Justice

Fermeture de la Radio Kaz par le gouvernement comorien. Le préfet s’explique.

Agwa

Abdallah Agwa

Après avoir ordonné la fermeture de Radio Kaz le 16 août dernier, le Préfet du Centre Salim Ben Mohamed Soilihi en explique les raisons dans les colonnes de la Gazette des Comores et d’Al-Watwan ce vendredi 18 août.

Dans la Gazette, il justifie sa mesure par « C’est le code de l’information, notamment l’article 1, qui m’autorise à fermer cette radio » (sic). Dans cette phrase soit le journaliste soit le préfet, l’un des deux fait une erreur car l’article 1 ne dit rien d’autre que « Le présent code est dénommé Code de l’information et de la Communication ». L’article d’Al-watwan est plus précis puisque le préfet reste sur l’article 5 évoqué dans son arrêté et précise : alinéa 1 (« non respect de la dignité humaine »). Le journal gouvernemental explique que le préfet aurait ordonné la fermeture de la Radio après la diffusion d’une interview de l’ancien journaliste Abdallah Agwa dans laquelle ce dernier s’en prenait à la dignité d’une personne. On y apprend également que dès jeudi soir, des militaires ont débarqué à la radio pour saisir le matériel, encore fois dans un cadre extra-judiciaire et hors-la-loi.

En effet, le Code de l’Information aux Comores ne prévoit pas que le préfet, le Ministre ou la Gendarmerie puissent prendre des sanctions contre un média de leur propre initiative sans l’intervention du Conseil National de la Presse et de l’Audiovisuel (CNPA). Dans le cas évoqué par le préfet pour justifier la sanction prise (diffamation ou injure envers un individu), le Code prévoit que la personne lésée demande un droit de réponse (qui ne peut lui être refusé) ou que le CNPA saisisse le juge. Aucune de ces mesures n’a été enclenchée et le CNPA reste jusqu’à aujourd’hui silencieux sur cette nouvelle forfaiture du gouvernement contre un média.

Dès le 16 août, il nous semblait que c’était une autre raison qui avait motivé le gouvernement à fermer cette radio (alinéa 5 de l’article 5 du Code de l’Information : « appel au séparatisme ») et nous évoquions l’interview du Gouverneur d’Anjouan, qui devait être diffusée le lendemain et dans laquelle, Abdou Salami dénonçait la volonté du gouvernement de mettre fin à la tournante (lire ici : Comores. Radio Kaz fermée par le gouvernement). Depuis, cette interview a été diffusée ailleurs, comme nous le pressentions. Le gouvernement avance un autre argument sur un autre fait et prend une décision qui au regard du Code de l’Information est illégale.

MI

Editorial. Il faut mettre fin aux Notes sexuellement transmissibles (NST)

L’année scolaire traine. Alors que dans d’autres pays les élèves se préparent à reprendre le chemin des cours, aux Comores, ils sont encore dans les examens. S’il fallait une preuve de la négligence de l’éducation nationale dans ce pays, celle-là pourrait suffire.

Mais, il y en a une plus grave. Elle est liée aux relations sexuelles que certains professeurs entretiennent avec leurs élèves de sexe féminin du collège jusqu’à l’université. Ces relations sont depuis quelques années résumées par les termes « Notes sexuellement transmissibles » (NST) car elles naissent dans les textos que certains professeurs envoient à leurs élèves ou étudiantes, mais elles prolifèrent bien avant la démocratisation du téléphone portable. « NST » est donc l’acronyme pour désigner cette vieille maladie. Elle est dénoncée régulièrement par les élèves eux-mêmes et quelques professeurs, mais cela reste sans effet.

Aucun Ministre de l’Éducation, aucun président de la République n’ose s’attaquer à ce phénomène. Aucune politique n’a jamais été entreprise pour lutter contre la pédophilie à l’école et tous les abus du genre dont tout le monde parle ouvertement. C’est comme si ces hommes se tenaient par la queue, aucun n’osant dénoncer l’autre de peur d’être dénoncé à son tour. Et ceux qui ne sont pas mêlés à ces histoires, ceux qui les réprouvent, y compris les enseignantes, comme les femmes ayant un peu de pouvoir dans ce pays, continuent de se taire tandis que des enfant ou des jeunes adultes sont quotidiennement harcelées.

Qu’il soit bien clair, il ne s’agit pas ici de dire que tous les professeurs aux Comores sont des prédateurs pour les enfants. C’est un phénomène qui existe ailleurs. La différence c’est qu’ailleurs des mesures existent pour lutter contre, des sanctions sont prises contre les professeurs qui se livrent à ces pratiques. Aux Comores, nous en sommes encore à la politique du « Nari sitiriyane ». Il s’agit ici de dénoncer un silence complice, un silence qui salit tout le corps enseignant et toute la hiérarchie administrative dans l’Education Nationale. Un silence qui a des répercussions dans les autres administrations où les femmes continuent à être harcelées par leurs chefs de service. Ce n’est pas normal et nous ne sommes pas dans la normalité.

Certains professeurs ont tenté de dénoncer ces dérives et je voudrais ici rendre hommage à l’ancien Secrétaire Général de l’Université, le philosophe Djaffar Mmadi et à l’ancien Directeur des Ressources Humaines, Saïd Omar Saïd Hassane qui, en 2013, ont osé porter plainte contre des collègues qui s’étaient livrés à ces pratiques et contre lesquels il y avait des preuves (la lettre d’une étudiante prise avec un sujet corrigé pendant un examen et des échanges de textos). Malheureusement, leur plainte s’est égarée dans les méandres de la justice comorienne et l’Université n’ayant pas le temps d’examiner les accusations de l’étudiante (voir PV de l’Université du 20 mars 2013), s’est contenté d’exclure pour 5 ans la victime pour fraude et suspendre les deux enseignants mis en cause (tout en continuant à les payer).

Aujourd’hui, c’est un nouvel appel au nouveau Ministre de l’Éducation et au Président Azali qui ne peut être insensible à cette question. Il faut rompre le silence et agir. Des solutions peuvent être immédiatement envisagées. Il faut spécialiser des inspectrices et des psychologues qui ne soient pas déjà de l’Éducation Nationale pour qu’elles aillent écouter les enfants du collège jusqu’à l’Université et proposer des solutions pour éradiquer ce mal. Il faut faire entrer les parents à l’École et associer les associations de parents d’élèves à la lutte contre la pédophilie. À l’Université, une mesure immédiate et sans incidence financière serait de faire en sorte que les copies des partiels soient redonnées aux élèves une fois corrigées ou du moins permettre à tout étudiant de pouvoir consulter ses copies d’examen sur simple demande. Cela permettrait d’éviter bien des injustices.

En effet, aux Comores, nous sommes dans le seul pays au monde où les étudiants n’ont pas accès à leurs copies d’examen une fois qu’ils les ont remises aux professeurs qui corrigent. Cela permet aux professeurs d’y mettre les notes qu’ils veulent sans aucun contrôle de qui que ce soit ou de les faire disparaître quand ils veulent (comme ce fut le cas en 2013 dans le département d’AES). Cela permet aussi de faire pression sur les jeunes filles, et même sur leurs petits copains qui ne pourront jamais vérifier si la mauvaise note qu’on leur a donnée était justifiée ou non.

Nous sommes dans un pays qui a inscrit sur sa Constitution que l’action de l’État doit être guidée par les principes de l’Islam et sur cette la question des NST, l’Etat, l’Éducation et les divers gouvernements depuis longtemps semblent ignorer complètement quelques principes de cette religion et en particulier le sort qui est fait aux enfants à l’École.

MI

Dr Sounhadj a remporté son procès contre Juwa

SounhadjLe conseiller Santé et cohésion sociale du Président Azali, Dr Sounhadj, récemment exclu du parti Juwa a remporté une première bataille dans la guerre qui l’oppose au Président d’honneur Ahmed Sambi et certains cadres qu’il avait attaqués dans des termes assez durs.

En effet, le Tribunal de Première Instance de Moroni a ordonné la réintégration et le rétablissement du Dr Sounhadj dans ses fonctions de Secrétaire Général Adjoint du parti Juwa et de président de la Commission d’organisation du Congrès prévu les 16 et 17 septembre 2017.

Sounhadj Attoumane avait saisi le Tribunal après son exclusion et celui-ci avait convoqué le Secrétaire Général, Ibrahim Mohamed Soulé pour avoir des explications. L’argumentation du parti semblait simple : Dr Sounhadj n’avait pas été élu, mais désigné par le Secrétaire Général. Il était donc simple de le destituer.

Mais, voilà ! Son exclusion n’avait pas été faite conformément aux statuts mais par la seule volonté du Président d’honneur et cela fait un moment qu’il est reconnu comme Secrétaire Général Adjoint du parti.

Ce jugement place Sounhadj comme une épine au talon d’un parti qui veut devenir central dans l’opposition au président Azali. Mais, une question se pose : puisque le président Azali a rompu avec Juwa et ses ministres, pourra-t-il laisser en place Dr Sounhadj comme conseiller ? Le Dr Sounhadj pourra-t-il lui-même  être à la fois conseiller du président et Secrétaire Général Adjoint d’un parti résolument dans l’opposition ? Curieuse situation qui explique, en partie, cette assertion du Directeur de Cabinet du président de la République, rapporté par La Gazette des Comores, au lendemain de l’exclusion des Ministres Juwa du gouvernement :  » c’est une rupture temporaire ».

MI.

La Constitution comorienne sous examen

Rafsa_couvRafsandjani Mohamed est un des juristes les plus rigoureux des Comores. Il travaille dans la discrétion et le sérieux. Son livre, La Constitution des Comores expliquée et commentée article par article (Editions Coelacanthe, avril 2016) n’est donc une surprise pour aucun de ses amis. C’est l’aboutissement d’un projet auquel il tenait à coeur : une étude quasi exhaustive de la Constitution comorienne de 2001.

Cette constitution a été conçue dès le départ comme un remède à la crise séparatiste qui a débuté à Anjouan en 1997 et elle a instauré l’Union des Comores. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette constitution a donné une certaine stabilité à l’Etat comorien, même si, à chaque occasion, certains de ses principes sont en cause dans les débats. Mais, depuis 2001, elle a même convaincu les plus réticents à son adoption.

Rafsandjani Mohamed a eu la très bonne idée, en cette période d’élections de décortiquer article par article cette constitution. Au fil de la lecture, le passionné des débats politiques voit apparaitre peu à peu les éléments des grands débats qui ont opposé les Comoriens ces derniers temps.

Il en est ainsi du débat sur « la tournante » et l’article 13 que l’auteur explicite longuement aux pages  68/74. De même Rafsandjani Mohamed est le premier juriste à s’être interroger sur la possibilité que le président élu ne soit pas élu par une majorité de Comoriens puisqu’il y a trois candidats à la phase finale de la présidentielle. C’est le cas aujourd’hui et il est sans aucun doute que cela fragilisera le prochain président.

Aux pages 52/53, comme s’il faisait une réponse à une erreur récente d’un de ses collègues juriste, l’auteur affirme : « pour la première fois de l’histoire du pays, le Président est, seul, chef du gouvernement (…) C’est le Président, unique tête de l’exécutif, qui est chef du gouvernement ». Il montre que l’absence de premier ministre élimine le bicéphalisme entre le Président et son Premier Ministre dans les Constitution précédente. Le Président est aussi chef de gouvernement et n’a plus le statut d’arbitre. Pourtant, c’est ce que tente d’incarner le Président Ikililou pendant ces derniers mois, surtout eu égard aux élections qui viennent de se dérouler.

C’est un plaisir de lire Rafsandjani Mohamed. Au fur et à mesure de ses explications, il révèle sa grande culture de l’histoire constitutionnelle des Comores. Et il ne manque pas d’agrémenter ses commentaires par des références aux arrêts de la Cour constitutionnelle, ce qui donne parfois l’impression de revivre les grandes batailles politiques de ces derniers mois.

Mahmoud Ibrahime

Tocha Djohar serait en cavale

Tocha

Tocha Djohar à gauche, aux côtés de Fahmi Saïd Ibrahim

Tout semble indiquer ce soir que Tocha Djohar, bras droit du candidat Fahmi Ibrahim, un des rares cadres du parti PEC qui a rejoint Juwa, serait en cavale, recherché à la fois par la police et par des personnes de sa région.

Cet ancien cadre du parti PEC, en compagnie d’autres personnes aurait cassé la porte de la maison d’un certain Kafou (intendant à la présidence des Comores) et des mobiliers à la recherche de cartes électorales qu’il pensait être cachées et destinées à être remises à des Anjouanais (supposés par ces militants ne pas être des électeurs de Ngazidja).

La recherche de ces cartes aurait été vaine. Mais, à présent Tocha Djohar et ses compagnons sont recherchés à la fois par la police et par la famille de Kafou. Ces hommes restent pour le moment introuvables.

Nous rappelons que le même Tocha Djohar a déjà été arrêté il y a 9 mois (le 3 juillet 2015) sur instruction du parquet après avoir lancé des menaces comme quoi le sang allait couler si jamais la Cour Constitutionnelle des Comores ne validait pas la candidature de l’ex-président Ahmed Sambi, originaire d’Anjouan.

De notre correspondant à Moroni.

Droits des étudiants comoriens à la Réunion : conférence de Me Mihidhoiri

Droits des étudiants comoriens à la Réunion : conférence de Me Mihidhoiri

aecr2Les associations GYK (Génération Ya Kweli) et AECR ( Association des Etudiants Comoriens à la Réunion) ont organisé une conférence-débat le 28 juin dernier au CROUS de la Réunion pour informer les étudiants comoriens présents dans cette île française de leurs droits en matière de renouvellement du titre de séjour, de changement de statut, de travail et de recours en cas de refus de délivrance de titre de séjour. Maître Mihidhoiri Ali, avocat d’origine comorienne établi dans l’île était le conférencier principal.

La conférence a commencé par une présentation de la GYK (Génération Ya Kweli) faite par la Trésorière Générale de cette nouvelle association qui a affirmé que ses principaux objectifs ne sont que sociaux : « venir en aide à la population démunie». 

En effet selon le conférencier, l’étudiant a le droit de travailler à hauteur de 60% de la durée légale. Ce qui signifie qu’il ne doit pas atteindre le barème de 35 heures par semaine. Il ne devrait pas dépasser 964 heures par an. Sa rémunération ne doit pas être supérieur à 1,5 fois le SMIC. Sont exclus les doctorants. Ces derniers peuvent demander une dérogation auprès de la préfecture leur donnant le droit à travailler conformément à la durée légale. L’avocat a rappelé cependant qu’un récépissé n’autorise pas l’étudiant à travailler.

S’agissant du renouvellement du titre de séjour, Maître Mihidhoiri a affirmé au public que, conformément à la loi française, les étudiants qui sont dans un cursus de longues études peuvent demander ou renouveler des titres de séjour pluriannuels (2 à 4 ans). Il affirme qu’un changement d’orientation peut donner droit à un renouvellement de titre de séjour si et seulement si il est cohérent avec la formation initiale.

En ce qui concerne le changement de statut pour un couple d’étrangers voulant renouveler leurs titres de séjour au terme d’un statut privé, il leur est nécessaire de procéder à la démarche du regroupement familial sur place ou à l’étranger. Ils doivent justifier de ressources ainsi que d’une habitation répondant aux normes mentionnées par la loi. Au cas où le couple est mixte (étranger (e)/ français (e)), l’avocat parle d’une « diarrhée législative » ; du fait que les amendements opérés sur les lois qui touchent ce sujet semblent innombrables. Le couple doit en gros justifier d’une communauté de vie avec les justificatifs de domicile (bail du loyer, factures…), d’un compte commun, d’avis d’imposition, d’un certificat de mariage, etc.).

Dans le cas d’une demande au titre de parent, ce dernier doit justifier du fait qu’il pourvoie à l’entretien et à l’éducation de l’enfant en question. Dans le cadre d’une vie commune, il y a là « une présomption » selon toujours notre intervenant. Il suffit alors que les ou le parent en atteste en mettant en avant ‘’une affection d’un parent envers son enfant’’.

S’agissant du droit commun, l’étudiant qui décroche un travail dans un territoire français est astreint à attendre que son employeur fasse les démarches : émission d’annonce auprès du pôle emploi. Et si après deux semaines aucun citoyen français ne s’est présenté, ce service délivrera une attestation lui permettant de compléter les dossiers du poste en question pour la préfecture. Maître Mihidhoiri appelle cela « le parcours du combattant ». Car, si on arrive à vaincre par miracle les chômeurs inattentifs et impatients, cela ne suffit pas. Le patron doit pouvoir convaincre sur dossier l’administration. Le titre de séjour sera délivré en fonction du contrat.

Le statut d’étudiant étranger le plus favorable est celui de travailleur, obtenu après le niveau master, qui est en cohérence avec sa formation. Celui qui en bénéficie peut avoir soit la carte de compétence talent (C.T) soit la carte scientifique comme le cas de ceux qui travaillent à l’université. Entre la fin d’études et le temps de décrocher une embauche, le futur employé peut demander l’APS (autorisation provisoire d’un séjour). Cela ne dépasse pas 6 mois.

En ce qui concerne le dernier point de l’intervention, l’expert a montré les raisons qui pourraient être à l’origine d’un refus d’une telle ou telle demande ainsi que les solutions. En somme, pour le statut d’étudiant, un refus peut être émis par l’administration compétente quand l’étudiant ne répond pas à son unique tâche. Pour les autres statuts, la seule chose qui pourrait être gênant c’est la détérioration du statut lui accordant ce titre. Donc les solutions sont : faire recours à la justice administrative si l’on croit qu’on est fondé à le faire. Sachant que la victime n’a qu’un mois pour faire ce recours. Il doit écrire à l’autorité compétente pour lui demander d’annuler la décision en attendant la délibération du juge administratif.

Amir MOHAMED

Le voyage du Président Hollande aux Comores fait parler les politiques maorais

Le voyage du Président Hollande aux Comores fait parler les politiques maorais

Le président Ikililou sur le perron de l'Elysée

Le président Ikililou sur le perron de l’Elysée

Après son voyage officiel en France le 21 juin 2013, le Président de l’Union des Comores, IKILILOU Dhoinine recevra officiellement son homologue français FRANCOIS Hollande, le 27 juillet 2014 à Moroni.

Ce voyage du Président français aux Comores indépendantes fait parler toute la classe politique maoraise, sans exception aucune. Un voyage que F. Hollande effectue après le Conseil des Ministres de la COI du 10 au 11 avril 2014 à Moroni, conseil dont Ahmed Athoumani Douchina, désigné par le président du Conseil Général de Mayotte s’est vu interdire de participer. La raison qui a été évoquée : « Mayotte faisant partie des Comores est déjà représentée par le gouvernement comorien, alors pas question qu’il y ait deux représentants pour les Comores ». Une réaction qui n’a pas plus aux Maorais en général et aux politiques de l’île en particulier. Ce qui a choqué le plus les Comoriens de Mayotte c’est le silence de la France face à une telle situation qu’eux même jugent « inadmissible ». Ils en viennent à demander des réparations.

Cette fois-ci, ils veulent que réparation soit faite lors du prochain voyage du Président de la République française aux Comores. Aujourd’hui, 25 juin 2014, vers 12 heures, le président du Conseil Général Daniel Zaidani a fait savoir, sur les antennes de Mayotte Première que « s’il y a des commissions qui doivent accompagner le président Hollande à Moroni, Mayotte ne doit pas être oubliée pour marquer l’histoire ».

Selon le Président du Conseil Général, depuis 1975 Mayotte a choisi de rester française, il est donc utopique d’envisager son retour dans le giron comorien comme le veulent les dirigeants politiques et le peuple comoriens. Il poursuit en disant que Mayotte est Département français, donc il est impossible de revenir indépendante encore moins dans l’ensemble comorien. Ce qui montre visiblement que le Président du Conseil Général ignore encore l’histoire de France.

Ce n’est pas impossible pour un Département de devenir indépendant quelles que soient les années passées sous la colonisation. On peut lui citer le cas de l’Algérie française, Département depuis 1830, mais qui a pris son indépendance le 5 juillet 1962. Un geste fort, loyal et légitime. Alors Monsieur le Président du Conseil Général, il n’est jamais tard.

Rédaction Mlemingu.com  

Conseil de l’île de Ngazidja : la motion de censure est invalidée

Conseil de l’île de Ngazidja : la motion de censure est invalidée

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Après avoir reporté à deux reprises leur décision pour permettre aux avocats des deux parties d’apporter les documents manquant dans leurs dossiers, les sages de la Cour Constitutionnelle de l’Union des Comores ont décidé d’invalider la motion de censure annoncée comme ayant été votée par 17 membres du Conseil de l’Ile de Ngazidja contre les Commissaires de Mouigni Baraka le 10 mai dernier.

Plusieurs observateurs de la vie politique comorienne s’attendaient à ce que celle qu’on avait autrefois surnommée « l’incompétente » se déclare incompétente sur cette affaire de motion de censure au sein du Conseil de l’Ile. Les sages ont réagi autrement, déclarant recevable le recours de deux conseillers qui ont dénoncé des irrégularités dans l’adoption de cette motion de censure. Ils ont  donc décidé de juger cette affaire sur le fond en demandant à l’avocat des conseillers favorables à la motion, Me Mahamoud et celui des deux conseillers à l’origine de la procédure, Me Azad, de constituer leurs dossiers.

Le 19 juin dernier, soit plus d’un mois après, la Cour constitutionnelle a déclaré la deuxième tentative de motion de censure du Conseil de Ngazidja « nulle et de nul effet ». Elle s’est basée sur le fait qu’un conseiller parmi les 16 qui avaient déposé la motion de censure s’était désisté et donc que le quorum pour pouvoir déposer une motion n’avait pas été atteint.

L’avocat des conseillers favorables à cette motion a exprimé sa déception, mais a signifié à ses clients qu’il n’y a pas d’autres recours, rappelant ainsi le respect de la plus haute juridiction du pays.

C’est la deuxième motion de censure qui vise les commissaires du Gouverneur Mouigni et qui n’abouti pas.

Mahmoud Ibrahime

Lire aussi : https://mlimengu.com/2014/05/12/les-commissaires-de-ngazidja-censures/

 

Une association de Mayotte suggère de porter plainte contre l’Etat comorien

Une association de Mayotte suggère de porter plainte contre l’Etat comorien

 

Archipel des Comores

Archipel des Comores

Il y avait TAMA qui s’occupait de ramener quelques enfants des rues « chez eux » à Anjouan. Une autre association est apparue sur le marché très convoité de la prise en charge des migrants et des enfants de la rue, dans lequel agissent déjà, depuis de nombreuses années, des associations nationales comme la CIMADE ou RESF.

La nouvelle porte le nom de « Village d’EVA ». On pourrait croire que c’est le diminutif d' »évacuation » (l’objectif annoncé étant de ramener chez eux ces enfants dont un grand nombre vient d’Anjouan). On pouvait aussi imaginer qu’EVA est le prénom de la fille d’un des fondateurs (l’association étant portée surtout par ceux qu’on appelle à Mayotte les « Métropolitains »). Mais non ! il s’agit selon le responsable du « Village d’Echelle Visuelle Analogique ». Va comprendre. Certains n’ont jamais peur du ridicule quand ils sont en Afrique.

L’association a été créée en janvier 2014, mais ce n’est que maintenant qu’elle lance une offensive médiatique pour se faire connaître, à quelques semaines de la fin de l’année scolaire et du début des expulsions massives, surtout des mineurs scolarisés. Il faut croire que l’offensive a été une réussite puisque même nous, nous en parlons.

L’association est présidée par deux Métropolitains (Aurélie Arribat, médecin urgentiste et Ferdinand Beyene, chef d’entreprise). Son Porte-parole est un Maorais (Salim Ahamada).

Le 14 juin dernier, le Village d’EVA a fait son AG, en invitant les médias. Durant la réunion furent évoqués, selon divers médias locaux, pèle-mêle, les lieux communs répandus à Mayotte au sujet des migrations dans l’archipel et sur les enfants des rues évalués à près de 6000 mineurs qui font craindre une explosion des chiffres de la délinquance dans l’île. Comme d’habitude dans ce genre de réunion à Mayotte, chacun y est allé de sa solution miracle, tout en faisant attention à ne pas froisser le gouvernement français (l’employeur de la grande majorité des « métropolitains ») en évoquant la situation de l’île vis-à-vis du droit international.

A ce propos, la palme des « bonnes idées miracles » est revenue au Porte-Parole de l’association, puisque selon le journal de Mayotte, il a suggéré de « déposer plainte au Tribunal Pénal International pour non assistance à personne en danger » contre l’État comorien.

Les membres des associations de la société civile comorienne doivent rire, eux qui ont, maintes fois, demandé aux divers gouvernements comoriens depuis une quinzaine d’années de porter plainte contre l’Etat français auprès de ce même tribunal pour l’obliger à respecter les résolutions de l’ONU. La situation pourrait donc se retourner contre le gouvernement comorien ?

Pourtant, dans le même temps, l’association s’est fendue d’un communiqué dans lequel elle félicite le président comorien « d’avoir fait procéder à la destruction de kwassas ». Une première dans les trois autres îles de l’archipel. En effet, cette procédure est régulièrement mise en oeuvre dans l’île de Mayotte, où ceux qu’on appelle « les passeurs » sont systématiquement condamnés à de la prison ferme. Pour la première fois, le 4 juin dernier, le Procureur de la République de Mutsamudu a ordonné la destruction de 15 vedettes prêtes à prendre la direction de Mayotte. L’association EVA indique avoir écrit une lettre au Président Ikililou « pour le féliciter de cette intervention qui contribuera à sauver des vies ».

Dans les trois îles, il n’y a eu aucune réaction, ni pour féliciter le gouvernement, ni pour le blamer. Pourtant, cet événement semble montrer qu’à l’approche de la visite du président Hollande aux Comores en juillet prochain, il y a un rapprochement quant aux pratiques judiciaires s’agissant de la répression sur les candidats aux déplacements entre la Grande-Comore, Mohéli et Anjouan d’une part et Mayotte de l’autre. La justice comorienne empruntant les procédures de la justice française en la matière.

Mais, même si les juristes comoriens sont restés silencieux face à cette décision de la justice comorienne, il convient de se demander, d’une part, si la loi comorienne prévoit la destruction de vedettes avant même que le délit ne soit commis, et d’autre part, si la libre circulation entre les quatre îles des Comores n’est plus garantie par la Constitution.

Bien sûr, on nous opposera la sécurité et le nombre de morts chaque année entre Mayotte et Anjouan. Mais alors, pourquoi la gendarmerie et la justice comorienne ne pourraient pas jouer le jeu de la sécurisation de ce genre d’embarcations, en exigeant qu’elles soient aux normes, que les passagers soient moins nombreux, qu’ils aient des gilets de sauvetage… Pourquoi reproduire ce qui se passe à Mayotte ?

Il parait évident que le gouvernement comorien cherche à satisfaire des exigences de l’Etat français, même si cela va à l’encontre des droits fondamentaux des Comoriens, et cela sans rien obtenir en contre-partie, puisqu’il continue à demander à la France, au moins un assouplissement significatif des conditions de délivrance des visas entre Mayotte et ses trois îles soeurs. En vain.

Mahmoud Ibrahime

Le gouvernement comorien continue à mettre la pression sur les journalistes

Le gouvernement comorien continue à mettre la pression sur les journalistes

El-Had Said Omar, Directeur de La Gazette des Comores

El-Had Said Omar, Directeur de La Gazette des Comores

Mohamed Youssouf, journaliste à La Gazette des Comores

Mohamed Youssouf, journaliste à La Gazette des Comores

Après la mise en garde en vue de l’artiste Cheikh-MC, il ya quelques jours, ce mardi 11 juin ce fut le tour du Directeur de publication de La Gazette des Comores, El-Had Saïd Omar d’être appelé à la gendarmerie pour un interrogatoire en bonne et due forme. Au cours de cet interrogatoire, il a dû appeler le journaliste Mohamed Youssouf, pour venir lui aussi être entendu en tant qu’auteur de l’article.

Tout cela à cause d’un article paru la veille et intitulé : « Vente de boissons alcoolisées : L’Etat doit-il rembourser les 2 milliards d’Amine Kalfane ? » Mohamed Youssouf explique l’imbroglio qu’il y a eu ces derniers jours à propos des licences accordées à certaines entreprises par le gouvernement pour vendre de l’alcool dans le pays. Bien que la constitution, modifiée sous la présidence Sambi, proclame que l’Islam est religion d’Etat, l’alcool est un produit clef dans le budget de l’Etat par le reversement de taxes.

Jusque-là, le Ministère des finances avait accordé une seule licence à la société Nicom de Shemir Kamoula. Les médias comoriens de l’extérieur n’ont cessé alors de dénoncer ce monopole qui aurait été offert à « un ami » selon plusieurs bloggeurs comoriens. Mais, il y a quelques jours, le gouvernement décide de mettre fin au monopole en accordant une deuxième licence de vente à une deuxième entreprise, AGK d’Amine Kalfane. Toutefois, l’Assemblée de l’Union a constaté des irrégularités et a fait annuler cette deuxième licence. Mais, le gouvernement décide d’annuler la première licence également, alors que ses recettes sont prévues au budget, ce qui rend furax certains députés qui menacent de ne pas voter la loi de finance rectificative de ce mois de juin.

Le journaliste de la Gazette nous apprend qu’en fait Amine Kalfane avait déjà payé deux milliards FC en prévision des taxes qu’il aurait à verser et que cet argent a servi à payer des fonctionnaires. La phrase qui a valu aux deux journalistes de passer la matinée à la gendarmerie est celle-ci : « L’Etat a-t-il peur des 2 milliards d’Amine Kalfane qui ont servi à payer les fonctionnaires ? »

Le plus étonnant c’est que pas une fois le gendarme qui les interrogeait n’a dit à El-Had Said Omar ou à Mohamed Youssouf qui portait plainte contre eux.  » j’ignore l’auteur de la plainte ! et c’est une pratique scandaleuse » affirme le Directeur de la Gazette. C’est donc la version « lettre de cachet » aux Comores : par un coup de téléphone, un gendarme reçoit l’ordre d’interroger un citoyen et éventuellement de l’enfermer sans qu’il ne sache qui porte plainte.

En fait, les journalistes de la Gazette auront plus de précision quand ils recevront dans l’après-midi un droit de réponse émanant du Docteur Ali Abdou Mdahoma, « Conseiller politique du vice-président Mohamed Ali Soilih ». Ainsi l’histoire retiendra que la première sortie politique du Dr Ali Abdou Mdahoma, un intellectuel issu de la Diaspora comorienne en France, où pendant des années il a critiqué les pratiques injustes et illégales des hommes politiques comoriens, fut un acte contre la liberté de la presse.

Dans ce droit de réponse qui sera publié ce matin par La Gazette des Comores avec un commentaire de la Rédaction, notre Docteur en Lettres accuse le jeune journaliste qui n’a jamais fait de politique de « porter atteinte à l’honorabilité et au professionnalisme de (ses) adversaires politiques ». Il va encore plus loin en prétendant que le journaliste Youssouf Mohamed n’est qu’une invention et qu’en fait il a écrit son article « sur commande ». Pourtant, le droit de réponse qui part dans tous les sens, ne nie pas le fait principal, le versement de 2 milliards par AGK à l’Etat, mais seulement que l’argent n’a pas été utilisé pour payer les fonctionnaires.

Le Directeur de la Gazette des Comores, journal indépendant, est habitué à ce genre de manoeuvres des pouvoirs publics cherchant à faire pression sur les journalistes. Le jeune Mohamed Youssouf un peu moins, il a donc reçu une leçon de ce qu’est le journalisme aux Comores aujourd’hui.

C’est une tentative de pression qui vient après la mise au pas du journal Alwatwan, consécutive à la nomination à sa tête de celui qui apparaît comme le théoricien du journalisme d’Etat, Abdou Soimadou.

Il reste à savoir pourquoi les pouvoirs publics multiplient ces derniers temps ce genre d’opérations qui n’ont d’autres résultats que d’impacter d’une manière négtive le classement des Comores au niveau des droits de la presse dans les enquêtes mondiales.

Mahmoud Ibrahime