Mois: mai 2014

Ali Soilihi : athée ou musulman progressiste ?

Ali Soilihi : Athée ou musulman progressiste ?

Ali Soilihi un peu avant sa mort

Ali Soilihi un peu avant sa mort

La mort atroce du Président Ali Soilihi a été perçue comme une libération par l’immense partie de la population comorienne. Des manifestations de joie ont été organisées dans les grandes villes comoriennes ainsi que dans les hameaux pour fêter la fin du régime du « kafir » et célébrer le retour d’Ahmed Abdallâh et ses chiens de guerre, lesquels furent cornaqués par un certain Bob Denard. Accueilli en libérateur, invité dans toutes les fêtes organisées à l’occasion, Bob Denard, sera baptisé à la hâte Mustapha Mhadjou par les chefs religieux. Prénom musulman et nom typiquement comorien qui connote l’enracinement à la terre et la longévité. Cet accueil plus que chaleureux fut interprété par Denard comme un feu vert qui lui fut offert par la population comorienne pour régler ses comptes avec Ali Soilih. Vindicatif, Denard n’aurait en aucun cas raté cette occasion en or pour se venger d’Ali Soilih, lequel s’est bien servi de lui pour chasser Abdallah au pouvoir. Dès l’arrestation du Mgongozi, ses collaborateurs (membres des comités et Bawa mwassi) ont été cloués au pilori et ont subi la hargne d’une population déchaînée. Certains furent emprisonnés, d’autres furent contraints de balayer les rues de la capital. Des histoires abracadabrantesques les unes des autres furent inventées pour le dénigrer et discréditer l’action du Mongozi. Sans exception, toutes les classes élitaires se sont coalisées pour célébrer leur victoire sur Ali Soilih et ses jeunes « Imberbes ». Les politiciens ont fêté la disparition du despote qui les a emprisonnés durant son règne (1975 -1978). Les notables, éternels gardiens du « Anda na Mila » se sont réjouis de l’assassinat du Comorien qui a voulu faire table rase de cette tradition plus que séculaire. Plus surprenant, un troisième larron tapi derrière cette mort tragique : le religieux. Celui-ci a applaudi l’assassinat du « kafir » et a refusé catégoriquement de lui offrir un enterrement (lavage et prière) digne d’un musulman.
Mais, pourquoi Ali Soilihi avait mauvaise presse auprès de la classe religieuse de l’époque ? Quelles sont les raisons qui ont poussé les religieux traditionalistes à le taxer d’ « athée « , libéral même « apostat » allant jusqu’à lui refuser les rites de tout mort musulman, alors que tous les Comoriens le voyaient prier ? Avait-il renoncé à la fois musulmane ?

En effet, courageux et déterminé à changer la société comorienne, le fils du Grand notable Soilihi Mtsachiwa n’avait en aucun cas peur de ferrailler avec certaines forces solidement installés aux Comores. Dès son arrivée au pouvoir, les attaques contre l’instrumentalisation de la religion par certains guides religieux furent récurrentes. En Chevalier blanc des opprimés et hercule des exclus, Ali Soilih ne ménageait aucun effort pour ériger une société égalitaire. Son maître mot « égalité » ! Rien que l’égalité ! Pas de classe sociale ! Ni dominant, ni dominé « Si yassa ya ou fakouzi na oussawa »! Égalité entre homme et femme ; égalité entre descendants des bantous et des arabes (Sharifs et Daroueche). En sus de cela, le Président Soilihi, fut Convaincu que la religion de Mahomet, censée être celle des va-nu-pieds, des lépreux, des sans caleçons, des sans titres, enfin des laissées-pour – compte ne doit pas être instrumentalisée pour privilégier certaines classes sociales. Débatteur hors norme, méprisant la langue de bois, doté d’un charisme incommensurable et d’une éloquence inégalée, il s’est attaqué avec virulence aux guides religieux qui se servaient de la religion pour s’embourgeoiser au non d’une affiliation honorifique au détriment des préceptes de l’Islam dictés par le Coran (verset 13 AL HUJRAT) et la conduite prophétique (Sunna). Adabu Mbali ! Matsodzi Mbali ! Telle est la pierre angulaire de sa philosophie. C’est ainsi, qu’il déclara en Octobre 1977 « je ne suis pas un ennemi de l’Islam, ce sont eux les vrais ennemis de cette religion par leurs comportements et leurs propos, car ils veulent que la religion ce soit eux, et eux la religion ce qui contrarie la philosophie prophétique ; s’il y a une mésentente entre le chef religieux et le chef de la révolution, cela suppose qu’il y en a, au moins, un qui ignore ses obligations et ses limites ». Autrement dit, ces deux personnalités devraient avoir le même combat : la lutte contre les classes sociales, contre le paganisme préislamique, contre les dépenses ostentatoires et surtout la sorcellerie, pratique vivement condamnée par l’Islam et qui est érigée en sport national aux Comores. Sans doute, il a voulu façonner le religieux comorien à l’image d’un bon guide religieux au service de la gloire divine bien expliquée par l’Imam Al ghazal dans son fameux et sacré livre « Ihaya ou ouloumou dini : la revivification des sciences religieuses » et Imam Al Haddad dans son Nassa-ihou adiniya. La fougue de la jeunesse aidant, Ali Soilihi fut un homme aux convictions fixées, mais aussi un provocateur hors norme. Croyant en la droiture de ses convictions et donc imbu de la cause révolutionnaire, il ordonna en 1977 aux chefs religieux de choisir librement leur groupe socioprofessionnel : ledjougou tsihou nne tou : mongozi wadini ou mongozi wa mila natsi woungagui ou mongozi wassiyassa : « vous avez quatre jours pour choisir librement votre groupe socioprofessionnel : guide religieux, politiciens, ou charlatans mais pas les trois à la fois …, que chacun travaille pour gagner sa vie, car le maître par excellence, le prophète, était un travailleur acharné ; il ne vivait pas ni de la sorcellerie ni des invocations soufflées ici et là ». Tels propos n’aurait jamais plu aux chefs religieux mais plutôt suscitaient leurs ires contre le guide révolutionnaire et accentuaient par conséquent leurs divergences.


N’en déplaise à ses détracteurs, Ali Soilih s’est attaqué à certains tabous de la tradition comorienne, à l’instar de la place de la femme comorienne dans la société. Jadis, calfeutrée chez elle comme une perle rare (surtout l’aînée destinée au grand mariage : mwanazidakani), sans éducation, ni perspective d’avenir que celle d’obéir et de se faire aimer par son futur mari, le Mongozi a eu le courage de briser les carcans préhistoriques qui enchaînaient les femmes comoriennes et les a mises sur les railles de l’émancipation. Forcées d’apprendre un métier, de suivre des cours d’alphabétisation, voire de se marier après plus 20 ans de fiançailles, aujourd’hui la plupart d’entre elles lui en sont très reconnaissantes.

Mais dans cette bataille lequel était plus religieux que l’autre ? Ali Soilihi qui ferraillait pour instaurer une République égalitaire ou certains de ses détracteurs qui furent, à la fois, notables, sorciers et guides religieux ? A chacun d’entre nous de juger ! Mais l’Histoire semble plaider en faveur d’Ali Soilihi.

Par ailleurs, loin d’être Mustapha Kemal Attaturk, Ali Soilihi n’a jamais été un partisan d’une occidentalisation à outrance de la société comorienne. Il n’a jamais rejeté l’islam. Il a œuvré pour une religion toilettée d’une lecture passéiste ce qui lui permettait d’en faire une interprétation plus en phase aux réalités modernes, tout en se forçant d’authentifier ses décisions auprès de certains religieux qui soutenaient son combat.

Dans un entretien avec Said Ahamada Mbaé, journaliste de la Radio Comores, en Octobre 1977 il déclara « le président est le garant de toutes les religions cohabitant aux Comores, dans ce cas, il n’a pas de religion particulière, mais Ali fils de Soilihi Mtsachiwa a sa religion qui est l’Islam et s’efforce avec ses frères à la défendre partout ou besoin sera ». C’est à l’issu de ces propos que ses détracteurs l’on qualifié d’apostat. Mais, soyons objectifs et examinons les faits historiques. N’était-il pas le seul et unique président, qui a organisé et valorisé l’enseignement coranique, en payant les maîtres coraniques ? N’a t- il pas exigé que le discours du vendredi soit traduit en comorien afin que les Comoriens comprennent mieux leur religion ? N’a t’il pas ordonné aux comités révolutionnaires de veiller à ce que les jeunes observent le ramadan et accomplissent leurs cinq prières ? N’a –t- il pas fait la lutte contre la sorcellerie et les dépenses excessives une obsession personnelle ? Quel Président apostat aurait eu une telle attitude ? Amon sens, Ali Soilih n’était pas ni athée ni apostat mais un intellectuel musulman progressiste comme tant d’autres : Avicenne, Ibn Rushd, Fakhr al-din –al Razi, Jamel-eddine al –afghani, Nasser, Bourguiba, Mohamed Talbi, Mohamed Arkoun et consort. Certes, il a commis des erreurs inhérentes à l’exercice de son pouvoir comme tous les présidents qui ont gouverné les Comores. Il pourrait être qualifié d’un despote comme ses successeurs. Cependant, son despotisme fut éclairé et éclairant. Il se battait, peut être maladroitement, pour l’honneur, l’intégrité, la dignité et surtout le développement des îles Comores au grand dam des parangons du néocolonialisme. Ceux qui ont accueilli avec faste, Bob Denard, rebaptisé par eux même « babou nar : la porte de l’enfer » se sont mordus les doigts. En somme, pour honorer ce grand patriote, tombé en martyre, les autorités comoriennes devraient décréter le 29 Mai date de son assassinat jour de prières et de recueillements en sa faveur. Conscient que ses jours étaient comptés, il répétait sans cesse : (Ye tarehi ndo hakimu !) L’Histoire n’est-il- pas le juge parfait ? Libres aux Comoriens de le juger après son assassinat par la coalition bringuebalante constituée par les notables, les guides religieux et les mercenaires

Abdou Katibou

29 mai 1978 : Mongozi Ali Soilihi est assassiné

Tombe d'Ali Soilihi à Chouani

Tombe d’Ali Soilihi à Chouani

29 mai 1978 : Mongozi Ali Soilihi est assassiné

Si le 13 Mai 1978 marque la fin de la Révolution comorienne, le 29 Mai de cette même année a vu la fin du MONGOZI (Guide) du peuple comorien, Ali SOILIH, assassiné sur ordre des dirigeants comoriens qui ont pris le pouvoir, suite au coup d’Etat.

Comme à l’accoutumée, les autorités et les citoyens comoriens affluent massivement à Chouani (sud ouest de l’île de Ngazidja) pour fêter l’anniversaire de la mort du Révolutionnaire Ali Soilih Mtsachiwa. Les jeunes de Chouani organisent, comme chaque année, une cérémonie qui sera suivie par les autorités politiques, les notables et les jeunes du pays pour écouter différents orateurs après la lecture du Saint Coran, lecture dédiée au défunt Mongozi Ali Soilihi.

Les orateurs ne font généralement que relater sa biographie, la pensée philosophique, les actions entreprises, la portée de sa politique, ses sacrifices, sa volonté de servir son peuple, son amour et son civisme vis-à-vis de son Etat ; mais aussi les obstacles rencontrés pendant cette période.

Certains regrettent de ne pas être restés fidèles à sa doctrine. D’autres se culpabilisent et demandent pardon publiquement du fait d’avoir déstabilisé son action. Ceux qui embrassaient ses idées ou les jeunes qui n’ont pas vécu pendant ses deux ans et huit mois (2 Février 1976 au 13 Mai 1978) pendant lesquels Ali Soilihi était à la tête du pouvoir, rêvent d’un régime, comme celui qui a avorté. « Pour les acteurs de ce régime comme pour une grande majorité des comoriens, et même pour l’historien, il reste comme un goût d’inachevé », soutient l’historien Mahmoud IBRAHIME dans son article paru dans ‘’Tarehi’’ n°1 (février-mars-avril 2001, p.23). Ses adversaires d’hier sont devenus ses principaux défenseurs d’aujourd’hui. Même ceux qui veulent détourner les élections évoquent toujours son nom.

Cependant, des jeunes autorités assoiffées de pouvoir et qui voudraient se démarquer dans la société cherchent sans cesse des alibis pour détourner les esprits, afin de construire leur propre histoire. Nous faisons référence à Mohamed Issimaïla et Hamada Madi Boléro, respectivement ancien ministre de l’éducation et actuel directeur de Cabinet du président de la République. Ces derniers oublient que « Ye Tareh Ndo Ha’kim » (« l’histoire est le seul juge ») comme disait le Guide lui-même. Sans oublier que la tonalité prophétique de cette phrase nous met toujours en veille, bien après sa disparition, sans exagération. Le seul mot qu’il aurait prononcé au moment de sa capture est : «wunu tsimsadjadja’ » (ô grand désordre), faisant référence à toutes les formes de détournements, de corruptions, de manipulations… qui allaient arriver.

 Amir MOHAMED

Houmed Msaïdié : « il faut regrouper un maximum de partis autour d’impératifs de développement »

Houmed Msaidie : « il faut regrouper un maximum de partis autour d’impératifs de développement »

Houmed Msaïdié, ancien député, ancien Ministre

Houmed Msaïdié, ancien Ministre

Les anciens ministres Houmed Msaidié, Kamar Ezzamane et leurs amis ont lancé ce samedi 24 mai un nouveau parti : le RADHI (Rassemblement pour une Alternative de Développement Harmonieux et Intégré). Les organisateurs affirment avoir réuni près de 5000 personnes au foyer des femmes de Moroni, trop petit pour accueillir tout le monde. Du coup, selon certains témoignages, il y avait autant de monde dedans qu’à l’extérieur. Le Secrétaire Général du nouveau parti, Houmed Msaidié, a accepté de répondre aux questions de la rédaction de Mlimengu.

Mlimengu – Vous avez mobilisé un grand nombre de Comoriens au Foyer des Femmes samedi dernier pour l’AG constitutive de votre nouveau parti, vous attendiez-vous à un tel succès ? Comment l’expliquez-vous ? 

Houmed Msaïdié – Cela fait des années que nous sommes sur le terrain et que nous nous battons pour tout ce qui touche la vie quotidienne de nos concitoyens, c’est pour cela que nous avons pu mobiliser autant. Nous sommes donc satisfaits. Ce fut un plaisir de voir autant de monde, plus de 5000 personnes venues assister à notre Assemblée Générale constitutive.

Mlimengu – Certains ont dit que c’étaient essentiellement des gens du Mbude et ont donné à ce rassemblement un caractère régionaliste…

Houmed Msaïdié – Qu’ils sachent que j’en suis fier ! Un homme politique qui n’a pas un fief ne peut pas s’imposer sur la scène politique. Que des citoyens qui m’ont élu à trois reprises député pour les représenter à l’Assemblée Nationale (les habitants du Mbude, et ceux du Mitsamihuli en plus pour la troisième fois) soient avec moi pour un tel événement, je ne peux qu’en être fier. Je vous avoue que cela m’a fait plaisir. Ils représentaient environ un tiers des présents. Et s’ils n’avaient pas été là ? Les mauvaises langues auraient alors dit : « Il n’est même pas capable de mobiliser dans son fief ». Et bien, ils étaient présents et j’en suis heureux !

 

AG du Parti RADHI (Ph. Oustadh Padré)

AG du Parti RADHI (Ph. Oustadh Padré)

Mlimengu – Pourquoi un nouveau parti au lieu de recomposer le paysage et ainsi réduire le nombre de partis qui est encore trop élevé ?

Houmed Msaïdié – Il faut avoir en tête que les leaders qui étaient dans cette Assemblée Générale représentaient quatre mouvements ou partis politiques. Et nous avons discuté, au total avec huit partis politiques, mais seulement quatre ont répondu à notre appel. Donc, nous n’avons pas ajouté un parti, nous avons diminué le nombre ! Mais, nous n’allons pas nous arrêter là. Nous pensons qu’il faut regrouper un maximum de partis autour d’impératifs de développement. RADHI regroupe quatre partis existant et vise à en regrouper d’autres.

Mlimengu – Quelles sont les grandes lignes des idées de ce parti ? En quoi diffère-t-il des autres partis ?

Houmed Msaïdié – Nous voulons un parti pragmatique, avec des idées qu’on peut mettre en pratique rapidement.

Par exemple nous pensons qu’il faut réduire le train de vie de l’État et le rendre crédible auprès des citoyens. Il y a un train de vie inacceptable. On ne peut pas comprendre que le Président ou les ministres restent si longtemps à l’extérieur, à tel point que dans les conseils des ministres on n’a parfois que quatre ou cinq ministres parce que les autres sont en voyage. Le président ne devrait faire que trois voyages obligatoires : à l’Assemblée Générale de l’ONU et aux deux sommets de  l’Union Africaine que nous voulons renforcer pour en faire une fédération de type Union européenne. Le président pourrait également se rendre à l’extérieur pour signer des contrats importants qui apportent des bénéfices au pays. Il n’y a pas de raison que le président se déplace plus de huit fois dans l’année.

Nous voulons donner une importance particulière à la Justice. Cela passe par la désignation de magistrats conscients de leur rôle et décidés à travailler correctement. C’est pourquoi nous proposons de rendre plus libres ces magistrats en associant les élus de l’Assemblée de l’Union à leur désignation. Le Président de la République pourrait ainsi soumettre une liste à l’Assemblée qui la validerait ou non. Les deux instances pourraient aussi, sous le contrôle du Conseil de la Magistrature, engager une procédure pour démettre un magistrat qui a failli à sa mission.

L’éducation doit aussi être parmi nos priorités. Nous voulons qu’au niveau de l’enseignement secondaire, on puisse initier les jeunes à des métiers afin que s’ils sortent du système scolaire trop tôt, ils puissent exercer un métier. Au niveau universitaire, nous devons privilégier la recherche fondamentale basée sur notre environnement et arrêter de fonctionner comme une université d’un grand pays développé tout en mettant sur les places publiques de plus en plus de chômeurs.

On pourrait par exemple développer le tourisme, en comptant sur nos propres potentialités. Cela pourrait résoudre en partie le problème du chômage des jeunes.

 

Mlimengu – Quelle est votre position sur la question de l’île comorienne de Mayotte ?

Houmed Msaïdié – Nous espérons fortement que lorsqu’il sera ici cet été, François Hollande engagera les trois parties dans un véritable processus de réconciliation et de règlement du conflit franco-comorien. Et cela passe nécessairement par la suppression du « visa Balladur ».

 

Foyer des Femmes plein (source facebook Radhi)

Foyer des Femmes plein (source facebook Radhi)

Mlimengu – Pensez-vous pouvoir participer aux prochaines élections ? Pour les présidentielles, quel sera le processus de désignation de votre candidat ?

 

Houmed Msaïdié – Nous comptons participer aux prochaines élections et cela à tous les échelons. En ce qui concerne le mode de désignation de notre candidat aux prochaines élections présidentielles, nous allons instituer  un système de primaires, un système démocratique qui puisse permettre aux militants de désigner leur candidat, s’il y a plus d’un candidat à la candidature.

 

Mlimengu – Votre parti est-il représenté dans la diaspora ?

Houmed Msaïdié – Oui, nous sommes représentés en France. Tous ceux qui veulent nous rejoindre doivent contacter Mme Aniami Mchangama, en région parisienne. C’est une femme volontaire, une femme de conviction, militante du Parti socialiste en France et qui est chargée de mettre en place les structures du parti RADHI en France.

Non seulement nous sommes représentés dans la diaspora, mais nous avons également intégré dans nos statuts la représentation de celle-ci et nous allons soutenir d’une manière claire et avec force les revendications de la diaspora dans les questions cruciales comme celles de son droit de vote ou de ses déplacements vers la mère-patrie.

Nous allons aussi engager un dialogue avec la diaspora pour qu’elle diversifie son investissement au pays dans des secteurs porteurs comme le tourisme et ne pas mettre toutes ses capacités d’investissement uniquement dans les produits de consommation liés au grand-mariage.

propos recueillis par Mahmoud Ibrahime et Idjabou Bakar

MOINAECHA DJALALI, candidate de l’Ump en 2016 ?

MOINAECHA DJALALI, candidate de l’Ump pour 2016 ?

MoinaechaDjalali

Moinaecha Djalali, candidate aux élections présidentielles des Comores en 2016

Le symbole est cruel, la démarche ahurissante et le tout révélateur d’une culture politique défaillante dans laquelle méconnaissance, désinvolture et ego surdimensionné conduisent a des situations intolérables.

Stirn, defenseur de « Mayotte francaise » en conférencier émérite sur 2016 !

Pour peu que l’on s’intéresse à l’histoire des Comores, voir le nom d’Olivier Stirn associé de nouveau à l’archipel doit irriter plus d’un. Et en animateur de conférence le 28 mai sur les élections présidentielles de 2016 aux Comores, encore plus ! Il n’est autre que le Ministre de l’Outre-mer en exercice sous Giscard en 1974. Autant dire l’homme chargé de défendre « Mayotte française », malgré une indépendance négociée. Un de ceux qui méritent incontestablement un statut aux yeux des « soroda » a Mayotte. Près de 40 ans après, le patriarche sort de sa paisible retraite dorée pour contempler admirablement son oeuvre, raviver la mémoire d’une plaie béante et rappeler au passage aux Comoriens que « l’eau, l’électricité et l’économie » demeurent encore et toujours les principales préoccupations de leur existence. A moins que l’associé d’Edifice capital, un fond d’investissement travaillant essentiellement en Asie et en Afrique opére un investissement à court terme.

 » Ye tarehi ndo hakim » clamait Ali Soilihi. Alors les combattants et militants pour l’indépendance apprécieront le recours à une icône de la France conservatrice, colonialiste pour parler des Comores actuelles.

Un bon pied de nez à contre courant de l’histoire. Surtout à l’heure où des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent et militent pour des hommes et femmes politiques ardents défenseurs des intérêts nationaux et peu suspects d’accointances avec des forces extérieures.

Or, une conférence au siège de l’UMP à Paris pour une candidate déclarée tend à corroborer la thèse inverse : le cordon ombilical n’est pas rompu.

 

Moinaecha, candidate décomplexée de l’UMP pour 2016

Pendant que d’autres présidentiables sillonnent les villes de France à la rencontre de la diaspora pour des opération séduction  » je t’aime-moi non plus » ( Sambi, Mahamoudou CBE, Fahmi Said Ibrahim, Kiki, Idi Nadhoim…) Moinaecha Djalali surprend tout le monde. Elle invite le tout Paris, ou plus exactement le tout « Mbeniconnect » à sonner le rappel à « toutes fins utiles » pour assister à une conférence dont elle est la principale invitée mardi 28 mai, rue Vaugirard. Orchestrée par le conseil National des Français pour la diversité la conférence porte sur les enjeux des élections présidentielles de 2016.

Ainsi, Moinaecha Djalali, candidate décomplexée de l’UMP assume pleinement sa stratégie d’afficher ostensiblement sa proximité non seulement idéologique mais aussi de se prévaloir d’un soutien patent d’une UMP  » majoritaire dans le pays depuis les dernières municipales ».

En effet,  » notre soeur/nièce, femme industrielle de son état, (…) semble jouir d’une sympathie toute particulière de la part (…) d’un grand parti de gouvernement de France » affirme un ex-soilihiste des premières heures apparemment ayant perdu ses illusions d’antan.

D’ailleurs, lors des élections municipales, la femme d’affaires avait rencontré la chef de file de la droite parisienne, Nathalie Kosciusko-Morizet. Ce faisant, elle devient l’héritière d’une vieille tradition d’une partie de la diaspora de la capitale, soutien inconditionnel de la chiraquie. La conférence n’est qu’un renvoi d’ascenseur.

Mais de là à ériger le siège de l’UMP en salle de lancement de campagne et des amis de Copé en concepteurs du projet de sociéte pour les Comores, il y a un pas à ne pas franchir.

 

Conférence ou investiture ?

La question mérite d’être posée, tant l’opération prend des allures de mise en scène. Le Conseil National des Français pour la Diversité endosse le rôle de manager, convie  » les différentes presses (écrites et télévisées) nationales et internationales » pour donner une dimension et une stature internationale à la candidate. Un peu comme une investiture officielle donc solonelle.

Autrement, une telle débauche d’énergies serait difficilement compréhensible si les « enjeux des élections présidentielles aux Comores » se réduisaient au tryptique : eau, électricité et économie. La conférence perd de sa pertinence et la médiatisation son intérêt. Juste au moment où d’autres prétendants à Beit-Salam s’évertuent à enchanter le rêve comorien avec « Comores, futures Qatar sous les cocotiers ». Car, il est bien vrai que ce n’est pas le patriarche Stirn, jeune loup des années 70 qui attire les projecteurs. Si vraiment, les élections en Union des Comores intéressait l’UMP, le casting aurait été autre.

Est-ce que le monde est sérieux? Ou est-ce qu’on veut nous faire croire que le slogan « Paris est magique » est devenu le sésame pour entrer à Beit-Salam ?

BAKARI Idjabou

Ainoudine Sidi a quitté le CNDRS

Ainoudine Sidi a quitté le CNDRS

ainou2

Mme Lacoste, chercheuse affectée à l’UDC et femme de l’Ambassadeur de France et Ainoudine Sidi ex-Directeur du CNDRS

Ils étaient nombreux au Centre National de Documentation et de Recherche Scientifique (CNDRS) samedi 17 mai pour rendre hommage au Docteur Ainoudine Sidi, remplacé à la tête de cette institution par  Nourdine Abdallah par un décret du Président de la République.

Les personnels du CNDRS étaient présents à la cérémonie. Les différentes personnalités de l’institution ont rappelé à tour de rôle les travaux réalisés par le directeur sortant. Ainsi, Toiwilou a prononcé un grand discours en français pour honorer Ainoudine en rappelant toutes les bonnes choses qu’il a réalisées pendant ses quinze ans de directions du CNDRS. Il a indiqué, entre autres, qu’Ainoudine n’a jamais renvoyé un employé du CNDRS durant sa période de direction. Au contraire, il a tissé des liens avec tous les personnels. C’est pourquoi, à la fin de son propos, il a conseillé à Ainoudine de rester pour toujours un enfant du CNDRS car l’institution aura toujours besoin de lui.

Ensuite madame Lacoste, chercheuse affectée à l’Université des Comores et femme de l’Ambassadeur de France aux Comores, a pris la parole pour parler largement de l’oeuvre de Ainoudine sur le plan national et international, ainsi que ses multiples occupations. Elle a aussi souligné que Ainoudine était la première personne qu’elle a rencontrée à son arrivée aux Comores grâce à ses écrits précieux et parfois sévères. Elle a ajouté la réalisation de la revue scientifique Ya mkobé.

Après Mme Lacoste, la parole est passée à Ainoudine Sidi. Il a longuement remercié tous les gens avec lesquels il a travaillé pendant ces quinze ans de fonction. « Vous étiez mes collègues, aujourd’hui vous êtes tous mes amis, wanama, wadzani » a-t-il souligné,  » et maintenant, je m’engage à l’université et sur les travaux de terrain avec mes étudiants ». A la fin de la cérémonie, Damir Ben Ali, est revenu sur la publication de la revue scientifique Ya mkobé en précisant qu’Ainoudine ne cessait de le consulter avant chaque publication. Enfin, il a souhaité la bienvenue à Nourdine Abdallah, nouveau directeur général, présent dans la salle, mais qui n’a pas pris la parole.

Abdillah Ali

Un kwasa a encore échoué entre Anjouan et Mayotte, 35 morts.

Un kwasa a encore échoué entre Anjouan et Mayotte, 35 morts.

Le peuple comorien était de nouveau en deuil le 13 mai dernier. Un kwasa-kwasa transportant 45 passagers, parti d’Anjouan vers Mayotte, a échoué en pleine mer. On comptabilise 35 disparus (morts) et 10 personne seulement ont été repêchés. Ce serait un membre de la famille d’une des victimes qui aurait informé les services de la police française du naufrage de cette embarcation.

Selon le journal France-Mayotte matin, l’embarcation a été bien vue par les radars français, seulement, comme elle n’était pas encore dans les eaux jugées françaises, ils ont décidé de ne pas intervenir directement, mais ont quand-même informé les autorités comoriennes.

Les Comoriens sont tristes et pleurent leurs enfants qui périssent régulièrement dans ce bras de mer pour tenter d’entrer à Mayotte en échappant à la police française. Ce drame se produit après celui qui est survenu la nuit du dimanche 9 au lundi 10 février 2014 qui a fait 6 morts (et un disparu), tous enterrés au cimetière de Mtsaperé.

Depuis 1994, nous comptabilisons 20 ans de souffrances, 20 ans de deuils répétitifs, 20 ans de douleurs. Les cœurs de tous les Comoriens saignent. Ce sont, à chaque fois, des hommes et des femmes jeunes qui meurent.

Qu’est-ce qui est le plus important pour un dirigeant que de défendre son peuple ? Si on continue à ignorer cette question capitale, celle de la disparition massive et brutale de beaucoup de nos compatriotes, comment sera l’avenir de notre pays ? Il est temps de réagir pour arrêter ces drames, car ce sont les enfants de notre patrie qui meurent pour tenter une meilleure vie de l’autre côté parce que dans les trois îles indépendantes la vie est difficile.

   Abdourahim Bacari

UCCIA/CCIA : Le Ministère des Finances s’engage enfin

UCCIA/CCIA : Le Ministère des Finances s’engage enfin

 

ArreteCCIA1 ArreteCCIA2Dans le conflit qui oppose le Président de l’Union des Chambres de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (UCCIA), Fahami Thabit à la Présidente de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (CCIA), Fatouma Nassor, le Ministère de tutelle a enfin pris une décision, conformément à la loi qui lui confie un pouvoir de substitution en cas de crise.

Cette décision est résumée dans l’arrêté 14-045/A/ du 30 avril 2014 signé par le Vice-Président Mohamed Ali Soilihi, Ministre des Fiances et de l’Économie.

Dans une interview récente accordée à La Gazette des Comores, le Président de l’UCCIA indiquait que son institution n’avait aucun conflit avec la CCIA, le Ministère semble penser autrement puisque l’article Premier de cet arrêté met en place une commission d’appui aussi bien auprès du bureau de la CCIA que du Secrétariat Général de l’UCCIA.

L’arrêté laisse comprendre que le gouvernement a penché vers les solutions proposées par le Mouvement des Entreprises Comoriennes (MODEC) dont les dirigeants étaient agacés par le pourrissement des relations entre les deux organisations. C’est en effet à deux membres de ce syndicat des patrons comoriens et à un membre de la Maison des Organisations professionnelles (MOP) que le Ministre des Finances a confié le soin de mettre de l’ordre dans les Chambres de Commerce.

Le Ministère ne donne qu’un mois à cette commission pour parvenir à deux objectifs : « faire élire les trois vice-présidents manquants » et « instaurer un climat de confiance au sein de l’institution ». Vues les relations catastrophiques entre les deux organisations et entre les membres, un mois pour ramener une situation normale paraît trop court, à moins de nommer des prophètes capables de miracles. Il est presque certain que ce délai sera prolongé.

De plus, une source qui a requis l’anonymat indique que le MODEC allait contester la présence de la MOP dans la gestion du conflit dans la mesure où certains membres de celle-ci étaient partie prenante dans ce conflit.

On se rappelle que dans l’objectif d’écarter la présidente actuelle de la CCIA, certains membre de l’organisation avaient mené une véritable guerrilla faite de plaintes contre elle auprès de la Justice, d’accusations gratuites relayées dans les réseaux sociaux, de démissions fracassantes dans l’objectif de paralyser l’instution… Le 10 mars dernier, les opposants à la présidente avaient même organisé une Assemblée régionale à Moroni et avaient désigné de nouveaux responsables. Mais, le gouvernement avait réagi en interdisant l’accès du site de la CCIA à ce groupe, y compris au Président de l’UCCIA. Fatouma Nassor et ses collaborateurs étaient les seuls à pouvoir y accéder.

C’est cette ligne qu’a suivi le Ministre des Finances en annulant dans cet arrêté les délibérations de l’Assemblée régionale du 10 mars 2014 (article 5) et en confirmant la présidente à son poste : « Hormis de ceux qui ont démissionné, les membres des organes délibérant et exécutif de l’établissement en fonction antérieurement à cette délibération (note de la rédaction : celle de l’Assemblée régionale du 10 mars 2014) continuent de l’exercer. »

Mahmoud IBRAHIME

 

Les mensonges du comité de soutien d’Azali

Les mensonges du comité de soutien d’Azali

TakiMoilimou

Le Président Taki et son Chef d’État-major, le colonel Moilim Djoussouf

Les élections présidentielles s’approchent et voilà que certains cadres, sans état d’âme, refusent la réalité pour essayer de faire passer un traitre pour un stratège. Azali Assoumani est bien connu pour sa traîtrise. Il a trahi le pays et ses amis plus d’une fois.

Pour défendre l’image d’Azali, mise à mal ces derniers jours par plusieurs articles (dont celui publié sur Mlimengu.com : https://mlimengu.com/2014/05/10/2008-laccord-secret-entre-le-president-sambi-et-le-colonel-azali/) et sur les réseaux sociaux, son comité de soutien, à travers une cellule de communication (composée de Bindjad Ismael, Mchangama Chabane et Ben Abdou Hamidou)  a publié lundi 12 mai, un communiqué, étonnant et plein de mensonges.

Ils affirment ainsi :  » En 1995, Azali Assoumani n’était pas chef d’état major. C’était plutôt le colonel Moilim Djoussouf. Azali Assoumani était sous ses ordres. » Il ne manquait plus qu’ils disent que c’est le colonel Moilim qui lui a donné l’ordre d’aller se réfugier à l’Ambassade de France.

Ils ajoutent plus loin :  » S’est il refugié à l’Ambassade pour fuir le Combat ? Faux : Azali Assoumani est allé demander un renfort extérieur. » (sic) Autrement dit, des mercenaires français attaquent les Comores et le chef de l’armée, se rend à l’ambassade de France pour chercher des renforts ?

Nous nous rappelons des événements comme si c’était hier, alors, on ne peut pas nous mentir d’une manière aussi éhontée que le fait le Comité de soutien du colonel Azali dans ce communiqué.

En 1995, à 3 heures du matin, des coups de feu provenant de mitraillettes et de lance-roquette retentissaient près du siège de Radio-Comores actuellement occupé par les bureaux de l’immigration. Arrivée dans les locaux de Radio-Comores, Azali Assoumani, chef de la Force Comorienne de Défense, et le lieutenant-colonel Soilihi alias Campagnard devaient ensemble, avec une section composée de nouvelles recrues empêcher la prise de la Radio par les mercenaires de Bob Denard. Azali a quitté les lieux au bout de quelques heures pour se rendre à l’Ambassade de France. Le combat a duré plus de 12 heures, de 3 heures du matin jusqu’à 18 heures du soir. Durant tout ce temps Azali était allé renforcer les hommes politiques, comme Caambi Elyachourtu, à l’Ambassade de France. Au cas où ces hommes politiques n’arriveraient pas à négocier avec les Français. Campagnard a été blessé, et Bob Denard reconnaissant la valeur militaire de cet homme l’a fait évacuer pour qu’il soit soigné.

Contrairement à ce qu’affirme la cellule communication du colonel Azali, Moilim Djoussouf n’était pas chef d’Etat-major, il s’occupait alors des Hydrocarbures. Azali Assoumani était bien le chef de l’armée en 1995. Par exemple, c’est lui qui allait à l’Assemblée Nationale pour défendre le budget de l’armée, selon le témoignage d’un ancien député. Les trois défenseurs d’Azali ne peuvent pas le dédouaner de ses responsabilités aujourd’hui. Ils ne peuvent surtout pas mettre l’opprobre sur un homme, le colonel Moilim, qui a servi son pays du mieux qu’il a pu et qui n’est plus de ce monde pour se défendre. Un an plus tôt, nous nous rappelons de l’opération qu’Azali a mené et qui a couté la vie au jeune Apache, accusé de vouloir organiser un coup d’Etat sans aucune preuve. « Opération Azali » pourquoi ? Tout simplement parce qu’il était à la tête de l’armée nationale comorienne.

Et s’il n’était pas le chef de l’Armée pourquoi irait-il négocier à l’Ambassade de France ? Messieurs Bindjad, Chabane et Hamidou vous devez trouver de vrais arguments pour défendre Azali car ce communiqué est truffé de contradictions.

C’est sous le régime Taki que Moilim Djoussouf fut nommé chef d’état-major et son second était le colonel Hassane Harouna. Durant les deux ans et demi que Mohamed Taki était au pouvoir, il a affecté Azali Assoumani à Voidjou, précisément à l’ENFAG, l’école de la Gendarmerie. Nous pouvons comprendre la décision du Président Taki sur Azali. Le président Taki a tout simplement constaté que l’ex-chef d’état-major a manqué à son devoir envers sa patrie. Ce n’est qu’à la fin de son régime que par l’entremise de Moilim Djoussouf, Azali revenant de l’école de Guerre à Paris, fut appelé, de nouveau,  à la tête de l’armée.

On nous dit qu’Azali n’a pas fui le combat lorsqu’il s’est caché dans une voiture pour entrer à l’ambassade de France. Quelle blague !

A 3 heures du matin l’ambassade de France n’était pas encore ouverte, il pouvait encore se battre en attendant. Ensuite, nous étions en 1995, et pas au XIXe siècle, en plus, il était au siège de la radio nationale. Donc, pas besoin de se déplacer jusqu’à l’ambassade pour demander du renfort. Avec le téléphone de la radio-Comores Azali pouvait joindre l’Ambassadeur de France ou bien lancer un communiqué pour informer non seulement l’ambassadeur de France mais aussi les représentants des institutions internationales présents dans notre pays. C’était aussi l’occasion d’informer la population sur ce qui se passait et la rassurer.

Et encore ! Était-ce à lui, un militaire d’aller négocier avec le représentant d’un État étranger, dont les assaillants étaient tous originaires ? N’était-ce pas le rôle des hommes politiques qui s’y trouvaient déjà ?

Azali Assoumani n’avait pas besoin d’aller à l’ambassade car depuis 3 heures du matin l’ambassadeur a été mis au courant de cette situation désastreuse par les tirs de mitraillettes et lance-roquettes car il habitait non loin des locaux de Radio-Comores. Il était à Voidjou et le consul de France occupait la maison de Tourqui Salime à la Coulée pas loin de la maison de Idi Nadhoim.

Azali Assoumani a toujours mis le pays dans des épreuves macabres qui risquaient de faire couler beaucoup de sang. Mais le peuple a pu surmonter ces épreuves. En 1999, l’arrivée d’Azali Assoumani au pouvoir était la conséquence d’une forte manipulation sur la bande de LEZA Massulaha de Maouéni dans l’Itsandra, Haitraki de Mbachile, Fundi Saïd soudeur de Dembeni et Sabata de Bangwa Kuni pour chasser les Anjouanais de la Grande-Comore. Il a profité de cette situation, notamment en la laissant pourrir, pour commettre son coup d’État.

Alors vous pouvez continuer à faire l’éloge de cet homme des mauvais coups, mais nous, nous n’avons pas oublié.

Abdourahim Bacari

Ahmed Ali Amir. Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

 

Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

AAA

Ahmed Ali Amir, Journaliste, Alwatwan

Jamais, de ma carrière de journaliste, je n’ai utilisé ce mode de communication pour adresser un message au premier magistrat du pays. Si j’en use aujourd’hui, c’est parce que mes nombreuses tentatives pour vous rendre une visite de courtoisie sont restées infructueuses et ma demande d’entrevue pour vous présenter les résultats de l’enquête de l’agence Thomson Reuters sur la situation des femmes dans les Etats membres de la Ligue Arabe n’a pas non plus obtenu gain de cause.

A travers cette lettre, je voudrais vous entretenir sur un sujet délicat : la crise de la presse comorienne. D’abord pour partager mes diagnostics, ensuite pour parler des responsabilités et enfin proposer des pistes de solution, dans l’espoir que vous y apporterez tout votre soutien.

Excellence M. le Président,

La presse comorienne est doublement en crise. Une crise éditoriale qui ne cesse de s’aggraver et une crise financière qui n’est pas près de voir le bout du tunnel. Cette crise se caractérise par la pauvreté éditoriale qui n’honore pas le pays et la médiocrité de l’écriture journalistique qui décrédibilise le métier.

Les journalistes se sont englués dans un doute collectif, une sorte de crisede conscience, parce qu’ils savent qu’ils s’écartent des principes de l’éthique journalistique et des règles déontologiques de l’exercice du métier. Les journaux, la presse audiovisuelle, en quête permanente de financement pour supporter les coûts exorbitants de production, se sont transformés en simples interfaces de communication des institutions nationales et du Système des Nations-unies. Certains organes, radios pour la plupart, ont choisi de jouer les relais de la propagande et des hauts responsables en font leurs choux gras. Et on assiste impuissant à une désaffection des plus belles plumes de la presse nationale.

Il est donc devenu coutumier de ne croiser les journalistes que dans les salles de conférence des hôtels, dépêchés pour couvrir les ateliers et les séminaires. Ils sont, par contre, totalement absents dans les zones où vit la population, absents dans les secteurs d’intenses activités sociales ou économiques pour parler des secteurs en difficultés ou en crise, des contraintes, ou des espoirs et des perspectives.

Or notre rôle, permettez-moi de le rappeler, est de rechercher l’information, la trier, la traiter, pour la rendre signifiante, assimilable et attrayante. Notre mission principale est de permettre surtout à nos concitoyens de comprendre le monde qui l’entoure pour pourvoir agir avec intelligence et être capable d’influer sur le cours des événements.

Dans le traitement de l’information, nous n’avons ni amis, ni ennemis. Nous avons un devoir d’objectivité et de neutralité. On distingue les professionnels par la pertinence des propos, l’éclairage qu’ils portent sur les événements, la profondeur de « la valeur ajoutée » de l’information.

L’information est un élément de pouvoir. Nous en sommes les premiers conscients. Elle permet de préparer et d’orienter les actions des citoyens. Mais mal conduite, mal restituée, elle provoque « un enchainement de jugements » erronés, susceptibles de créer des réactions détournées, des tensions inutiles, parfois disproportionnées. Les pressions commerciales sont si énormes que les journaux perdent leur âme.

Résultat ? L’injustice s’installe, les abus se multiplient, les dysfonctionnements de l’Etat restent en l’état, les services sociaux continuent à se dégrader, les relations humaines et la qualité de la vie se détériorent, le débat politique se situe au ras des pâquerettes et la presse continue d’évoluer en marge de la société.

Faire de la communication par le biais de la presse d’information générale est devenue une pratique abusivement exploitée par les détenteurs du pouvoir. « L’information » véhiculée n’est pas juste, n’est pas vraie, n’est pas complète car elle est fondée sur la manipulation.

La presse n’est appréciée en haut lieu que si elle présente des gros titres flatteurs, des grands portraits à la « Une » des hauts responsables. Le ministère des Finances a auguré deux pages de communication chaque mercredi, financé par l’argent du contribuable. Des papiers redondants, des informations redoublées et colorées, subtilement et dangereusement confondues avec les pages d’information.

Le financement de ces pages de publicité entretient une autocensure regrettable, parce que la presse d’Etat qui bénéficie de ces retombées financières ne disserte plus en retour sur les dysfonctionnements de ce ministère.

La loi comorienne et la Charte des journalistes définissent, pourtant clairement la limite de l’exerce de nos libertés, en protégeant « le respect de la dignité humaine », « la liberté et de la propriété d’autrui », et « le caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion. » La loi et la Charte encouragent la presse à « provoquer par l’information, le débat et l’échange des idées indispensables au bon fonctionnement des institutions démocratiques », favorisant ainsi « la participation des Comores au dialogue universel et culturel par la diffusion à l’étranger des valeurs culturelles comoriennes sous toutes ses formes. »

En lisant la presse le matin, on constate que nous sommes trop éloignés des préoccupations que la loi et la Charte des droits et des devoirs nous confèrent et des missions qu’elles nous assignent.

Rien qu’en parcourant la liste des plaintes déposées par la commission anti-corruption, en s’imprégnant de  la nature et de l’ampleur des affaires de détournement et de malversation, on se rend compte que la presse ne joue pas son rôle, parce qu’elle n’est pas, comme sous d’autres cieux, à la pointe de ce combat,  mais plutôt à la traîne.

Nous avons la chance d’avoir une diaspora qui aime son pays et qui apporte une contribution de près de 179% du budget de l’Etat. L’information qu’elle reçoive est médiocre et le regard qu’elle porte sur la liberté est des plus sévères. Par d’autres billets de communication, elle reçoit l’écho, des hommes et des femmes, des associations qui travaillent admirablement, comme lui parvient aussi l’écho des gâchis en matière de gestion politique et financière et de respect des droits humains.

Al-Watwan se fait un devoir d’honorer les femmes et les hommes, de l’intérieur comme de la diaspora, qui se sont distingués durant l’année écoulée, par le talent, le courage, l’initiative, l’intelligence, le patriotisme. Parce qu’au-delà de la critique, la presse reconnait le mérite.

Excellence M. le Président,

Les derniers rapports des experts révèlent que la pauvreté s’est aggravée en dix ans, malgré les programmes mis en œuvre; les objectifs du millénaire s’éloignent malgré les milliards engloutis. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond quand nous lisons à « longueur d’années», des bilans globalement positifs présentés par la presse.

Il est temps d’interpeller nos consciences. Parce qu’une presse qui cache ou qui n’ose pas enfonce son pays dans la gadoue au lieu de l’aider à se relever et à avancer.

Le vicieux débat entre une presse gouvernementale qui doit rester sur commande et une presse indépendante qui peut demeurer libre démontre que ceux qui le colportent ignorent que la loi portant code de l’information ne reconnait pas de dualité de l’information. Mieux encore, l’Etat n’accorde ses subventions que pour assurer le plein exercice de la liberté de la presse et pour empêcher au contraire les groupements privés de prendre le contrôle total.

La presse comorienne ne dispose pas de moyens de mener des enquêtes d’investigation, et l’Etat comorien fait tout pour l’en dissuader. Pendant que dans certains pays comme les Etats-Unis, des fonds sont mis en place pour encourager les enquêtes d’investigation, ici, on brandit les menaces de retrait des publicités, de censure brutale, comme ce fut le cas du Magazine d’Al-Watwan, retiré des kiosques, parce que la rédaction a  »commis le péché » d’enquêter sur l’état chaotique des finances publiques, la gestion malsaine de la citoyenneté économique, la corruption dans les appels d’offres publics…

Il est temps d’accorder un temps de réflexion à la presse, pour déterminer « Quelle Presse Voulons-nous Dans Ce pays ? ». Les professionnels, les citoyens, l’Etat, les partis politiques, les syndicats, les associations, les annonceurs doivent se pencher sérieusement pour donner à la presse les moyens et les capacités de jouer son rôle.

Il faut d’abord passer par l’institutionnalisation des formations permanentes pour répondre aux impératifs des rédactions, améliorer sans cesse la qualité des productions intellectuelles. Il faudra aussi prendre en compte la dimension internationale de la crise de la presse écrite pour accompagner le virage encore balbutiant du numérique. La France finance déjà les formations spécialisées au prestigieux Centre de Formation Professionnelle des Journalistes de Louvre et la Chine est disposée à accueillir des journalistes dans les domaines de la presse écrite et de l’audiovisuel.

Pour ce faire, le gouvernement, garant de la démocratie, doit d‘abord adopter un « Plan en Faveur de la Presse. »

Il faut de toute urgence mettre en place une coordination regroupant le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel, le ministère et les commissariats de l’information, le ministère de la Culture, l’Université, les organisations professionnelles de la presse, et les services de presse de la présidence, pour préparer des assises nationales.

Des chantiers peuvent d’ores et déjà être lancés. Il s’agit très vite, comme cela se fait de nos jours en France, d’accompagner le virage stratégique du numérique, négocier des réaménagements fiscaux pour abaisser les coûts d’impression, défendre les valeurs et les métiers du journalisme et restaurer la confiance avec les lecteurs, renforcer les fonds propres des entreprises de presse, reconquérir le lectorat au travers de mesures d’encouragement à la lecture pour les jeunes, repenser globalement la gouvernance des « communications publiques » et des subventions pour en faire bénéficier à la presse indépendante.

Il convient de rappeler ici, que les recommandations pertinentes des Etat généraux de la presse écrite n’ont été que très partiellement prises en compte.

Les journalistes avaient proposé de mettre en place une rotative pour imprimer les journaux à un coût moindre, ouvrir un centre de formation professionnelle qui répondra aux demandes de formations adaptées des organes de presse, mettre en place le conseil national de la presse en le dotant des moyens adéquats de fonctionnement, soutenir le transfert au numérique et mieux outiller la presse pour utiliser les réseaux sociaux, favoriser la négociation des conventions collectives pour défendre les droits des journalistes en vue de les sortir de la précarité et enfin légiférer en matière d’accès aux sources et de dépénalisations des délits de presse.

Pour toutes ces questions, je suis convaincu que vous porterez toute l’attention méritée et que vous mobiliserez les ressources nécessaires pour sortir la presse de la crise.

Je vous prie de croire, Excellence Monsieur le président, à l’expression de ma très haute considération.

_______________________

Ahmed Ali Amir

Journaliste

ahmedaliamir@yahoo.fr

Tel : 322 63 11

Les Commissaires de Ngazidja censurés

Samedi 10 mai, les Conseillers de l’île de Ngazidja ont voté une motion de censure contre les commissaires de l’île. Selon l’article 57 de la constitution de l’Ile autonome de Ngazidja la motion de censure devait être votée par les 2/3 des conseillers, 17 ont voté pour.

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Dans ce cas de figure le même article 57 prévoit que le doyen des commissaires remet, au nom de l’équipe, leur démission au Gouverneur de l’île.

Cette motion avait été déposée au moins 48 heures avant l’intervention du vote et le gouverneur Mouigni Baraka n’avait pas réagi, comme l’ensemble de son équipe. Les 16 conseillers qui l’ont déposée se plaignent du fait que quatre commissaires convoqués pour être entendus par les conseillers n’avaient pas trouvé utile de se déplacer. Ajouter à cela le fait que certains se rendent devant les conseillers sans avoir de réponse à fournir, l’attitude des commissaires et du gouverneur à l’égard de cette institution s’apparente de plus en plus à du mépris. En tout cas, c’est le sentiment de la grande majorité des conseillers qui ont voté cette motion.

Une motion avait déjà été déposée le 26 décembre 2013, mais avait été rejetée in extremis, grâce à l’implication personnelle du gouverneur. Cette fois, nous sommes en droit de nous demander si le Gouverneur avait oublié qu’une motion de censure avait été déposée ou s’il croyait les conseillers incapables de la voter.

Il y a eu très peu de réactions de la part des leaders politiques de l’île.

Ce n’est que quelques heures après le vote de la motion de censure que le cabinet du Gouverneur a réagi en laissant entendre que des irrégularités ont été commises et que l’affaire sera portée devant la cour constitutionnelle. En attendant, les Commissaires sont maintenus en place.

Le député de Moroni, Abdoulfatah Saïd, qui était avec Mouigni Baraka dans le parti Orange avant sa scission, a déclaré soutenir cette motion de censure et menace d’une censure les ministres de l’Union qui eux aussi « ont décliné plusieurs de nos invitations sur les questions orales au gouvernement » a-t-il confié à l’agence HZK.

La gouvernance de l’île de Ngazidja entre ainsi dans une crise, faute de l’avoir désamorcée en amont. Pourtant, en homme avisé, le Gouverneur Mouigni aurait pu profiter de cette motion de censure pour donner un nouveau souffle à sa politique dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle apparaît comme sans direction depuis quelque temps. Pour le moment, il choisit le bras de faire dans des circonstances qui risquent de ne pas lui être favorables à quelques mois des élections législatives et communales.

Mahmoud Ibrahime