Ezzamane préparent un voyage à Mohéli où ils devraient également rencontrer des leaders politiques qui devraient intégrer la nouvelle formation.

Lors d’une conférence de presse le 19 avril dernier à Moroni, Houmed Msaidié confiait aux journalistes que l’objectif n’était pas d’ajouter un nouveau parti sur la scène politique comorienne mais de mettre en place un mouvement capable de faire des propositions concrètes pour faire face aux problèmes actuels des Comoriens.

Pour le moment le nouveau parti devrait se tourner complètement vers les élections législatives pour essayer de les remporter en mettant en place des alliances avec d’autres mouvements.

Avant de quitter Anjouan les deux anciens ministres ont tenu à aller se rendre compte eux-mêmes de ce qui s’est passé dans le village de Mahale.

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Rencontre avec les délégués du parti de Moussa Toybou à l’hôtel Al-Amal

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Rencontre avec les habitants de Vouani.

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Rencontre avec les habitants de Vouani

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Rencontre avec les habitants de Vouani

 

Mahmoud Ibrahime

L’affaire Boléro ou l’histoire comorienne dévoyée

L’affaire Boléro ou l’Histoire comorienne dévoyée

Hamada Madi Bolero,           Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Les propos tenus par Hamada Madi Boléro considérés comme vérité historique ont réussi à faire du tapage médiatique dans l’opinion publique comorienne alors qu’ils sont loin d’être une vérité historique. Ils constituent une instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques.

Pour Boléro, Ali Soilihi est le premier putschiste comorien et il est originaire de la Grande-Comores; et Saïd Mohamed Cheikh est le grand cerveau du transfert de la capitale de l’archipel de Dzaoudzi (Mayotte) vers Moroni, et c’est encore un originaire de Ngazidja. Ces deux éléments d’information sont une vérité historique pour le journaliste intervieweur, ainsi que le Comorien lambda.

Pour le lecteur ou l’auditeur de cette interview, une seule question lui taraude la tête qu’est-ce qu’une vérité historique ? Qu’est-ce qui différencie l’historien, le juge et le journaliste dans l’investigation des faits ? La question du régime de vérité de l’histoire déborde cependant très largement celle de l’impartialité du chercheur et du désintéressement de la recherche. C’est aussi une question de méthode : La vérité en histoire, c’est ce qui est prouvé. Or Boléro n’apporte pas des preuves à l’appui de ces allégations, il fait des déclarations auprès d’un journaliste, il n’est pas un historien spécialiste de l’ histoire politique comorienne. C’est un homme politique comorien comme tant d’autres qui fait son show pour exister politiquement et répondre aux détracteurs qui veulent rabaisser les Mohéliens.

L’investigation, au sens où l’on parle d’investigation d’un juge d’instruction ou d’un journaliste, est la méthode utilisée pour établir des faits, les enchainements, les causes et les responsabilités. Dans sa recherche de la vérité, le juge procède comme l’historien ; il relève toute une gamme de faits, le mobile, les indices et les preuves formelles. La différence entre le juge et l’historien ne réside pas dans l’investigation, mais dans la sentence. Le juge doit trancher, au terme de l’enquête et le doute bénéficie à l’ accusé. L’ historien est plus libre ; il peut suspendre le jugement, et dresser la balance des présomptions et des doutes, car la connaissance échappe aux contraintes de l’action. En   revanche, il y a eu des moments où le journaliste pris dans le vif de l’actualité écrit ou dit des choses avec exactitude et parfois, il diffuse des informations de manière partielle sans vérifier minutieusement ses sources. Pour l’homme politique, l’objectif est de séduire un électorat ou appâter un auditoire, il n’hésite pas à user de la démagogie.

Comme disait Thucydide il faut séparer nettement le merveilleux mythique de la réalité historique, vérifier avec soin ses sources (écrites ou orales) pour démêler le vrai du faux, et de ne pas s’embarrasser d’anecdotes. A force de répéter aux quatre coins des journaux qu’il n’y a pas de vérité en histoire mais seulement des interprétations subjectives et relatives, le public va finir par le croire.

 Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Comores. Les élections présidentielles de 2016. Première partie : des appétits de pouvoir du président Sambi

Présidentielles 2016. Première partie. Des appétits de pouvoir du président Sambi

 

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Au fil des ans, la Constitution de 2001, comme toutes les constitutions depuis l’avènement de la démocratie en 1990 continue à poser des problèmes. Pourtant, il apparaît que ce ne sont pas les textes qui sont mal rédigés, mais les hommes qui crient « Démocratie ! Démocratie ! » mais qui ne veulent pas les appliquer dès qu’ils ne satisfont pas leur soif de pouvoir.

A cela il faut ajouter le fait que nos textes fondamentaux sont rédigés dans une langue que peu de nos juristes et hommes politiques manient correctement, ce qui rajoute des incompréhensions et des contradictions inutiles.

Donc, après le débat pour savoir quand devaient se tenir les élections législatives, débat conclu assez rapidement par un arrêt de la Cour Constitutionnelle, mais qui a continué à se répandre, comme si cette Haute Cour n’avait pas parlé, nous en sommes maintenant à nous demander si la loi autorise ou non le Président Sambi à se présenter aux prochaines élections présidentielles qui doivent se tenir à Ngazidja, après Anjouan et Mohéli.

Les Sambistes, les meilleurs juristes que nous avons depuis une dizaine d’années (ce sont eux qui ont pensé qu’une Assemblée pouvait prolonger le mandat d’un président élu par exemple) ont déjà tranché. Pour eux, la Constitution ne se prononce pas et donc tout comorien peut se présenter au premier tour des élections présidentielles, et encore plus celui qui a déjà été président : Ahmed Sambi.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le premier à avoir développé cette idée est leur ennemi le plus intime : Hamada Madi Boléro, actuel directeur de cabinet du président Ikililou. Il en avait parlé il y a de cela quelques années, donc bien avant le débat actuel. Ce juriste, qui était dans les négociations avec les séparatistes au moment de la rédaction de cette constitution, était clair lui aussi : tout comorien, quelle que soit son île d’origine peut participer au premier tour des élections présidentielles. Il s’appuie pour cela sur l’article 13 de la Constitution. Soit.

C’est sur ce genre de déclarations que se sont appuyés les Sambistes pour fonder leur volonté d’un retour en politique de l’ancien président, après ce qu’il considère comme une trahison. Mais, en réalité, le président Sambi reste un amoureux du pouvoir, il ne peut plus s’en passer et (cela n’arrange pas les choses) il est imbu de lui même, persuadé que personne dans l’archipel ne le vaut.

On se rappelle qu’à la fin de son mandat en 2010, il a refusé de quitter la présidence, a réclamé 18 mois supplémentaires, a fait changer la constitution pour pouvoir se maintenir et a reçu un désaveu cinglant de la Cour Constitutionnelle qui lui a rappelé qu’il était élu pour quatre ans et qu’il devait partir au bout de ces quatre années. Qu’à cela ne tienne ! Il a trouvé les mécanismes notabilaires, hors de tout processus légal donc, pour prolonger quand même son mandat d’un an.

Ses partisans n’avaient à cette époque aucune honte à dire à qui voulait bien les entendre que dans l’île de Mwali, il n’y avait personne qui était capable de diriger les Comores. C’est avec le même mépris qu’il pensait qu’en faisant campagne pour le candidat Ikililou Dhoinine, il pourrait par la suite en faire une marionnette et continuer à diriger le pays en attendant d’être réélu. Après avoir fait patienter le président élu pendant un an, avant de lui transmettre le pouvoir, l’ex-président Sambi ne s’en remet toujours pas du fait que le Président Ikililou a décidé d’exercer véritablement, en son nom propre, le mandat que lui a confié le peuple comorien.

Cette fois les partisans de l’ex président n’iront pas jusqu’à dire qu’il n’y a personne à Ngazidja qui soit capable de diriger le pays, mais c’est avec la même avidité et le même mépris qu’ils pensent qu’au sein du parti Juwa, aucun Comorien de Ngazidja ne peut être un représentant valable face au « chef ».

Mahmoud Ibrahime

Comment lutter contre la corruption aux Comores ?

Comment lutter contre la corruption aux Comores ?

 

Commission de corruption

Hormis le gouvernement révolutionnaire d’ALI SOILIHI MTSACHIWA, les autres gouvernements ont laissé se développer le détournement des deniers publics. Lors des campagnes électorales, tous les candidats aux élections présidentielles et de gouverneurs nous disent toujours que « la lutte contre la corruption occupe la première place de leurs objectifs », car selon eux, elle ruine constamment le pays.

La corruption est bien visible aux Comores comme dans beaucoup de pays africains. Elle est pratiquée tous les jours et partout dans les institutions publiques. Elle appauvrit le pays par les détournements de deniers publics.

Le président AZALI ASSOUMANI, AHMED ABDALLAH MOHAMED SAMBI et IKILILLOU DHOININE  ont fait de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. Mais ils ont tous échoué. IKILILLOU a mis en place une structure contre la corruption. Une structure qui n’a encore proposé aucune feuille de route contre celle-ci.

Depuis maintenant trois ans, personne ne sait et ne peut dire le travail entrepris par la Commission anti-corruption pour éradiquer cette maladie grave qui gangrène aussi bien l’économie que la population comorienne. Beaucoup parmi nous, nous nous demandons comment fonctionne cette structure ? À part le bruit que cette équipe a fait sur l’affaire OUSTADH RIFKI, libéré quelques jours plus tard par la justice, elle reste sans aucun rendement.

Comment est-il possible d’éradiquer la corruption aux Comores ? Une Commission anti-corruption aux moyens humains et matériels réduit est-elle capable de mener un tel combat ? Quelles démarches l’Etat comorien doit-il entreprendre pour réduire cette pratique détestable et malsaine ?

Nous autres pensons que l’entrée facile et par des moyens multiples dans la fonction publique contribue fortement à ces pratiques de corruption légalisée par nos fonctionnaires. Beaucoup de fonctionnaires comoriens se sentent redevables envers les personnes qui les ont intégrés par on ne sait quelle magouille dans la fonction publique. Le ministre, le directeur général et le notable exercent chacun, une mainmise sur tel fonctionnaire parce qu’ils sont souvent à l’origine de son intégration dans la fonction publique.

Par peur d’être éjecté hors de celle-ci, certains fonctionnaires exigent des dessous de tables pour nourrir leurs mentors si ce sont des notables, ou violent certaines étapes en corrompant d’autres collègues pour faire plaisir à un ministre ou directeur qui était à l’origine de leur intégration et afin d’augmenter sa côte de popularité dans une région.

Il aurait été mieux pour cette commission anti-corruption de proposer au gouvernement actuel « le concours d’entrée dans la fonction publique ». Pourquoi un concours ? D’abord, parce que l’Etat comorien profiterait ainsi des meilleurs de l’élite comorienne pour booster le pays. Ensuite, aucun fonctionnaire ne se sentirait redevable envers quiconque et saurait qu’il est à tel ou tel poste parce qu’il le mérite. Enfin, entre fonctionnaires s’installerait le respect mutuel, car ni le ministre ni le directeur ni le secrétaire général voire même le président n’aura plus le pouvoir de licencier un fonctionnaire selon son bon vouloir, à partir du moment où tout le monde a intégré la fonction publique par la même voie, celle du concours. Puis le salaire peut suivre, les avancements pour que le fonctionnaire puisse gagner décemment sa vie.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

Rohff en garde à vue

Le rappeur français d’origine comorienne, ROHFF est en garde à vue depuis hier soir. Il aurait participé à l’agression d’un jeune de 19 ans responsable de magasin qui distribuait des articles de BOOBA.

Rohff

Le rappeur Rohff

Le jeune homme agressé a été admis à l’hôpital dans le coma, son pronostic vital était encore engagé ce matin. Mais, l’hôpital vient d’annoncer qu’il est sorti du coma.

Ce jeune homme est une victime collatérale de l’affrontement jusque-là verbal entre les deux rappeurs sur fond d’opérations commerciales. BOOBA vient d’ailleurs d’envoyer un message au jeune homme dans lequel il lui souhaite un bon rétablissement et s’excuse.

ROHFF qui aurait été reconnu par des témoins et par des caméras de surveillance a décidé dès hier soir, sur les conseils de son avocat, de se rendre au commissariat pour s’expliquer. Il était toujours en garde à vue ce matin.

Le retour de Soimadou à Alwatwan

Le retour de Soimadou à Alwatwan

 

Par le décret n°14-55 du président de la République, Mohamed Abdou Soimadou, actuel maire de Gnoumassirou-Mbeni, et président des Maires de Ngazidja, a été nommé Directeur Général d’Alwatwan en remplacement de Hassane Moindjié, qui avait pris ses fonctions en avril 2012.

Soimadou

Mohamed Abdou Soimadou, nouveau DG d’Alwatwan

Lundi 21 avril, en milieu d’après-midi l’ex-Directeur a annoncé son départ et c’est dans un silence de mort que le nouveau Directeur a dit quelques mots sans entendre une seule voix lui souhaiter la bienvenue.

La nouvelle a créé un certain émoi dans le milieu des facebookers comoriens qui a toujours tendance à refuser ou à se méfier de toute nomination venant du pouvoir actuel. La nouveauté, c’est que cette fois l’inquiétude a atteint la rédaction du journal de l’État, à l’image du jeune journaliste Toyb Ahmed qui a annoncé dès le début un « lundi noir ».

Mohamed Abdou Soimadou n’est pas un inconnu dans la maison puisqu’il l’a dirigée en tant que Ministre de l’information, puis en tant que DG sous la présidence du colonel Azali Assoumani.

Mais pour les jeunes journalistes d’Alwatwan, le nom de Soimadou est synonyme d’attaques en règle contre eux. C’est en tant que Conseiller du Vice-Président chargé des Finances, Mohamed Soilihi alias Mamadou, originaire de Mbeni comme lui, que dans Alwatwan-mag n°15 (mai 2012), il mène l’attaque contre les journalistes qui ont osé remettre en cause certaines pratiques de l’administration financière depuis des années et connues de tous. Le Ministère des Finances fait un droit de réponse sur cinq pages. Mohamed Abdou Soimadou n’y va pas de main morte avec les journalistes d’Al-Watwan qu’il accuse de vouloir nuire à son patron direct et au Président de la République. Il les accuse aussi d’« abus de confiance » (les mots veulent dire ce qu’ils veulent dire, surtout pour l’ancien professeur de français qu’est Soimadou), de « perfidie », de « propagande », de « désinformation », l’intention de « porter une si grave atteinte aux intérêts du pays », de « malhonnêteté », « de mauvaise foi ». Avec autant et d’aussi gentils qualificatifs, on comprend l’inquiétude des journalistes, mais surtout on se demande comment l’auteur de cette missive peut travailler avec de tels journalistes.

Mohamed Abdou Soimadou c’est, pour les anciens journalistes, le théoricien du journalisme d’État. C’est lui qui la première fois, en tant que Ministre de l’information du colonel Azali, a dit ce que devait être un journaliste travaillant pour un organe de l’État : un serviteur, non pas du peuple, ni de l’État, mais du gouvernement, étant entendu que pour lui, ce n’est pas le peuple qui par ses impôts paye les fonctionnaires, mais le gouvernement. Visant notamment Ahmed Ali Amir, il avait déclaré qu’un journaliste d’Alwatwan devait uniquement véhiculer les idées du gouvernement et qu’autrement, il devait aller chercher du travail dans un journal privé. Cette thèse a été remarquablement reprise par le Ministre de l’intérieur et de l’Information Hamada Abdallah récemment, dans une phrase qui restera longtemps dans les Annales du journalisme aux Comores : « Tout journaliste d’un média d’Etat qui veut avoir la liberté d’écrire ou de parler, a l’obligation de se mettre dans le moule du gouvernement, ou bien il doit avoir l’honnêteté intellectuelle d’aller travailler dans un organe privé ».

Contrairement à ce qu’on peut penser Mohamed Abdou Soimadou a eu une longue expérience de journaliste, au sein de l’ASEC. Il a même été Directeur de publication de l’organe de cette association marxiste, Usoni en 1977. C’était le temps des articles glorifiant le camarade Mao et attaquant avec virulence la révolution soilihiste. Le temps où il était de bon ton de chérir le centralisme démocratique et où les militants étaient « cordialement invités » à l’autocritique permanente. Un autre monde.

Depuis, Mohamed Abdou Soimadou a fait du chemin, passant entre les gouvernements et les partis politiques, presque toujours au premier plan. Du Front Démocratique au parti du président Ikililou, en passant par l’UNDC du président Taki. On le croyait Secrétaire Général du RIDJA, il est un des fondateurs de l’UPDC ! À donner le tournis.

Cette nomination est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient à l’approche d’élections législatives et municipales que le pouvoir en place craint fortement de perdre. De plus, le parti du président a déclaré récemment sa volonté de devenir le relais de la communication du gouvernement.

Mais, c’est ici que le gouvernement du président Ikililou montre ses faiblesses, il n’a pas pris en compte les changements intervenus dans les médias. Si la télévision et la radio sont encore suivies par beaucoup de Comoriens, la diffusion d’Alwatwan reste symbolique. La censure d’un tel journal ne rapporte qu’une mauvaise image au gouvernement et n’a aucune efficacité. On l’a vu récemment lorsque le Ministre Hamada Abdallah a fait retirer Alwatwan-mag n° 14 des kiosques, il a été lu au delà des lecteurs habituels par la diffusion sur internet. Mais, il est facile de comprendre que les journalistes sont dans la blogosphère et qu’ils peuvent publier ce qu’ils veulent sous des pseudonymes ou par des intermédiaires qui sont de véritables leaders d’opinion. C’est ce qui manque au gouvernement actuel, obligé d’aller chercher dans le passé des médias comoriens Mohamed Abdou Soimadou.

Mahmoud Ibrahime

 

Colères des politiciens maorais après le Conseil des Ministres de la COI à Moroni

Colères des politiciens maorais après le Conseil des Ministres de la COI à Moroni

Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général de Mayotte

Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général de Mayotte

Pour consolider leurs relations, les îles de l’océan indien membre de la COI se réunissent chaque année pour discuter sur des points sensibles et importants au sujet de l’économie, l’environnement, la coopération régionale… Du 10 au 11 avril, le Conseil des Ministres de la COI s’est tenue à Moroni pour discuter de l’ouverture de l’organisation à d’autres Etats, son autonomie financière ainsi que d’autres sujets jugés stratégiques. Tous les représentants des îles membres présents se disent satisfaits du déroulé de la réunion et de l’accueil chaleureux qui leur a été réservé par les autorités comoriennes. Par ailleurs, Ahmed Attoumani Douchina, désigné par le président du Conseil Général de Mayotte s’est vu interdit de participer à cette réunion. Un geste qui choque profondément les Maorais en général et une honte pour le Conseil Général en particulier. Le plus triste pour les dirigeants politiques maorais, c’est le fait que Douchina a été interdit par ceux qui étaient censés le défendre. A Mayotte c’était la panique générale, les habitants croyant que la décision venait directement des autorités comoriennes. Mais, mardi 16 avril, lors du journal de 19 heures de Télémayotte, l’invité du jour, Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général a donné plus de précisions sur la question. Il a dit comprendre la position des autorités comoriennes sur le représentant maorais. Mais ce ne sont pas eux qui l’ont interdit de prendre part à la réunion selon le président du Conseil Général. C’est plutôt Claudine Ledoux, ambassadrice déléguée à la coopération régionale dans l’Océan Indien. Daniel Zaïdani trouve ce geste très dangereux pour l’avenir et le devenir de Mayotte. « C’est dangereux pour notre département et une honte pour les responsables de la République française qui n’osent pas défendre à haute voix et beaucoup de fermeté le statut de Mayotte à l’extérieur des territoires français, surtout à Moroni » a-t-il déclaré. Le président du Conseil Général a appris aux Maorais qu’il a désigné Attoumani Douchina parce que le Préfet lui avait dit que Mayotte pouvait participer à ce Conseil des ministres de la COI. Ce refus de Claudine Ledoux de la participation d’Attoumani Douchina à cette réunion de la COI s’est produit quelques semaines avant le quatrième anniversaire de la départementalisation de l’île de Mayotte. Il faut également noter que les dirigeants politiques maorais ne sont pas indifférents à ce qui se passe en ce moment en Europe de l’Est, notamment en Crimée, l’annexion de celle-ci par la Russie étant jugée par l’État comorien et dans le monde comme comparable au cas maorais.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

UDC. INVESTITURE DU NOUVEAU BUREAU DE LA COOPERATIVE DES ETUDIANTS

UDC. INVESTITURE DU NOUVEAU BUREAU DE LA COOPERATIVE DES ETUDIANTS

Le nouveau bureau de la coopérative des étudiants de l’Université des Comores(UDC) a été  investi ce jeudi 10 mars sur le Campus de Nvouni. Ce bureau est composé de 7 personnes et il est présidé par Mhadji Ahmada, un étudiant de deuxième année de licence d’Administration Economique et Sociale(AES). Les autres membres du bureau sont : MM. Said Hassane (L2 Droit, Vice-president), Nourdine M’madi (L2 Droit, Secrétaire Général),Moindjié Absoir (L2 Sciences Economiques,Trésorier Général),Ali Soulé (L2 AES, Porte parole), Ahmada Saïd(L2 AES, Trésorier-adjoint) et Mlle Nadia Ali Bacar (L2 AES Coordinatrice Générale).

AbouMoussa

Abdou elwaheb Msa

La cérémonie d’investiture a été honorée par la présence du Gouverneur de l’île de Ngazidja, le commissaire à la production de l’île, celle de l’éducation, ainsi que plusieurs personnalités gouvernementales, politiques, diplomatiques, religieuses et une frange importante de la notabilité. Il faut cependant noter l’absence remarquée du ministre de l’éducation.

Plusieurs danses folkloriques ont été exécutées pour égayer la cérémonie. Plusieurs discours ont été également prononcés, à commencer par le mot de bienvenue du maire de la commune de Bambao Yadjou. Celui-ci n’a pas manqué de louer la magnificence du site de l’UDC de Nvouni et a exhorté les étudiants à persévérer dans leur travail s’ils veulent garantir la réussite de leurs études.

Le président sortant de la coopérative, M. Nadhuf Attoumani Ibrahim, a dressé un bilan sommaire de ses deux ans de mandat. Son successeur a, quant à lui, repris à son compte les revendications portées par les étudiants lors de la dernière grogne sur le campus. Sa priorité est d’œuvrer pour l’ouverture d’un restaurant universitaire, le raccordement du site au réseau internet et la résolution des difficultés sur l’électricité, ainsi que le transport. Préoccupé par la dispersion des organisations étudiantes, le nouveau président de la coopérative du campus de NVouni compte s’investir pour la réunification de toutes les coopératives universitaires pour en faire une seule et unique organisation étudiante. Il est vrai que chaque campus de l’UDC dispose de sa propre coopérative étudiante.

Quant au doyen de la faculté de lettres, vice-président de l’Université et président de son Conseil Scientifique, Dr Mbaraka Abdallah Charif, il a passé en revue toutes les difficultés que rencontre le campus de Nvouni et a sollicité solennellement le soutien des autorités étatiques. En bon père de famille, M. Hassaani Hamada alias Labrosse a, en sa qualité de chef du site de Nvouni, imploré les étudiants de se comporter en étudiants modèles et a demandé qu’on reconnaisse que depuis dix ans beaucoup a été fait à l’UDC, même si beaucoup reste à faire.

La cérémonie a pris fin avec le discours du Gouverneur de l’Île, M. Mouigni Baraka Said Soilih. Dans son allocution celui-ci a, d’emblée, annoncé que le gouvernement de l’Union a débloqué un financement pour la réfection rapide du tronçon routier reliant le carrefour de Mdé au campus de Nvouni. Il s’est, par ailleurs engagé à faire un plaidoyer pour une véritable prise en compte des légitimes doléances des étudiants par les autorités gouvernementales.

Abdou elwahab Msa Bacar

Ibouroi Ali Tabibou fait entrer les Makua dans l’histoire des Comores

Soutenance de thèse

Ibouroi Ali Tabibou fait entrer les Makua dans l’histoire des Comores

 

L’historien Ibouroi Ali Tabibou est rentré à Moroni ce lundi 7 avril après avoir soutenu sa thèse à l’Université de la Réunion le 26 mars dernier. Dirigé par le spécialiste de l’esclavage et du servilisme dans l’Océan Indien, Sudel Fuma, Ibouroi Ali Tabibou a mené à terme une étude intitulée « Des Makua et de leurs descendants aux Comores ». Après trois heures d’exposé et de questions-réponses, le jury lui a accordé la mention Très honorable.

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Après la soutenance

À 50 ans passés, c’est à un sujet fastidieux auquel s’est confronté cet enseignant-chercheur de l’Université des Comores. Cela fait un bon moment qu’il a entrepris cette thèse sur l’esclavage. Il en était devenu le spécialiste avant même d’avoir soutenu. Malheureusement, ses moyens ne lui permettaient pas de se déplacer dans l’océan indien ou en Europe pour consulter des archives. Le programme de coopération et de soutien des enseignants de l’Université des Comores lui a permis de faire les déplacements nécessaires.

La thèse décrit le système d’esclavage tel qu’il a été mis en place aux Comores surtout après l’introduction de l’agriculture de rente. L’auteur aborde donc une période qui s’étend de 1870 à 1970. Les esclaves prélevés sur la côte mozambicaine viennent servir dans les plantations des étrangers installés dans l’archipel ou des sultans. Parfois, ils ne font que transiter aux Comores avant de se retrouver ailleurs. Malgré l’abolition officielle de l’esclavage, il se continue sous d’autres formes jusqu’à l’esclavage moderne que décrit Ibouroi Ali Tabibou.

Dans un tel travail la difficulté première qui a rebuté beaucoup de chercheurs c’est le manque d’archives et le silence de ceux qui pourraient témoigner, mais qui préfèrent souvent se confier à des chercheurs étrangers. C’est donc à cela que s’est heurté le chercheur comorien.

Quelques minutes après sa soutenance, il confiait à la rédaction du blog Mlimengu sa fierté d’avoir mené à terme ce projet et déclarait : « Ma carrière est derrière moi ».

Ibouroi Ali Tabibou est un de ces hommes rares dans ce pays, ces hommes qui ont sacrifié leur vie pour le bien du plus grand nombre, sans jamais dévier et sans jamais rien demander en retour. Il est le véritable père du syndicalisme comorien qu’il a porté de ses bras pendant tant d’années, à tel point qu’il est plus connu sous le nom de « Ibouroi Syndica ».

Formé au msomo wa nyumeni, membre discret du Front Démocratique, il a passé tout son temps dans les luttes syndicales, à défendre ses collègues et même l’ensemble des travailleurs comoriens, mais aussi à se faire des ennemis dans la classe politique. Une classe politique qui a fini par reconnaître ses mérites puisqu’il a été élevé au rang de Chevalier du Croissant Vert en 2012. Le moment venu, Ibouroi a su passer la main à une nouvelle génération de syndicalistes et se consacrer un peu à sa vie familiale et à la recherche. C’est ainsi qu’il y a 4 ans, sa femme et lui ont eu la joie d’accueillir leur premier enfant.

Parmi les historiens d’aujourd’hui, il est sans doute celui qui pouvait le mieux porter une telle recherche qui demande certes de connaître et de vivre au jour le jour la société comorienne, mais aussi une certaine opiniâtreté et de l’audace dans un milieu où la grande majorité donnerait tout pour qu’on lui invente un ancêtre esclavagiste plutôt qu’un esclave. Dans un pays où les diverses exigences poussent chacun à s’inventer un ancêtre arabe, et si possible descendant du prophète.

Avec cette thèse, Ibouroi, le syndicaliste, non seulement ouvre des horizons pour les jeunes qui se lancent dans la recherche historique aux Comores, mais il rend aussi leur dignité aux Makua, une composante essentielle de la population comorienne, jusqu’ici refoulée dans les parties obscures de l’histoire nationale. Par le regard qu’il a posé sur cette population jusque-là ignorée et même méprisée, il nous dit : Eux aussi, comme les sultans ou les notables politiciens méritent tout autant qu’on y consacre des études et des recherches car plus que les autres, ils ont construit ce pays avec leurs bras, leur sueur et leur sang. Les historiens du futur ne pourront que le remercier. Puissent-ils avoir autant d’audace.

Mahmoud Ibrahime

Alwatwan du 11 avril 2014

 

Mayotte. Zena Meresse n’est plus

Mayotte. Zena Meresse n’est plus

 

Zena Meresse, l’une des figures du combat des Maorais pour la séparation avec les Comores, est décédée dans la nuit du vendredi 11 avril 2014 et enterrée à Pamandzi le samedi suivant, après la prière de l’answir. Elle fut dans les années 1960, l’une des lieutenants de Zaïna Mderé dans les opérations contre le gouvernement comorien. Elle a souvent raconté pour les médias et pour les Archives de Mayotte comment les « chatouilleuses » s’en prenaient à des ministres comoriens en les chatouillant, même s’il est fort probable qu’aucun ministre comorien n’a réellement subi cette épreuve (ou un seul).

Zaina-Méresse

Zena Méresse, ancienne Soroda, Conseillère Général de Mayotte, Conseillère municipale de Dzaoudzi

Comme beaucoup de filles à cette époque, elle est sortie très tôt de l’école occidentale pour se consacrer aux études religieuses dans les shioni. Plus tard, elle se marie à un Français (Marcel Meresse). Ce mariage lui permet de mieux connaître la langue française et c’est par ce biais qu’elle entre dans le mouvement « Soroda ». En effet, c’est Zéna Mderé qui est venue la chercher pour faire l’interprète auprès des autorités françaises lors des négociations. Cela valu à son mari qui travaillait dans l’administration d’être renvoyé par le gouvernement de l’autonomie interne. Même après avoir gagné leur procès contre l’administration, le couple vivra de bricoles pendant 15 ans.

Dès lors, Zena Meresse sera de tous les combats contre le gouvernement de Saïd Mohamed Cheikh : elle fait partie des femmes qui lapident sa résidence en 1966, elle est parmi celles qui entrent dans les administrations pour retirer les portraits du président comorien (à sa demande après sa visite mouvementée). Elle est présente lors de l’affrontement entre « Serrer-la-main » dont une délégation veut se rendre à Moroni et des « Soroda » qui veulent les en empêcher, événement au cours duquel fut tuée par balle Zakia Madi (13 octobre 1966). Elle est parmi les militants du Mouvement Populaire Maorais (MPM) qui mènent l’attaque contre l’office de Radio (ORTVR) à Dzaoudzi afin de le fermer.

Zena Méresse est née à Kani-Kélé vers 1933. C’est aussi la ville où naquit sa mère, mais sa grand-mère venait de Sainte-Marie, une île de Madagascar qui avait demandé son rattachement à la France au moment où la Grande Ile prenait son indépendance. La France avait refusé sans hésitation.

La grand-mère s’était installée à Sandravangue, un des quartiers historiques de Pamandzi, avant d’être mariée par un homme de Kani-Kelé. Zena Meresse a donc vécu toute sa vie à Pamandzi, où elle repose depuis samedi.

Après l’indépendance Zena Meresse a été élue Conseillère Générale (seule femme jusqu’à très récemment) et Conseillère municipale de Pamandzi. Elle occupa ce dernier poste pendant 12 ans. Son combat contre l’État comorien et pour un rattachement définitif avec la France n’a jamais cessé, bien qu’elle reconnaissait qu’avant l’autonomie interne les relations entre tous les Comoriens étaient bonnes avec des mariages entre les gens des quatre îles.

Zena Méresse était devenue officier de la Légion d’Honneur l’année dernière.

Mahmoud Ibrahime