Mois: janvier 2015

Elections législatives et des conseillers des Iles. Qui ? Quoi ?

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Les résultats officiels des élections du 25 janvier aux Comores ne sont pas encore connus. Cependant, les recoupements faits par les états-majors des candidats et des partis, nous permettent de faire quelques observations.
D’abord, indéniablement le parti Juwa, de création récente, va s’ancrer de manière durable dans le paysage politique du pays. Avec ses élus, qui sont pour le moment loin d’une majorité de congrès à même de modifier la Constitution, l’ex-président Sambi devient le chef de l’opposition à la fois du gouvernement de l’union et des exécutifs des îles. Cependant son rêve de modifier la Constitution par voie de Congrès pour pouvoir se présenter en 2016 en toute légalité semble s’éloigner. Une véritable contrariété qui le poussera certainement à provoquer une crise pour pouvoir être dans son timing, au demeurant, répondant à des impératifs personnels, de 2016. Comment Sambi va-t-il manœuvrer pour tenter d’imposer sa candidature en 2016 ? Il importe à ce stade de surveiller l’évolution de la situation politique à Anjouan où les antagonismes entre Sambi et Nourdine Bourhane et entre ce dernier et Anisse, puis entre Anisse et Sambi vont s’exacerber.
En effet 2016 est crucial pour l’avenir de chacun de ces protagonistes. Sambi, pressé par ses impératifs idéologiques et la découverte des hydrocarbures ne peut pas attendre 2021. Anisse et Nourdine veulent rempiler pour justement pouvoir se préparer tranquillement les primaires de 2021.
Ensuite, parmi ceux qui apparaissent comme les vainqueurs de ces élections, il y a le RDC. Ce parti vert, nouvelle version, a envahi Ngazidja d’est en ouest, du sud au nord sans oublier le centre. Au deuxième tour, le RDC sera présent dans sept circonscriptions sur onze à Ngazidja, avec la probabilité de s’en sortir avec 3 ou 4 députés élus. Ce qui donne des ailes au gouverneur Mouigni Baraka qui se voit à Beit Salam en 2016. D’autan plus que sa victoire semble éclipser le frère ennemi Kiki du parti Orange, celui là même qui disait partout que Mouigni était sa création.
Alors, comment expliquer ce fulgurant « succès » du Gouverneur de Ngazidja ? Comme lors des législatives de 2009, à l’époque de Sambi, le gouverneur n’a pas hésité un seul instant à user, au mépris du cadre légal, des moyens de l’État. En outre le gouverneur, ses deux principaux lieutenants candidats dans le Bambao et le Hambou sont des anciens douaniers, disposant de moyens considérables.
Balayée à Anjouan et à Moheli, la CRC se sent pousser des ailes à la Grande Comore. Quatre de ses candidats vont aller au deuxième tour dont 1 seul en ballottage favorable.
Il est à remarquer que les gagnants sont ceux qui disposent de fonds personnels, ou de fonds de l’État (Mouigni dispose des fonds secrets comme de fonds personnels, Sambi et Azali bénéficient de fonds liés à leur statut d’anciens chefs d’État…).
Selon les projections qu’on peut faire, le Juwa de Sambi devrait s’en sortir avec au maximum 6 élus à l’Assemblée Nationale, le parti du pouvoir de l’Union, l’UPDC 5 élus, le RDC de Mouigni 4 et la CRC d’Azali 1.
Enfin, il semble qu’aucun parti ne réponde aux critères de la loi sur les partis politiques, applicable à partir de 2021. Mais, il serait plus sage d’attendre la fin du processus (2e tour et élections municipales) pour tirer des leçons sur la place des partis sur l’échiquier politique comorien.

Ahmed Ali Bacar

Moroni

Sambi n’est plus citoyen de Mutsamudu

Sambi a voté le 25/01/15 à Batsa

Sambi a voté le 25/01/15 à Batsa

La première surprise des élections de 2015, c’est de voir que l’ancien président de l’Union des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, né à Mutsamudu (chef lieu de l’île d’Anjouan), où il a autrefois été élu comme député, a voté dans la ville de Batsa (Itsandra) à Ngazidja.

En effet, on a appris ce matin que l’ex-président Sambi est devenu citoyen de la ville de Batsa (Itsandra) où il a voté. Bien que chaque citoyen comorien a le droit de s’installer où il veut sur le territoire national, il n’y a pas de doute que ce changement d’adresse (il était citoyen de Mutsamudu) est motivé par les primaires des élections présidentielles de 2016 qui doivent se dérouler à Ngazidja. L’ancien président qui a tout fait entre 2009-2010 pour se maintenir au pouvoir à la fin de son mandat, en provoquant des échauffourées à Mwali et à Moroni, a décidé depuis un moment de se présenter aux prochaines élections présidentielles qui, selon la Constitution, doivent voir un Mgazidja prendre la tête de l’Union. Pour parodier Henri IV, il pourrait ainsi dire : « La présidence de l’Union vaut bien le renoncement à Mutsamudu, ma ville natale ».

Il y a quelques jours, il a affirmé devant ses partisans qu’il sera candidat en 2016, même si c’est le tour de Ngazidja et manquant réellement de dignité avait lancé au Président en exercice : « Si tu es un homme, viens m’affronter en 2016 ». La classe !

Ce changement soudain et motivé de ville pose tout de même un certain nombre de questions. Est-ce qu’il n’y a pas une obligation à vivre réellement là où on s’est inscrit sur la liste électorale, au moins pendant un certain temps dans l’année ? Car s’il n’y a pas ce genre d’obligation, ce serait une porte ouverte à tous ceux qui vivent à l’étranger qui pourraient ainsi s’inscrire dans n’importe quelle ville dans le pays et ne s’y rendre que les jours de vote (voire même à voter par procuration, sans jamais y mettre les pieds).

La question qui se pose ensuite sera sans doute résolue d’une manière définitive par le Conseil Constitutionnel avant les élections de 2016. Après avoir dit qu’il était Anjouanais pour être élu en 2006, Sambi peut-il maintenant dire qu’il est Grand-Comorien pour pouvoir participer aux élections de 2016 ?

On peut aussi se demander si ceux qui lui ont donné cette idée loufoque sont les mêmes juristes que ceux qui lui ont fait croire en 2009 qu’il pouvait prolonger son mandat de 4 à 5 ans sans repasser devant le peuple.

Mahmoud Ibrahime