Tribune Libre. Mayotte, tableau d’un combat perdu d’avance

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Mayotte, tableau d’un combat perdu d’avance

 

 

L’histoire des Comores, c’est incontestable, ne commence pas au début des années 1830. En revanche, la genèse du différend franco-comorien sur l’île de Mayotte remonte autour de ces années là. Entre 1830 et 1835, en partance de Madagascar, Andriantsoly s’accapare de l’île de Mayotte. Au début des années 1840, alors que la France perd peu à peu de son influence dans l’Océan Indien, Andriantsoly, en proie à une importante instabilité politique interne, a du négocier la vente de l’île. Louis Philippe, alors roi de France, valida l’achat de Mayotte en 1843.

Historiquement, les faits sont têtus.

Il a fallu attendre 43 ans, 43 longues années de destin séparé,  pour que le reste des Comores, suivant la trajectoire de Mayotte, embrassent le protectorat français. Lorsque, en 1912, l’annexion des Comores a été officialisée, la France avait eu largement le temps de s’enraciner à Mayotte. Son ancrage, y était déjà plus fort que dans le reste des îles de l’archipel des Comores.

 

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©RTMC. à gauche Abdourahamane Mohamed B.A. et à droite Omar Mirali

Prochaine grande date, l’an 1974. Après avoir franchi la décisive étape de l’autonomie interne au lendemain de la deuxième guerre mondiale, voilà que les populations comoriennes  (oui, les populations) sont appelées à se prononcer sur l’indépendance, autrement dit, l’éventuel départ des Français. Comme souvent, là aussi Mayotte a fait cavalier seul en traçant son chemin, un chemin aux antipodes de celui qui a été emprunté par les trois autres îles des Comores. Seule, alors que Ngazidja, Ndzuani et Mwali ont voté pour l’indépendance, Maoré a choisi le maintien de la France dans ses girons.

On se retrouve alors, au lendemain de l’indépendance de 1975, avec un État définitivement morcelé. Remarquez au passage, que dès les années 1840, le choix des Mahorais de rompre avec les Comoriens en faveur des Français ne s’est jamais démenti. Pis encore, cette position n’a eu de cesse de se radicaliser au fil des années. Cette volonté francophile de tout un peuple a atteint son paroxysme lorsque, entre 2009 et 2011, l’île de Mayotte changeait de statut pour devenir un Département français d’Outre-Mer. (DOM). Mayotte a donc, juridiquement, le même statut que la Seine Saint Denis ou encore la Corse. Et ce  long processus qui a conduit à ce nouveau statut, a été l’œuvre des Français mais aussi des Mahorais qui, jusqu’à nos jours, n’ont jamais formulé la moindre véritable réticence à son encontre. Un peuple spolié se soulève; ici, non seulement les Mahorais ne se soulèvent guère mais ils se posent également en véritable défenseur de leur départementalisation, allant jusqu’à s’en prendre aux biens et à l’intégrité des Comoriens de Mayotte qu’ils considèrent comme étrangers.

Les faits sont têtus.Ils sont là pour nous rappeler ces truismes. Les Mahorais sont Français et par de là cette considération, ils manifestent leur francité à qui veut l’entendre. Comment faire pour changer la décision mûrement ( qui n’a pas été prise sur un coup de tête mais après de longues

 

années de pas vers la France) réfléchie d’un peuple unanime face à son destin?

Juridiquement, c’est sans appel

Après l’indépendance des Comores, les autorités de ce pays ont saisi l’Organisation des Nations Unies ( ONU) suite au maintien de la France à Mayotte. L’assemblée générale de l’ ONU n’a eu de cesse de condamner la France, au moyen d’une vingtaine de résolutions. Ces résolutions, qui n’ont aucune portée coercitive, n’ont pas pu contraindre la France à quitter l’île convoitée. Mais elles constituaient cependant, le seul véritable moyen de pression détenu  par l’État comorien.

Dès 1994, la question de l’île de Mayotte a été retirée de l’ordre du jour permanent de l’assemblée générale des nations unies. Dès lors, le report des débats sur cette question a été systématique; autant dire que ce débat a été reporté quasiment sine die.

Si au moment où la question de l’île de Mayotte était inscrit à l’ordre du jour permanent de l’ONU, l’État comorien n’a pas pu faire vaciller la France, que peut-il maintenant? Il ne reste, d’après le juriste Abdourahmane Mohamed Ben Ali, qu’une seule solution qui est, de surcroît, difficile d’application en l’espèce. Les Comores auraient pu saisir la cour internationale de Justice.

Seulement, l’amateurisme conjugué des autorités comoriennes a rendu cette piste impraticable. En effet, en retirant la question de Mayotte de l’ordre du jour permanent de l’assemblée générale de l’ONU, la France et les Comores se sont engagés à résoudre ce problème par le biais de négociations bilatérales. Qui dit négociations bilatérales, dit franche discussion entre les deux États sans moyen pour l’un de dominer les pourparlers. Pourtant, on a vu qu’en 2013, le président Ikililou, invité à l’Elysée par le président français François Hollande, a avalé ses mains en cédant presque tout à son homologue. Si les Comores saisissent la cour de justice internationale, la France peut décider de ne pas s’y rendre en faisant prévaloir l’engagement solennel pris par les deux pays à trouver une solution diplomatique à ce différend. Ce motif avancé, aucune condamnation ne pourrait alors être prononcée contre la France.

Alors, que faire?

Si les Mahorais, au fil de l’histoire, n’ont jamais fait le moindre pas vers les Comoriens, si l’assemblée générale des nations unies est dans l’impossibilité de mettre un terme au différend franco-comorien sur l’île de Mayotte, s’il nous est difficile voire impossible pour nous Comoriens de faire condamner la France par la cour internationale de justice, que nous reste-t-il alors?

Il nous reste nos yeux pour pleurer, notre naïveté pour espérer, notre sincérité pour admettre et notre courage pour céder. Mayotte est partie et son retour, impossible, n’est réaliste que dans l’esprit délirant de ceux, dont l’imagination féconde, déborde de fantasmes et d’utopie.

 Omar MIRALI.

2 commentaires

  1. Très bon récit, en terme comorien, j’ai ouvert la bouche et tu as parlé Omar. J’adhère sans aucun réserve a ton article. Car pour ma part je trouve fatigant à la longue que les dirigeants comoriens pour masquer et camoufler leur incompétence et leur amateurisme nous rabâchent la question maoraise. Les faits sont là, l’histoire en est témoin, Mayotte a toujours fait cavaliers seuls et ça depuis la nuit de temps.
    Ce n’est pas en aboyant jours et nuit que Mayotte est comorienne et le restera que ça voudrait dire que c’est vraie. Non loin de la, c’est juste une utopie, ça nous fraine et ça devient en un boulet qui empêche les 3 autres d’avancer. Detachons de cette question épineuse et avançons dans elle et espéré qu’un jour le maoré se rendra compte qu’on est un peuple unique historiquement et culturellement. Et cela dans le respect de chacun. Car une chose est sur, au delà des raison économiques et sociales qui ont poussées les maoré a vouloir se détacher des autres îles soeurs, il y’a la aussi la question du mépris insupportable des comoriens et en particulier des grand Comoriens en vers leur frères mahorés.

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