Mois: juin 2017

Lettre ouverte au Président de la République…

Paris, le 04 juin 2017

Lettre ouverte au président de la République française.

Son excellence M. Emmanuel Macron.

 

130 ans d’histoire unissent les peuples français et comorien. Une histoire faite de soubresOmarMirali2auts, d’aléas, de douleurs qui, malgré tout, n’ont fait que renforcer les liens de solidarité, d’amitié et de proximité entre la France et les Comores.

Cependant, en 1995, Edouard Balladur instaurait le tristement célèbre visa qui porte son nom entre Mayotte et le reste de l’archipel des Comores. Dès lors, le peuple comorien a été morcelé, des familles entières sont divisées. Et c’est bien dans ce contexte de rupture forcée, que les Comoriens se rendent, au péril de leur âme, à Mayotte. En 2012, année la plus noire de l’histoire de ces familles forcées au départ, les Comoriens ont pleuré 138 morts et disparus. Depuis, le nombre de morts entre Anjouan et Mayotte n’a cessé d’augmenter sous nos yeux impuissants.

A la mémoire de ces milliers de morts depuis l’instauration du visa Balladur, vous déclarez: «Le kwasa-kwasa pêche peu, il amène du Comorien.» Ces propos regrettables salissent notre histoire commune, et à vrai dire, vous déshonorent. Le Comorien n’est pas un vulgaire poisson à pêcher à bord d’un kwasa-kwasa.

Le Comorien est le descendant du sultan Saïd Ali, lui qui, à la veille même de sa propre mort, exhortait encore son peuple à combattre aux côtés de la France en pleine première guerre mondiale. Le Comorien est celui avec qui, vous et vos prédécesseurs vous êtes liés le 29 avril 1987 par les accords de coopération monétaire. Le Comorien est aussi celui qui a su revendiquer ses droits sur Mayotte en faisant condamner la France par une vingtaine de résolutions de l’ONU, notamment pour violation du droit international. Enfin, le comorien est celui qui sert dignement la République française. Il est médecin, avocat, cadre supérieur, artiste…Je ne vous citerai pas Soprano, Rhoff, Sultan et les autres qui portent haut et fort les couleurs de nos deux pays et de la langue française. Je ne vous parlerai que de moi qui suis enseignant en France. J’inculque les valeurs de la République française aux plus jeunes de ce pays, des valeurs d’égalité, de solidarité et de fraternité. Suis-je moi aussi un simple poisson pêché dans l’Océan Indien?

Vous qui êtes entré dans l’histoire en devenant avec Napoléon Bonaparte notamment, l’un des plus jeunes présidents de France et du monde, vous qui avez axé votre campagne présidentielle autour des valeurs d’union, vous ne pouvez pas rester insensible au désarroi du peuple comorien ami. Ce peuple ami aujourd’hui blessé et vexé par votre déclaration, vous demande de retirer vos propos et de présenter vos excuses à la nation comorienne avec laquelle la France est liée par l’histoire et partage les mêmes valeurs.

Omar MIRALI, enseignant