Editorial. Il faut mettre fin aux Notes sexuellement transmissibles (NST)

L’année scolaire traine. Alors que dans d’autres pays les élèves se préparent à reprendre le chemin des cours, aux Comores, ils sont encore dans les examens. S’il fallait une preuve de la négligence de l’éducation nationale dans ce pays, celle-là pourrait suffire.

Mais, il y en a une plus grave. Elle est liée aux relations sexuelles que certains professeurs entretiennent avec leurs élèves de sexe féminin du collège jusqu’à l’université. Ces relations sont depuis quelques années résumées par les termes « Notes sexuellement transmissibles » (NST) car elles naissent dans les textos que certains professeurs envoient à leurs élèves ou étudiantes, mais elles prolifèrent bien avant la démocratisation du téléphone portable. « NST » est donc l’acronyme pour désigner cette vieille maladie. Elle est dénoncée régulièrement par les élèves eux-mêmes et quelques professeurs, mais cela reste sans effet.

Aucun Ministre de l’Éducation, aucun président de la République n’ose s’attaquer à ce phénomène. Aucune politique n’a jamais été entreprise pour lutter contre la pédophilie à l’école et tous les abus du genre dont tout le monde parle ouvertement. C’est comme si ces hommes se tenaient par la queue, aucun n’osant dénoncer l’autre de peur d’être dénoncé à son tour. Et ceux qui ne sont pas mêlés à ces histoires, ceux qui les réprouvent, y compris les enseignantes, comme les femmes ayant un peu de pouvoir dans ce pays, continuent de se taire tandis que des enfant ou des jeunes adultes sont quotidiennement harcelées.

Qu’il soit bien clair, il ne s’agit pas ici de dire que tous les professeurs aux Comores sont des prédateurs pour les enfants. C’est un phénomène qui existe ailleurs. La différence c’est qu’ailleurs des mesures existent pour lutter contre, des sanctions sont prises contre les professeurs qui se livrent à ces pratiques. Aux Comores, nous en sommes encore à la politique du « Nari sitiriyane ». Il s’agit ici de dénoncer un silence complice, un silence qui salit tout le corps enseignant et toute la hiérarchie administrative dans l’Education Nationale. Un silence qui a des répercussions dans les autres administrations où les femmes continuent à être harcelées par leurs chefs de service. Ce n’est pas normal et nous ne sommes pas dans la normalité.

Certains professeurs ont tenté de dénoncer ces dérives et je voudrais ici rendre hommage à l’ancien Secrétaire Général de l’Université, le philosophe Djaffar Mmadi et à l’ancien Directeur des Ressources Humaines, Saïd Omar Saïd Hassane qui, en 2013, ont osé porter plainte contre des collègues qui s’étaient livrés à ces pratiques et contre lesquels il y avait des preuves (la lettre d’une étudiante prise avec un sujet corrigé pendant un examen et des échanges de textos). Malheureusement, leur plainte s’est égarée dans les méandres de la justice comorienne et l’Université n’ayant pas le temps d’examiner les accusations de l’étudiante (voir PV de l’Université du 20 mars 2013), s’est contenté d’exclure pour 5 ans la victime pour fraude et suspendre les deux enseignants mis en cause (tout en continuant à les payer).

Aujourd’hui, c’est un nouvel appel au nouveau Ministre de l’Éducation et au Président Azali qui ne peut être insensible à cette question. Il faut rompre le silence et agir. Des solutions peuvent être immédiatement envisagées. Il faut spécialiser des inspectrices et des psychologues qui ne soient pas déjà de l’Éducation Nationale pour qu’elles aillent écouter les enfants du collège jusqu’à l’Université et proposer des solutions pour éradiquer ce mal. Il faut faire entrer les parents à l’École et associer les associations de parents d’élèves à la lutte contre la pédophilie. À l’Université, une mesure immédiate et sans incidence financière serait de faire en sorte que les copies des partiels soient redonnées aux élèves une fois corrigées ou du moins permettre à tout étudiant de pouvoir consulter ses copies d’examen sur simple demande. Cela permettrait d’éviter bien des injustices.

En effet, aux Comores, nous sommes dans le seul pays au monde où les étudiants n’ont pas accès à leurs copies d’examen une fois qu’ils les ont remises aux professeurs qui corrigent. Cela permet aux professeurs d’y mettre les notes qu’ils veulent sans aucun contrôle de qui que ce soit ou de les faire disparaître quand ils veulent (comme ce fut le cas en 2013 dans le département d’AES). Cela permet aussi de faire pression sur les jeunes filles, et même sur leurs petits copains qui ne pourront jamais vérifier si la mauvaise note qu’on leur a donnée était justifiée ou non.

Nous sommes dans un pays qui a inscrit sur sa Constitution que l’action de l’État doit être guidée par les principes de l’Islam et sur cette la question des NST, l’Etat, l’Éducation et les divers gouvernements depuis longtemps semblent ignorer complètement quelques principes de cette religion et en particulier le sort qui est fait aux enfants à l’École.

MI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s