Elections législatives et communales aux Comores

Parodie ou enracinement de la démocratie en Union des Comores

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d'indépendance le 6 juillet 1975

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d’indépendance le 6 juillet 1975

Les élections législatives et communales ont pris fin le 25 février 2015 et l’exécutif de l’Union a réussi son pari sur la tenue de ces élections. Le taux de participation s’élève à 73% selon le ministère de l’ intérieur de l’Union des Comores. Les représentants de la communauté internationale ont pu relever quelques anomalies, notamment des cartes d’électeurs non fiables ou insuffisamment distribuées ou des bureaux de vote fantaisistes, mais dans l’ensemble le processus démocratique a été respecté.

Depuis les élections démocratiques du temps d’Azali, suivies de celles de Sambi jusqu’à Ikililou aujourd’hui, on peut dire que la démocratie s’enracine dans les faits comme dans les esprits. Le pays vient de loin en matière de démocratie si l’on remonte à l’époque d’Ahmed Abdallah avec sa parodie de démocratie caractérisé par le dicton africain qui dit qu’un gouvernement qui organise des élections ne les perd jamais. De 1978 à 1988, Ahmed Abdallah a exercé un pouvoir de plus en plus autocratique suivi de menaces et d’arrestations de ses opposants. Cette répression continue a assuré à Ahmed Abdallah de faciles victoires électorales et s’est accompagnée d’un renforcement des pouvoirs du président.

Dans les élections législatives le parti UDZIMA a toujours remporté la totalité des sièges à l’Assemblée fédérale de l’époque, et les candidats de l’opposition étaient virés de l’administration ou mis en prison, ce n’est plus le cas aujourd’hui beaucoup de candidats de la majorité présidentielle ont été éliminés dès le premier tour ou sont passés au second tour mais en ballotage positions difficiles.

Un autre enseignement de ce scrutin est l’élimination de tous les anciens députés de l’ancienne Assemblée, c’est un message fort envoyé aux nouveaux députés : il est inutile de trop parader et les électeurs comoriens loin d’être des marionnettes qu’on peut soudoyer avec quelques billets d’argent sont capables de sanctionner de manière humiliante les députés sortants qui n’ont pas pu durant leurs mandats apporter quelques solutions à leurs problèmes quotidiens.

A un an de la présidentielle de 2016, tous les scénarios sont possibles. Mais, l’éventualité d’une modification de la Constitution pour s’éloigne. L’exercice est compliqué car dans la nouvelle Assemblée, aucun des partis représentés au palais de HAMRAMBA n’arrivera à constituer la majorité nécessaire pour modifier la constitution.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY,

professeur certifié d’histoire-géo à Mayotte

Les élections législatives aux Comores. Les jeux sont ouverts

Les élections législatives aux Comores

Les jeux sont ouverts

Les Comoriens sont appelés aux urnes ce dimanche pour le deuxième tour des élections législatives et pour l’élection des conseillers des communes qui éliront les Maires dans les différentes villes.

Ce premier tour a vu apparaître trois forces importantes : Juwa de l’ex-président Mohamed Sambi, Rassemblement Démocratique des Comores du Gouverneur Mouigni Baraka et l’UPDC, le parti présidentiel. Entre les trois partis, c’est celui qui réussira à rallier le plus de « perdants » qui l’emportera demain, ensuite, c’est celui qui pourra former une majorité à l’Assemblée qui pourra prétendre être la première force du pays. Le premier parti du pays sera au pouvoir au lendemain de ces élections car même si nous ne sommes pas en régime parlementaire, il est certain qui si l’UPDC n’arrive pas à constituer une majorité, elle sera obligée de faire entrer au gouvernement l’opposition ou à accepter un sabotage systématique de tous les projets qui passeront à l’Assemblée. Et puis, au-delà de la Constitution, il ne serait pas très démocratique qu’une minorité commande la majorité.

Juwa a sans doute fait le plein de ses voix, à quelques exceptions régionales près. Dans pratiquement toutes les circonscriptions, le « Tout sauf Sambi » s’est mis en place, sauf à Moroni où le parti a remporté dès le premier tour la circonscription de Moroni Nord, aux dépens surtout du député sortant, Abdoulfatahou Saïd Mohamed. Même en ballotage favorable, Mohamed Msaidié (Juwa), à Moroni Sud avait très peu de chance de gagner, mais à Moroni le « TSS » semble s’être transformé en « TSK » (« Tout sauf Kiki »), la plupart des candidats malheureux s’étant ralliés à la personnalité consensuelle du candidat de Juwa par opposition au bouillonnant Kiki de la République.

Il est certain que Juwa a déjà perdu son pari d’obtenir la majorité à l’Assemblée et les 2/3 au Congrès pour modifier la Constitution et permettre à leur président d’honneur Mohamed Sambi de briguer de nouveau la présidence pendant le « tour » de Ngazidja. Il lui reste à limiter les dégâts en concrétisant quelques victoires à Anjouan.

Le RDC quant à lui s’est vu soudainement fermer la porte par l’UPDC, le MOUROUA, la CRC, le RADHI, le PEC et d’autres partis qui dénoncent la manière dont le Gouverneur a utilisé les moyens de l’État et de l’Île de Ngazidja pour avantager ses candidats ou le recours abusif au vote par procuration qui prête à confusion. Mais, en réalité, plus que tout, les partis craignent que le Gouverneur Mouigni Baraka ne soit le véritable vainqueur de ces élections dimanche soir et que cela ne lui permette d’apparaître comme un candidat crédible pour les présidentielles de 2016.

Enfin l’UPDC dont plusieurs observateurs ont annoncé la mort dès la fin du premier tour pourrait être la surprise du second tour tant il semble que le gouvernement a décidé de mettre le paquet partout où le parti présidentiel est au second tour. Le débauchage d’un suppléant d’un adversaire à Mohéli en est une preuve. Les résultats de dimanche pourraient conditionner la manière dont le régime du président Ikililou Dhoinine finira. Mené par Mohamed Ali Soilihi, Ministre des Finances, l’UPDC s’éloigne d’un allié de l’avant premier tour : le RDC et semble se rapprocher du parti RADHI.

Quelque soit le parti qui sortira vainqueur dimanche soir, ce qui caractérise le second tour de ces élections, ce sont les alliances à « géographie variable », selon le lieu, selon la circonscription, les alliances sont différentes et les adversaires ne sont pas les mêmes.

Mahmoud Ibrahime

Elections législatives et des conseillers des Iles. Qui ? Quoi ?

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Les résultats officiels des élections du 25 janvier aux Comores ne sont pas encore connus. Cependant, les recoupements faits par les états-majors des candidats et des partis, nous permettent de faire quelques observations.
D’abord, indéniablement le parti Juwa, de création récente, va s’ancrer de manière durable dans le paysage politique du pays. Avec ses élus, qui sont pour le moment loin d’une majorité de congrès à même de modifier la Constitution, l’ex-président Sambi devient le chef de l’opposition à la fois du gouvernement de l’union et des exécutifs des îles. Cependant son rêve de modifier la Constitution par voie de Congrès pour pouvoir se présenter en 2016 en toute légalité semble s’éloigner. Une véritable contrariété qui le poussera certainement à provoquer une crise pour pouvoir être dans son timing, au demeurant, répondant à des impératifs personnels, de 2016. Comment Sambi va-t-il manœuvrer pour tenter d’imposer sa candidature en 2016 ? Il importe à ce stade de surveiller l’évolution de la situation politique à Anjouan où les antagonismes entre Sambi et Nourdine Bourhane et entre ce dernier et Anisse, puis entre Anisse et Sambi vont s’exacerber.
En effet 2016 est crucial pour l’avenir de chacun de ces protagonistes. Sambi, pressé par ses impératifs idéologiques et la découverte des hydrocarbures ne peut pas attendre 2021. Anisse et Nourdine veulent rempiler pour justement pouvoir se préparer tranquillement les primaires de 2021.
Ensuite, parmi ceux qui apparaissent comme les vainqueurs de ces élections, il y a le RDC. Ce parti vert, nouvelle version, a envahi Ngazidja d’est en ouest, du sud au nord sans oublier le centre. Au deuxième tour, le RDC sera présent dans sept circonscriptions sur onze à Ngazidja, avec la probabilité de s’en sortir avec 3 ou 4 députés élus. Ce qui donne des ailes au gouverneur Mouigni Baraka qui se voit à Beit Salam en 2016. D’autan plus que sa victoire semble éclipser le frère ennemi Kiki du parti Orange, celui là même qui disait partout que Mouigni était sa création.
Alors, comment expliquer ce fulgurant « succès » du Gouverneur de Ngazidja ? Comme lors des législatives de 2009, à l’époque de Sambi, le gouverneur n’a pas hésité un seul instant à user, au mépris du cadre légal, des moyens de l’État. En outre le gouverneur, ses deux principaux lieutenants candidats dans le Bambao et le Hambou sont des anciens douaniers, disposant de moyens considérables.
Balayée à Anjouan et à Moheli, la CRC se sent pousser des ailes à la Grande Comore. Quatre de ses candidats vont aller au deuxième tour dont 1 seul en ballottage favorable.
Il est à remarquer que les gagnants sont ceux qui disposent de fonds personnels, ou de fonds de l’État (Mouigni dispose des fonds secrets comme de fonds personnels, Sambi et Azali bénéficient de fonds liés à leur statut d’anciens chefs d’État…).
Selon les projections qu’on peut faire, le Juwa de Sambi devrait s’en sortir avec au maximum 6 élus à l’Assemblée Nationale, le parti du pouvoir de l’Union, l’UPDC 5 élus, le RDC de Mouigni 4 et la CRC d’Azali 1.
Enfin, il semble qu’aucun parti ne réponde aux critères de la loi sur les partis politiques, applicable à partir de 2021. Mais, il serait plus sage d’attendre la fin du processus (2e tour et élections municipales) pour tirer des leçons sur la place des partis sur l’échiquier politique comorien.

Ahmed Ali Bacar

Moroni

Sambi n’est plus citoyen de Mutsamudu

Sambi a voté le 25/01/15 à Batsa

Sambi a voté le 25/01/15 à Batsa

La première surprise des élections de 2015, c’est de voir que l’ancien président de l’Union des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, né à Mutsamudu (chef lieu de l’île d’Anjouan), où il a autrefois été élu comme député, a voté dans la ville de Batsa (Itsandra) à Ngazidja.

En effet, on a appris ce matin que l’ex-président Sambi est devenu citoyen de la ville de Batsa (Itsandra) où il a voté. Bien que chaque citoyen comorien a le droit de s’installer où il veut sur le territoire national, il n’y a pas de doute que ce changement d’adresse (il était citoyen de Mutsamudu) est motivé par les primaires des élections présidentielles de 2016 qui doivent se dérouler à Ngazidja. L’ancien président qui a tout fait entre 2009-2010 pour se maintenir au pouvoir à la fin de son mandat, en provoquant des échauffourées à Mwali et à Moroni, a décidé depuis un moment de se présenter aux prochaines élections présidentielles qui, selon la Constitution, doivent voir un Mgazidja prendre la tête de l’Union. Pour parodier Henri IV, il pourrait ainsi dire : « La présidence de l’Union vaut bien le renoncement à Mutsamudu, ma ville natale ».

Il y a quelques jours, il a affirmé devant ses partisans qu’il sera candidat en 2016, même si c’est le tour de Ngazidja et manquant réellement de dignité avait lancé au Président en exercice : « Si tu es un homme, viens m’affronter en 2016 ». La classe !

Ce changement soudain et motivé de ville pose tout de même un certain nombre de questions. Est-ce qu’il n’y a pas une obligation à vivre réellement là où on s’est inscrit sur la liste électorale, au moins pendant un certain temps dans l’année ? Car s’il n’y a pas ce genre d’obligation, ce serait une porte ouverte à tous ceux qui vivent à l’étranger qui pourraient ainsi s’inscrire dans n’importe quelle ville dans le pays et ne s’y rendre que les jours de vote (voire même à voter par procuration, sans jamais y mettre les pieds).

La question qui se pose ensuite sera sans doute résolue d’une manière définitive par le Conseil Constitutionnel avant les élections de 2016. Après avoir dit qu’il était Anjouanais pour être élu en 2006, Sambi peut-il maintenant dire qu’il est Grand-Comorien pour pouvoir participer aux élections de 2016 ?

On peut aussi se demander si ceux qui lui ont donné cette idée loufoque sont les mêmes juristes que ceux qui lui ont fait croire en 2009 qu’il pouvait prolonger son mandat de 4 à 5 ans sans repasser devant le peuple.

Mahmoud Ibrahime

Sacré Iki !

ikililouUn ami poche de Hamada Madi Boléro décrivait récemment le Directeur de Cabinet du Président de la République comme un fusible pour le président Ikililou Dhoinine. Il n’avait pas tort. Mais, depuis un certain temps, tous les groupes concurrents au sein du pouvoir actuel, servent ou ont servi de rempart au chef de l’État. En a-t-il vraiment besoin ?

On peut ainsi distinguer autour d’Ikililou Dhoinine quatre murs, constitués d’hommes et femmes aux intérêts divergents.

Le premier est celui du tout puissant Vice-Président, chargé des Finances Mohamed Ali Soilihi dit Mamadou. Dans ce groupe, les personnalités les plus en vue sont un autre Vice-Président, Nourdine Bourhane et le Directeur du Port, Mohamed Djaanfari. Tous deux sont en concurrence soit pour devenir Vice-Président de Mamadou, s’il est candidat en 2016, soit pour être candidat eux-mêmes au gouvernorat d’Anjouan.

Le deuxième mur est celui de Mouigni Baraka, Gouverneur de Ngazidja et les ténors du Rassemblement Démocratique des Comores (RDC) dont le Secrétaire Général, Djaé Ahamada, vice-président de l’Assemblée de l’Union sortante.

Le troisième mur a souvent été évoqué par les médias et l’opinion publique, c’est celui formé par Mme Ikililou et le directeur de Cabinet du président, Hamada Madi Boléro. Comme souvent, l’opinion publique aime à croire que les erreurs politiques d’un président sont imputables à la domination de sa femme. Mme Ikililou n’a pas dérogé à la règle, ce qui ne semble pas trop gêner son président de mari.

La quatrième façade protectrice du président est constituée par le Ministre de l’Education Nationale, celui des Relations Extérieures, El-Anrif Saïd Hassane, ceux qu’on appelle les « Guinéens », les « Pharmaciens » et une frange du parti islamiste, Front National pour la Justice, autour de Madi Ali, conseiller privé du Président.

La préparation des élections législatives a révélé les luttes intestines entre ces quatre groupes. Le Présidet Ikililou s’est mis clairement du côté du quatrième groupe au détriment des trois autres. Dans ce choix, les premiers vainqueurs sont les « bébés ministres », Abdoulkarim et El-Anrif. Tous les deux seront les candidats du président, dotés de tous les moyens possibles pour espérer l’emporter, le premier dans le Mitsamihuli-Mboudé où il aura en face de lui, Fundi Hadji, le candidat du parti RADHI, et le second dans le Mbadjini où il est en passe de conclure une alliance avec Abdou Soefo et le même parti RADHI.

Le président Ikililou ne s’est pas contenté d’appuyer ce groupe, il lui a offert la quasi totalité des candidatures du pouvoir aux prochaines législatives. Mamadou et Mougni Baraka se retrouvent marri. L’un et l’autre doivent revoir leurs ambitions. Mamadou doit se contenter d’un candidat dans le Hamahame, Mouigni n’aura sans doute que la candidature de Djaé Ahamada dans le Washili-Dimani.

Il semble que dans le camp du pouvoir, l’entente soit devenu un marché de dupe, dans lequel le président Ikililou a imposé tous ses candidats aux dépens de ses alliés. Dans l’Itsandra, ce sera le « Guinéen » Idarous, à Moroni, ce sera le directeur de l’Aéroport, Omar Mohamed.

A Mwali, il a trouvé un terrain d’entente avec le Gouverneur Mohamed Ali Said.

A Anjouan, il a profité de la rupture entre le Parti Juwa et le Gouverneur Anissi pour se rapprocher de ce dernier.

Ainsi, ce président souvent décrit comme naïf, débonnaire et présenté comme étant sous la coupe de sa femme, se révèle sous les traits du Prince de Machiavel, habile et tacticien deux ans avant la fin de son mandat. Une de ses dernières trouvailles est de chercher à donner une épaisseur au transparent ministre des Affaires Etrangères pour espérer l’imposer comme candidat aux présidentielles de 2016.

Ahmed Ali Bacar

Communiqué du Parti RADHI

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COMMUNIQUE

du parti RADHI suite au meeting du 26/10/14

Vous avez été plus de 1400 personnes à avoir assisté au meeting du Rassemblement pour une Alternative de Développement Harmonieux et Intégré (RADHI) tenu dimanche 26 octobre 2014 au Palais des Congrès de Montreuil en Seine Saint-Denis.

Le parti RADHI, ses militants et ses sympathisants vous remercient pour avoir honoré de votre présence ce premier rendez-vous en France de notre jeune formation politique.

Les leaders venus des Comores parmi lesquels son Secrétaire Général, Houmed Msaïdié, Mihidhoire Sagaf, Abdou Soefo et Ali Abdallah ont été particulièrement sensibles à  l’engouement observé  à l’occasion de ce meeting dont l’objet était d’exposer à la diaspora les grandes lignes du projet en cours d’élaboration au sein du parti RADHI.

Les échanges avec la diaspora au cours de cette rencontre, et entre autre  avec un groupe de jeunes venus présenter leur vision,  ont été des plus fructueux.

Oui RADHI continuera à grandir, s’il demeure ouvert, tolérant, à l’écoute, et  capable  de susciter toujours le débat avec les comoriens de  l’intérieur et de sa diaspora.

Le parti RADHI, ses militants et ses sympathisants se félicitent donc de la participation massive de la diaspora comorienne, notamment en Région parisienne, toute catégorie sociale confondue, et s’engagent à consolider et amplifier cette force née de ce rassemblement. Le RADHI s’engage également à relever les défis avec clarté, lucidité et sérénité afin de promouvoir au comorien partout où il se trouve un cadre de vie harmonieux et préserver la paix et la cohésion sociale.

Le Parti RADHI et ses sympathisants vous réitèrent leurs chaleureux remerciements et comptent sur votre engagement pour construire ensemble les Comores.

Nous donnons rendez-vous aux Comoriens de Marseille dimanche prochain, 2 novembre, pour un meeting qui se tiendra dans la salle Les Dauphins au 85 boulevard de Casanova 13014 Marseille, à partir de 14h00.

Ensemble construisons les Comores.

Le Parti RADHI en France

VOUS AVEZ DIT ELECTIONS COMMUNALES ?

VOUS AVEZ DIT ELECTIONS COMMUNALES ?

Archipel des Comores

Archipel des Comores

Le chef de l’Etat a fixé au 2 novembre prochain les élections des députés de l’Union, des conseillers des Iles et des conseillers municipaux. Mais tout observateur avisé du contexte politico-social comorien ne peut s’empêcher de s’interroger sérieusement sur l’opportunité d’organiser des élections locales.

Il est vrai que les comoriens ont expérimenté la gouvernance locale à travers des mairies dites pilotes implantées ça et là sur le territoire, des lois sur la décentralisation, sur l’organisation territoriale et sur le scrutin communal ont été adoptées par l’Assemblée de l’Union en 2011 et des délégations spéciales ont été installées par les autorités insulaires afin de gérer les communes en attendant l’organisation des élections locales. Sauf que nombreuses sont les difficultés qui jalonnent le processus de communalisation aux Comores. Des questions fondamentales liées à l’instauration et au fonctionnement des communes restent encore en suspens.

D’abord, la délimitation des territoires communaux reste une épine dans le pied pour les autorités étatiques. Nombreuses sont les communes dont le territoire n’est pas connu et les conflits liés aux découpages territoriaux sont légion. Nul n’ignore le conflit frontalier qui oppose la Commune de Moroni et la ville d’Itsandra au Nord et celle d’Ikoni au sud, pour ne citer que cet exemple. En dépit des efforts fournis par le gouvernement avec le concours du programme de coopération décentralisée (PDC) financé par l’Union Européenne à travers une étude menée par l’université des Comores, la cartographie de l’île de Ngazidja n’a jamais été finalisée et 11 des 28 communes de Ngazidja n’ont pas de territoire défini.

La multiplication des conflits inter-villageois engendrés par les différends frontaliers et les dégâts matériels et humains que cela a causés plaide pour une prise en considération sérieuse et attentive de la question de délimitation des communes. Le traitement de celle-ci constitue un pré-requis à toute élection communale.

Se posent ensuite les difficultés relatives aux choix des lieux d’installation des Hôtels de ville. La question des sièges des communes se pose avec acuité d’autant plus qu’on a assisté à un embrasement de plusieurs localités de Ngazidja, provoqué par les fortes contestations de choix de certains sièges des délégations spéciales. De nombreux contentieux empoisonnent plusieurs régions de l’île de Ngazidja (Itsandra yadjou, Itsanra Mbagani, Hamahamet Nyumamro, Hambou djoumoipanga, Bamabao yadjou… et nombreuses sont les délégations spéciales installées au forceps par le gouvernorat de l’île.

Vient enfin la question du financement des communes. Jusque-là il n’y a eu aucune étude sérieuse faite par l’Etat sur la mobilisation des ressources devant financer les futures communes. La loi sur la décentralisation a prévu différentes pistes de ressources qui vont des impôts locaux (taxes foncières, taxes d’habitation, patentes) à des dotations étatiques. Reste que les impôts prévus sont en totale décalage avec la réalité économique et sociale comorienne. Il est difficilement envisageable qu’une mairie puisse demander à ses habitants de payer des impôts sur leurs lopins arides ou sur leurs abris en brique, en tôle ondulée ou en paille. Et l’on se demande, à juste titre, où l’Etat va trouver l’argent pour doter les communes alors que lui-même a du mal à joindre les deux bouts. Il ne faut pas perdre de vue que si l’Etat se révèle incapable de financer les communes, il aura du mal à exercer une autorité sur celles-ci. Ce qui constituerait une source supplémentaire d’instabilité de la République en plus des velléités sécessionnistes.

Il faut s’empêcher de jouer l’oiseau de mauvaise augure, mais rien qu’au vu des déchirements causés par l’installation de délégations spéciales à Ngazidja, on ne peut que craindre le pire avec les élections locales à venir.

Abdou elwahab Msa Bacar