Ibouroi Ali Tabibou fait entrer les Makua dans l’histoire des Comores

Soutenance de thèse

Ibouroi Ali Tabibou fait entrer les Makua dans l’histoire des Comores

 

L’historien Ibouroi Ali Tabibou est rentré à Moroni ce lundi 7 avril après avoir soutenu sa thèse à l’Université de la Réunion le 26 mars dernier. Dirigé par le spécialiste de l’esclavage et du servilisme dans l’Océan Indien, Sudel Fuma, Ibouroi Ali Tabibou a mené à terme une étude intitulée « Des Makua et de leurs descendants aux Comores ». Après trois heures d’exposé et de questions-réponses, le jury lui a accordé la mention Très honorable.

Ibouroi_soutenance

Après la soutenance

À 50 ans passés, c’est à un sujet fastidieux auquel s’est confronté cet enseignant-chercheur de l’Université des Comores. Cela fait un bon moment qu’il a entrepris cette thèse sur l’esclavage. Il en était devenu le spécialiste avant même d’avoir soutenu. Malheureusement, ses moyens ne lui permettaient pas de se déplacer dans l’océan indien ou en Europe pour consulter des archives. Le programme de coopération et de soutien des enseignants de l’Université des Comores lui a permis de faire les déplacements nécessaires.

La thèse décrit le système d’esclavage tel qu’il a été mis en place aux Comores surtout après l’introduction de l’agriculture de rente. L’auteur aborde donc une période qui s’étend de 1870 à 1970. Les esclaves prélevés sur la côte mozambicaine viennent servir dans les plantations des étrangers installés dans l’archipel ou des sultans. Parfois, ils ne font que transiter aux Comores avant de se retrouver ailleurs. Malgré l’abolition officielle de l’esclavage, il se continue sous d’autres formes jusqu’à l’esclavage moderne que décrit Ibouroi Ali Tabibou.

Dans un tel travail la difficulté première qui a rebuté beaucoup de chercheurs c’est le manque d’archives et le silence de ceux qui pourraient témoigner, mais qui préfèrent souvent se confier à des chercheurs étrangers. C’est donc à cela que s’est heurté le chercheur comorien.

Quelques minutes après sa soutenance, il confiait à la rédaction du blog Mlimengu sa fierté d’avoir mené à terme ce projet et déclarait : « Ma carrière est derrière moi ».

Ibouroi Ali Tabibou est un de ces hommes rares dans ce pays, ces hommes qui ont sacrifié leur vie pour le bien du plus grand nombre, sans jamais dévier et sans jamais rien demander en retour. Il est le véritable père du syndicalisme comorien qu’il a porté de ses bras pendant tant d’années, à tel point qu’il est plus connu sous le nom de « Ibouroi Syndica ».

Formé au msomo wa nyumeni, membre discret du Front Démocratique, il a passé tout son temps dans les luttes syndicales, à défendre ses collègues et même l’ensemble des travailleurs comoriens, mais aussi à se faire des ennemis dans la classe politique. Une classe politique qui a fini par reconnaître ses mérites puisqu’il a été élevé au rang de Chevalier du Croissant Vert en 2012. Le moment venu, Ibouroi a su passer la main à une nouvelle génération de syndicalistes et se consacrer un peu à sa vie familiale et à la recherche. C’est ainsi qu’il y a 4 ans, sa femme et lui ont eu la joie d’accueillir leur premier enfant.

Parmi les historiens d’aujourd’hui, il est sans doute celui qui pouvait le mieux porter une telle recherche qui demande certes de connaître et de vivre au jour le jour la société comorienne, mais aussi une certaine opiniâtreté et de l’audace dans un milieu où la grande majorité donnerait tout pour qu’on lui invente un ancêtre esclavagiste plutôt qu’un esclave. Dans un pays où les diverses exigences poussent chacun à s’inventer un ancêtre arabe, et si possible descendant du prophète.

Avec cette thèse, Ibouroi, le syndicaliste, non seulement ouvre des horizons pour les jeunes qui se lancent dans la recherche historique aux Comores, mais il rend aussi leur dignité aux Makua, une composante essentielle de la population comorienne, jusqu’ici refoulée dans les parties obscures de l’histoire nationale. Par le regard qu’il a posé sur cette population jusque-là ignorée et même méprisée, il nous dit : Eux aussi, comme les sultans ou les notables politiciens méritent tout autant qu’on y consacre des études et des recherches car plus que les autres, ils ont construit ce pays avec leurs bras, leur sueur et leur sang. Les historiens du futur ne pourront que le remercier. Puissent-ils avoir autant d’audace.

Mahmoud Ibrahime

Alwatwan du 11 avril 2014

 

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