Vers l’instauration d’un régime dictatorial aux Comores?

Aux Comores, un pays ami de la France avec lequel celle-ci est liée par près de 140 ans d’histoire, un régime dictatorial s’installe dangereusement dans l’indifférence générale. Dans les années 1990, la démocratie arrivait aux Comores et, si elle avait été plus ou moins respectée à ses débuts, il est difficile d’en dire autant aujourd’hui.

En 2016, le président Azali Assoumani arrivait au pouvoir pour la deuxième fois. Cet événement avait suscité énormément d’espoirs tant celui-ci multipliait les belles déclarations. Mais rapidement, le ton était donné. Les toutes premières mesures du président ont été d’augmenter les salaires de tous ses ministres et de licencier plus de mille jeunes qui travaillaient dans l’administration du pays. Après cette mesure très contestée et voyant sa popularité faible dès le début, dégringoler vertigineusement, le président Azali et son ministre de l’intérieur, Mohamed Daoudou plus connu sous le nom de Kiki, ont instauré un régime pour le moins, terrifiant. La terreur s’est généralisée et les Comoriens, en particulier les journalistes, commencent à en pâtir.

Une presse muselée

Rien n’est plus dangereux actuellement aux Comores que d’élever sa voix contre le régime en place. Les journalistes comoriens sont régulièrement la cible de toutes sortes d’exaction de la part des forces de l’ordre. Abdallah Abdou Hassani, alias Abdallah Agwa, est devenu le symbole d’une presse muselée. Véritable journaliste d’investigation, sans doute l’un des rares aux Comores, Agwa paye son franc-parler et son sens de l’indiscrétion. Alors que l’actuel ministre de l’intérieur était receveur à la société comorienne des douanes, Agwa avait révélé une histoire de détournement de fonds publics dans lequel Kiki était directement cité. Celui-là même qui, aujourd’hui, comme par vengeance personnelle, lance la police comorienne à la recherche d’Abdallah Agwa. Maintes fois condamné, Agwa est aujourd’hui en cavale, il s’exprime quelques fois dans les réseaux sociaux. Récemment, il a expliqué que s’il ne se rend plus à la police, comme il le faisait par le passé, c’est parce que cette même police a confisqué tout son matériel, a saccagé sa radio, la Baraka FM, en dehors de tout cadre légal. Il est vrai que jusqu’à ce jour, la radio d’Abdallah Agwa ne peut plus émettre, malgré une décision judiciaire qui a ordonné la restitution du matériel de la chaîne et qui a entièrement innocenté le journaliste.

En cachette, Agwa s’exprime quelques fois dans d’autres radios. Mais à chaque fois qu’il s’exprime dans une radio, les forces de l’ordre partent sur ses traces et intimident du même coup, les responsables de la radio en question. C’est ce qui est arrivé aux responsables de la radio Kaz de M’kazi, obligés de fermer leur antenne à Agwa. Mais cette radio, l’une des rares à résister à la pression de l’État, continue de laisser Agwa s’y exprimer et voilà qu’en ce jour de 27 janvier 2018, une convocation signée de la brigade de recherche, a été émise contre deux journalistes de Radio Kaz: Idriss Youssouf et Mchangama Oubeid Athoumane. Mchangama Oubeid Athoumane n’est autre que ce fameux journaliste qui a été physiquement agressé par le ministre de l’intérieur en pleine réunion internationale à l’Assemblée nationale. Dans ses excuses à la nation et à Oubeid, Kiki a semblé justifier son acte par le fait que celui-ci ne possédait pas de carte de presse. Comme si le seul fait de ne pas en posséder pouvait légitimer ce genre d’actes dans un pays où peu de journalistes, même ceux des plus reconnus, disposent de ce précieux sésame.

Il y a quelques jours, d’autres journalistes de Hayba FM, ont été tabassés la nuit alors qu’ils s’apprêtaient à rendre visite à des membres de leurs familles. Les policiers qui les ont torturés ont expliqué leur geste par le fait que ces journalistes n’étaient pas en possession de leur carte nationale d’identité. Des images circulent dans les réseaux sociaux, on y voit toute sorte de marques et de traces de violence sur leurs dos. Le directeur de la radio Hayba FM, un ancien député de la République, a pris la parole pour dénoncer cet acte. Et si, cette agression qui a touché de près cet homme politique dans ce pays où l’opposition est traquée, n’était pas si anodine?

Une opposition traquée

Aujourd’hui, les réunions et meetings politiques de l’opposition sont régulièrement interdits. La liste de ces interdictions est tellement longue que nous préférons évoquer uniquement le dernier exemple en date. Il y a trois jours, Razida, une des grandes figures de l’opposition, devait rassembler ses troupes. Ils ont à peine eu le temps de s’assembler quand soudain, les forces de l’ordre débarquèrent. La réunion a été donc ainsi chamboulée et des arrestations ont eu lieu. Météo, un DJ très connu aux Comores, résidant à Mandza au nord de la Grande Comore, a été arrêté. Nous ignorons, pour l’instant, les motifs officiels de son arrestation. Le seul témoignage qu’on ait sur cette affaire est celui de DJ Météo lui-même. Son erreur, selon lui, a été de « sonoriser» un meeting tenu par un des leaders les plus connus de l’opposition.

La société civile sur le qui-vive

Si la société civile est pour l’instant peu touchée par ces persécutions nombreuses, force est de constater qu’elle n’en est pas, pour autant, épargnée. Aujourd’hui, Moussawi Saif El Moussawi ne peut plus retourner aux Comores. Il a été le premier comorien à révéler l’implication du ministre de l’intérieur dans une affaire sordide de corruption mêlant vente illégal de passeports comoriens à des terroristes et falsification de documents.

A l’heure où j’écris ces quelques lignes, je m’attends moi aussi à être intimidé comme l’ont été tous ceux qui ont osé parler. La société comorienne semble retranchée. Plus personne ne s’exprime sans avoir, au préalable, peser ses mots. C’est dire si le ministère de l’intérieur est à la traque de toute voix discordante d’où qu’elle vienne.

Mais pour ma part, je ne peux en rester impassible. Un régime dictatorial se forme. La France, principal partenaire étranger des Comores et pays hôte de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, doit demander l’arrêt de ces violations des droits élémentaires. La communauté internationale, garante des libertés et des droits des peuples, doit exiger l’arrêt immédiat de la persécution des journalistes comoriens.

O.M

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s