Les Comoriens ne peuvent plus manifester

Le gouvernement comorien a décidé d’interdire toute manifestation politique jusqu’aux élections qui devraient avoir lieu (à moins d’un nouveau changement de dates) en février 2015.

C’est par un curieux document, portant l’entête de « Note circulaire » signé par le Ministre de l’Intérieur Houssen Hassan Ibrahim que le Gouvernement comorien a appris à la population « que toute manifestation à caractère politique est interdite jusqu’à l’ouverture de la campagne électorale ».

"Note circulaire" du Ministre de l'Intérieur Houssen Hassan Ibrahim

« Note circulaire » du Ministre de l’Intérieur Houssen Hassan Ibrahim

Il est difficile de comprendre les intentions véritables du gouvernement comorien. Toutefois, il est probable qu’une peur irrationnelle s’est emparée de l’exécutif, après une journée « île morte » à la Grande-Comore, initiée par la Fédération des Consommateurs comoriens et son président Mohamed Said Abdallah Mchangama. Cette action très suivie dans l’île a bloqué la circulation et les commerces toute la journée du 29 octobre.

Les événements qui se sont déroulés au Burkina Faso, pendant lesquels le président Blaise Compaoré a été contraint à la démission par des manifestations de la société civile appuyée par les partis d’opposition ont pu faire craindre à l’exécutif comorien des débordements.

Cette note circulaire a eu à s’appliquer dès ce 1er novembre, alors que le parti Juwa de l’ancien Président Ahmed Sambi organisait un meeting à l’occasion du premier anniversaire de sa création à Moroni. Certains militants ont dû faire face à la gendarmerie qui leur interdisait l’accès au lieu prévu pour cette manifestation « politique ».

Ce parti se plaint d’ailleurs depuis plusieurs mois de faire les frais de tracasseries administratives aussi bien à Anjouan qu’à la Grande-Comore, à chaque fois qu’il veut organiser un meeting. Il y a quelques jours, il a dû se replier dans le domicile de son président d’honneur pour débuter les festivités de l’anniversaire de sa création.

Ahmed Barwanne, ancien Ministre de l'Intérieur du Président Sambi

Ahmed Barwanne, ancien Ministre de l’Intérieur du Président Sambi

Certains observateurs de la vie politique, tout en condamnant ces restrictions aux libertés publiques reconnues par la Constitution comorienne, n’ont pas manqué de rappeler que c’est le gouvernement d’Ahmed Sambi qui a commencé à restreindre les droits civiques en interdisant par un arrêté du Ministre de l’Intérieur Ahmed Barwane, aujourd’hui un des leaders du parti Juwa, toute manifestation en dehors des campagnes électorales. Ce matin, le même Ahmed Barwane s’est retrouvé en face des militaires chargés d’interdire l’accès au domicile de la famille Said Ibrahim où avait lieu le meeting. Il n’a sans doute plus la même vision de la liberté d’expression, maintenant qu’il est dans l’opposition.

Cette « Note circulaire » présage-t-elle de la manière dont le pays va être dirigé jusqu’à la fin du mandat du président Ikillilou Dhoinine ? En effet, l’exécutif pourrait être tenté de conduire le pays par des décrets et ordonnances, alors que les élections législatives ont été reportées à plusieurs reprise et que, selon un arrêt de la Cour Constitutionnelle, les députés n’ont plus aucune légitimité, leur mandat étant arrivés à terme. Une circulaire est souvent un texte explicitant pour les fonctionnaires une loi adoptée par le parlement. Or, la « note circulaire » du Ministère de l’Intérieur n’explicite aucune loi votée mais informe simplement la population d’une décision prise par l’exécutif, en dehors de tout cadre légal et en foulant aux pieds la Constitution du pays.

Mahmoud Ibrahime

Un commentaire

  1. La liberté d’expression n’est jamais admise par la classe dirigeante de l’archipel, à titre d’exemple au temps du feu président AHMED ABDALLAH il autorisait une parodie de liberté d’expression lors des élections ,mais au lendemain des élections les fonctionnaires qui soutenaient les candidats de l’opposition sont sanctionnés lourdement, ça était toujours comme ça pour ses successeurs une fois aux manettes ils font tout pour réduire à néant l’opposition .Les Comoriens lambda sont floués à maintes reprises par la classe politique comorienne,si la manifestation ville morte a réussi, dernièrement , c’est suite à la crise de l’énergie à répétition car celle-ci touche tellement leur vie quotidienne ., il y a eu une manifestation de l’opposition pour dénoncer les manoeuvres malsaines du gouvernement au sujet des élections ,et celle-ci a eu du mal à mobiliser .Le non -respect de la constitution ne peut pas poser un problème de conscience pour ce gouvernement ..Enfin le gouvernement est aux abois car la montée du mécontentement populaire ne cesse de s’amplifier dépourvue des solutions adéquates le ministre de l’intérieur, sentant la panique à bord a pris une décision qui va fragiliser nos institutions mais aussi déshonorer le pays sur le plan international

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