Mois: mai 2014

Les mensonges du comité de soutien d’Azali

Les mensonges du comité de soutien d’Azali

TakiMoilimou

Le Président Taki et son Chef d’État-major, le colonel Moilim Djoussouf

Les élections présidentielles s’approchent et voilà que certains cadres, sans état d’âme, refusent la réalité pour essayer de faire passer un traitre pour un stratège. Azali Assoumani est bien connu pour sa traîtrise. Il a trahi le pays et ses amis plus d’une fois.

Pour défendre l’image d’Azali, mise à mal ces derniers jours par plusieurs articles (dont celui publié sur Mlimengu.com : https://mlimengu.com/2014/05/10/2008-laccord-secret-entre-le-president-sambi-et-le-colonel-azali/) et sur les réseaux sociaux, son comité de soutien, à travers une cellule de communication (composée de Bindjad Ismael, Mchangama Chabane et Ben Abdou Hamidou)  a publié lundi 12 mai, un communiqué, étonnant et plein de mensonges.

Ils affirment ainsi :  » En 1995, Azali Assoumani n’était pas chef d’état major. C’était plutôt le colonel Moilim Djoussouf. Azali Assoumani était sous ses ordres. » Il ne manquait plus qu’ils disent que c’est le colonel Moilim qui lui a donné l’ordre d’aller se réfugier à l’Ambassade de France.

Ils ajoutent plus loin :  » S’est il refugié à l’Ambassade pour fuir le Combat ? Faux : Azali Assoumani est allé demander un renfort extérieur. » (sic) Autrement dit, des mercenaires français attaquent les Comores et le chef de l’armée, se rend à l’ambassade de France pour chercher des renforts ?

Nous nous rappelons des événements comme si c’était hier, alors, on ne peut pas nous mentir d’une manière aussi éhontée que le fait le Comité de soutien du colonel Azali dans ce communiqué.

En 1995, à 3 heures du matin, des coups de feu provenant de mitraillettes et de lance-roquette retentissaient près du siège de Radio-Comores actuellement occupé par les bureaux de l’immigration. Arrivée dans les locaux de Radio-Comores, Azali Assoumani, chef de la Force Comorienne de Défense, et le lieutenant-colonel Soilihi alias Campagnard devaient ensemble, avec une section composée de nouvelles recrues empêcher la prise de la Radio par les mercenaires de Bob Denard. Azali a quitté les lieux au bout de quelques heures pour se rendre à l’Ambassade de France. Le combat a duré plus de 12 heures, de 3 heures du matin jusqu’à 18 heures du soir. Durant tout ce temps Azali était allé renforcer les hommes politiques, comme Caambi Elyachourtu, à l’Ambassade de France. Au cas où ces hommes politiques n’arriveraient pas à négocier avec les Français. Campagnard a été blessé, et Bob Denard reconnaissant la valeur militaire de cet homme l’a fait évacuer pour qu’il soit soigné.

Contrairement à ce qu’affirme la cellule communication du colonel Azali, Moilim Djoussouf n’était pas chef d’Etat-major, il s’occupait alors des Hydrocarbures. Azali Assoumani était bien le chef de l’armée en 1995. Par exemple, c’est lui qui allait à l’Assemblée Nationale pour défendre le budget de l’armée, selon le témoignage d’un ancien député. Les trois défenseurs d’Azali ne peuvent pas le dédouaner de ses responsabilités aujourd’hui. Ils ne peuvent surtout pas mettre l’opprobre sur un homme, le colonel Moilim, qui a servi son pays du mieux qu’il a pu et qui n’est plus de ce monde pour se défendre. Un an plus tôt, nous nous rappelons de l’opération qu’Azali a mené et qui a couté la vie au jeune Apache, accusé de vouloir organiser un coup d’Etat sans aucune preuve. « Opération Azali » pourquoi ? Tout simplement parce qu’il était à la tête de l’armée nationale comorienne.

Et s’il n’était pas le chef de l’Armée pourquoi irait-il négocier à l’Ambassade de France ? Messieurs Bindjad, Chabane et Hamidou vous devez trouver de vrais arguments pour défendre Azali car ce communiqué est truffé de contradictions.

C’est sous le régime Taki que Moilim Djoussouf fut nommé chef d’état-major et son second était le colonel Hassane Harouna. Durant les deux ans et demi que Mohamed Taki était au pouvoir, il a affecté Azali Assoumani à Voidjou, précisément à l’ENFAG, l’école de la Gendarmerie. Nous pouvons comprendre la décision du Président Taki sur Azali. Le président Taki a tout simplement constaté que l’ex-chef d’état-major a manqué à son devoir envers sa patrie. Ce n’est qu’à la fin de son régime que par l’entremise de Moilim Djoussouf, Azali revenant de l’école de Guerre à Paris, fut appelé, de nouveau,  à la tête de l’armée.

On nous dit qu’Azali n’a pas fui le combat lorsqu’il s’est caché dans une voiture pour entrer à l’ambassade de France. Quelle blague !

A 3 heures du matin l’ambassade de France n’était pas encore ouverte, il pouvait encore se battre en attendant. Ensuite, nous étions en 1995, et pas au XIXe siècle, en plus, il était au siège de la radio nationale. Donc, pas besoin de se déplacer jusqu’à l’ambassade pour demander du renfort. Avec le téléphone de la radio-Comores Azali pouvait joindre l’Ambassadeur de France ou bien lancer un communiqué pour informer non seulement l’ambassadeur de France mais aussi les représentants des institutions internationales présents dans notre pays. C’était aussi l’occasion d’informer la population sur ce qui se passait et la rassurer.

Et encore ! Était-ce à lui, un militaire d’aller négocier avec le représentant d’un État étranger, dont les assaillants étaient tous originaires ? N’était-ce pas le rôle des hommes politiques qui s’y trouvaient déjà ?

Azali Assoumani n’avait pas besoin d’aller à l’ambassade car depuis 3 heures du matin l’ambassadeur a été mis au courant de cette situation désastreuse par les tirs de mitraillettes et lance-roquettes car il habitait non loin des locaux de Radio-Comores. Il était à Voidjou et le consul de France occupait la maison de Tourqui Salime à la Coulée pas loin de la maison de Idi Nadhoim.

Azali Assoumani a toujours mis le pays dans des épreuves macabres qui risquaient de faire couler beaucoup de sang. Mais le peuple a pu surmonter ces épreuves. En 1999, l’arrivée d’Azali Assoumani au pouvoir était la conséquence d’une forte manipulation sur la bande de LEZA Massulaha de Maouéni dans l’Itsandra, Haitraki de Mbachile, Fundi Saïd soudeur de Dembeni et Sabata de Bangwa Kuni pour chasser les Anjouanais de la Grande-Comore. Il a profité de cette situation, notamment en la laissant pourrir, pour commettre son coup d’État.

Alors vous pouvez continuer à faire l’éloge de cet homme des mauvais coups, mais nous, nous n’avons pas oublié.

Abdourahim Bacari

Ahmed Ali Amir. Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

 

Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

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Ahmed Ali Amir, Journaliste, Alwatwan

Jamais, de ma carrière de journaliste, je n’ai utilisé ce mode de communication pour adresser un message au premier magistrat du pays. Si j’en use aujourd’hui, c’est parce que mes nombreuses tentatives pour vous rendre une visite de courtoisie sont restées infructueuses et ma demande d’entrevue pour vous présenter les résultats de l’enquête de l’agence Thomson Reuters sur la situation des femmes dans les Etats membres de la Ligue Arabe n’a pas non plus obtenu gain de cause.

A travers cette lettre, je voudrais vous entretenir sur un sujet délicat : la crise de la presse comorienne. D’abord pour partager mes diagnostics, ensuite pour parler des responsabilités et enfin proposer des pistes de solution, dans l’espoir que vous y apporterez tout votre soutien.

Excellence M. le Président,

La presse comorienne est doublement en crise. Une crise éditoriale qui ne cesse de s’aggraver et une crise financière qui n’est pas près de voir le bout du tunnel. Cette crise se caractérise par la pauvreté éditoriale qui n’honore pas le pays et la médiocrité de l’écriture journalistique qui décrédibilise le métier.

Les journalistes se sont englués dans un doute collectif, une sorte de crisede conscience, parce qu’ils savent qu’ils s’écartent des principes de l’éthique journalistique et des règles déontologiques de l’exercice du métier. Les journaux, la presse audiovisuelle, en quête permanente de financement pour supporter les coûts exorbitants de production, se sont transformés en simples interfaces de communication des institutions nationales et du Système des Nations-unies. Certains organes, radios pour la plupart, ont choisi de jouer les relais de la propagande et des hauts responsables en font leurs choux gras. Et on assiste impuissant à une désaffection des plus belles plumes de la presse nationale.

Il est donc devenu coutumier de ne croiser les journalistes que dans les salles de conférence des hôtels, dépêchés pour couvrir les ateliers et les séminaires. Ils sont, par contre, totalement absents dans les zones où vit la population, absents dans les secteurs d’intenses activités sociales ou économiques pour parler des secteurs en difficultés ou en crise, des contraintes, ou des espoirs et des perspectives.

Or notre rôle, permettez-moi de le rappeler, est de rechercher l’information, la trier, la traiter, pour la rendre signifiante, assimilable et attrayante. Notre mission principale est de permettre surtout à nos concitoyens de comprendre le monde qui l’entoure pour pourvoir agir avec intelligence et être capable d’influer sur le cours des événements.

Dans le traitement de l’information, nous n’avons ni amis, ni ennemis. Nous avons un devoir d’objectivité et de neutralité. On distingue les professionnels par la pertinence des propos, l’éclairage qu’ils portent sur les événements, la profondeur de « la valeur ajoutée » de l’information.

L’information est un élément de pouvoir. Nous en sommes les premiers conscients. Elle permet de préparer et d’orienter les actions des citoyens. Mais mal conduite, mal restituée, elle provoque « un enchainement de jugements » erronés, susceptibles de créer des réactions détournées, des tensions inutiles, parfois disproportionnées. Les pressions commerciales sont si énormes que les journaux perdent leur âme.

Résultat ? L’injustice s’installe, les abus se multiplient, les dysfonctionnements de l’Etat restent en l’état, les services sociaux continuent à se dégrader, les relations humaines et la qualité de la vie se détériorent, le débat politique se situe au ras des pâquerettes et la presse continue d’évoluer en marge de la société.

Faire de la communication par le biais de la presse d’information générale est devenue une pratique abusivement exploitée par les détenteurs du pouvoir. « L’information » véhiculée n’est pas juste, n’est pas vraie, n’est pas complète car elle est fondée sur la manipulation.

La presse n’est appréciée en haut lieu que si elle présente des gros titres flatteurs, des grands portraits à la « Une » des hauts responsables. Le ministère des Finances a auguré deux pages de communication chaque mercredi, financé par l’argent du contribuable. Des papiers redondants, des informations redoublées et colorées, subtilement et dangereusement confondues avec les pages d’information.

Le financement de ces pages de publicité entretient une autocensure regrettable, parce que la presse d’Etat qui bénéficie de ces retombées financières ne disserte plus en retour sur les dysfonctionnements de ce ministère.

La loi comorienne et la Charte des journalistes définissent, pourtant clairement la limite de l’exerce de nos libertés, en protégeant « le respect de la dignité humaine », « la liberté et de la propriété d’autrui », et « le caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion. » La loi et la Charte encouragent la presse à « provoquer par l’information, le débat et l’échange des idées indispensables au bon fonctionnement des institutions démocratiques », favorisant ainsi « la participation des Comores au dialogue universel et culturel par la diffusion à l’étranger des valeurs culturelles comoriennes sous toutes ses formes. »

En lisant la presse le matin, on constate que nous sommes trop éloignés des préoccupations que la loi et la Charte des droits et des devoirs nous confèrent et des missions qu’elles nous assignent.

Rien qu’en parcourant la liste des plaintes déposées par la commission anti-corruption, en s’imprégnant de  la nature et de l’ampleur des affaires de détournement et de malversation, on se rend compte que la presse ne joue pas son rôle, parce qu’elle n’est pas, comme sous d’autres cieux, à la pointe de ce combat,  mais plutôt à la traîne.

Nous avons la chance d’avoir une diaspora qui aime son pays et qui apporte une contribution de près de 179% du budget de l’Etat. L’information qu’elle reçoive est médiocre et le regard qu’elle porte sur la liberté est des plus sévères. Par d’autres billets de communication, elle reçoit l’écho, des hommes et des femmes, des associations qui travaillent admirablement, comme lui parvient aussi l’écho des gâchis en matière de gestion politique et financière et de respect des droits humains.

Al-Watwan se fait un devoir d’honorer les femmes et les hommes, de l’intérieur comme de la diaspora, qui se sont distingués durant l’année écoulée, par le talent, le courage, l’initiative, l’intelligence, le patriotisme. Parce qu’au-delà de la critique, la presse reconnait le mérite.

Excellence M. le Président,

Les derniers rapports des experts révèlent que la pauvreté s’est aggravée en dix ans, malgré les programmes mis en œuvre; les objectifs du millénaire s’éloignent malgré les milliards engloutis. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond quand nous lisons à « longueur d’années», des bilans globalement positifs présentés par la presse.

Il est temps d’interpeller nos consciences. Parce qu’une presse qui cache ou qui n’ose pas enfonce son pays dans la gadoue au lieu de l’aider à se relever et à avancer.

Le vicieux débat entre une presse gouvernementale qui doit rester sur commande et une presse indépendante qui peut demeurer libre démontre que ceux qui le colportent ignorent que la loi portant code de l’information ne reconnait pas de dualité de l’information. Mieux encore, l’Etat n’accorde ses subventions que pour assurer le plein exercice de la liberté de la presse et pour empêcher au contraire les groupements privés de prendre le contrôle total.

La presse comorienne ne dispose pas de moyens de mener des enquêtes d’investigation, et l’Etat comorien fait tout pour l’en dissuader. Pendant que dans certains pays comme les Etats-Unis, des fonds sont mis en place pour encourager les enquêtes d’investigation, ici, on brandit les menaces de retrait des publicités, de censure brutale, comme ce fut le cas du Magazine d’Al-Watwan, retiré des kiosques, parce que la rédaction a  »commis le péché » d’enquêter sur l’état chaotique des finances publiques, la gestion malsaine de la citoyenneté économique, la corruption dans les appels d’offres publics…

Il est temps d’accorder un temps de réflexion à la presse, pour déterminer « Quelle Presse Voulons-nous Dans Ce pays ? ». Les professionnels, les citoyens, l’Etat, les partis politiques, les syndicats, les associations, les annonceurs doivent se pencher sérieusement pour donner à la presse les moyens et les capacités de jouer son rôle.

Il faut d’abord passer par l’institutionnalisation des formations permanentes pour répondre aux impératifs des rédactions, améliorer sans cesse la qualité des productions intellectuelles. Il faudra aussi prendre en compte la dimension internationale de la crise de la presse écrite pour accompagner le virage encore balbutiant du numérique. La France finance déjà les formations spécialisées au prestigieux Centre de Formation Professionnelle des Journalistes de Louvre et la Chine est disposée à accueillir des journalistes dans les domaines de la presse écrite et de l’audiovisuel.

Pour ce faire, le gouvernement, garant de la démocratie, doit d‘abord adopter un « Plan en Faveur de la Presse. »

Il faut de toute urgence mettre en place une coordination regroupant le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel, le ministère et les commissariats de l’information, le ministère de la Culture, l’Université, les organisations professionnelles de la presse, et les services de presse de la présidence, pour préparer des assises nationales.

Des chantiers peuvent d’ores et déjà être lancés. Il s’agit très vite, comme cela se fait de nos jours en France, d’accompagner le virage stratégique du numérique, négocier des réaménagements fiscaux pour abaisser les coûts d’impression, défendre les valeurs et les métiers du journalisme et restaurer la confiance avec les lecteurs, renforcer les fonds propres des entreprises de presse, reconquérir le lectorat au travers de mesures d’encouragement à la lecture pour les jeunes, repenser globalement la gouvernance des « communications publiques » et des subventions pour en faire bénéficier à la presse indépendante.

Il convient de rappeler ici, que les recommandations pertinentes des Etat généraux de la presse écrite n’ont été que très partiellement prises en compte.

Les journalistes avaient proposé de mettre en place une rotative pour imprimer les journaux à un coût moindre, ouvrir un centre de formation professionnelle qui répondra aux demandes de formations adaptées des organes de presse, mettre en place le conseil national de la presse en le dotant des moyens adéquats de fonctionnement, soutenir le transfert au numérique et mieux outiller la presse pour utiliser les réseaux sociaux, favoriser la négociation des conventions collectives pour défendre les droits des journalistes en vue de les sortir de la précarité et enfin légiférer en matière d’accès aux sources et de dépénalisations des délits de presse.

Pour toutes ces questions, je suis convaincu que vous porterez toute l’attention méritée et que vous mobiliserez les ressources nécessaires pour sortir la presse de la crise.

Je vous prie de croire, Excellence Monsieur le président, à l’expression de ma très haute considération.

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Ahmed Ali Amir

Journaliste

ahmedaliamir@yahoo.fr

Tel : 322 63 11

Les Commissaires de Ngazidja censurés

Samedi 10 mai, les Conseillers de l’île de Ngazidja ont voté une motion de censure contre les commissaires de l’île. Selon l’article 57 de la constitution de l’Ile autonome de Ngazidja la motion de censure devait être votée par les 2/3 des conseillers, 17 ont voté pour.

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Dans ce cas de figure le même article 57 prévoit que le doyen des commissaires remet, au nom de l’équipe, leur démission au Gouverneur de l’île.

Cette motion avait été déposée au moins 48 heures avant l’intervention du vote et le gouverneur Mouigni Baraka n’avait pas réagi, comme l’ensemble de son équipe. Les 16 conseillers qui l’ont déposée se plaignent du fait que quatre commissaires convoqués pour être entendus par les conseillers n’avaient pas trouvé utile de se déplacer. Ajouter à cela le fait que certains se rendent devant les conseillers sans avoir de réponse à fournir, l’attitude des commissaires et du gouverneur à l’égard de cette institution s’apparente de plus en plus à du mépris. En tout cas, c’est le sentiment de la grande majorité des conseillers qui ont voté cette motion.

Une motion avait déjà été déposée le 26 décembre 2013, mais avait été rejetée in extremis, grâce à l’implication personnelle du gouverneur. Cette fois, nous sommes en droit de nous demander si le Gouverneur avait oublié qu’une motion de censure avait été déposée ou s’il croyait les conseillers incapables de la voter.

Il y a eu très peu de réactions de la part des leaders politiques de l’île.

Ce n’est que quelques heures après le vote de la motion de censure que le cabinet du Gouverneur a réagi en laissant entendre que des irrégularités ont été commises et que l’affaire sera portée devant la cour constitutionnelle. En attendant, les Commissaires sont maintenus en place.

Le député de Moroni, Abdoulfatah Saïd, qui était avec Mouigni Baraka dans le parti Orange avant sa scission, a déclaré soutenir cette motion de censure et menace d’une censure les ministres de l’Union qui eux aussi « ont décliné plusieurs de nos invitations sur les questions orales au gouvernement » a-t-il confié à l’agence HZK.

La gouvernance de l’île de Ngazidja entre ainsi dans une crise, faute de l’avoir désamorcée en amont. Pourtant, en homme avisé, le Gouverneur Mouigni aurait pu profiter de cette motion de censure pour donner un nouveau souffle à sa politique dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle apparaît comme sans direction depuis quelque temps. Pour le moment, il choisit le bras de faire dans des circonstances qui risquent de ne pas lui être favorables à quelques mois des élections législatives et communales.

Mahmoud Ibrahime

2008 : L’accord secret entre le président Sambi et le colonel Azali

2008 : L’accord secret entre le président Sambi et le colonel Azali

 

Le 8 juillet 2008, j’écrivais dans mon ancien blog « MiB*Extras et Caetera » un billet intitulé « De la couardise en politique ». Je parlais de l’opération « mains propres » menée par le Ministre de la Justice du président Sambi depuis le début de l’année 2007 et qui s’était soldée par un échec cinglant en 2008, principalement parce qu’elle n’avait comme objectif que de museler l’opposition et flatter les instincts les plus primaires. Mal préparée, bâclée, l’opération avait abouti à la libération de tous les collaborateurs du colonel Azali dont le président Sambi voulait se débarrasser.

J’écrivais dans ce billet de 2008 :  »

Tous les condamnés firent appel. Ils attendirent près de six mois avant de se retrouver devant un nouveau juge. Celui-ci ne pouvait que dire l’évidence : les dossiers avaient été bâclés ! Tout le monde retrouve ou retrouvera dans quelques jours la liberté. Aux uns on a fait bénéficier un « vice de procédure », aux autres on a fait en sorte que le nombre de mois passés en prison correspondent à leurs nouvelles condamnations.

Et l’opération « mains propres » dans tout cela ? Il y a belle lurette qu’elle est terminée. Elle risque même de se retourner contre ses propres protagonistes à la fin du régime Sambi, puisque même l’avocate de l’Etat dans cette affaire a révélé à la presse, en compagnie du Vice Président, lorsqu’elle était en dispute avec le Ministre Mourad Saïd Ibrahim, que les pratiques pour lesquelles ils ont condamné certains hommes politiques étaient toujours en vigueur (…)

Ce qui m’a le plus frappé dans cette affaire, en plus de la fuite de certains responsables politiques, c’est le silence du principal responsable. Il semble que quelqu’un (le ministre ? le président ? tous deux s’en défendraient et laisseraient un lampiste assumer leurs décisions) ait décidé qu’il ne fallait jamais mettre en cause l’ancien président, le colonel Azali Assoumani. Et celui-ci, virtuellement président du parti Convention Républicaine des Comores (CRC) dont les deux secrétaires généraux se trouvaient en prison, n’a eu rien à dire. Ni aux juges, ni aux médias. Aucune manifestation de ce parti pour dénoncer les irrégularités que chacun pouvait noter. Il était invité, comme tout notable, aux places d’honneurs dans les diverses manifestations organisées par le nouveau pouvoir. Il était neutre. Ni pour ni contre ses anciens collaborateurs. Il ne fallait pas se faire remarquer. »

photo publié par les partisans de Sambi sur facebook (Sultan Seyid)

photo publié par les partisans de Sambi sur facebook (Sultan Seyid)

Jusqu’à aujourd’hui, le silence du colonel Azali Assoumani était resté un mystère pour bon nombre d’observateurs de la vie politique comorienne. Et l’on ne pouvait l’expliquer qu’en pensant à l’attitude que celui-ci avait eu face au coup d’État de 1995, en allant se réfugier dans l’Ambassade du pays où étaient originaires les mercenaires qui attaquaient son pays, en laissant sur le terrain ses principaux lieutenants dont certains ont été grièvement blessés.

Un des plus fervents partisans du colonel Azali avait tenté une explication qui n’avait convaincu personne. Il expliquait il y a quelques mois sur facebook que le silence du colonel était une stratégie politique, en quelque sorte se taire pour mieux revenir en politique.

Et voilà qu’au lendemain du Congrès de la CRC, au cours duquel le président Sambi fut malmené par le colonel Azali, un partisan du Parti Juwa dans la région du Washili, un certain Ahmed Mohamed publie une « Lettre ouverte au colonel putschiste Azali Assoumani ».

L’énigme est enfin résolu. On sait pourquoi le colonel Azali est resté silencieux pendant tout le régime du président Sambi et pourquoi il n’a jamais eu un seul mot de soutien pour ses collaborateurs qui se sont parfois sacrifiés en ne prononçant jamais son nom devant les juges. En effet, Ahmed Mohamed explique :

 » Je me rappellerais toujours de ce dimanche d’avril 2007, où vous vous êtes rendu personnellement à Beit-Salam, rencontrer discrètement le président Sambi pour négocier votre sort. A bord d’une Peugeot 306 d’un de vos collaborateurs proches, vous avez débarqué au bureau de Sambi, les larmes aux yeux, tremblant comme un collégien puni par son professeur le premier jour de sa rentrée scolaire en classe de 6ème. Vous avez signé le pacte de la honte vous interdisant de critiquer Sambi tout au long de son mandat et pire, vous avez lâché vos collaborateurs auxquels vous ont servi pendant votre mandat, en fermant les yeux, et les laisser moisir en prison. Savez-vous mon colonel ce que Sambi a pensé lorsqu’il vous a vu débarquer dans son bureau ? Il a pensé que vous êtes venu pour négocier la libération des vôtres et non négocier seulement votre protection. »

Ainsi, on comprend que par un pacte avec son adversaire politique, il a pu sauver sa peau, tout en sacrifiant ses amis et collaborateurs. Ce récit est en tout point à l’image du colonel Azali tel que nous le connaissons. Il confirme l’homme.

Mahmoud Ibrahime

Grande-Comore. Pourquoi une centrale au fioul lourd ?

Pourquoi une centrale au fioul lourd

 

Société comorienne d'Eau et d'Électricité

Société comorienne d’Eau et d’Électricité

Les solutions faciles sont rarement les bonnes. Des solutions à des fins électorales surtout, mais pas pour résoudre véritablement le problème une fois pour toutes. La MA MWE a été assommée par nos politiques depuis la privatisation de la fameuse CEE (Comorienne de l’eau et de l’électricité). On ne voit que les délestages répétitifs, mais on oublie aussi l’incapacité de celle-ci à alimenter l’ensemble du territoire en eau. A Moroni même, beaucoup de quartiers sont privés d’eau et d’électricité, ne parlons pas des régions reculées.

Il y a presque 15 ans maintenant, rappelons-nous, depuis 1995, nos politiques nous parlaient de moteurs capables d’alimenter en électricité dans l’ensemble du pays. Au temps du régime de MOHAMED TAKI ABDOULKARIM, paix à son âme, on nous disait que Chardja nous avait promis des moteurs capables d’alimenter tout le pays. Au temps d’AZALI ASSOUMANI, c’est l’Inde qui était prête à nous venir en aide. Avec AHMED ABDALLAH MOHAMED SAMBI, les solutions pour résoudre ce problème ont été multiples. La lutte contre les délestages était d’ailleurs son cheval de bataille. Cela n’a pas empêché le pays d’être plongé dans l’obscurité à plusieurs reprises.

Des factures aux sommes exorbitantes sont imposées aux usagers alors qu’ils ne voient jamais la lumière de la MA MWE. Les élections législatives s’approchent, après ce sera les présidentielles, il faut mentir une énième fois aux citoyens. Mais cette fois-ci, on nous parle d’électricité produit avec du fioul lourd. Et bien sûr, par naïveté, les gens vont croire que c’est la meilleure solution sans se poser de questions. L’argument avancé c’est que la MA MWE n’arrive toujours pas à s’acquitter de ses dettes auprès de la Société Comorienne des Hydrocarbures. Le gazole est cher. Mais où part l’argent des usagers de l’électricité de la MA MWE ?

Quelle étude a été faite par nos techniciens pour nous proposer le fioul lourd ? Souvent ce sont des décisions politiques mais pas techniques, après études. Nous ne sommes ni mécaniciens ni électriciens mais nous pensons que le problème véritable de l’électricité aux Comores relève de beaucoup de facteurs d’abord mécaniques et d’installations ensuite. On parle de vieille installations qui favorisent une forte perdition de courant. Donc, quelle que soit la capacité des moteurs, jamais ils ne seront en mesure de fonctionner au maximum avec des vieilles installations qui ont besoin d’être renouvelées.

il faut aussi noter que partout sur l’étendue du territoire y compris à Moroni même, le trafic d’électricité échappe à la MA MWE. Une raison de plus pour l’insuffisance d’alimentation. Tant que cette histoire de trafic ne trouve pas de solution, jamais aucun moteur quelle que soit sa capacité ne comblera les insuffisances.

Revenons sur le fioul lourd proposé en premier par l’ex-vice-président IDI NADHOIM quand il a répondu aux 4 questions de notre frère IRCHAD ABDALLAH. Voici sa réponse :
« C’est exact j’ai énormément travaillé pour trouver une solution aux problèmes liées aux pénuries d’électricité aux Comores. Des problèmes qui durent depuis l’élection du « feu » président Taki Abdulkarim, ça ne date donc pas d’hier.

     Les gouvernements qui se sont succédé d’Azali à Sambi, ont cru pouvoir résoudre le problème en changeant de directeurs généraux. Il y’a eu au moins une douzaine de nominations sans qu’un début de solution ne soit trouvé. Exim Bank Inde, une banque d’Etat, avait accepté de nous prêter 15 milliards kmf auxquels s’ajoutaient 35 millions de dollars, à condition que le gouvernement comorien présente des projets viables pour Mohéli et Anjouan. Ces 15 milliards étaient destinés à la construction d’une centrale au fioul lourd.

     Hormis le vol, le coût de production d’électricité aux Comores reste trop élevé à cause du gasoil. Nous avons donc pensé au fioul lourd, avant cela j’avais même pensé au charbon qui coûte beaucoup moins chère. Pour info, la tonne tourne autour de100 dollars alors que le fioul lourd est entre 400 et 600 dollars et le gasoil 1200 dollars la tonne métrique. Le gouvernement actuel a perdu deux ans pour enfin se rendre compte qu’il n’avait pas d’autre choix.

   Le contrat a été signé avec le gouvernement indien, un bureau d’études indien a été choisi suite à un appel d’offres, 3 mois après des entreprises indiennes ont été sélectionnées pour la construction de la centrale et la fourniture des groupes. Ce prêt était assorti d’un taux préférentiel de 1% sur 23 ans. Certains détracteurs qui ne proposent jamais rien, ont dit que le fioul lourd polluait. Mais qu’est ce qui ne pollue pas ? L’absence d’électricité dans le pays pollue beaucoup plus. Nous n’avons besoin que de 20 MW aux Comores ».

Toutefois, nos politiques ignorent le risque que le fioul pose pour la santé des utilisateurs. Comparant celui-ci au gaz et à l’électricité, il reste l’énergie qui dégage le plus de CO2. La combustion du fioul génère également de l’oxyde d’azote. Rien qu’au regard de ces éléments, la construction d’une centrale au fioul lourd serait le pire choix que nos politiques pourraient faire actuellement. Aujourd’hui beaucoup de pays se tournent vers d’autres systèmes plus économiques et plus propres pour le futur de notre planète. Même l’Inde veut se débarrasser de ces installations à haut risque.

Abdourahim Bacari

Mes quatre questions à Maître Mafoua Badinga

  • Mes 4 Questions à Maitre Mafoua Badinga (avocat au barreau de Seine St-Denis)

  • Moi : Bonjour Maitre Mafoua Badinga. Je rappelle que vous êtes l’avocat de M. Mahamoud Abdallah, de M. Joris Nkombé et de M. Alamine Mustapha, tous les 3 sont detenus aux Comores, accusés de tentative de coup d’Etat, d’atteinte à la sureté de l’Etat et de tentative d’assassinat du président Ikikilou et de son chef d’Etat-major.
  •  Maitre Mafoua Badinga : Bonjour monsieur Irchad Abdallah
  • Me Badinga lors de la manifestation organisée devant l’Ambassade des Comores à Paris

    1– Moi : Cher maitre, comment, en tant qu’avocat, êtes-vous en mesure d’assurer la défense de prévenus, bien que présumés innocents, dans une procédure la plus complexe qui puisse exister, notamment celle dont la principale charge retenue est l’atteinte à la sureté de l’Etat, tout en vous trouvant à 9.000km de la maison d’arrêts?

  •  
  • 1- Maitre Mafoua Badinga : Ma présence sur place n’est pas nécessaire. Avec internet, je peux prendre un acte et l’envoyer dès demain. J’ai le mail du juge d’instruction, je peux via ce canal lui demander des actes. Sachez qu’en matière de procès, c’est une relation. Vous avez le juge d’un coté, vous avez l’avocat et le commissaire du gouvernement. C’est un échange en quelque sorte, or en ce moment, je peux vous dire qu’actuellement cet échange ne se fait pas sous de bonnes conditions. Les droits de la défense sont bafoués aux Comores. Tous les actes, toutes les demandes de pièces et même toutes les demandes de mise en liberté ont été rejetées sans argumentations
  •  
  • Moi : Sans motivations ?
  •  Me Mafoua Badinga : Sans argumentations ! Il peut y avoir motivations mais elles doivent être bien argumentées ! Sachez qu’en matière de droit, il y’a la réitération des faits, le risque de réitération, le risque de concertation, tout doit être fait pour éviter que les personnes mises en cause s’échappent.

    Je vais vous faire une révélation. On avait même proposé à Joris Nkombé de s’évader. Lorsqu’il m’a fait part de ce projet, je lui ai tout de suite dit, non pas question! Ca va être un motif pour t’abattre et ils diront, voilà il a voulu faire un coup d’Etat, c’est pour cela qu’il voulait s’évader. Ils lui ont ensuite proposé des voitures, de le corrompre pour qu’il maintienne sa position.

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  • Moi : Mais qui lui a proposé tout cela? Avez-vous des noms?
  • Me Mafoua Badinga : Je vous donne une information, et c’est d’après ce que m’a dit mon client, à moi son avocat, qu’il a eu cet appel du pied parce que le gouvernement, les autorités comoriennes cherchent à tout prix à crédibiliser l’idée d’un coup d’Etat. Donc il faut que ce soit Joris Nkombé qui le dise. Je peux même vous dire qu’il y’a eu comme une tentative de le soudoyer. …………..
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  • 2– MOI: La dimension psychologique est aussi importante sinon plus importante que la personne elle-même dans pareille situation. Comment entendez-vous être efficace dans le suivi même de la procédure au quotidien? Depuis l’incarcération de vos clients aux Comores, ils ont été interrogés à plusieurs reprises par le magistrat instructeur comorien. Etant à Paris, êtes-vous informés de ces interrogatoires, avez-vous accès aux dossiers de vos clients et êtes-vous en contact avec des confrères comoriens qui représentent vos clients sur place.
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  • 2- Me Mafoua Badinga : Je ne suis pas le seul avocat dans cette affaire. J’ai des confrères sur place. Ma part de contribution a été de comprendre ce dossier de fond en comble. Notez que j’ai effectué deux voyages aux Comores, je l’ai vu le dossier. La distance avec les moyens de communication actuels ne pose pas de problème. On échange. À chaque fois que mon confrère Maitre Atiki, avec lequel nous sommes avocats de Joris Nkombé intente une action, il m’en réfère, je lui fais un retour en lui donnant mes idées. Je vous assure que nous travaillons en synergie. Mes confrères sont informés de toutes les déclarations dont je serai emmené à vous faire part aujourd’hui parce que je suis comme leur porte parole en Europe. Ils sont sur le terrain, ils se battent pour que la vérité éclate malgré les moyens limités à leurs dispositions. Le jour où il faudra bâtir une stratégie de plaidoirie, je serai bien évidemment sur place.
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  • 3- Maitre, je veux bien me faire l’avocat des prévenus, mais, admettons qu’il n y’ait aucun élément moral dans ce dossier, « j’entends par là, la résolution, la concertation, la préméditation ou même l’intention », et que tout ceci ne soit qu’un montage, un complot ou in-fine une macabre mise en scène. Selon vous, à qui profiterait le crime?
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  • 3-Me Mafoua Badinga : Toute la question réside à ce niveau. Vous connaissez les Comores mieux que moi. On a parlé du fameux Boléro qui est, je crois, directeur de cabinet à la présidence et en charge de la défense. On n’oublie pas que le mandat du président Ikililou s’achève dans moins de 2 ans, sans aucune réalisation visible. Selon mon hypothèse, au niveau des autorités comoriennes, tout le monde savait que le président de la république devait voyager, il fallait donc absolument faire capoter ce voyage. Il y’a donc eu une manipulation à la base, et ce sont des éléments issus de l’enquête. On nous a parlé de plusieurs choses, on nous a parlé d’un fameux hélicoptère qui a soi-disant exfiltré un agent franco-comorien. Ces éléments là, vous ne trouverez aucune photo ! Les enquêteurs, avancent des hypothèses sans jamais apporter le moindre début de preuves. Je peux même vous dire que parmi les enquêteurs, il y’a des personnes qui étaient dans une histoire de trafic d’armes. Ce sont des éléments que nous allons verser dans le dossier pour démontrer que tout cela est une grosse machination au sein du pouvoir. Il y’a un problème de règlements de comptes entres eux, ils ont saisi cet alibi pour mettre en prison des personnes qui n’ont rien à voir avec la politique aux Comores.
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  • Moi : Donc, maitre, vous pouvez nous dire que le dossier est strictement vide ? Quand je dis dossier vide, cela signifie que le dossier d’accusation ne contient pas d’éléments matériels pouvant caractériser ne serait-ce qu’un début de preuve.
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  • Me Mafoua Badinga : En droit, il faut qu’il y’ait des indices concordants faisant présumer ou tendant à faire présumer qu’une infraction allait se réaliser. Quand on parle d’atteinte à la sureté de l’Etat, c’est une notion juridique qui a un sens. Quand on parle de coup d’Etat et tentative d’assassinat, cela nécessite une certaine organisation pour faire un guet-apens et il n’en est rien dans ce dossier.

    Je vais vous raconter une anecdote. Lors de mon dernier voyage aux Comores, je me suis rendu dans la propriété de M. Babataye, située sur la route de l’aéroport. Et le hasard a fait qu’à ce moment là, le président Ikililou allait voyager. Ils ont placé des militaires sans armes, tous les 500m le long de la voie sous un soleil de plomb! Franchement, un commando bien organisé aurait-il peur de ça ? Ce n’est pas parce que la maison de M. Babataye se situe sur l’axe menant à l’aéroport que c’est là que mes clients allaient attendre pour passer à l’acte. Je vous le dis, des vrais professionnels ne feraient pas ça !

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  • 4- Moi : Alors comment expliquez-vous que deux de vos clients (NDLR Alamine Mustapha un tchadien et Joris Nkombé un congolais) se soient trouvés à un moment précis, avec des personnes précises, dans une posture précise, à un lieu précis à l’autre bout du monde. Est-ce un pur hasard?
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  • 4-Me Mafoua Badinga: Il n’y pas de hasard. Joris Nkombé a connu Mahamoud Abdallah en prison et non à l’extérieur. Ils n’avaient aucun contact. Quand mon client a été arrêté il était 16H00, il avait rendez-vous avec un commissaire de police qui devait lui permettre de rencontrer le ministre de l’intérieur le lendemain pour lui solliciter des agréments pour son business. Il voulait avoir un marché de riz. Et l’autre (Alamine Mustapha) qui effectivement connaît Patrick Klein a accompagné Joris Nkombé, c’est tout. Mais je peux vous assurer qu’il n’y avait pas concertation.

    Imaginons que l’hypothèse était sérieuse. Mais ils auraient du les arrêter depuis longtemps ! Mon client, Alamine Mustapha a été arrêté à la sortie de la mosquée. Il revenait de la prière. Soyons sérieux ! Des gens qui seraient en phase de faire un coup d’Etat, qui traine des jours sans être inquiétés et qu’on arrête par des simples circonstances … des circonstances purement hasardeuse.

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  • Moi : Vous venez de citer le nom de Patrick Klein. Permettez moi une question complémentaire maitre. Parlez-nous de la commission rogatoire émise par le magistrat instructeur comorien qui aurait abouti ces derniers jours à l’ouverture d’une enquête préliminaire et d’information judiciaire auprès du parquet de Paris.
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  • Me Mafoua Badinga: Ce dossier là, je ne le maitrise pas. Je ne suis pas l’avocat de Patrick Klein. Sachez que la commission rogatoire, c’est en quelque sorte une plainte contre X. Moi j’ai appris l’existence de cette procédure à travers la compagne de Joris Nkombé. Au départ, je pensais que c’était en relation avec la procédure lancée aux Comores et j’ai finalement compris que c’était une association qui aurait eu à déposer plainte et malheureusement, ce dont je peux présager, cette plainte n’aboutira nulle part. Si cette association a droit à agir, elle n’a pas intérêt à le faire, à agir car elle n’a pas été habilitée à défendre les intérêts de l’Etat comorien.
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  • Moi : Est-ce l’association présidée par Me Larifou dont il s’agit ici ?
  •  Me Mafoua Badinga : Je ne sais pas. Je rapporte des éléments qu’on m’a communiqués ici et là. Donc, je peux vous dire qu’aujourd’hui il y a pas peut être l’ouverture d’une information judiciaire, mais il n’y pas de juge d’instruction désigné.
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  • Moi : Donc, vous pouvez nous assurer que de bout en bout, nous sommes en présence d’une grosse machination, que ce dossier est vide ?
  • Me Mafoua Badinga : Mon propos est encore plus fort. C’est un dossier mort-né ! Ce dossier ne devait même pas exister. Dès les premiers jours, on devait constater que ce dossier là n’existe pas, qu’ils se sont trompés en empruntant une mauvaise piste. Aujourd’hui, nous avons des familles moralement, physiquement et matériellement dévastées. Ces personnes incarcérées ne devraient pas se trouver là.

    Nous avocats, demandons la clôture immédiate du dossier. Nous avons formulé plusieurs demandes de mise en liberté qui n’ont pas abouti. Donc, nous sommes face à une situation où nous pouvons rien faire. La justice comorienne fonctionne très mal. Je vais vous dire un élément révélateur ; mon confrère Akiti a eu une petite altercation avec un juge, il a été mis en dépôt alors qu’il était dans l’exercice de ses fonctions. Un avocat ne peut pas être placé en mandat de dépôt tant que l’ordre des avocats n’a pas statué et levé une sorte d’immunité or aux Comores, c’est possible de le faire subir à un avocat. À l’allure où les choses vont, si le gouvernement comorien ne se décide pas vite, je pense qu’il y’aura beaucoup d’échos, parce que je peux éventuellement être emmené à déposer plainte contre le gouvernement pour torture de mon client. Je vous le dis, M. Joris Nkombé a été bel et bien torturé. Il faut que ces personnes soient libérées le plus vite possible. Nous sommes à même de donner des garanties que nos clients resteront aux Comores jusqu’à l’ouverture de leur procès. On ne doit éternellement les maintenir en détention.

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  • Moi : Je vous remercie maitre, d’avoir accepté de répondre à mes questions.
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  • Maitre Mafoua Badinga : C’est moi qui vous remercie et publiez tout ..
  • Propos recueillis par Irchad Abdallah

Comores. Présidentielles 2016. Deuxième partie. Une tournante qui ne tournerait pas ?

Comores. Présidentielles 2016. Deuxième partie. Une tournante qui ne tournerait pas ?

(première partie : Des appétits de pouvoir du président Sambi)

 

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Pour les militants du parti Juwa qui pensent honnêtement et sans arrières-pensées qu’il y a dans la Constitution comorienne des éléments qui permettent à l’ex-président Sambi de se représenter pendant le tour de Ngazidja, je les invite à relire l’article 13, qui, à mon humble avis, a été trop souvent lu trop rapidement par certains juristes comoriens, mais surtout à revenir plus attentivement à l’histoire récente des Comores.

L’article 13 de la Constitution

Le premier alinéa du fameux article 13 est à l’origine ainsi rédigé :

« La Présidence est tournante entre les îles. Le Président et les Vice-Présidents sont élus ensemble au suffrage universel direct majoritaire à un tour pour un mandat de quatre (4) ans renouvelable dans le respect de la tournante entre les îles. Une élection primaire est organisée dans l’île à laquelle échoit la présidence et seuls les trois candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés peuvent se présenter à l’élection présidentielle. »

On rappellera que le Président Sambi a fait modifier cet article en rallongeant la durée du mandat du président de quatre à cinq ans.

Si on analyse cet article, il n’est pas précisé qui doit être président, par contre le législateur dit de quelle île doit être le président. En effet, il me semble que jusqu’à présent tous ceux qui sont intervenus dans ce débat ont oublié ces quelques petits mots : « l’île à laquelle échoit la présidence ». Cette expression veut dire clairement que chaque île doit tour à tour donner un de ses ressortissants à la présidence.

Peut-on imaginer que « l’île à laquelle échoit la présidence » ne soit pas, au final, celle qui exerce la présidence ? Cela n’aurait aucun sens. De même comment comprendre la phrase qui ouvre cet article 13 : « La Présidence est tournante entre les îles » si finalement on donne la possibilité qu’un ressortissant de la même île reste président trois ou quatre fois de suite ? Où serait alors la tournante ? juste dans l’organisation des élections ?

Une revendication anjouanaise

Je pense que ceux qui sont arrivés à cette idée que tout Comorien, quelle que soit son île d’origine peut se présenter au premier tour des élections présidentielles ne respectent pas cette constitution et surtout oublient le contexte dans lequel elle a été élaborée.

Certains membres du Parti Juwa (Ahmed Jaffar, Mohamed Dossar, Ahmed Bourhane…) font semblant d’oublier pourquoi en 2001 nous étions opposés à cette constitution (avant de l’accepter pour mettre fin aux exactions et tortures qui étaient commises à Anjouan). Ils oublient que les séparatistes anjouanais avaient conditionné leur accord pour une constitution à l’acceptation par les Wangazidja qu’après qu’un des leurs ait été élu président, il laisserait la place à un autre ressortissant d’une autre île et ainsi de suite. C’est ainsi qu’Abdallah Mohamed, Abeid et autres définissaient d’une manière claire la « tournante », c’était leur principale revendication, persuadés qu’après la mort d’Ahmed Abdallah, les Wangazidja n’éliraient plus que des Wangazidja et que le président comorien serait toujours issu de l’île la plus grande. Ils ont été soutenus en cela par les délégations mohéliennes, dont l’île n’avait jamais vu un de ses enfants à la tête du pays.

Alors tous ces gens sont soudainement devenus amnésiques et ne savent plus que les patriotes ont perdu face aux revendications séparatistes et que justement cette constitution a été le symbole de leur défaite ? Est-ce qu’à force d’avoir travaillé avec des séparatistes alors qu’ils avaient le pouvoir fait que nos amis sambistes ont oublié les conditions dans lesquelles cette constitution a été élaborée ?

Une citoyenneté de l’île ?

Le seul problème reste à définir qui est Mgazidja, Mdzuani et Mmwali. Là-dessus, il faut d’abord intégrer qu’il n’y a que la constitution d’Anjouan qui définit dans son article 5 qui est Mdzuani (Article 5 : « Est citoyen comorien d’origine anjouanaise toute personne de nationalité Comorienne née au moins d’un parent d’origine Anjouanaise »). Les dirigeants du parti Juwa ferait donc mieux de commencer par modifier cette constitution.

Mais, nous sommes des unionistes et nous pensons que tout comorien a le droit de s’installer où il veut et d’adopter l’île qu’il aime le plus. Autrement dit, puisque la Constitution actuelle l’exige, c’est à chacun de dire au Législateur de quelle origine il est. Mais, une fois qu’il l’a dit, il ne faudrait pas qu’à l’élection suivante, il change d’origine pour des intérêts électoraux.

Or que constate-t-on ? Le président Azali, Saïd Ali Kemal (bien qu’il rentre dans la définition de ce qu’un Anjouanais selon la constitution de cette île) et tous les autres candidats aux présidentielles de 2002 ont déjà dit au Législateur qu’ils sont des Wangazidja. Le président Sambi, Abdouroihamane Mohamed ben Ali (bien qu’il aurait pu se considérer comme MGazidja)  et les autres concurrents de 2006 ont déjà signifié au Législateur qu’ils sont Anjouanais. Le président Ikililou, Hamada Madi Boléro (qui pouvait aussi prétendre qu’il était Mgazidja) et tous leurs concurrents en 2010  ont clairement dit qu’ils étaient des Comoriens de Mohéli.

En 2016, tous ceux qui se considèrent comme Wangazidja peuvent se présenter et le dire clairement au Législateur. Mais, on ne peut comprendre qu’une personne nous dise une fois qu’il est d’origine anjouanaise et qu’aux élections suivantes il devienne soudainement d’origine grand-comorienne ! A moins de vouloir tricher avec la loi.

Maintenant, si la grande majorité des Comoriens a compris qu’il ne fallait plus maintenir un tel système, il faut le changer pour le bien des Comores. Le peuple est souverain. Que les élus Sambistes suivent la procédure pour faire changer la Constitution (comme ils l’ont déjà fait en 2009) mais n’essayent pas de ruser avec les principes législatifs.

Mahmoud Ibrahime