Mayotte. Zena Meresse n’est plus

Mayotte. Zena Meresse n’est plus

 

Zena Meresse, l’une des figures du combat des Maorais pour la séparation avec les Comores, est décédée dans la nuit du vendredi 11 avril 2014 et enterrée à Pamandzi le samedi suivant, après la prière de l’answir. Elle fut dans les années 1960, l’une des lieutenants de Zaïna Mderé dans les opérations contre le gouvernement comorien. Elle a souvent raconté pour les médias et pour les Archives de Mayotte comment les « chatouilleuses » s’en prenaient à des ministres comoriens en les chatouillant, même s’il est fort probable qu’aucun ministre comorien n’a réellement subi cette épreuve (ou un seul).

Zaina-Méresse

Zena Méresse, ancienne Soroda, Conseillère Général de Mayotte, Conseillère municipale de Dzaoudzi

Comme beaucoup de filles à cette époque, elle est sortie très tôt de l’école occidentale pour se consacrer aux études religieuses dans les shioni. Plus tard, elle se marie à un Français (Marcel Meresse). Ce mariage lui permet de mieux connaître la langue française et c’est par ce biais qu’elle entre dans le mouvement « Soroda ». En effet, c’est Zéna Mderé qui est venue la chercher pour faire l’interprète auprès des autorités françaises lors des négociations. Cela valu à son mari qui travaillait dans l’administration d’être renvoyé par le gouvernement de l’autonomie interne. Même après avoir gagné leur procès contre l’administration, le couple vivra de bricoles pendant 15 ans.

Dès lors, Zena Meresse sera de tous les combats contre le gouvernement de Saïd Mohamed Cheikh : elle fait partie des femmes qui lapident sa résidence en 1966, elle est parmi celles qui entrent dans les administrations pour retirer les portraits du président comorien (à sa demande après sa visite mouvementée). Elle est présente lors de l’affrontement entre « Serrer-la-main » dont une délégation veut se rendre à Moroni et des « Soroda » qui veulent les en empêcher, événement au cours duquel fut tuée par balle Zakia Madi (13 octobre 1966). Elle est parmi les militants du Mouvement Populaire Maorais (MPM) qui mènent l’attaque contre l’office de Radio (ORTVR) à Dzaoudzi afin de le fermer.

Zena Méresse est née à Kani-Kélé vers 1933. C’est aussi la ville où naquit sa mère, mais sa grand-mère venait de Sainte-Marie, une île de Madagascar qui avait demandé son rattachement à la France au moment où la Grande Ile prenait son indépendance. La France avait refusé sans hésitation.

La grand-mère s’était installée à Sandravangue, un des quartiers historiques de Pamandzi, avant d’être mariée par un homme de Kani-Kelé. Zena Meresse a donc vécu toute sa vie à Pamandzi, où elle repose depuis samedi.

Après l’indépendance Zena Meresse a été élue Conseillère Générale (seule femme jusqu’à très récemment) et Conseillère municipale de Pamandzi. Elle occupa ce dernier poste pendant 12 ans. Son combat contre l’État comorien et pour un rattachement définitif avec la France n’a jamais cessé, bien qu’elle reconnaissait qu’avant l’autonomie interne les relations entre tous les Comoriens étaient bonnes avec des mariages entre les gens des quatre îles.

Zena Méresse était devenue officier de la Légion d’Honneur l’année dernière.

Mahmoud Ibrahime

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