Culture

Cheickh-Mc le « Puff Daddy » comorien

Né le 12 août 1978 à Moroni, Cheikh-Mc, de son vrai nom Abdérémane Cheikh, est le pionnier du rap comorien. Si au départ la méfiance des Comoriens vis-à-vis du rap, ce genre musical nouveau, était de mise, Cheikh-Mc a su l’imposer en terre de toirab. En 2005 sort son premier album « Tout Haut », les Comores comme le monde, découvrent médusés, le talent inouï du jeune rappeur.

Malgré les difficultés que rencontrent les artistes comoriens, Cheikh-Mc force son destin et s’impose petit à petit en leader, non seulement leader du rap comorien mais aussi en leader incontesté de la conscientisation de la jeunesse. On a encore en mémoire les manifestations organisées par le mouvement Madji na Mwendje portées par la voix de Cheikh-Mc. La suite, comme pour récompenser ses années acharnées de travail et d’insoumission, Cheikh-Mc fut arbitrairement arrêté puis incarcéré ; les jeunes comoriens de la place et ceux de la diaspora se sont soulevés, et l’indignation collective a eu raison de l’autoritarisme. Il a recouvert la liberté peu après.

Mais puisque pour défendre ses Comores, Cheikh-Mc est prêt à tout, il le dit d’ailleurs dans son titre «Ngamina», (je dispose) rien ni personne n’arrive à éteindre sa voix qui porte. Très vite, comme on peut le constater, Cheikh-Mc est investi de différentes missions internationales à l’image du chanteur hors frontière qu’il est devenu. Il a été par exemple, désigné ambassadeur de l’UNICEF auprès des jeunes ; de ce statut sont nés combat et vocation pour le rappeur. Dès lors, Cheikh-Mc milite pour la promotion de la santé, de l’éducation et de la bonne gouvernance. La mythique chanson, «Nadia», qui est un véritable hymne à l’amour et contre la propagation du Sida, est restée le symbole d’un engagement total et indéfectible.     6875809lpaw-6875834-jpg_4062198

Un rap engagé donc, voilà ce que fait Cheikh-Mc sans discontinuer. C’est là peut être la recette de sa longévité. Les années passent, les albums se succèdent et le succès est toujours aussi présent. Les Comoriens l’écoutent, le monde aussi. Lorsque, lors de son dernier passage en France, Cheikh-Mc fut reçu à Science Po longtemps après avoir été finaliste du prix découverte RFI marchant ainsi sur les pas du chanteur O. Mohamed Elyas dit Maalesh, sa stature a pris un nouvel an. Cheikh-Mc est écouté en Afrique et en Europe, de Paris à Mogadiscio en passant par Dakar et Bamako à travers RFI. Cet artiste est regardé également de Canberra et Washington par l’intermédiaire de la célébrissime chaîne télévision Trace-TV.

Auteur de trois album, Tout Haut (2005), Enfant du tiers-monde (2010), Upezo (2017) et d’un EP, Révolution en 2014, Cheikh-Mc étonne par son inspiration et la facilité avec laquelle il s’adresse aux autorités comoriennes. Ainsi, des chansons comme Mwambiye (Dis-lui) et Ndo Msadjadja (La pagaille), adressées respectivement aux présidents Azali et Sambi, d’après la critique collective, sont restées des œuvres cultes. Elles ont prouvé, si besoin était, que rien n’échappe à l’œil et à la bouche du rappeur.

C’est donc en terrain conquis que Cheikh-Mc revient en ce mois de juillet 2017, avec son album Upezo, entendez Panorama ou Vision. L’album qui tombe après le succès international du titre Anyibu, La honte qui pointait du doigt ceux qui prônent la probité religieuse en semant l’immoralité et la honte.

Disponible dans toutes les plateformes de téléchargement légal, Upezo semble faire un carton parmi les fans de Cheikh-Mc. L’une des chansons phares de l’album, Djibuwe, Montre-toi ou plutôt vante-toi, est disponible gratuitement sur Youtube. Elle a été vue plus de 20 000 fois en moins d’une semaine. A ce rythme là, non seulement aucun autre chanteur comorien résidant aux Comores comme lui n’a fait mieux mais aussi, ne comptant pas s’arrêter là, à l’entendre, Cheikh-Mc risque de devenir, à terme, le véritable Puff Daddy du rap africain. Encore faudra-t-il, que dans son propre pays, ceux qui sont dérangés par sa voix, ne la mettent pas en sourdine ou l’éteigne.

O.M

Un festival pour la valorisation des boutres aux Comores.

Djahazi

Peinture:  Abdou MWEWU

 

Du 21 au 23 juillet dernier, a eu lieu à Moroni la première édition du « Festival Djahazi ». Celui-ci a été initié et organisé par l’association Djahazi dans le but de démontrer l’utilité des boutres aux Comores et la place qu’ils occupent dans notre passé commun.

Cet ancien moyen de transport, disparu depuis plusieurs années,  semble être méconnu par la jeunesse comorienne  D’ailleurs, cela fait partie des objectifs de ce festival. Il ne s’agit pas seulement de mettre en valeur la culture comorienne mais aussi de sensibiliser la population sur la disparition de ce patrimoine culturel.

Plusieurs activités étaient au programme notamment des expositions photos, des contes, une projection d’un documentaire sur les boutres… Elles se sont toutes déroulées dans la capitale. Les organisateurs de ce festival ont manifesté leur joie et ont affirmé une réussite de l’événement. Il faut espérer pour la prochaine édition, que les activités soient dispersées dans les autres villes et pourquoi pas dans les autres îles.

Natidja HAMIDOU