Livres. Chroniques d’un Comorien ordinaire

Mladjao_couvintL’habit ne fait pas le moine. S’il est un adage qui irait bien à l’ouvrage de Anlym Mladjao, c’est bien celui-là, car si l’on se fiait à la seule couverture du livre, on serait en droit d’espérer ou de craindre un délire égocentrique étalé sur une centaine de pages.
Ceux qui espéraient que le livre soit l’appendice de ses interventions musclées dans les réseaux sociaux ont été déçus. Tant mieux ! Ici, le verbe est doux, presque féminin. Il vous prend par la main et se déploie avec la langueur des écrivants d’autrefois.
Ce texte aurait pu avoir comme titre « chroniques d’un comorien ordinaire ». Ce qu’il dit, nous l’avons entendu de bouche à oreille, d’homme à homme dans le cercle familial. Il y a de l’intime dans ce récit et des blessures évoquées sans pathos. On y parle bien évidemment de la migration, de la rencontre de l’Autre et du besoin de se trouver un point d’équilibre entre tradition et modernité. Le tout est traversé d’une colère retenue.
Par moments, certaines séquences ont des airs de monographie. C’est là une facette intéressante du livre mais hélas ce potentiel là est insuffisamment exploité. Plutôt que d’aller au bout de sa logique descriptive, l’auteur fait des excursions vers l’essai et l’analyse des contextes socio-politiques qu’il traverse. Ce faisant, il en arrive à manier des concepts qui demandent un développement plus conséquent que ce qu’il propose. D’où une double frustration chez le lecteur due à l’amputation du récit dans son déploiement et du caractère succinct – parfois léger – de l’analyse proposée.
Cependant, même si le mélange -audacieux- des genres “autobiographie” et “essai” peine à trouver un équilibre heureux, l’expérience de lecture est agréable du fait de la sobriété du style . Cela crée une attente quant au second texte de l’auteur. Une fiction nous dit-il.
Si le style d’écriture reste le même, il comblera certains lecteurs comoriens (pour ne parler que d’eux) qui pourfendent régulièrement le côté abscons des textes fictionnels ou poétiques qui leur sont proposés.
Reste à trouver le sujet. En dehors de lui, en dehors de sa personne. Reste à laisser l’imagination prendre le pouvoir.
Oluren Fekre
Mladjaou Abdoul Anlym, Rentre ou ferme-la, Editions Coelacanthe, septembre 2015, 167p., 15€
A commander sur http://www.editions-coelacanthe.com/PBSCCatalog.asp?ItmID=18153932

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s