Mois: avril 2014

Mes 4 questions à Fahmi Saïd Ibrahim

Mes 4 questions à Fahmi Saïd Ibrahim

 

IrchadFahmiMOI: M. le ministre bonsoir.

FSI: Bonsoir Irchad.

 

1_MOI: J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt la création de la J-Pec (jeunesse du PEC). Une idée ingénieuse et novatrice aux Comores. Je dis bien aux Comores car chez nous la jeunesse a toujours été sacrifiée au profit

de l’ainé, des Wadjombas ou même des notables. Je vous en félicite!

Mais concrètement de quoi s’agit-il ? Une antichambre pour canaliser une jeunesse en mal de militantisme et de leadership ou une réelle démocratie participative avec un mouvement de jeunes qui aura son mot à dire au

sein du parti?

 

1_FSI: Le constat est très simple, 65% de la population comorienne a moins de 30 ans! Il faut impliquer cette jeunesse dans le destin du pays. Les Comores leur appartiennent en premier car c’est elle qui a l’avenir devant elle. Pour nous, la 50aine passée, nous sommes presque finis. C’est essentiellement pour elle que je m’engage! Il appartient à cette jeunesse de participer pour définir le destin de notre pays. Voilà pourquoi j’ai décidé de créer la JPEC pour que la jeunesse puisse prendre part aux choix, à nos décisions, partager notre vision et surtout influer au sein du parti pour que ensembles nous donnions une chance à notre pays.

Je vais vous faire 2 confidences mon cher Irchad.

Premièrement, je vous annonce que lors des prochaines élections communales, c’est la JPEC qui va conduire nos listes. Elles seront constituées de 95% de jeunes. Ensuite ce sera la parité intégrale et je m’en tiendrai s’il plait à Dieu.

 

2_MOI: Dans son édition du 07 mars dernier, le journal Le Monde nous livrait une déclaration de M. Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, pour le moins ambiguë. 

Il citait « En Droit international, on ne peut pas faire un référendum pour modifier des frontières. Imaginez un département de France qui demande son indépendance ! Et si cela se généralisait à d’autres Etats … »  et il renchérissait par..« Tout dépend de la question qui va  être posée. S’il s’agit d’aller vers davantage de décentralisation, d’accord. Mais si, en revanche, c’est une manière de changer les frontières, cela pose problème ».

Tollé général dans la société civile comorienne ainsi que toute la blogosphère! Deux poids deux mesures entendait-on !?

Coup de théâtre, lors d’une conférence de presse, face à John Kerry, secrétaire d’état américain, le chef de la diplomatie russe M. Serguei Lavrov lâche un pavé dans la mare en déclarant, je cite : «La Crimée est pour la Russie beaucoup plus que les Comores pour la France»

Quelle est votre réaction par rapport à tout cela, surtout à la transposition que tous les comoriens n’ont pas manqué de souligner par rapport à ces évènements majeurs? Le rattachement de la Crimée à la Russie suite au référendum et ces déclarations assez explicites émanant de ces deux personnalités importantes. Comment expliquez-vous le mutisme de toute la classe politique comorienne?

 

2_FSI: Ecoutez, je ne voudrais pas porter un jugement sur la classe politique comorienne, mais il est vrai que c’est assez étonnant. Quant au gouvernement comorien j’ai été quelque peu choqué par son silence. Je pense que c’était une chance extraordinaire pour les Comores de s’appuyer sur les contradictions de la diplomatie française et de la lecture qu’elle fait du droit international.

D’abord, je voudrais opposer ce qu’a dit Fabius à propos des Comores et ce qu’a dit Lavrov au sujet de la Crimée et surtout un ancien premier ministre français en la personne de Michel Rocard. Ce dernier a soutenu depuis une dizaine d’années qu’aux yeux du droit international, l’occupation de Mayotte est illégale !

Ceci étant, je pense que notre gouvernement a failli sur toute la ligne. Il aurait dû s’engouffrer dans cette brèche pour tenter de se faire comprendre au niveau international. Moi, j’ai eu l’occasion de le dire sur les plateaux d’AFRICA-24 lors du dernier sommet UE-Afrique qui s’est tenu dernièrement à Bruxelles. Je n’ai pas manqué de dénoncer les positions française et de l’Europe. Cette hypocrisie inacceptable ! Je pense que l’Europe ne peut plus donner des leçons à la Russie.

Aux yeux du droit, la Russie viole la règle, la norme internationale comme la France l’a violée depuis 1976 jusqu’à nos jours. Savez-vous que le référendum de 1976 était postérieur à l’admission des Comores « 4 ILES » à l’ONU comme Etat, comme une nation, comme un pays. Donc l’argument de L. Fabius ne tient pas puisqu’aujourd’hui les Comores sont reconnus en tant que tels et c’est la raison pour laquelle tant de résolutions des nations unis condamnent la France. Pour moi, la Russie viole le droit international au même titre que la France s’agissant du cas de l’ile comorienne de Mayotte. Pour ce qui est du silence des dirigeants comoriens, je me demande vraiment si c’est l’invitation du 14 juillet ou la dernière réunion du COI visant à intégrer Mayotte dans cette commission. Mais si tel était le cas, si Mayotte venait à être intégrée comme entité à la COI, les COMORES devraient immédiatement la quitter !

3_MOI: Lorsque vous étiez ministre en charge des relations extérieures sous la mandature de l’ex-président Sambi, vous avez été celui qui a signé les fameux accords de défenses nous liant à la France. Accords signés avec Hervé Morin ancien ministre de la défense sous Sarkozy, alors que nous le savons tous qu’en parallèle et en coulisse se tramait le processus ayant conduit dans un premier temps à la départementalisation de Mayotte puis aujourd’hui à sa rupéisation. 

Ne vous sentez-vous pas responsable de l’échec de nos relations bilatérales avec l’ancienne puissance coloniale, au même titre que toute la classe politique comorienne depuis l’indépendance? Et quelle est la place des maorais dans votre approche ?

 

3_FSI: Alors, je voudrais d’abord apporter une légère précision, mon cher Irchad, les dits accords de défenses concernaient les deux ministères de défense concernés. Le département comorien et son homologue français. Ces fameux accords ont été négociés, rédigés, préparés par le ministre de la défense de l’époque, mon ami et collègue Mohamed Bacar Dossar ainsi que l’ancien chef d’état major qui était en exercice à savoir le général Salimou.

Quand je suis devenu ministre, j’ai été mandaté en conseil des ministres pour aller signer ces accords. Je ne suis nullement concerné et ces accords ne concernaient nullement mon ministère, comme les accords monétaires ne concernent pas le ministère de l’éducation nationale.

Les accords monétaires sont en charge du ministre des finances, j’imagine que vous le savez bien ! J’ai été uniquement mandaté pour des raisons de commodité pour aller signer. Maintenant ce qu’il faut savoir, les accords dont il est question aujourd’hui sont meilleurs que ceux datant de 1978. Ceux de 78 étaient extrêmement dangereux  parce qu’en son sein, il était inséré des clauses secrètes qui autorisaient certaines pratiques. Je vous donne un exemple, ils ont permis que l’ancien président Dhojar soit enlevé puis « déporté » sur l’ile de La Réunion. Voyez-vous ? Bien que ce n’était pas l’initiateur de ces accords, sachez qu’il y’a un principe républicain qui s’appelle « La Solidarité Gouverbementale » ..  je reste solidaire au gouvernement pour lequel j’étais membre.

Nous nous devons un devoir de vérité cher Irchad. Il faut savoir que les Comores et la France sont liés. Nous sommes liés par plusieurs accords. Les accords de défenses mais également par les accords monétaires. Il faudra qu’on se le dise et qu’on arrête de tricher avec les comoriens.

Voulons-nous avoir des relations avec la France ? Oui ou Non !

Si oui, nous devons accepter de coopérer avec elle. Mais en acceptant de le faire ça ne doit pas nous enlever l’obligation de défendre nos intérêts comme la France sait si bien le faire pour ce qui est de la défense des siens. Ou alors, il y’a l’autre option. Nous ne voulons pas de la France, mais dans ce cas là, qu’on rompt nos relations avec elle, qu’on quitte la zone franc et qu’on trouve les moyens ailleurs ! Avons-nous les moyens d’assumer décision ? Je reste pragmatique car ceci ne doit pas relever de l’improvisation.

 

4_MOI : Lors de la dernière tournée française de l’ex-président Sambi pour le lancement de son parti le Juwa, vous avez été aperçu sur l’estrade aux cotés des barons de ce partis et je vous avoue que nous sommes nombreux à nous être posé la question si le PEC s’était dissous et absorbé par celui-ci au même titre que les autres partis communément appelé sambistes comme le PCP de Sounhadj, le PRD de Ahmed Djaffar ou même celui de Sidi ? Et si Sambi se déclarait candidat pour 2016, le serez-vous aussi ou pas?

 

4_FSI : Vous savez M. Irchad, je suis un homme loyal. Je ne serai jamais ingrat. Il y’a eu un rapprochement politique avec l’ancien président Sambi mais nos rapports sont et reste politiques. J’ai servi et ai été très heureux de servir le président Sambi. C’est une très belle expérience de travailler à ses côtés. Sambi est un homme d’Etat, un homme pour qui je voue un profond respect. Maintenant, j’ai crée un parti politique depuis 5 ans, nous avons donné une vision des Comores d’aujourd’hui et de demain. Nous avons fait le livre blanc, et je suis sûr qu’en tant qu’observateur avisé vous ne l’ignorez pas, nous l’avons publié, et j’estime que nous avons une petite avance par rapport au nouveau parti Juwa.

Maintenant, rien n’est exclu, tout est possible. En politique, toutes les options sont autorisées. Une alliance, une fusion, tout est possible ! Ma position n’est pas encore arrêtée.  Donnons du temps eu temps, laissons l’avenir nous guider.

Moi : Mais en 2016, servez vous candidat ou pas ?

FSI : Je ne sais pas ! D’abord .. euh .. pour le moment, je ne suis candidat à rien. Je suis candidat aux idées. Je me porte candidat pour contribuer à la réflexion et aux idées. Vous savez on n’est pas obligé d’être au pouvoir ou au gouvernement pour apporter dans le débat d’idées dans le but de faire améliorer les choses.

 

MOI : Merci M. le Ministre.

FSI : C’est moi qui vous remercie

Propos recueillis par Irchad Abdallah

LA PATRIMONIALISATION DES PARTIS POLITIQUES

LA PATRIMONIALISATION DES PARTIS POLITIQUES*

A l’heure où les partis politiques vont se réunir en conclave en vue d’un « Consensus Historique » sur les sujets d’intérêts nationaux, l’on s’interroge sur le devenir des partis politiques dans notre pays.

Crise des partis

AbouMoussa

Dr Abdou Moussa, juriste et Enseignant à l’UDC

Le parti politique, traditionnellement défini comme une « réunion d’hommes qui professent la même doctrine politique », a perdu sa vigueur au niveau national. Sur le plan institutionnel, les partis politiques nationaux ne s’emploient guère à l’organisation de la démocratie, en dépit des dispositions de l’article 6 de la constitution qui prévoient que les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage, ainsi qu’à la formation civique et politique du peuple. Autant parler sans ambages : il y a belle lurette que les partis politiques nationaux ne véhiculent aucune idéologie, ni politique, ni économique, ni philosophique, ni religieuse. Ils n’exercent guère leur mission d’éducation civique, politique et idéologique pour les citoyens et les générations futures. Avec l’avènement du pluralisme et l’euphorie démocratique des années 1990, l’on assistera à la prolifération effrénée des partis politiques « nucléaires ». Et avec l’institutionnalisation de la présidence tournante, les partis traversent une crise sans précédent avec les défections, les scissions, ainsi que l’éclosion des partis insulaires, régionaux, voire villageois.

La figure du père tutélaire

Pire, le parti politique comorien parait de plus en plus comme un groupement autour d’un homme, et non comme un groupe d’hommes partageant un idéal commun et des objectifs similaires et qui s’allient pour promouvoir un programme commun. Le parti est conçu comme la chose d’une personne, la chose du leader-fondateur. C’est comme si c’était la propriété du président-fondateur et celui-ci a tendance à l’administrer comme il gère ses biens patrimoniaux et familiaux. Il se personnifie au parti et place tous les autres, cadres et adhérents, sous sa tutelle. Quiconque tentera de s’affranchir de l’ombre du père tutélaire, d’émerger, de se positionner et de constituer une alternative, ou d’incarner l’alternance de cette dictature de fait, connaitra ses foudres. Il sera banni du parti et crucifié. Le leader-fondateur mourra sur le trône et le parti avec lui. Le credo c’est « soit c’est moi, soit c’est le néant ». Malheur aux ambitieux qui chercheraient à incarner la relève du père tutélaire. L’histoire politique récente le témoigne, et ce n’est pas la crise qui mine actuellement le parti CRC qui nous démentira.

Consensus historique

Ce phénomène de patrimonialisation connait son paroxysme avec la « monarchisation »des partis politiques par la nouvelle génération des leaders qui régentent leurs partis sans partage, de telle sorte qu’on confond la désignation du parti et leur propre nom. Que puisse ce « consensus historique » aboutir à des convergences de vue devant favoriser l’émergence d’un fort et véritable mouvement politique réunissant des personnalités politiques nationales, et à la tête duquel ces personnalités daigneront placer le meilleur d’entre eux. Un parti débarrassé de la figure du père tutélaire qui plane partout et qui constituera une vraie école pour le peuple et les générations futures.

Abdou elwahab Msa Bacar

*Article publié au quotidien Al-Fajr N° 92 du jeudi 10 avril 2014

Un nouveau bureau pour l’association des étudiants comoriens à Paris 8

Un nouveau bureau pour l’association des étudiants comoriens à Paris 8

 

L’association des étudiants comoriens à l’université Paris 8, connu sous le nom d’ « Arc-en-ciel » a désormais un nouveau bureau après avoir été dirigée pedant longtemps uniquement par Ibrahim Barwane. Le Vendredi 28 mars, une soixantaine d’étudiants ont procédé aux élections des nouveaux responsables de ce groupement. « Il était temps. Cette association était inactive. Personnellement j’ignorais son existence jusqu’au 5 décembre 2013 lors du forum des associations au sein de l’université alors que je suis inscrite depuis 2012  », confirme, à la sortie des élections, Feyrouz Ahmed, étudiante en Licence 2 de Géographie.

Mahamoud Said, étudiant en Master 2 Histoire et Civilisation, est élu président de « l’Arc-en-ciel » avec 73% de voix contre 27% pour son adversaire Mahamoud Ali, ancien enseignant aux Comores et actuel étudiant en Master 2 Mathématique et Informatique. Wardat Youssouf, étudiante en Master 1 en Science et Economie devient la secrétaire générale après avoir battu Abidine, étudiant en Licence 3 de Sociologie. Le troisième élu, Abdourahim Ahamed, étudiant en Master 1 d’Economie occupe la trésorerie.

BureauParis8

Au centre, Mahamoud Saïd, nouveau président d’Arc-en-Ciel

 

« Nous allons restructurer et redynamiser l’association. Car elle était méconnue par beaucoup d’étudiants comoriens. C’est comme si elle n’existait pas. Il n’y avait qu’une seule personne qui occupait tous les postes. D’ailleurs, c’est ce qui m’a motivé à présenter ma candidature. Les étudiants comoriens notamment les nouveaux arrivants ont besoin d’être aidés sur l’intégration, l’orientation et sur les démarches administratives  », a déclaré le nouveau président avant d’ajouter que « certes la tâche n’est pas facile, mais j’estime avoir les capacités requises pour faire fonctionner l’association. J’ai déjà travaillé avec l’administration de l’université et je connais les recoins ainsi que les démarches à opter afin d’aider les étudiants comoriens à régler leurs problèmes car c’est le but essentiel de ce groupement  ».

Toutefois, Mahamoud Said regrette une absence massive des étudiants lors des élections. « Avec plus de 228 étudiants comoriens inscrits à Paris 8, une soixantaine s’est présentées pour voter. C’est déplorant. Je pense qu’il est temps de changer ces mentalités », dit-il.

S’agissant des autres postes, les nouveaux élus ont affirmé qu’ils sont en train de réfléchir aux personnes qui doivent les occuper. Interrogé sur l’Etat actuel de « L’arc-en-ciel », le président affirme « nous n’avons hérité que d’un nom et de statuts, ainsi que le local. Nous espérons la reformer ».

Le nouveau bureau espère prendre contact avec la coopérative de l’Université Des Comores et sensibiliser les étudiants de l’université des Comores sur les études en France, et informer les étudiants sur les contacts à connaître une fois l’inscription faite à Paris 8.

Quant à Ibrahim Barwane, ancien président de la structure depuis 2007, et membre fondateur, il se réjouit des réalisations qu’il a pu concrétiser. « De nombreux étudiants ont pu obtenir leurs inscriptions ou démarches administratives grâce à mon dévouement et mon soutien. Je me suis bataillé pour avoir le local de l’association au près de la présidence de l’université », dit il tout en précisant que « j’ai créé le concept vendredi de l’arc-en-ciel. Il s’agit des conférences qui se tenaient à l’université Paris 8 qui abordaient tous les sujets et qui ont permis aux étudiants d’échanger avec des chercheurs, des politiciens, des économistes ainsi que des artistes ». Ce doctorant en anthropologie avance que « j’ai réalisé ce travail bénévolement et je n’ai jamais sollicité de l’argent à quiconque et donc je n’ai pas de comptes à rendre à personne ».

Notons que parmi les universités françaises, Paris 8 est celle qui accueille le plus d’étudiants d’origine comorienne chaque année, elle a donc été rebaptisée Nvouni-sur-seine par les Comoriens, en référence au site de Nvouni de l’Université des Comores.

 

Cependant, ces étudiants regrettent le fait qu’ils ne reçoivent aucune aide de la part du consulat des Comores à Paris. « Nous sommes livrés à nous même. Certes le consul nous délivre des attestations boursières qui nous permettent de pouvoir régler nos problèmes à la préfecture, mais rien de plus. La preuve il y a eu la mort d’une étudiante comorienne qui était à Paris 8 en juillet dernier, et aucun responsable du consulat n’était présent lors de la prière à la défunte et aucun communiqué de condoléances n’a été diffusé », déclare avec désolation Ibrahim Saandi Kemba, étudiant en Master 2 en Sciences politiques.

Fondée le 14 février 1998, selon les statuts, l’Arc-en-ciel a comme principal but de préserver l’unité et la solidarité des tous les étudiants comoriens de Paris 8 et de défendre les intérêts communs et personnels de ses membres au sein de l’université.

Natidja Hamidou

Rencontre entre le Ministre de la Production et les étudiants de l’AECR (La Réunion)

Rencontre entre le ministre de la production et les étudiants de l’AECR (la Réunion).

De passage à la Réunion le Ministre de la Production, de l’Energie et de l’Environnement du gouvernement du président Ikililou Doinine a souhaité rencontrer les étudiants qui s’y trouvent. Abdou Nassur Madi a donc échangé avec les membres de l’Association des Étudiants comoriens à la Réunion au Campus universitaire le 4 avril dernier.

Le Ministre comorien a mis en évidence sa principale mission qui n’est autre que de « chercher appuis et assistance pour les perspectives mises en place par le président Ikililou Dhoinine ».

Après avoir brièvement passé en revue le bilan politique du régime en place (le maintien du payement des salaires, la mise en place d’une cellule anti-corruption,…), Abdou Nassur Madi s’est lancé dans le dossier du pétrole en affirmant qu’il y a une forte probabilité qu’il aboutisse. Il y voit d’ailleurs le résultat d’une politique qui tend vers un changement radical par rapport au mode de gouvernement des régimes précédents.

Le ministre a rappelé aux étudiants que  son ministère est « le ministère de la vie ». Il a précisé qu’en l’état actuel des choses il n’y aura pas de solution aux problèmes d’énergie vues les difficultés qui ankylosent la société d’Etat, la Mamwe. Les études faites sur la géothermie, l’énergie solaire et celle dite éolienne sont des projets coûteux dont le financement nécessite plusieurs milliards.

AECR

Le Ministre Abdou Nassur Madi au centre

Dans le domaine de la production agricole, l’idée de mettre en place une Chambre d’agriculture permettrait d’encadrer les agriculteurs, de contrôler le prix d’achat et avoir recours à des commandes en cas de pénurie. La Chambre d’agriculture pourrait aussi aider à l’établissement des données statistiques dans le domaine agricole. Le ministre a enfin appris aux étudiants qu’une société de pêche est déjà mise en place par le gouvernement. Les pêcheurs seront des fonctionnaires de l’Etat. La société devrait débuter ses activités, officiellement, au plus tard en juillet 2014, selon le ministre.

Avant de clôturer cette rencontre, le Secrétaire Général de l’AECR, AMIR Mohamed, au nom de l’Association, a confié un message au ministre pour son homologue de l’éducation, de la jeunesse et des sports, ainsi que pour le gouvernement entier. Il s’agit de mettre en place un processus d’aide aux étudiants voulant poursuivre leurs études supérieures en intégrant, par exemple, les jeunes candidats en M2 et ou en thèse dans le programme du financement de bourses de la coopération française ; ou en revoyant les anciens accords de bourse qui étaient signés entre les Comores et la Réunion. Ce rapporteur a mis en évidence que les visites des autorités comoriennes devaient être officialisées pour qu’il y ait des échanges et une planification cohérents entre les autorités d’aujourd’hui et les étudiants.

 AMIR Mohamed  

Une forte croissance en trompe–l’œil pour les Comores

Une forte croissance en trompe –l’œil pour les Comores

subprimesDepuis 2008 une crise économique dite des « subprimes », partie des Etats-Unis touche de plein fouet les pays de la triade (Amérique du Nord, Union Européenne et Asie Orientale). Seuls les pays émergents, la Chine en tête, parviennent à avoir une croissance à deux chiffres ; le taux de croissance de la zone euro varie entre 0.3 à 1.5 pour cent. L’activité économique ne démarre pas convenablement et la courbe du chômage est à la hausse dans beaucoup de pays de l’Union Européenne, à l’exception de l’Allemagne.

Certains pays, parmi les moins avancés, en marge de la mondialisation, connaissent une forte croissance en trompe-l’œil : c’est le cas des Comores.

L’archipel peine à sortir du sous-développement et pourtant selon les chiffres du Fond monétaire international (FMI) repris par le bilan économique de 2014, les Comores ont eu une croissance de 3.5 en 2013 et de 4 pour cent de croissance pour 2014.

L’ économie de l’archipel repose sur deux principaux secteurs à savoir : le secteur primaire (agriculture , pêche) et le secteur tertiaire (marchand : service et commerce) et non marchand (la fonction publique). L’agriculture, à elle seule, représente 40 % du PIB , les envois d’argent de Comoriens vivant à l’étranger , dont 300000 en France, alimentent un quart du PIB.

En février de cette année, les pays membres du club de Paris ont procédé à l’effacement de la dette du pays d’un montant de 5,9 millions d’euros, enfin une réduction de l’inflation de l’ordre de 3,2 %. Cette croissance en trompe-l’œil de l’économie Comorienne depuis 2012 n’ a pas des conséquences immédiates en terme d’emplois, ni une réduction du taux de la pauvreté. Il faut rappeler que 45 % des Comoriens continuent de vivre sous le seuil de la pauvreté. On constate que beaucoup d’indices économiques tels que le taux de chômage, le salaire minimum du travailleur comorien ne sont jamais fournis par les autorités comoriennes aux créanciers des Comores (FMI, BAD Banque mondiale et CLUB DE PARIS).

Cette absence d’outils économiques et statistiques de l’économie de l’archipel marque le manque de volonté des majorités politiques successives à définir une politique économique claire visant à redresser le pays ou à réduire les inégalités et la pauvreté qui ne cessent de croitre depuis quarante ans d’indépendance. Les changements de majorités suscitent toujours de nouveaux espoirs, mais ce sont les désillusions et le désespoir qui prennent le dessus après l’euphorie des premières années de pouvoir de l’équipe en place. Les manifestations des enseignants, des étudiants de l’Université des Comores et autres catégories sociales témoignent un raz-bol social. Le pays fonde des espoirs dans l’ exploitation pétrolière au large du Mozambique, les autorités veulent être prêtes à le trouver. En 2013, elles se sont dotées d’un code pétrolier avant de lancer des activités de prospections. Il faut espérer que cette source d’énergie fossile aidera le pays à emprunter la voie du développement .

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY