Mois: septembre 2016

Nouvelle du silence

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43 pages.  Juste 43 petites pages. Pas assez. Mais 43 pages de pure merveille valent mieux qu’une centaine de pages de gageure.  J’ai lu et relu sans m’en lasser Le silence de l’être aimé avec un sentiment d’inachevé. Pourquoi ne pas avoir davantage étoffé la narration? Cette narration si envoûtante, si bien présentée…Pourquoi prend elle fin avant l’aise? Rarement un livre ne m’a paru si traître. Celui-ci est de nature à vous embarquer dans son univers et s’achever au moment où vous vous attendez le moins, c’est à dire lorsque vous vibrez sans vous en détacher, au rythme des événements relatés. Pourvu qu’un deuxième tome vienne compléter cette première série de nouvelles et nous offrir la première saga littéraire comorienne.

Impressionnant. Époustouflant. Tels sont les deux vocables qui me sont venus après la lecture complète de ce livre de Paul Maro. Il est d’une finesse telle que les mots, puissants et simples, semblent se présenter en image au fil des pages pour vous faire rêver, vous lecteurs, au même titre que Jean, ce grand rêveur et personnage principal du livre.

Un livre, deux mystères. Son principal mystère est sans doute son auteur lui même. Qui est il? Personne ne sait. On ne sait rien de lui si ce n’est, d’après la biographie présentée en quatrième de couverture, que Paul Maro a la vingtaine, est né aux Comores et vit en France. Finalement, n’importe qui pourrait être Paul Maro. Vous comme moi. Peut être est il simplement avec ou parmi nous. Oh Paul! Ta plume si enchantée ne peut demeurer dans les ténèbres de l’ignorance. Dévoile-toi. Fais toi connaître au grand jour. Tu viens de signer l’un des meilleurs livres qui soient publiés parmi les auteurs comoriens. Dans l’art de l’autobiographie, puisque ton livre en est bien un (emploi systématique du « je» et autres indices…), vous êtes deux ou rares à atteindre pareil niveau. Salim Hatubou nous a légué Marâtre et vous nous offrez gracieusement Le silence de l’être aimé. Deux livres, deux univers, deux coïncidence. Un style d’écriture plaisant, une histoire complexe sur fond de scandale familial.

Quelle est donc cette histoire? Elle n’est pas seulement énorme par la force du lexique adopté. Elle l’est aussi par sa sévérité et surtout, par le message qu’elle envoie à travers elle. Celui de rompre avec certaines perversions qui bordent les mentalités de certains Comoriens, celui de mettre tout le monde sur le même pied d’égalité, grands, petits, hommes et femmes. L’image employée est celle d’un jeune homme dont la famille peu sympathique  maltraitait. Alors que, pris de désespoir, Jean pensait au trépas (page 41), une force venant de nulle part et l’amour d’une femme décriée sont venus le délivrer.

Mystérieux est ce livre parce qu’il dit tout sans rien dire à la fois. Tantôt, l’on croit faire face à un livre impudique malgré la timidité de son titre, tantôt l’auteur donne l’impression d’hésiter à se dévoiler ou de vouloir occulter des vérités difficiles. Et pourtant, au final, toute l’histoire nous est révélée, un peu comme si Jean nous était familier, un peu comme si l’on ressentait les véritables effets des galères de Jean. Le silence de l’être aimé, comme rapporté  à la page 9, est un livre qu’on le lit les yeux fermés. C’est à dire avec les yeux du cerveau et la force de l’âme. Car pour le comprendre, il faut toute une maturité intellectuelle et beaucoup d’émotions. Un livre, une sincérité. La littérature comorienne se souviendra longtemps de Paul Maro et de ses histoires à dormir debout.

Paul Maro, Le silence de l’être aimé, Éditions Coelacanthe, Paris, 2016, 43 pages.

Mohamed Ahamada Mohamed (Viloro).