Fatouma Mze Cheikh. « La femme comorienne évolue à petits » pas

Fatouma Mze Cheikh

Fatouma Mze Cheikh

 

Les Comores ont célébré leur quarantième anniversaire d’indépendance le 6 juillet 2015. La communauté comorienne partout où elle se trouve a célébré cette journée commémorative. En vue de parler de la femme comorienne (celle qui vit aux Comores et celle qui réside en France) après l’indépendance, Mlimengu est allé à la rencontre de Fatouma Mze Cheikh. Ancienne agent du service statistique et responsable des recensements familles et ménages au Plan aux Comores, cette mère de famille vit actuellement en France, en région parisienne. Présidente de la communauté comorienne du Val d’Oise (95), Fatouma Mze Cheikh est assistante de direction. Elle répond aux questions de Mlimengu.

 

Mlimengu : quarante ans après l’indépendance des Comores, que peut-on dire de la femme comorienne ?

Fatouma Mze Cheikh : les femmes qui sont aux Comores se sont battus et se battent toujours. Il y a des gens qui étaient dévoués à la religion. Or que ça n’a rien à voir avec la religion. Il y a des femmes qui se sont organisées à partir du mouvement « Femmes et Réseau ». Et après il y a quand même la continuité. Car on voit une structure comme femmes entreprenariat au féminin, il y a des femmes qui font des galeries etc. ce qui est bien aux Comores, la femme comorienne vivant dans notre archipel a compris l’enjeu. Les femmes se sont organisées en une sorte de réseau où elles accompagnent les autres femmes qui veulent créer, d’où le nom entreprenariat au féminin. Je pense aussi que la femme comorienne vivant à l’extérieur a quand même évolué. Depuis les années 80, elle a progressé dans la mesure où il y a eu les créations d’associations. A partir de là, la femme migrante a pu saisir cette opportunité. Et la femme comorienne est dedans. Parce que nous femmes comoriennes, nous migrons. Je pense que la femme comorienne (celle qui est aux Comores et celle qui vit en France) évolue à petits pas

Mlimengu : vous êtes militante associative en France, quelles difficultés la femme comorienne rencontre-t-elle dans ce pays ?

F.M.C : le comorien a pas mal des sujets et problématiques qu’on n’aborde pas. Par exemple, nous sommes la seule communauté qui ne parle pas d’intégration, ni de génération. Et pourtant la génération existe : il y a eu les générations des années 60,70 et des années 80. Donc il y a deux générations : celle des anciens (année 60) et celles des jeunes (pour nos enfants). J’appelle ça « nouvelle génération » et on n’en parle pas. Nous comoriennes avons du mal à nous intégrer. Car, pour pouvoir s’intégrer il faut d’abord être intégrées dans notre pays d’origine. Or, ce n’est pas le cas dans la mesure où aux Comores, il y a peu de femmes qui occupent des postes politiques importantes on peut les compter : il y a première femme ministre, et puis maintenant une femme député et une autre femme maire sur combien d’hommes qui sont au pouvoir. Donc à la base nous ne sommes pas intégrées dans notre pays. Après nous venons ici, nous avons du mal à nous intégrer. Car les gens qui s’intègrent facilement ce sont les communautés qui ont été intégrées à partir de chez eux. Même si nous savions ce que nous voulons faire, où nous voulons aller, mais nous avons quand même du mal. Et pourtant nous avons une double culture : une richesse de notre pays d’origine et la richesse du pays d’accueil. Mais nous n’arrivons pas à les exploiter.

Mlimengu : certains disent que la femme comorienne est avantagée et a eu de la chance par rapport à une autre femme d’une autre communauté, vu que la société comorienne est matriarcale, partagez vous cette opinion ?

F.M.C : elle a eu de la chance, je ne pense pas. Nous n’avons rien demandé. Dans la société comorienne, la femme est protégée. Pour le mariage, c’est le père et l’oncle qui sont les responsables de la famille. C’est l’homme qui construit. La fille avant n’allait pas à l’école. Maintenant avec l’évolution, elle y va. Le fait que la société est matriarcale fait que la femme a tout. C’est une protection. Dans d’autres communautés, c’est la femme qui va chez le mari. Et nous c’est le contraire, il vient chez nous et encore heureux. L’or, l’argent tout ça c’est la dot. Et nous la faisons à notre manière. Même dans la religion il y a la dot. Nous sommes partagées entre la religion et la colonisation. Nous sommes assises sur deux chaises.

Mlimengu : pour quarante ans d’indépendance, quel bilan peut-on dresser par rapport à la femme comorienne ?

F.M.C : le bilan est mitigé. Car, la femme comorienne a vraiment joué un rôle juste après l’indépendance en 75-78. Elle a joué un rôle capital. Et avec quelques années en arrière, c’est une régression. Mais ça n’empêche que la femme se bat toujours, aussi bien celle qui est aux Comores que celle qui vit en France. Cette dernière se bat doublement. Car nous ne sommes pas chez nous. Nous sommes obligées de lutter. Et le seul moyen de le faire est de militer. C’est un dispositif qui permet de s’exprimer.

Mlimengu : selon vous quels sont les progrès à faire dans l’avenir pour la femme comorienne ?

F.M.C : les Comores est un cas vraiment spécifique. Dans notre pays, on dit que pour que la femme évolue, il faut qu’elle soit dans un parti politique. Or, elle peut évoluer sans être dans un parti politique. On peut évoluer via la société civile. Chose qu’on n’en parle même dans notre pays. Il faut que la femme intègre la thématique de la société civile. Dans la mesure où la femme comorienne n’arrive pas à affecter dans la politique pourquoi nous ne tirons pas vers le haut en passant par la société civile ?

Propos recueillis par Natidja HAMIDOU

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