Mois: septembre 2015

Qui peut lancer sa campagne présidentielle 2016 à Ouzini (Anjouan) ?

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Notre correspondant s’est rendu dans le village d’Ouzini sur les hauteurs du Nyumakele à Anjouan. Le village est enclavé, mais malgré les difficultés et l’absence de services publics, ses habitants n’ont aucunement l’envie de le quitter.

Ouzini le village enclavé d’Anjouan.

Une grande partie pour ne pas dire tous les candidats aux présidentielles 2016 n’ont jamais mis leurs pieds à Ouzini. Ce village de plus de 1 886 habitants se trouve confronter à tous les problèmes socio-économiques du monde. Sa particularité est qu’il est enclavé, donc pas de route pour y accéder. C’est le village le plus reculé d’Anjouan et difficilement accessible, à pied seulement.

Pour arriver à Ouzini, il faut s’armer de patience et d’endurance surtout ne pas être asthmatique pour monter jusqu’à 874 m d’altitude. Il se situe à 16 kilomètres de la ville de Domoni. Beaucoup de gens de cette localité n’ont jamais vu ni de voitures ni de ligne téléphonique depuis leur naissance.

Pourtant ces habitants sont contents d’habiter sur leur terre. « Auparavant on nous avait suggéré voire imposer de nous reloger à Salamani pendant le règne d’Ali Soilihi mais on a choisi d’y retourner après sa mort même si d’autres y sont restés jusqu’à nos jours» nous a affirmé un septuagénaire rencontré à Ouzini. « Le fait de vivre à ce rythme, couper du monde ça nous donne moins de soucis. Nous craignons qu’on vienne nous voler nos bovins et nos produits vivrières si la route était construite » ironise-t-il.

Des études de génie civil pour la construction de la route ont été faites mais aucun régime n’a jamais honoré ses engagements. Sambi aurait promis de leur faire la route et électrifier le village pendant la campagne de 2006 mais il s’est contenté de leur offrir 5 panneaux solaires pour alimenter quelques maisons. Ils sont tous déçus de Sambi et ne veulent plus entendre parler de lui. Aux dernières élections législatives, ils n’ont pas voté et envisagent de faire la même chose aux présidentielles de 2016.

A notre entrée dans ce village, tout le monde était réticent croyant qu’on était de politiciens donc on se moquait de nous avant de comprendre qu’on est des journalistes. «  Les politiciens nous ont mentis plusieurs fois, on ne veut plus d’eux. Vous voyez les conditions de vie auxquelles nous sommes confrontées tous les jours. On n’a ni électricité ni routes ni écoles dignes de ce nom. Les enseignants affectés ici ne viennent pas à cause de l’accès difficile à ce village. Le poste de santé est sans infirmier n’en parlons plus de médecin. Si une femme veut accoucher ou qu’il y a un malade grave, nous sommes obligés de l’amener sur nos épaules jusqu’à Salamani et prendre un taxi pour aller se faire soigner à Domoni» nous a relaté un maitre coranique de ce village.

Pour construire une maison en dure, la nature leur a donné du sable disponible en grande quantité, du gravier, de l’eau qui coule à flot sur place et ils n’ont pas besoin d’en acheter, mais concernant le ciment et le fer ils le chargent sur les têtes depuis Salamani jusqu’à Ouzini. « Vous voyez cette mosquée en pleine construction, nous avons utilisé de milliers de sacs de ciments transportés sur nos têtes. Une situation inimaginable mais vraie en 2015 » a insisté ce maitre coranique.

Ouzini reçoit des aides de temps en temps de la part des ONG et associations mais les habitants sont parfois réservés quant aux objectifs des opérations. Ils pensent souvent qu’il y a des politiciens derrière pour « les foutre dans la merde ».

Ces derniers temps, certains jeunes, très courageux, sont partis à Mayotte pour chercher une autre vie, observer le monde, savoir ce qui se passe en dehors de ce petit monde très fermé. Ils envoient des sous à leurs familles pour les besoins quotidiens.

Des jeunes et femmes courageux

Sur notre chemin, nous avons rencontré des gens de tous âges ayant traversé cette colline avec sur leur dos des sacs de riz, des bidons d’huile ou de sacs de sucre venant de Salamani ou de Domoni. «  Nous pouvons traverser ce chemin 2 à 3 fois par jour selon les besoins. On n’a pas le choix et personne ne se soucie de nous » nous a raconté le chef du village que nous avons croisé sur le chemin du retour.

Selon des propos d’une vieille dame, les habitants se marient entre eux car les étrangers n’aiment pas venir s’installer ici longtemps. Un enseignant de Domoni qui était payé à 150 000 KMF par la communauté pour assurer les cours de classe de CM2 n’a pas pu supporter les allers-retours et a dû arrêter le contrat. Le village ne compte aucun bachelier.

À la question de savoir s’ils accepteraient d’être relogés dans un autre endroit, la réponse est sans équivoque « nous sommes fiers de chez nous, nous vivons en harmonie avec la nature, il n’y a pas de pollution, nous mangeons bio et nous mourrons tous ici ».

Les prétendants aux présidentielles 2016 peuvent aller lancer leurs campagnes à Ouzini et promettre de désenclaver le village. Mais attention à ne pas faire comme Sambi car vous seriez une persona non grata à Ouzini. Par contre un Cheick Mc ou un Soumette à Ouzini donnerait beaucoup le sourire à ces habitants qui n’ont jamais organisé un concert.

Mbaraka Djoumbe

Présidentielles 2016 aux Comores. Le recensement de la diaspora en France est prévu en septembre

La Commission Nationale Technique de la Diaspora (CNTD) affirme que le recensement de la diaspora comorienne de France devra débuter ce mois de septembre dans les pôles régionaux de la France où la communauté comorienne réside.

 

Ambassade des Comores en France

Ambassade des Comores en France

Le vote de la diaspora comorienne de France est devenu un sujet d’actualité depuis la promulgation de la loi portant sur ce vote. La communauté comorienne en France votera aux prochaines élections pérsidentielles prévues en avril 2016 selon le calendrier électoral publié par le gouvernement.

L’opinion est partagée. Certains Comoriens résidant en France n’embrassent pas l’idée que la diaspora puisse voter et laissent sous entendre que c’est un but à atteindre de certains politiciens. Tandis que d’autres se réjouissent et estiment que c’est un droit civique qu’il faut accomplir : «  je n’approuve pas le vote de la diaspora en 2016. Je trouve qu’il est tôt. Il n’y a pas eu de sensibilisation. La masse ignore les enjeux de ces élections et je ne pense pas que la logistique nécessaire soit prête pour ce scrutin. L’Etat comorien est en mesure en peu de temps de faire voter une diaspora qui est le 1/4 de la population », affirme Lihoma Mohamed Miradji, urbaniste résident en région parisienne, avant d’ajouter « pourquoi voter ? Il est clair que la sociologie électorale va changer. Mais les pressions et les lobbies de toute nature vont jouer qui ne sera qu’en faveur des Comores à partir d’une certaine élite de la diaspora et l’impact sera ressenti sur place ».

Ce n’est pas l’avis de Mahafih Eddine Ibrahim, secrétaire général de la Fédération France du parti SDC (un parti créer par la diaspora pour les Comoriens partout où ils vivent) : « nous accueillons favorablement la promesse de l’actuel gouvernement de faciliter enfin la participation de la diaspora de France aux prochaines élections présidentielles. Nous allons nous battre pour que ce droit fondamental prenne corps réellement sur le terrain », dit-il. Ce juriste de formation a déclaré en effet que «Nous nous posons cependant un certain nombre de questions parmi lesquelles le recensement électoral, le déroulement, la sécurisation des élections, la transparence dans la diffusion des résultats ainsi que le début de participation de la diaspora. Nous souhaitons avoir des réponses sur toutes ces questions. Et nous remercions la CENI pour l’explication qu’elle voudra donner à nos questions ».

Pour Thinati Mdoihoma, le vote de la diaspora ne « servira à rien. Il est vrai que nous participons au PIB du pays. Mais nous vivons en France et nous devons de préoccuper de ce qui se passe ici ». Une opinion non partagée par Soilha Mohamed, étudiante en master 2 en Systèmes, environnement et Patrimoine à Saint-Etienne. Elle juge que « la participation de la diaspora où qu’elle soit, est importante dans la mesure où cette dernière peut faire basculer des élections. D’autant plus qu’elle contribue à une grande partie au développement des Comores ».

La CNTD collabore en commun accord avec l’ambassade des Comores, selon Ahmadou Mze Soilihi, l’un des membres de cette commission. Le recensement nécessitera une centaine d’agents recenseurs, une quarantaine de personnels administratifs ainsi que d’autres ressources humaines pour constituer les cellules d’appui dans chaque pôle. La CNTD a précisé que trois catégories d’électeurs ont été identifiées lors des ateliers. Il s’agit en premier lieu des comoriens ayant plus de dix huit ans disposant d’une carte nationale d’identité biométrique (CNI) : «les données venant du ministère de l’intérieur comptent 44 000 électeurs potentiel en France », affirme Ahmadou Mze. La deuxième catégorie constitue les comoriens qui disposent la nationalité comorienne mais qui n’ont pas la carte biométrique, « dans ce cas, il faut justifier par un certificat de nationalité ou un extrait d’acte de naissance valable », souligne notre interlocuteur. La dernière catégorie concerne les enfants de la deuxième et troisième génération. « Les statistiques du ministère de l’intérieur montre que cette catégorie est faiblement enregistrée dans la base de données de SEMLEX », précise Ahmadou avant de faire appel aux parents et aux associations pour une aide à la sensibilisation.

Rappelons que la CNTD est une commission qui apporte un soutien technique au gouvernement et à la CENI. Elle a été mise en place et validée par les dix commissions régionales constituées à l’issus des assemblées de Valence en avril 2014 et à Lyon en juillet de la même année.

Natidja HAMIDOU