Mois: juillet 2017

Cheickh-Mc le « Puff Daddy » comorien

Né le 12 août 1978 à Moroni, Cheikh-Mc, de son vrai nom Abdérémane Cheikh, est le pionnier du rap comorien. Si au départ la méfiance des Comoriens vis-à-vis du rap, ce genre musical nouveau, était de mise, Cheikh-Mc a su l’imposer en terre de toirab. En 2005 sort son premier album « Tout Haut », les Comores comme le monde, découvrent médusés, le talent inouï du jeune rappeur.

Malgré les difficultés que rencontrent les artistes comoriens, Cheikh-Mc force son destin et s’impose petit à petit en leader, non seulement leader du rap comorien mais aussi en leader incontesté de la conscientisation de la jeunesse. On a encore en mémoire les manifestations organisées par le mouvement Madji na Mwendje portées par la voix de Cheikh-Mc. La suite, comme pour récompenser ses années acharnées de travail et d’insoumission, Cheikh-Mc fut arbitrairement arrêté puis incarcéré ; les jeunes comoriens de la place et ceux de la diaspora se sont soulevés, et l’indignation collective a eu raison de l’autoritarisme. Il a recouvert la liberté peu après.

Mais puisque pour défendre ses Comores, Cheikh-Mc est prêt à tout, il le dit d’ailleurs dans son titre «Ngamina», (je dispose) rien ni personne n’arrive à éteindre sa voix qui porte. Très vite, comme on peut le constater, Cheikh-Mc est investi de différentes missions internationales à l’image du chanteur hors frontière qu’il est devenu. Il a été par exemple, désigné ambassadeur de l’UNICEF auprès des jeunes ; de ce statut sont nés combat et vocation pour le rappeur. Dès lors, Cheikh-Mc milite pour la promotion de la santé, de l’éducation et de la bonne gouvernance. La mythique chanson, «Nadia», qui est un véritable hymne à l’amour et contre la propagation du Sida, est restée le symbole d’un engagement total et indéfectible.     6875809lpaw-6875834-jpg_4062198

Un rap engagé donc, voilà ce que fait Cheikh-Mc sans discontinuer. C’est là peut être la recette de sa longévité. Les années passent, les albums se succèdent et le succès est toujours aussi présent. Les Comoriens l’écoutent, le monde aussi. Lorsque, lors de son dernier passage en France, Cheikh-Mc fut reçu à Science Po longtemps après avoir été finaliste du prix découverte RFI marchant ainsi sur les pas du chanteur O. Mohamed Elyas dit Maalesh, sa stature a pris un nouvel an. Cheikh-Mc est écouté en Afrique et en Europe, de Paris à Mogadiscio en passant par Dakar et Bamako à travers RFI. Cet artiste est regardé également de Canberra et Washington par l’intermédiaire de la célébrissime chaîne télévision Trace-TV.

Auteur de trois album, Tout Haut (2005), Enfant du tiers-monde (2010), Upezo (2017) et d’un EP, Révolution en 2014, Cheikh-Mc étonne par son inspiration et la facilité avec laquelle il s’adresse aux autorités comoriennes. Ainsi, des chansons comme Mwambiye (Dis-lui) et Ndo Msadjadja (La pagaille), adressées respectivement aux présidents Azali et Sambi, d’après la critique collective, sont restées des œuvres cultes. Elles ont prouvé, si besoin était, que rien n’échappe à l’œil et à la bouche du rappeur.

C’est donc en terrain conquis que Cheikh-Mc revient en ce mois de juillet 2017, avec son album Upezo, entendez Panorama ou Vision. L’album qui tombe après le succès international du titre Anyibu, La honte qui pointait du doigt ceux qui prônent la probité religieuse en semant l’immoralité et la honte.

Disponible dans toutes les plateformes de téléchargement légal, Upezo semble faire un carton parmi les fans de Cheikh-Mc. L’une des chansons phares de l’album, Djibuwe, Montre-toi ou plutôt vante-toi, est disponible gratuitement sur Youtube. Elle a été vue plus de 20 000 fois en moins d’une semaine. A ce rythme là, non seulement aucun autre chanteur comorien résidant aux Comores comme lui n’a fait mieux mais aussi, ne comptant pas s’arrêter là, à l’entendre, Cheikh-Mc risque de devenir, à terme, le véritable Puff Daddy du rap africain. Encore faudra-t-il, que dans son propre pays, ceux qui sont dérangés par sa voix, ne la mettent pas en sourdine ou l’éteigne.

O.M

La fédération Radhi-France réagit suite à la fermeture de la compagnie Int’Air Iles

logoRadhinouveauLe communiqué annonçant l’arrêt des activités de la compagnie aérienne Int’Air Ile a suscité peu de réactions dans la sphère politique. Vingt-quatre heures après le communiqué du Directeur d’Int’Air Iles, la fédération RADHI-France réagit et regrette la fermeture de cette compagnie fondée et gérée par des investisseurs nationaux.

Dans un communiqué diffusé ce dimanche 30 juillet, RADHI-France exprime sa colère face au dépôt de bilan d’Int’Air Iles, surtout que quelques mois auparavant, une autre compagnie comorienne, AB-Aviation a été également contrainte d’arrêter ses activités par les exigences de la même agence gouvernementale. Le Bureau de la Fédération du parti RADHI en France laisse entendre que le gouvernement comorien est à l’origine de l’écroulement des compagnies comoriennes au profit des entreprises étrangères comme on peut le lire dans ce communiqué : « la suppression de deux compagnies comoriennes pour favoriser des compagnies étrangères est une honte pour tout comorien qui aime son pays ».

C’est dans un ton ferme que cette fédération critique les actions du chef de l’État et de son gouvernement et parle de « crime économique » en précisant que « 130 » personnes seront désormais au chômage suite à la fermeture d’Int’Air Iles. La déclaration n’a pas omis de souligner les « 7000 emplois » supprimés dans la fonction publique par le gouvernement actuel dès le début de la prise de fonction. Alors que la baisse du chômage faisait partie des promesses du chef de l’État pendant sa campagne, c’est le contraire qui se produit « le président Azali (…) écrase les initiatives nationales et détruit des emplois depuis un an ».

Natidja HAMIDOU


FÉDÉRATION RADHI-France

Radhi.france2@gmail.com

COMMUNIQUÉ

30.07.17

 

La société INT’AIR ILES a annoncé la cessation de ses activités à partir du 30 juillet 2017, ne pouvant faire face aux exigences inconsidérées de l’Agence Nationale pour l’Aviation et la Météorologie (ANACM). Après la mise à mort il y a quelques mois de la compagnie AB Aviation, c’est la deuxième disparition d’une compagnie aérienne comorienne depuis le retour au pouvoir du président Azali, il y a un peu plus d’un an. Et comme par hasard, on nous annonce au même moment l’arrivée d’une nouvelle compagnie qui a les faveurs du gouvernement.

La suppression de deux compagnies comoriennes pour favoriser des compagnies étrangères est une honte pour tout Comorien qui aime son pays. Au regard de la situation géographique de notre archipel, c’est un crime économique. Au-delà de la fragilisation du secteur privé, du manque de soutien aux initiatives privées, le gouvernement du président Azali a procédé à des destructions d’emploi dans ces deux compagnies, 130 emplois pour la seule société INT’AIR ILES. A cela s’ajoutent plus de 7000 emplois détruits dans la fonction publique. N’en déplaise à ses partisans, qui continuent à soutenir des actions qui sont défavorables à l’économie nationale et qui avantagent des opérations opaques venues de l’extérieur, il y a un vrai décalage entre le candidat Azali qui promettait le plein emploi et qui disait qu’il fallait que les Comoriens comptent d’abord sur eux-mêmes d’une part et d’autre part le président AZALI qui écrase les initiatives nationales et détruit des emplois depuis un an.

À longueur de journée, le président de la République et ses partisans nous chantent la chanson de l’émergence, mais dans les faits nous assistons à une politique économique qui conduit à l’échec les investisseurs nationaux. On peut légitimement se demander quels desseins guident les dirigeants du pays à agir ainsi au détriment des investisseurs comoriens.

La fédération RADHI-France apporte son soutien aux investisseurs nationaux victimes des opérations du gouvernement du président Azali, ainsi qu’aux familles qui vont devoir vivre avec le chômage à partir d’aujourd’hui.

La Fédération RADHI-France condamne fermement cette politique destructrice et demande au président de la République et à son gouvernement de se ressaisir et de changer de cap en soutenant les opérateurs économiques au lieu de les enfoncer.

Enfin, nous appelons l’ensemble des partis politiques à ne pas rester muets face à une politique anti-nationale en attendant une hypothétique entrée au gouvernement, et la société civile à ne pas se laisser endormir par une aide à l’organisation d’Assises Nationales qui risquent d’ailleurs d’être manipulées et détournées à d’autres fins et de dénoncer les entraves qui sont faites aux intérêts nationaux.

Le Bureau de la Fédération RADHI-FRANCE

Éducation. Les épreuves du Bac ont enfin commencé

12850 élèves ont entamé les épreuves du baccalauréat ce samedi avec plus d’un mois de retard par rapport aux dates habituelles.

Après l’examen d’entrée en sixième le 26 juillet dernier avec 15248 candidats dans l’ensemble du pays, le tour revient au baccalauréat. Ce samedi 29 juillet, 12850 candidats ont débuté le baccalauréat dans les différents centres de l’archipel avec l’épreuve de philosophie. Les élèves inscrits au baccalauréat général ont quatre jours pour composer les différentes épreuves. Tandis que leurs camarades du baccalauréat technique finiront leurs examens deux jours après, le 3 août selon la déclaration du Secrétaire Général du Ministère de l’Éducation nationale dans les colonnes du quotidien La Gazette des Comores.

L’éducation physique et sportive (EPS) aura lieu le 2 août prochain. Ce calendrier tardif des examens nationaux est la conséquence d’une grève des enseignants. Il reste à espérer que le taux de pourcentage de réussite du baccalauréat de cette année sera positif par rapport à celui de l’année dernière qui était loin d’être satisfaisant. S’agissant du Brevet d’Étude du Premier Cycle (BEPC), le début des épreuves est prévu le 5 août prochain avec 12392 candidats. 40 490 constituent le nombre de candidats aux examens nationaux pour cette année scolaire.

       Natidja HAMIDOU

Mort de la compagnie Int’Air Iles

InterAIRIlesC’est par un simple communiqué aux allures de faire-part de décès, en date du 28 juillet 2017, que le Directeur de la compagnie Int’Air Iles a annoncé « la fin de toutes ses activités » à partir du 30 juillet 2017. Le courage et la volonté de Seffoudine Inzoudine n’ont donc pas suffi face aux volontés de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACM).

Si les autorités comoriennes et en particulier le puissant directeur de l’ANACM, Jean-Marc Heinz voulaient en finir avec Int’Air Iles, après avoir provoqué l’arrêt de la compagnie AB Aviation, ils ne s’en seraient pas pris autrement.

Ce sont deux règlements qui ont été exhumés par l’ANACM en quelques jours pour faire mordre la poussière à la compagnie de droit comorien. Le premier visait à stopper l’exploitation de l’Airbus affrété par Int’Air Iles avec lequel la compagnie avait fait récemment un vol inaugural vers Dubai avec des offres alléchantes pour les voyageurs. L’ANACM exigeait qu’après six mois d’exploitation l’avion, loué à une compagnie sud-africaine, soit immédiatement immatriculé aux Comores. Le deuxième interdisait aux avions mono-moteurs d’Int’Air Iles les vols de nuit, mais surtout rallongeait considérablement le temps de trajet entre la Grande-Comore et Anjouan, faisant ainsi exploser les coûts d’exploitation.

L’ANACM et son directeur ne pouvaient ignorer qu’avec de telles mesures ils allaient tuer la deuxième et dernière compagnie comorienne de transport de la région. Le Directeur annonçait récemment pouvoir résister encore, mais ce 28 juillet, il en est venu à l’évidence : Int’Air Iles est mort « des conséquences de la volonté de l’ANACM d’écarter notre société des îles de la lune ». Les faits lui donnent raison puisque dès hier une autre compagnie est arrivée pour exploiter quasiment les mêmes segments.

Int’Air Iles a du subir pendant plusieurs semaines les blocages de l’Aviation civile française pour pouvoir se poser à Mayotte, il avait gagné son bras de fer car il était évident que les autorités françaises cherchaient à protéger Air Austral et Ewa. La compagnie subissait encore des « coups » à Madagascar qui cherchait également à soutenir Air Madagascar. Mais, Seffoudine Inzoudine et sa compagnie ne s’attendaient sans doute pas à ce coup de poignard dans le dos, de la part de leur propre gouvernement. Pourtant, la manière dont AB Aviation a été liquidée il y a quelques mois aurait dû les rendre plus méfiants.

A moins d’un miracle et d’un ressaisissement du gouvernement comorien, cent trente salariés rejoindront le 30 juillet prochain, au chômage, ceux d’AB Aviation et les plus de 7000 Comoriens virés de la fonction publique par simples décrets.

Dans ces conditions, quels Comoriens sont prêts à faire de grands investissements dans ce pays, en sachant qu’ils sont les plus visés et qu’ils peuvent tout perdre en quelques jours, s’ils ne sont pas proches du pouvoir ?

MI

 

Coopération décentralisée franco-comorienne

COOPERATION

Au centre de l’image: Abdillah Ibrahim

Interview d’Abdillah Ibrahim, président de la PFAC de Seine-Saint-Denis : «C’était une bonne occasion pour renforcer le processus de mise en place des collectivités territoriales aux Comores».

 

Des assises sur la coopération décentralisée franco-comorienne se sont tenues à Moroni du 28 au 29 juin dernier. Pour en savoir plus, Mlimengu s’est entretenu avec Abdillah Ibrahim, président de la plate-forme des associations comoriennes de la Seine Saint-Denis qui a été dépêché aux Comores pour y prendre part. Interview.

Mlimengu : quels sont les objectifs de votre mission aux Comores ? Quel est le but à atteindre ?

Abdillah Ibrahim : Je suis venu représenter le maire de Sevran en tant que conseiller municipal et la PFAC 93 (Plate-forme des associations comoriennes de la Seine-Saint-Denis) en tant que coordinateur général, à l’invitation de l’ambassade de France et de l’association des maires des Comores, aux assises de la coopération décentralisée franco-comorienne, tenues à Moroni les 28 et 29 juin derniers.

Ces assises rassemblaient les collectivités françaises ayant des partenariats de coopération avec les collectivités comoriennes. La municipalité de Sevran et la PFAC 93 que je représentais, sont impliquées comme beaucoup d’autres structures, dans cette dynamique. C’était une bonne occasion pour renforcer le processus de mise en place des collectivités territoriales aux Comores. A ce stade de la mise en place des institutions territoriales comoriennes, ces rencontres sont productives.

M.L : comment se sont déroulées les assises ? Et combien de temps ont –elles duré ?

A.I: Sur le plan technique, les assises se sont bien déroulées. Elles ont permis aux collectivités françaises engagées dans le cadre de la coopération décentralisée avec les Comores, de faire le déplacement et manifester leur volonté de coopérer avec l’archipel pour des intérêts mutuels.

Les travaux se sont réalisés en ateliers techniques durant les deux jours. Des échanges et des informations très pertinents ont bordé le menu des différentes rencontres.

La coopération décentralisée est un dispositif volontaire de solidarité autorisée par la loi. C’est un aspect qui doit être bien compris par la diaspora et les autorités locales comoriennes.

 C’est en ce sens qu’on doit mesurer le rôle d’une structure comme la PFFAC 93 dans les relations entre Ngazidja et le département de la Seine-Saint-Denis, par exemple. Les partenaires ne peuvent pas mettre en place des dispositifs si nous, originaires de Comores ne sommes pas demandeurs. Ils tiennent compte des préoccupations qui sont les nôtres et des intérêts de chacun.

Je précise que la Seine-Saint-Denis était bien représentée avec l’île de la Réunion, par rapport aux autres collectivités françaises présentes à ces assises. Cela prouve bien que la dynamique nourrie par l’implication de la communauté résidente sur les territoires dont certains d’entre nous avons des responsabilités, a une influence positive.

M.L : quels sont les résultats obtenus ?

A.I : Les résultats attendus de ces assises sont constitués ainsi : d’abord, il y a l’engagement des collectivités françaises présentes à agir pour le renforcement et la consolidation du processus de structuration. Ensuite, vient s’ajouter l’appui à l’administration et la gouvernance locale à travers l’accompagnement des communes et des gouvernorats dans la gestion locale. Enfin, il y a également, l’appui et la valorisation des territoires et l’émergence des dynamiques de développement.

Personnellement, je suis persuadé que si les partenaires comoriens s’en saisissent de l’opportunité, l’impact serait positif.

M.L : Les autorités comoriennes ont refusé la participation des maires de Mayotte à la demande de la France. Le gouvernement a-t-il justifié ce refus ? Pourquoi avez vous accepté de continuer le travail sans les élus Mahorais ?

A.I : Le refus de l’Etat comorien à une délégation française de Mayotte relève de sa souveraineté. Il ne m’importe pas d’en chercher des justificatifs. Il est bien vrai que la partie officielle de la programmation de l’événement est reportée ultérieurement, selon l’expression du président de la République, lors d’une réception qu’il a accordée à notre délégation. Toutefois, je conçois que la poursuite des travaux constitue l’essentiel mais les autres enjeux ne sont pas non plus négligeables.

Il était très utile de remplir notre mission et envisager des mesures qui permettront aux deux parties de continuer à œuvrer ensemble dans la voie de la pérennisation des efforts pouvant rapprocher les territoires et les habitants de nos deux pays pour les intérêts réciproques.

Propos recueillis par Natidja HAMIDOU

Un festival pour la valorisation des boutres aux Comores.

Djahazi

Peinture:  Abdou MWEWU

 

Du 21 au 23 juillet dernier, a eu lieu à Moroni la première édition du « Festival Djahazi ». Celui-ci a été initié et organisé par l’association Djahazi dans le but de démontrer l’utilité des boutres aux Comores et la place qu’ils occupent dans notre passé commun.

Cet ancien moyen de transport, disparu depuis plusieurs années,  semble être méconnu par la jeunesse comorienne  D’ailleurs, cela fait partie des objectifs de ce festival. Il ne s’agit pas seulement de mettre en valeur la culture comorienne mais aussi de sensibiliser la population sur la disparition de ce patrimoine culturel.

Plusieurs activités étaient au programme notamment des expositions photos, des contes, une projection d’un documentaire sur les boutres… Elles se sont toutes déroulées dans la capitale. Les organisateurs de ce festival ont manifesté leur joie et ont affirmé une réussite de l’événement. Il faut espérer pour la prochaine édition, que les activités soient dispersées dans les autres villes et pourquoi pas dans les autres îles.

Natidja HAMIDOU

Les coulisses de l’après Anda

IMAGE ANDA
Le terme Anda, vient de l’Arabe classique, Andat, ce qui signifie habitude. D’ailleurs, il est souvent utilisé dans des expressions populaires comme, Kamal anda, ce qui signifie, comme d’habitude, comme à l’accoutumée. Le Anda relève donc de la coutume comorienne. Il exige que tout homme, surtout l’aîné d’une fratrie, épouse une femme, de préférence du même village, au vu et au su de tous. Le Anda est donc un mariage essentiellement endogamique et particulièrement ostentatoire.
Dans la pratique, le marié amasse une somme colossale d’argent et nourrit tout son village et parfois même au delà ( notamment dans le cadre des madjlis) durant toute une semaine. Or, argent et mets sont dépensés démesurément et les mariés, qui se sont souvent endettés au préalable, entrent dans une spirale infernale de dette et de crédits infinis.
Les plus grands sacrifiés de ces mariages rocambolesques sont ceux qui n’auraient jamais du être abandonnés par leurs propres parents. Les enfants. Ils sont souvent soumis aux mêmes restrictions que leurs parents et alors, au sein des familles, des tensions en tout genre s’installent; parfois elles sont réglées, parfois elles virent au cauchemar des dislocations familiales.
Il est parfois, des cas aberrants de mariages arrangés ou montés en toutes pièces du jour au lendemain pour ne pas manquer l’occasion de conclure son grand mariage. Plus souvent, ces mariages opportuns ou express, ne durent pas longtemps; les divorces se multiplient et, hormis les dépenses faites de part et d’autres, personne ne gagne dans ce genre de mariage.
Tout cela pour acquérir une certaine notoriété dans la société. Le Anda confère en effet, le tire d’homme accompli, Mdru Mdzima. L’homme accompli, auréolé de ce nouveau statut, peut donc décider de certaines affaires qui concernent la cité. Il peut même décider de l’excommunication de toute personne dont le comportement déplacé nécessite cette mise à l’écart. La question qui se pose est donc la suivante. Peut-on continuer aujourd’hui, à vivre sous le poids de ces mariages fardeaux ?
Notons que, contrairement aux mariages conventionnels, le grand mariage est obligatoire. Et celui qui, par malheur, manque à ce devoir, est ciblé, pointé du doigt et même marginalisé. Le mariage ne devrait-il pas être privé et ainsi être exécuté par quiconque le souhaite ?
Voilà donc le grand mariage. Un mariage au pouvoir étendu, pouvoir qui s’étend jusque dans l’intimité de l’individu. Certes, chaque pays a ses us et coutumes. Nous ne devons donc pas vider le nôtre des legs de nos ancêtres. Mais il nous faut tout de même nous attaquer à certaines perversions pour le bien de tous.
Retirons au grand mariage, son caractère obligatoire. Rendons le Anda facultatif comme le sont tous les autres types de mariage de part le monde. Retirons les privilèges conférés aux hommes accomplis. Ainsi, le Anda deviendra l’affaire de ceux qui le veulent; il retrouvera donc le côté festif et joyeux de tout mariage. Évitons enfin de stigmatiser les wana mdji ( enfants de la cité), ceux qui ne sont pas encore passés par la case grand-mariage.
En somme, bien qu’il ne faille pas rayer le Anda de nos institutions traditionnelles, il faut le toucher d’une nouvelle emprunte pour la quiétude de tous. Nous devons supprimer de ce mariage, son caractère contraignant et coercitif. On ne peut permettre qu’en 2017, le mariage, censé représenter l’amour entre deux êtres chers, soient l’apanage de certaines personnes qui en tirent profit au détriment des mariés et de leurs ayants droit. Parlons-en, ouvrons le débat.
Omar MIRALI