Economie/Finances

le désespoir des clients d’Int’Air Iles bloqués à Madagascar

Depuis la publication du communiqué du directeur de la compagnie Int’Air Iles sur la fermeture de celle-ci, aucun vol n’a été effectué. Plusieurs passagers, qui avaient pris un billet aller-retour avec Int’Air Iles, se retrouvent actuellement à Madagascar alors qu’ils devaient être rentrés au pays la semaine dernière. Ils ignorent quand ils pourront repartir. « Personne ne nous a informés de quoi que ce soit. Nous avons appris à travers l’actualité du pays que la compagnie reprend ses vols. Mais nous ignorons la véracité de cette information. Puisqu’ aucun responsable de la compagnie ne nous a contactés » se plaint Zalhata Ibrahim*, qui se trouve à Madagascar avec sa fille pour des soins.

De son coté, Halima* est désespérée : « Je devais être rentrée depuis la semaine dernière. J’ai épuisé tout l’argent que j’avais ramené, et je n’ai pas les moyens d’acheter un autre billet. Qu’est ce que je vais devenir ? Sachant que je suis dans un hôtel et que mon visa d’un mois expire dans les prochains jours ». Selon une troisième interlocutrice, d’autres passagers qui logeaient dans le même hôtel, sont partis en achetant par leurs propres moyens des billets chez Air Madagscar. « Actuellement, nous sommes 13 personnes dans le même hôtel qui avons pris Int’Air îles. Et je suis persuadée qu’il y en a d’autres qui sont à Madagascar qui se trouvent dans la même situation ».

InterAIRIlesRappelons que dans le communiqué, le directeur d’Int’Air Iles avait précisé que les clients seraient remboursés. D’ailleurs, cela aurait commencé à Moroni. Mais que deviennent ceux qui se trouvent dans des endroits où, comme à Madagascar et Mayotte, il n’y a pas d’interlocuteurs (agences fermées) pour faire une demande de remboursement ? Il est à noter que suite à l’entrevue avec le Président de la République, le Directeur d’Int’Air Iles avait annoncé la reprise des vols aujourd’hui, jeudi 03 août.

 Natidja HAMIDOU

*Les noms cités dans l’article sont des noms d’emprunts. Les interlocuteurs ont préféré garder l’anonymat.

Mort de la compagnie Int’Air Iles

InterAIRIlesC’est par un simple communiqué aux allures de faire-part de décès, en date du 28 juillet 2017, que le Directeur de la compagnie Int’Air Iles a annoncé « la fin de toutes ses activités » à partir du 30 juillet 2017. Le courage et la volonté de Seffoudine Inzoudine n’ont donc pas suffi face aux volontés de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACM).

Si les autorités comoriennes et en particulier le puissant directeur de l’ANACM, Jean-Marc Heinz voulaient en finir avec Int’Air Iles, après avoir provoqué l’arrêt de la compagnie AB Aviation, ils ne s’en seraient pas pris autrement.

Ce sont deux règlements qui ont été exhumés par l’ANACM en quelques jours pour faire mordre la poussière à la compagnie de droit comorien. Le premier visait à stopper l’exploitation de l’Airbus affrété par Int’Air Iles avec lequel la compagnie avait fait récemment un vol inaugural vers Dubai avec des offres alléchantes pour les voyageurs. L’ANACM exigeait qu’après six mois d’exploitation l’avion, loué à une compagnie sud-africaine, soit immédiatement immatriculé aux Comores. Le deuxième interdisait aux avions mono-moteurs d’Int’Air Iles les vols de nuit, mais surtout rallongeait considérablement le temps de trajet entre la Grande-Comore et Anjouan, faisant ainsi exploser les coûts d’exploitation.

L’ANACM et son directeur ne pouvaient ignorer qu’avec de telles mesures ils allaient tuer la deuxième et dernière compagnie comorienne de transport de la région. Le Directeur annonçait récemment pouvoir résister encore, mais ce 28 juillet, il en est venu à l’évidence : Int’Air Iles est mort « des conséquences de la volonté de l’ANACM d’écarter notre société des îles de la lune ». Les faits lui donnent raison puisque dès hier une autre compagnie est arrivée pour exploiter quasiment les mêmes segments.

Int’Air Iles a du subir pendant plusieurs semaines les blocages de l’Aviation civile française pour pouvoir se poser à Mayotte, il avait gagné son bras de fer car il était évident que les autorités françaises cherchaient à protéger Air Austral et Ewa. La compagnie subissait encore des « coups » à Madagascar qui cherchait également à soutenir Air Madagascar. Mais, Seffoudine Inzoudine et sa compagnie ne s’attendaient sans doute pas à ce coup de poignard dans le dos, de la part de leur propre gouvernement. Pourtant, la manière dont AB Aviation a été liquidée il y a quelques mois aurait dû les rendre plus méfiants.

A moins d’un miracle et d’un ressaisissement du gouvernement comorien, cent trente salariés rejoindront le 30 juillet prochain, au chômage, ceux d’AB Aviation et les plus de 7000 Comoriens virés de la fonction publique par simples décrets.

Dans ces conditions, quels Comoriens sont prêts à faire de grands investissements dans ce pays, en sachant qu’ils sont les plus visés et qu’ils peuvent tout perdre en quelques jours, s’ils ne sont pas proches du pouvoir ?

MI

 

Coopération décentralisée franco-comorienne

COOPERATION

Au centre de l’image: Abdillah Ibrahim

Interview d’Abdillah Ibrahim, président de la PFAC de Seine-Saint-Denis : «C’était une bonne occasion pour renforcer le processus de mise en place des collectivités territoriales aux Comores».

 

Des assises sur la coopération décentralisée franco-comorienne se sont tenues à Moroni du 28 au 29 juin dernier. Pour en savoir plus, Mlimengu s’est entretenu avec Abdillah Ibrahim, président de la plate-forme des associations comoriennes de la Seine Saint-Denis qui a été dépêché aux Comores pour y prendre part. Interview.

Mlimengu : quels sont les objectifs de votre mission aux Comores ? Quel est le but à atteindre ?

Abdillah Ibrahim : Je suis venu représenter le maire de Sevran en tant que conseiller municipal et la PFAC 93 (Plate-forme des associations comoriennes de la Seine-Saint-Denis) en tant que coordinateur général, à l’invitation de l’ambassade de France et de l’association des maires des Comores, aux assises de la coopération décentralisée franco-comorienne, tenues à Moroni les 28 et 29 juin derniers.

Ces assises rassemblaient les collectivités françaises ayant des partenariats de coopération avec les collectivités comoriennes. La municipalité de Sevran et la PFAC 93 que je représentais, sont impliquées comme beaucoup d’autres structures, dans cette dynamique. C’était une bonne occasion pour renforcer le processus de mise en place des collectivités territoriales aux Comores. A ce stade de la mise en place des institutions territoriales comoriennes, ces rencontres sont productives.

M.L : comment se sont déroulées les assises ? Et combien de temps ont –elles duré ?

A.I: Sur le plan technique, les assises se sont bien déroulées. Elles ont permis aux collectivités françaises engagées dans le cadre de la coopération décentralisée avec les Comores, de faire le déplacement et manifester leur volonté de coopérer avec l’archipel pour des intérêts mutuels.

Les travaux se sont réalisés en ateliers techniques durant les deux jours. Des échanges et des informations très pertinents ont bordé le menu des différentes rencontres.

La coopération décentralisée est un dispositif volontaire de solidarité autorisée par la loi. C’est un aspect qui doit être bien compris par la diaspora et les autorités locales comoriennes.

 C’est en ce sens qu’on doit mesurer le rôle d’une structure comme la PFFAC 93 dans les relations entre Ngazidja et le département de la Seine-Saint-Denis, par exemple. Les partenaires ne peuvent pas mettre en place des dispositifs si nous, originaires de Comores ne sommes pas demandeurs. Ils tiennent compte des préoccupations qui sont les nôtres et des intérêts de chacun.

Je précise que la Seine-Saint-Denis était bien représentée avec l’île de la Réunion, par rapport aux autres collectivités françaises présentes à ces assises. Cela prouve bien que la dynamique nourrie par l’implication de la communauté résidente sur les territoires dont certains d’entre nous avons des responsabilités, a une influence positive.

M.L : quels sont les résultats obtenus ?

A.I : Les résultats attendus de ces assises sont constitués ainsi : d’abord, il y a l’engagement des collectivités françaises présentes à agir pour le renforcement et la consolidation du processus de structuration. Ensuite, vient s’ajouter l’appui à l’administration et la gouvernance locale à travers l’accompagnement des communes et des gouvernorats dans la gestion locale. Enfin, il y a également, l’appui et la valorisation des territoires et l’émergence des dynamiques de développement.

Personnellement, je suis persuadé que si les partenaires comoriens s’en saisissent de l’opportunité, l’impact serait positif.

M.L : Les autorités comoriennes ont refusé la participation des maires de Mayotte à la demande de la France. Le gouvernement a-t-il justifié ce refus ? Pourquoi avez vous accepté de continuer le travail sans les élus Mahorais ?

A.I : Le refus de l’Etat comorien à une délégation française de Mayotte relève de sa souveraineté. Il ne m’importe pas d’en chercher des justificatifs. Il est bien vrai que la partie officielle de la programmation de l’événement est reportée ultérieurement, selon l’expression du président de la République, lors d’une réception qu’il a accordée à notre délégation. Toutefois, je conçois que la poursuite des travaux constitue l’essentiel mais les autres enjeux ne sont pas non plus négligeables.

Il était très utile de remplir notre mission et envisager des mesures qui permettront aux deux parties de continuer à œuvrer ensemble dans la voie de la pérennisation des efforts pouvant rapprocher les territoires et les habitants de nos deux pays pour les intérêts réciproques.

Propos recueillis par Natidja HAMIDOU

Elections 2016. La candidature de Mamadou en mauvaise posture

Les déclarations de candidatures à la présidentielle et au gouvernorat de 2016 se précisent dans l’opposition alors que la coalition UPDC/RADHI/ORANGE a du mal à désigner les siennes.

Mohamed Ali Soilihi (détail de l'affiche des présidentielles de 2010)

Mohamed Ali Soilihi (détail de l’affiche des présidentielles de 2010)

L’UPDC qui incarne le leadership de cette coalition n’arrive pas, à ce jour, à se mettre d’accord sur la candidature naturelle et unique de l’actuel vice-président Mamadou à la présidentielle. Sa candidature ne fait pas l’unanimité au sein même du parti comme cela était le cas il y a un an. Le fait de se rallier à d’autres partis politiques pour former une coalition et un groupe parlementaire est vu aujourd’hui pour certains comme une force et une opportunité pour gagner les élections de 2016. Mais, pour d’autres, c’est un cadeau empoisonné, un couteau à double tranchant.

La dégradation de la situation économique du pays ne favorise pas la candidature de Mohamed Ali Soilih alias Mamadou qui est accusé à tort ou à raison par l’opinion de ne pas vouloir payer les salaires des fonctionnaires de l’Etat. Ses liens avec la Banque mondiale ne constituent pas une force pour être élu à la magistrature suprême. Les fonctionnaires ont 6 mois d’arriérés de salaires. En période de vacances et des festivités où la consommation ménagère est de plus en plus importante, les fonctionnaires n’ont pas de revenu pour affronter ces dépenses et la crise est observée dans toute l’économie nationale. Une seule personne est accusée d’être le seul responsable de cette situation« Mamadou », certains oubliant même qu’il fait partie d’une équipe gouvernementale.

Au sein du parti UPDC, cette menace est prise au sérieux par les responsables du parti. Des hommes et des femmes qui sont prêts à jouer toutes les cartes pour ne pas perdre les prochaines élections. Plusieurs d’entre eux se posent des questions sur cette candidature qu’ils jugent déjà comme un échec. « Mamadou n’est plus le candidat idéal pour nous faire gagner en 2016. Sa côte de popularité est de plus en plus en baisse au niveau de l’opinion nationale. Il est la cible de tout le monde même de son propre camp. Je pense que les Comoriens ne lui font plus confiance. Il revient à la coalition de voir quels autres potentiels candidats en son sein peuvent nous faire gagner les élections. On n’a pas droit à l’échec», nous a confié un responsable du parti qui a demandé à garder l’anonymat. Ces militants et responsables du parti sont à la recherche d’une autre solution, d’une personne qui sera capable de rassembler et combattre les autres candidats. L’essentiel c’est de gagner, de conserver le pouvoir qui est très convoité par les deux anciens présidents et d’autres grandes personnalités.

Toutefois du côté des proches collaborateurs de Mamadou, on se veut rassurant. Cette situation n’est que conjoncturelle et peut changer rapidement. « Mamadou est un bon candidat qui a fait ses preuves et nous sommes confiants quant à sa chance de gagner » a déclaré un de ses collaborateurs, rencontré lors de la fête de l’Indépendance, pendant laquelle Mamadou a été hué par la foule à son arrivée.

Cette situation ne laisse pas indifférent les militants des partis RADHI et Orange qui estiment que des primaires doivent être organisées pour désigner les candidats de la coalition. Il ne revient pas à Ikililou ou à un autre de trancher car c’est la responsabilité de nous tous et non d’un seul individu. « Il n’y a pas de candidature naturelle, nous avons au sein de nos partis de la coalition des hommes et des femmes présidentiables. Nous défendons partout ce principe de démocratie. Si nous voulons gagner ces élections, il ne faut pas nous imposer des candidatures. Nous voulons bien rester dans cette dynamique mais dans le respect mutuel tout en préservant notre liberté » a prévenu Charfia Ahmada une militante du RADHI dans le Oichili. « Le scénario officieux qui voyait Mamadou titulaire et Msaidié son colistier à Nagzidja ne tient pas la route aujourd’hui, nous voulons gagner ces élections, nous devons faire table rase de nos préjugés et organiser des primaires » a-t-elle ajouté.

L’UPDC a fait de l’argentier de l’Etat son candidat naturel, sans concurrent apparent au sein du parti, arguant qu’il leur fera gagner 2016 car il a les finances. Mais, cet argument a déjà produit l’effet inverse dans le passé. Combien de candidats, bourrés d’argent, l’ont dépensé dans des élections qu’ils n’ont jamais gagnées ? L’argent n’est pas le seul critère pour gagner des élections. La question est de savoir qui sera le bon candidat de la coalition ? Un responsable de l’UPDC répond en voix off « tout sauf Mamadou, la question mérite d’être examiné ».

Mbaraka Djoumbe

Le Gouvernement comorien a donné son point de vue sur l’affaire de Handuli

Houmed Msaïdié, Ministre de l'Intérieur

Houmed Msaïdié, Ministre de l’Intérieur

Le Ministre de l’Intérieur et porte parole du Gouvernement, Houmed Msaidié a tenu ce Dimanche une conférence de presse sur l’affaire Handuli.

Pour rappel des faits : la coordination issue de la rencontre tenue au conseil de l’île de Ngazidja, un rassemblement qui avait regroupé la Commission de la production de l’Assemblée nationale, les maires des communes de Ngazidja, le Conseil des sages et la Fédération Comorienne des Consommateurs avait déposé une requête en référé au tribunal de Moroni, demandant l’arrêt immédiat des activités de la société française (Colas) sur la carrière de Handuli. Suite à cette requête l’autorité compétente, le président du tribunal, a reporté la délibération qui devait être prononcée jeudi dernier au samedi 10 juillet 2015. On peut dire que la décision du tribunal reportant la délibération de la requête, n’a pas été vue de bon œil par certains jeunes de Vanamboini, si on se réfère à l’acte volontaire d’incendie manifesté ce même jour à Handuli où étaient installés les engins de la société colas. Sur cette affaire le président du tribunal, estime que la coordination fondant les membres cités ci-haut n’a pas les qualités de saisir le tribunal d’où le rejet de la demande stipulant l’arrêt des travaux par Colas.

Au cours de la conférence de presse de ce Dimanche, le porte parole du Gouvernement, Houmed Msaidié n’a pas hésité à saluer, dans un premier temps, la procédure légale entamée par la coordination issue du rassemblement tenu au Conseil de l’île. Pour Houmed Msaidié, « il n’est pas interdit de défendre les intérêts de la population quand ça le nécessite ! En revanche il existe des démarches légales à opter afin d’aboutir à une solution favorable » a asséné le porte parole du Gouvernement. Dans le même contexte, le Ministre de l’intérieur condamne l’acte d’incendie volontaire des engins de Colas. Il a rappelé les conséquences engendrées, notamment les arrestations, les blessées (parmi les forces de sécurité et les civils), l’inquiétude des partenaires et des investisseurs dans un pays où règnerait l’insécurité. En attendant la fin des enquêtes en cours permettant d’identifier les coupables de l’incendie du jeudi dernier à Vanamboini, le porte parole du gouvernement a bouclé le tout en appelant à un retour au calme et au respect des lois.

Moroni, le 12 juillet 2015

Yasmina Mohamed Chaihane

Service de presse du Ministère de l’Intérieur

La grogne des salariés du privé à Mayotte

Mayotte

Mayotte, une des îles de l’archipel des Comores

Depuis 2011 Mayotte entre dans le cadre des droits communs au même titre que les autres départements d’outre-mer. Cela suppose un alignement des droits sur nombre de domaines. On assiste donc depuis fin avril jusqu’à ce jour à des grèves à répétition des salariés du secteur privé.

La départementalisation récente de l’ile fait que le territoire intègre petit à petit le droit commun et, de ce fait, de nouvelles contraintes fiscales et sociales viennent s’imposer aux entreprises mais aussi aux ménages, au risque de déstabiliser un équilibre déjà fragilisé du tissu économique. Le niveau de vie des ménages maorais est en hausse, tout comme les besoins d’équipement est en augmentation. Selon l’antenne de l’INSEE à Mayotte, en 2010 le SMIG mensuel brut maorais a dépassé le premier juillet 2009 le seuil symbolique de 1000 euros. Il est actuellement à 1100 euros. Il faut rappeler que les salariés maorais du secteur privé subissent des inégalités salariales par rapport à leurs collègues de la Réunion ou de France et pourtant ils exécutent les mêmes tâches. C’est la cause des grognes sociales à répétition.

Quelles sont les revendications de ces travailleurs ? Elles sont multiples, mais nous pouvons examiner les principales demandes, à savoir : l’application de la convention collective, la mise en place du 13e mois, équivalent au salaire du mois de décembre dès cette année 2015, augmentation des salaires, attribution d’une prime de pénibilité, etc.

Tous les agents de la BFC, la SMAE ou SFR ont été en grève avec des revendications similaires. Des protocoles de fin de conflit ont été signé avec les représentants syndicaux pour les salariés, les responsables de ces entreprises et du MDEF de Mayotte jouant le médiateur. Et ce sont les agents du BTP et de COLAS qui sont en grève en ce moment.

Par ailleurs, il faut rappeler que le secteur public n’a pas été touché par cette flambée de mécontentement, pour la simple raison que les mouvements de grève de 2013 de ce secteur sur l’indexation des salaires des fonctionnaires ont abouti à la mise en place d’une indexation progressive de quarante pour cent qui sera définitive en janvier 2017.

Ces conflits sociaux à répétition affectent l’économie locale, car l’entreprise ne fonctionne pas seule. Elle s’implante dans un environnement bien particulier. Les infrastructures, les populations, le contexte économique, social… autant d’éléments externes qui peuvent avoir une influence déterminante sur son activité et son équilibre. Ce climat social tendu est la conséquence d’un niveau de vie en hausse qui se traduit par une forte croissance des importations qui représentent 90% des produits consommés. Les prix sont élevés de par l’importance des coûts d’acheminements des marchandises et la trop faible concurrence en vigueur sur l’île. Il est normal que les acteurs publics et du privé fassent un rattrapage salarial pour faciliter le pouvoir d’achat des salariés qui constituent les consommateurs de Mayotte.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Comores : une croissance paradoxale

Les agents de l’Etat sont descendus dans la rue à Moroni pour réclamer le payement de deux mois d’arriérés de salaires. Les enseignants du second degré menacent de boycotter l’année scolaire si le gouvernement n’apporte pas une solution rapide aux arriérées.

Pourtant, selon les chiffres du Fond monétaire international (FMI) repris par le Bilan économique du journal Le Monde, les Comores ont eu une croissance économique de 3.5 % en 2013 et de 4 % en 2014.

Mamadou

Mohamed Ali Soilih dit Mamadou, Ministre des Finances.

En économie, quand il y a de la croissance pour un pays, on s’attend à deux choses : la création d’emplois et une bonne recette fiscale pour les finances de l’Etat. L’illusion d’une forte croissance pour 2014 alors que l’Etat peine à payer ses agents montre bien le paradoxe de cette croissance comorienne. Le problème des arriérés de salaires est très récurrent aux Comores depuis belle lurette, mais force est de constater que sous la présidence Sambi, les agents de l’Etat touchaient régulièrement leurs salaires, l’alternance ayant eu lieu, l’actuel président continue de payer les fonctionnaires malgré les retards de ces derniers temps.

Depuis la décolonisation du pays jusqu’à nos jours le problème des finances publiques constitue le talon d’Achille de tous les gouvernements successifs. Le taux de chômage continue de progresser et à chaque alternance, on recrute à tout va sans se soucier si les recrutements sont budgétisés ou pas. Il faut noter que la croissance et la consommation forment un binôme, si l’État assure la pérennité des salaires de ses agents, il contribue à relancer la consommation. Quand l’État a un problème de trésorerie, il faut déblayer des pistes possibles pour créer des nouvelles recettes. Le 23 octobre 2014 a débute à Moroni un forum des acteurs économiques de la région de l’ océan indien, un moment crucial pour le gouvernement de se mobiliser pour attirer les éventuels investisseurs étrangers .

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY