Grande-Comore

Conseil de l’île de Ngazidja : la motion de censure est invalidée

Conseil de l’île de Ngazidja : la motion de censure est invalidée

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Après avoir reporté à deux reprises leur décision pour permettre aux avocats des deux parties d’apporter les documents manquant dans leurs dossiers, les sages de la Cour Constitutionnelle de l’Union des Comores ont décidé d’invalider la motion de censure annoncée comme ayant été votée par 17 membres du Conseil de l’Ile de Ngazidja contre les Commissaires de Mouigni Baraka le 10 mai dernier.

Plusieurs observateurs de la vie politique comorienne s’attendaient à ce que celle qu’on avait autrefois surnommée « l’incompétente » se déclare incompétente sur cette affaire de motion de censure au sein du Conseil de l’Ile. Les sages ont réagi autrement, déclarant recevable le recours de deux conseillers qui ont dénoncé des irrégularités dans l’adoption de cette motion de censure. Ils ont  donc décidé de juger cette affaire sur le fond en demandant à l’avocat des conseillers favorables à la motion, Me Mahamoud et celui des deux conseillers à l’origine de la procédure, Me Azad, de constituer leurs dossiers.

Le 19 juin dernier, soit plus d’un mois après, la Cour constitutionnelle a déclaré la deuxième tentative de motion de censure du Conseil de Ngazidja « nulle et de nul effet ». Elle s’est basée sur le fait qu’un conseiller parmi les 16 qui avaient déposé la motion de censure s’était désisté et donc que le quorum pour pouvoir déposer une motion n’avait pas été atteint.

L’avocat des conseillers favorables à cette motion a exprimé sa déception, mais a signifié à ses clients qu’il n’y a pas d’autres recours, rappelant ainsi le respect de la plus haute juridiction du pays.

C’est la deuxième motion de censure qui vise les commissaires du Gouverneur Mouigni et qui n’abouti pas.

Mahmoud Ibrahime

Lire aussi : https://mlimengu.com/2014/05/12/les-commissaires-de-ngazidja-censures/

 

29 mai 1978 : Mongozi Ali Soilihi est assassiné

Tombe d'Ali Soilihi à Chouani

Tombe d’Ali Soilihi à Chouani

29 mai 1978 : Mongozi Ali Soilihi est assassiné

Si le 13 Mai 1978 marque la fin de la Révolution comorienne, le 29 Mai de cette même année a vu la fin du MONGOZI (Guide) du peuple comorien, Ali SOILIH, assassiné sur ordre des dirigeants comoriens qui ont pris le pouvoir, suite au coup d’Etat.

Comme à l’accoutumée, les autorités et les citoyens comoriens affluent massivement à Chouani (sud ouest de l’île de Ngazidja) pour fêter l’anniversaire de la mort du Révolutionnaire Ali Soilih Mtsachiwa. Les jeunes de Chouani organisent, comme chaque année, une cérémonie qui sera suivie par les autorités politiques, les notables et les jeunes du pays pour écouter différents orateurs après la lecture du Saint Coran, lecture dédiée au défunt Mongozi Ali Soilihi.

Les orateurs ne font généralement que relater sa biographie, la pensée philosophique, les actions entreprises, la portée de sa politique, ses sacrifices, sa volonté de servir son peuple, son amour et son civisme vis-à-vis de son Etat ; mais aussi les obstacles rencontrés pendant cette période.

Certains regrettent de ne pas être restés fidèles à sa doctrine. D’autres se culpabilisent et demandent pardon publiquement du fait d’avoir déstabilisé son action. Ceux qui embrassaient ses idées ou les jeunes qui n’ont pas vécu pendant ses deux ans et huit mois (2 Février 1976 au 13 Mai 1978) pendant lesquels Ali Soilihi était à la tête du pouvoir, rêvent d’un régime, comme celui qui a avorté. « Pour les acteurs de ce régime comme pour une grande majorité des comoriens, et même pour l’historien, il reste comme un goût d’inachevé », soutient l’historien Mahmoud IBRAHIME dans son article paru dans ‘’Tarehi’’ n°1 (février-mars-avril 2001, p.23). Ses adversaires d’hier sont devenus ses principaux défenseurs d’aujourd’hui. Même ceux qui veulent détourner les élections évoquent toujours son nom.

Cependant, des jeunes autorités assoiffées de pouvoir et qui voudraient se démarquer dans la société cherchent sans cesse des alibis pour détourner les esprits, afin de construire leur propre histoire. Nous faisons référence à Mohamed Issimaïla et Hamada Madi Boléro, respectivement ancien ministre de l’éducation et actuel directeur de Cabinet du président de la République. Ces derniers oublient que « Ye Tareh Ndo Ha’kim » (« l’histoire est le seul juge ») comme disait le Guide lui-même. Sans oublier que la tonalité prophétique de cette phrase nous met toujours en veille, bien après sa disparition, sans exagération. Le seul mot qu’il aurait prononcé au moment de sa capture est : «wunu tsimsadjadja’ » (ô grand désordre), faisant référence à toutes les formes de détournements, de corruptions, de manipulations… qui allaient arriver.

 Amir MOHAMED

UCCIA/CCIA : Le Ministère des Finances s’engage enfin

UCCIA/CCIA : Le Ministère des Finances s’engage enfin

 

ArreteCCIA1 ArreteCCIA2Dans le conflit qui oppose le Président de l’Union des Chambres de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (UCCIA), Fahami Thabit à la Présidente de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (CCIA), Fatouma Nassor, le Ministère de tutelle a enfin pris une décision, conformément à la loi qui lui confie un pouvoir de substitution en cas de crise.

Cette décision est résumée dans l’arrêté 14-045/A/ du 30 avril 2014 signé par le Vice-Président Mohamed Ali Soilihi, Ministre des Fiances et de l’Économie.

Dans une interview récente accordée à La Gazette des Comores, le Président de l’UCCIA indiquait que son institution n’avait aucun conflit avec la CCIA, le Ministère semble penser autrement puisque l’article Premier de cet arrêté met en place une commission d’appui aussi bien auprès du bureau de la CCIA que du Secrétariat Général de l’UCCIA.

L’arrêté laisse comprendre que le gouvernement a penché vers les solutions proposées par le Mouvement des Entreprises Comoriennes (MODEC) dont les dirigeants étaient agacés par le pourrissement des relations entre les deux organisations. C’est en effet à deux membres de ce syndicat des patrons comoriens et à un membre de la Maison des Organisations professionnelles (MOP) que le Ministre des Finances a confié le soin de mettre de l’ordre dans les Chambres de Commerce.

Le Ministère ne donne qu’un mois à cette commission pour parvenir à deux objectifs : « faire élire les trois vice-présidents manquants » et « instaurer un climat de confiance au sein de l’institution ». Vues les relations catastrophiques entre les deux organisations et entre les membres, un mois pour ramener une situation normale paraît trop court, à moins de nommer des prophètes capables de miracles. Il est presque certain que ce délai sera prolongé.

De plus, une source qui a requis l’anonymat indique que le MODEC allait contester la présence de la MOP dans la gestion du conflit dans la mesure où certains membres de celle-ci étaient partie prenante dans ce conflit.

On se rappelle que dans l’objectif d’écarter la présidente actuelle de la CCIA, certains membre de l’organisation avaient mené une véritable guerrilla faite de plaintes contre elle auprès de la Justice, d’accusations gratuites relayées dans les réseaux sociaux, de démissions fracassantes dans l’objectif de paralyser l’instution… Le 10 mars dernier, les opposants à la présidente avaient même organisé une Assemblée régionale à Moroni et avaient désigné de nouveaux responsables. Mais, le gouvernement avait réagi en interdisant l’accès du site de la CCIA à ce groupe, y compris au Président de l’UCCIA. Fatouma Nassor et ses collaborateurs étaient les seuls à pouvoir y accéder.

C’est cette ligne qu’a suivi le Ministre des Finances en annulant dans cet arrêté les délibérations de l’Assemblée régionale du 10 mars 2014 (article 5) et en confirmant la présidente à son poste : « Hormis de ceux qui ont démissionné, les membres des organes délibérant et exécutif de l’établissement en fonction antérieurement à cette délibération (note de la rédaction : celle de l’Assemblée régionale du 10 mars 2014) continuent de l’exercer. »

Mahmoud IBRAHIME

 

Les Commissaires de Ngazidja censurés

Samedi 10 mai, les Conseillers de l’île de Ngazidja ont voté une motion de censure contre les commissaires de l’île. Selon l’article 57 de la constitution de l’Ile autonome de Ngazidja la motion de censure devait être votée par les 2/3 des conseillers, 17 ont voté pour.

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Dans ce cas de figure le même article 57 prévoit que le doyen des commissaires remet, au nom de l’équipe, leur démission au Gouverneur de l’île.

Cette motion avait été déposée au moins 48 heures avant l’intervention du vote et le gouverneur Mouigni Baraka n’avait pas réagi, comme l’ensemble de son équipe. Les 16 conseillers qui l’ont déposée se plaignent du fait que quatre commissaires convoqués pour être entendus par les conseillers n’avaient pas trouvé utile de se déplacer. Ajouter à cela le fait que certains se rendent devant les conseillers sans avoir de réponse à fournir, l’attitude des commissaires et du gouverneur à l’égard de cette institution s’apparente de plus en plus à du mépris. En tout cas, c’est le sentiment de la grande majorité des conseillers qui ont voté cette motion.

Une motion avait déjà été déposée le 26 décembre 2013, mais avait été rejetée in extremis, grâce à l’implication personnelle du gouverneur. Cette fois, nous sommes en droit de nous demander si le Gouverneur avait oublié qu’une motion de censure avait été déposée ou s’il croyait les conseillers incapables de la voter.

Il y a eu très peu de réactions de la part des leaders politiques de l’île.

Ce n’est que quelques heures après le vote de la motion de censure que le cabinet du Gouverneur a réagi en laissant entendre que des irrégularités ont été commises et que l’affaire sera portée devant la cour constitutionnelle. En attendant, les Commissaires sont maintenus en place.

Le député de Moroni, Abdoulfatah Saïd, qui était avec Mouigni Baraka dans le parti Orange avant sa scission, a déclaré soutenir cette motion de censure et menace d’une censure les ministres de l’Union qui eux aussi « ont décliné plusieurs de nos invitations sur les questions orales au gouvernement » a-t-il confié à l’agence HZK.

La gouvernance de l’île de Ngazidja entre ainsi dans une crise, faute de l’avoir désamorcée en amont. Pourtant, en homme avisé, le Gouverneur Mouigni aurait pu profiter de cette motion de censure pour donner un nouveau souffle à sa politique dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle apparaît comme sans direction depuis quelque temps. Pour le moment, il choisit le bras de faire dans des circonstances qui risquent de ne pas lui être favorables à quelques mois des élections législatives et communales.

Mahmoud Ibrahime