LA PATRIMONIALISATION DES PARTIS POLITIQUES

LA PATRIMONIALISATION DES PARTIS POLITIQUES*

A l’heure où les partis politiques vont se réunir en conclave en vue d’un « Consensus Historique » sur les sujets d’intérêts nationaux, l’on s’interroge sur le devenir des partis politiques dans notre pays.

Crise des partis

AbouMoussa

Dr Abdou Moussa, juriste et Enseignant à l’UDC

Le parti politique, traditionnellement défini comme une « réunion d’hommes qui professent la même doctrine politique », a perdu sa vigueur au niveau national. Sur le plan institutionnel, les partis politiques nationaux ne s’emploient guère à l’organisation de la démocratie, en dépit des dispositions de l’article 6 de la constitution qui prévoient que les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage, ainsi qu’à la formation civique et politique du peuple. Autant parler sans ambages : il y a belle lurette que les partis politiques nationaux ne véhiculent aucune idéologie, ni politique, ni économique, ni philosophique, ni religieuse. Ils n’exercent guère leur mission d’éducation civique, politique et idéologique pour les citoyens et les générations futures. Avec l’avènement du pluralisme et l’euphorie démocratique des années 1990, l’on assistera à la prolifération effrénée des partis politiques « nucléaires ». Et avec l’institutionnalisation de la présidence tournante, les partis traversent une crise sans précédent avec les défections, les scissions, ainsi que l’éclosion des partis insulaires, régionaux, voire villageois.

La figure du père tutélaire

Pire, le parti politique comorien parait de plus en plus comme un groupement autour d’un homme, et non comme un groupe d’hommes partageant un idéal commun et des objectifs similaires et qui s’allient pour promouvoir un programme commun. Le parti est conçu comme la chose d’une personne, la chose du leader-fondateur. C’est comme si c’était la propriété du président-fondateur et celui-ci a tendance à l’administrer comme il gère ses biens patrimoniaux et familiaux. Il se personnifie au parti et place tous les autres, cadres et adhérents, sous sa tutelle. Quiconque tentera de s’affranchir de l’ombre du père tutélaire, d’émerger, de se positionner et de constituer une alternative, ou d’incarner l’alternance de cette dictature de fait, connaitra ses foudres. Il sera banni du parti et crucifié. Le leader-fondateur mourra sur le trône et le parti avec lui. Le credo c’est « soit c’est moi, soit c’est le néant ». Malheur aux ambitieux qui chercheraient à incarner la relève du père tutélaire. L’histoire politique récente le témoigne, et ce n’est pas la crise qui mine actuellement le parti CRC qui nous démentira.

Consensus historique

Ce phénomène de patrimonialisation connait son paroxysme avec la « monarchisation »des partis politiques par la nouvelle génération des leaders qui régentent leurs partis sans partage, de telle sorte qu’on confond la désignation du parti et leur propre nom. Que puisse ce « consensus historique » aboutir à des convergences de vue devant favoriser l’émergence d’un fort et véritable mouvement politique réunissant des personnalités politiques nationales, et à la tête duquel ces personnalités daigneront placer le meilleur d’entre eux. Un parti débarrassé de la figure du père tutélaire qui plane partout et qui constituera une vraie école pour le peuple et les générations futures.

Abdou elwahab Msa Bacar

*Article publié au quotidien Al-Fajr N° 92 du jeudi 10 avril 2014

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