Justice

Conseil de l’île de Ngazidja : la motion de censure est invalidée

Conseil de l’île de Ngazidja : la motion de censure est invalidée

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Après avoir reporté à deux reprises leur décision pour permettre aux avocats des deux parties d’apporter les documents manquant dans leurs dossiers, les sages de la Cour Constitutionnelle de l’Union des Comores ont décidé d’invalider la motion de censure annoncée comme ayant été votée par 17 membres du Conseil de l’Ile de Ngazidja contre les Commissaires de Mouigni Baraka le 10 mai dernier.

Plusieurs observateurs de la vie politique comorienne s’attendaient à ce que celle qu’on avait autrefois surnommée « l’incompétente » se déclare incompétente sur cette affaire de motion de censure au sein du Conseil de l’Ile. Les sages ont réagi autrement, déclarant recevable le recours de deux conseillers qui ont dénoncé des irrégularités dans l’adoption de cette motion de censure. Ils ont  donc décidé de juger cette affaire sur le fond en demandant à l’avocat des conseillers favorables à la motion, Me Mahamoud et celui des deux conseillers à l’origine de la procédure, Me Azad, de constituer leurs dossiers.

Le 19 juin dernier, soit plus d’un mois après, la Cour constitutionnelle a déclaré la deuxième tentative de motion de censure du Conseil de Ngazidja « nulle et de nul effet ». Elle s’est basée sur le fait qu’un conseiller parmi les 16 qui avaient déposé la motion de censure s’était désisté et donc que le quorum pour pouvoir déposer une motion n’avait pas été atteint.

L’avocat des conseillers favorables à cette motion a exprimé sa déception, mais a signifié à ses clients qu’il n’y a pas d’autres recours, rappelant ainsi le respect de la plus haute juridiction du pays.

C’est la deuxième motion de censure qui vise les commissaires du Gouverneur Mouigni et qui n’abouti pas.

Mahmoud Ibrahime

Lire aussi : https://mlimengu.com/2014/05/12/les-commissaires-de-ngazidja-censures/

 

Une association de Mayotte suggère de porter plainte contre l’Etat comorien

Une association de Mayotte suggère de porter plainte contre l’Etat comorien

 

Archipel des Comores

Archipel des Comores

Il y avait TAMA qui s’occupait de ramener quelques enfants des rues « chez eux » à Anjouan. Une autre association est apparue sur le marché très convoité de la prise en charge des migrants et des enfants de la rue, dans lequel agissent déjà, depuis de nombreuses années, des associations nationales comme la CIMADE ou RESF.

La nouvelle porte le nom de « Village d’EVA ». On pourrait croire que c’est le diminutif d' »évacuation » (l’objectif annoncé étant de ramener chez eux ces enfants dont un grand nombre vient d’Anjouan). On pouvait aussi imaginer qu’EVA est le prénom de la fille d’un des fondateurs (l’association étant portée surtout par ceux qu’on appelle à Mayotte les « Métropolitains »). Mais non ! il s’agit selon le responsable du « Village d’Echelle Visuelle Analogique ». Va comprendre. Certains n’ont jamais peur du ridicule quand ils sont en Afrique.

L’association a été créée en janvier 2014, mais ce n’est que maintenant qu’elle lance une offensive médiatique pour se faire connaître, à quelques semaines de la fin de l’année scolaire et du début des expulsions massives, surtout des mineurs scolarisés. Il faut croire que l’offensive a été une réussite puisque même nous, nous en parlons.

L’association est présidée par deux Métropolitains (Aurélie Arribat, médecin urgentiste et Ferdinand Beyene, chef d’entreprise). Son Porte-parole est un Maorais (Salim Ahamada).

Le 14 juin dernier, le Village d’EVA a fait son AG, en invitant les médias. Durant la réunion furent évoqués, selon divers médias locaux, pèle-mêle, les lieux communs répandus à Mayotte au sujet des migrations dans l’archipel et sur les enfants des rues évalués à près de 6000 mineurs qui font craindre une explosion des chiffres de la délinquance dans l’île. Comme d’habitude dans ce genre de réunion à Mayotte, chacun y est allé de sa solution miracle, tout en faisant attention à ne pas froisser le gouvernement français (l’employeur de la grande majorité des « métropolitains ») en évoquant la situation de l’île vis-à-vis du droit international.

A ce propos, la palme des « bonnes idées miracles » est revenue au Porte-Parole de l’association, puisque selon le journal de Mayotte, il a suggéré de « déposer plainte au Tribunal Pénal International pour non assistance à personne en danger » contre l’État comorien.

Les membres des associations de la société civile comorienne doivent rire, eux qui ont, maintes fois, demandé aux divers gouvernements comoriens depuis une quinzaine d’années de porter plainte contre l’Etat français auprès de ce même tribunal pour l’obliger à respecter les résolutions de l’ONU. La situation pourrait donc se retourner contre le gouvernement comorien ?

Pourtant, dans le même temps, l’association s’est fendue d’un communiqué dans lequel elle félicite le président comorien « d’avoir fait procéder à la destruction de kwassas ». Une première dans les trois autres îles de l’archipel. En effet, cette procédure est régulièrement mise en oeuvre dans l’île de Mayotte, où ceux qu’on appelle « les passeurs » sont systématiquement condamnés à de la prison ferme. Pour la première fois, le 4 juin dernier, le Procureur de la République de Mutsamudu a ordonné la destruction de 15 vedettes prêtes à prendre la direction de Mayotte. L’association EVA indique avoir écrit une lettre au Président Ikililou « pour le féliciter de cette intervention qui contribuera à sauver des vies ».

Dans les trois îles, il n’y a eu aucune réaction, ni pour féliciter le gouvernement, ni pour le blamer. Pourtant, cet événement semble montrer qu’à l’approche de la visite du président Hollande aux Comores en juillet prochain, il y a un rapprochement quant aux pratiques judiciaires s’agissant de la répression sur les candidats aux déplacements entre la Grande-Comore, Mohéli et Anjouan d’une part et Mayotte de l’autre. La justice comorienne empruntant les procédures de la justice française en la matière.

Mais, même si les juristes comoriens sont restés silencieux face à cette décision de la justice comorienne, il convient de se demander, d’une part, si la loi comorienne prévoit la destruction de vedettes avant même que le délit ne soit commis, et d’autre part, si la libre circulation entre les quatre îles des Comores n’est plus garantie par la Constitution.

Bien sûr, on nous opposera la sécurité et le nombre de morts chaque année entre Mayotte et Anjouan. Mais alors, pourquoi la gendarmerie et la justice comorienne ne pourraient pas jouer le jeu de la sécurisation de ce genre d’embarcations, en exigeant qu’elles soient aux normes, que les passagers soient moins nombreux, qu’ils aient des gilets de sauvetage… Pourquoi reproduire ce qui se passe à Mayotte ?

Il parait évident que le gouvernement comorien cherche à satisfaire des exigences de l’Etat français, même si cela va à l’encontre des droits fondamentaux des Comoriens, et cela sans rien obtenir en contre-partie, puisqu’il continue à demander à la France, au moins un assouplissement significatif des conditions de délivrance des visas entre Mayotte et ses trois îles soeurs. En vain.

Mahmoud Ibrahime

Le gouvernement comorien continue à mettre la pression sur les journalistes

Le gouvernement comorien continue à mettre la pression sur les journalistes

El-Had Said Omar, Directeur de La Gazette des Comores

El-Had Said Omar, Directeur de La Gazette des Comores

Mohamed Youssouf, journaliste à La Gazette des Comores

Mohamed Youssouf, journaliste à La Gazette des Comores

Après la mise en garde en vue de l’artiste Cheikh-MC, il ya quelques jours, ce mardi 11 juin ce fut le tour du Directeur de publication de La Gazette des Comores, El-Had Saïd Omar d’être appelé à la gendarmerie pour un interrogatoire en bonne et due forme. Au cours de cet interrogatoire, il a dû appeler le journaliste Mohamed Youssouf, pour venir lui aussi être entendu en tant qu’auteur de l’article.

Tout cela à cause d’un article paru la veille et intitulé : « Vente de boissons alcoolisées : L’Etat doit-il rembourser les 2 milliards d’Amine Kalfane ? » Mohamed Youssouf explique l’imbroglio qu’il y a eu ces derniers jours à propos des licences accordées à certaines entreprises par le gouvernement pour vendre de l’alcool dans le pays. Bien que la constitution, modifiée sous la présidence Sambi, proclame que l’Islam est religion d’Etat, l’alcool est un produit clef dans le budget de l’Etat par le reversement de taxes.

Jusque-là, le Ministère des finances avait accordé une seule licence à la société Nicom de Shemir Kamoula. Les médias comoriens de l’extérieur n’ont cessé alors de dénoncer ce monopole qui aurait été offert à « un ami » selon plusieurs bloggeurs comoriens. Mais, il y a quelques jours, le gouvernement décide de mettre fin au monopole en accordant une deuxième licence de vente à une deuxième entreprise, AGK d’Amine Kalfane. Toutefois, l’Assemblée de l’Union a constaté des irrégularités et a fait annuler cette deuxième licence. Mais, le gouvernement décide d’annuler la première licence également, alors que ses recettes sont prévues au budget, ce qui rend furax certains députés qui menacent de ne pas voter la loi de finance rectificative de ce mois de juin.

Le journaliste de la Gazette nous apprend qu’en fait Amine Kalfane avait déjà payé deux milliards FC en prévision des taxes qu’il aurait à verser et que cet argent a servi à payer des fonctionnaires. La phrase qui a valu aux deux journalistes de passer la matinée à la gendarmerie est celle-ci : « L’Etat a-t-il peur des 2 milliards d’Amine Kalfane qui ont servi à payer les fonctionnaires ? »

Le plus étonnant c’est que pas une fois le gendarme qui les interrogeait n’a dit à El-Had Said Omar ou à Mohamed Youssouf qui portait plainte contre eux.  » j’ignore l’auteur de la plainte ! et c’est une pratique scandaleuse » affirme le Directeur de la Gazette. C’est donc la version « lettre de cachet » aux Comores : par un coup de téléphone, un gendarme reçoit l’ordre d’interroger un citoyen et éventuellement de l’enfermer sans qu’il ne sache qui porte plainte.

En fait, les journalistes de la Gazette auront plus de précision quand ils recevront dans l’après-midi un droit de réponse émanant du Docteur Ali Abdou Mdahoma, « Conseiller politique du vice-président Mohamed Ali Soilih ». Ainsi l’histoire retiendra que la première sortie politique du Dr Ali Abdou Mdahoma, un intellectuel issu de la Diaspora comorienne en France, où pendant des années il a critiqué les pratiques injustes et illégales des hommes politiques comoriens, fut un acte contre la liberté de la presse.

Dans ce droit de réponse qui sera publié ce matin par La Gazette des Comores avec un commentaire de la Rédaction, notre Docteur en Lettres accuse le jeune journaliste qui n’a jamais fait de politique de « porter atteinte à l’honorabilité et au professionnalisme de (ses) adversaires politiques ». Il va encore plus loin en prétendant que le journaliste Youssouf Mohamed n’est qu’une invention et qu’en fait il a écrit son article « sur commande ». Pourtant, le droit de réponse qui part dans tous les sens, ne nie pas le fait principal, le versement de 2 milliards par AGK à l’Etat, mais seulement que l’argent n’a pas été utilisé pour payer les fonctionnaires.

Le Directeur de la Gazette des Comores, journal indépendant, est habitué à ce genre de manoeuvres des pouvoirs publics cherchant à faire pression sur les journalistes. Le jeune Mohamed Youssouf un peu moins, il a donc reçu une leçon de ce qu’est le journalisme aux Comores aujourd’hui.

C’est une tentative de pression qui vient après la mise au pas du journal Alwatwan, consécutive à la nomination à sa tête de celui qui apparaît comme le théoricien du journalisme d’Etat, Abdou Soimadou.

Il reste à savoir pourquoi les pouvoirs publics multiplient ces derniers temps ce genre d’opérations qui n’ont d’autres résultats que d’impacter d’une manière négtive le classement des Comores au niveau des droits de la presse dans les enquêtes mondiales.

Mahmoud Ibrahime

2008 : L’accord secret entre le président Sambi et le colonel Azali

2008 : L’accord secret entre le président Sambi et le colonel Azali

 

Le 8 juillet 2008, j’écrivais dans mon ancien blog « MiB*Extras et Caetera » un billet intitulé « De la couardise en politique ». Je parlais de l’opération « mains propres » menée par le Ministre de la Justice du président Sambi depuis le début de l’année 2007 et qui s’était soldée par un échec cinglant en 2008, principalement parce qu’elle n’avait comme objectif que de museler l’opposition et flatter les instincts les plus primaires. Mal préparée, bâclée, l’opération avait abouti à la libération de tous les collaborateurs du colonel Azali dont le président Sambi voulait se débarrasser.

J’écrivais dans ce billet de 2008 :  »

Tous les condamnés firent appel. Ils attendirent près de six mois avant de se retrouver devant un nouveau juge. Celui-ci ne pouvait que dire l’évidence : les dossiers avaient été bâclés ! Tout le monde retrouve ou retrouvera dans quelques jours la liberté. Aux uns on a fait bénéficier un « vice de procédure », aux autres on a fait en sorte que le nombre de mois passés en prison correspondent à leurs nouvelles condamnations.

Et l’opération « mains propres » dans tout cela ? Il y a belle lurette qu’elle est terminée. Elle risque même de se retourner contre ses propres protagonistes à la fin du régime Sambi, puisque même l’avocate de l’Etat dans cette affaire a révélé à la presse, en compagnie du Vice Président, lorsqu’elle était en dispute avec le Ministre Mourad Saïd Ibrahim, que les pratiques pour lesquelles ils ont condamné certains hommes politiques étaient toujours en vigueur (…)

Ce qui m’a le plus frappé dans cette affaire, en plus de la fuite de certains responsables politiques, c’est le silence du principal responsable. Il semble que quelqu’un (le ministre ? le président ? tous deux s’en défendraient et laisseraient un lampiste assumer leurs décisions) ait décidé qu’il ne fallait jamais mettre en cause l’ancien président, le colonel Azali Assoumani. Et celui-ci, virtuellement président du parti Convention Républicaine des Comores (CRC) dont les deux secrétaires généraux se trouvaient en prison, n’a eu rien à dire. Ni aux juges, ni aux médias. Aucune manifestation de ce parti pour dénoncer les irrégularités que chacun pouvait noter. Il était invité, comme tout notable, aux places d’honneurs dans les diverses manifestations organisées par le nouveau pouvoir. Il était neutre. Ni pour ni contre ses anciens collaborateurs. Il ne fallait pas se faire remarquer. »

photo publié par les partisans de Sambi sur facebook (Sultan Seyid)

photo publié par les partisans de Sambi sur facebook (Sultan Seyid)

Jusqu’à aujourd’hui, le silence du colonel Azali Assoumani était resté un mystère pour bon nombre d’observateurs de la vie politique comorienne. Et l’on ne pouvait l’expliquer qu’en pensant à l’attitude que celui-ci avait eu face au coup d’État de 1995, en allant se réfugier dans l’Ambassade du pays où étaient originaires les mercenaires qui attaquaient son pays, en laissant sur le terrain ses principaux lieutenants dont certains ont été grièvement blessés.

Un des plus fervents partisans du colonel Azali avait tenté une explication qui n’avait convaincu personne. Il expliquait il y a quelques mois sur facebook que le silence du colonel était une stratégie politique, en quelque sorte se taire pour mieux revenir en politique.

Et voilà qu’au lendemain du Congrès de la CRC, au cours duquel le président Sambi fut malmené par le colonel Azali, un partisan du Parti Juwa dans la région du Washili, un certain Ahmed Mohamed publie une « Lettre ouverte au colonel putschiste Azali Assoumani ».

L’énigme est enfin résolu. On sait pourquoi le colonel Azali est resté silencieux pendant tout le régime du président Sambi et pourquoi il n’a jamais eu un seul mot de soutien pour ses collaborateurs qui se sont parfois sacrifiés en ne prononçant jamais son nom devant les juges. En effet, Ahmed Mohamed explique :

 » Je me rappellerais toujours de ce dimanche d’avril 2007, où vous vous êtes rendu personnellement à Beit-Salam, rencontrer discrètement le président Sambi pour négocier votre sort. A bord d’une Peugeot 306 d’un de vos collaborateurs proches, vous avez débarqué au bureau de Sambi, les larmes aux yeux, tremblant comme un collégien puni par son professeur le premier jour de sa rentrée scolaire en classe de 6ème. Vous avez signé le pacte de la honte vous interdisant de critiquer Sambi tout au long de son mandat et pire, vous avez lâché vos collaborateurs auxquels vous ont servi pendant votre mandat, en fermant les yeux, et les laisser moisir en prison. Savez-vous mon colonel ce que Sambi a pensé lorsqu’il vous a vu débarquer dans son bureau ? Il a pensé que vous êtes venu pour négocier la libération des vôtres et non négocier seulement votre protection. »

Ainsi, on comprend que par un pacte avec son adversaire politique, il a pu sauver sa peau, tout en sacrifiant ses amis et collaborateurs. Ce récit est en tout point à l’image du colonel Azali tel que nous le connaissons. Il confirme l’homme.

Mahmoud Ibrahime

Mes quatre questions à Maître Mafoua Badinga

  • Mes 4 Questions à Maitre Mafoua Badinga (avocat au barreau de Seine St-Denis)

  • Moi : Bonjour Maitre Mafoua Badinga. Je rappelle que vous êtes l’avocat de M. Mahamoud Abdallah, de M. Joris Nkombé et de M. Alamine Mustapha, tous les 3 sont detenus aux Comores, accusés de tentative de coup d’Etat, d’atteinte à la sureté de l’Etat et de tentative d’assassinat du président Ikikilou et de son chef d’Etat-major.
  •  Maitre Mafoua Badinga : Bonjour monsieur Irchad Abdallah
  • Me Badinga lors de la manifestation organisée devant l’Ambassade des Comores à Paris

    1– Moi : Cher maitre, comment, en tant qu’avocat, êtes-vous en mesure d’assurer la défense de prévenus, bien que présumés innocents, dans une procédure la plus complexe qui puisse exister, notamment celle dont la principale charge retenue est l’atteinte à la sureté de l’Etat, tout en vous trouvant à 9.000km de la maison d’arrêts?

  •  
  • 1- Maitre Mafoua Badinga : Ma présence sur place n’est pas nécessaire. Avec internet, je peux prendre un acte et l’envoyer dès demain. J’ai le mail du juge d’instruction, je peux via ce canal lui demander des actes. Sachez qu’en matière de procès, c’est une relation. Vous avez le juge d’un coté, vous avez l’avocat et le commissaire du gouvernement. C’est un échange en quelque sorte, or en ce moment, je peux vous dire qu’actuellement cet échange ne se fait pas sous de bonnes conditions. Les droits de la défense sont bafoués aux Comores. Tous les actes, toutes les demandes de pièces et même toutes les demandes de mise en liberté ont été rejetées sans argumentations
  •  
  • Moi : Sans motivations ?
  •  Me Mafoua Badinga : Sans argumentations ! Il peut y avoir motivations mais elles doivent être bien argumentées ! Sachez qu’en matière de droit, il y’a la réitération des faits, le risque de réitération, le risque de concertation, tout doit être fait pour éviter que les personnes mises en cause s’échappent.

    Je vais vous faire une révélation. On avait même proposé à Joris Nkombé de s’évader. Lorsqu’il m’a fait part de ce projet, je lui ai tout de suite dit, non pas question! Ca va être un motif pour t’abattre et ils diront, voilà il a voulu faire un coup d’Etat, c’est pour cela qu’il voulait s’évader. Ils lui ont ensuite proposé des voitures, de le corrompre pour qu’il maintienne sa position.

  •  
  • Moi : Mais qui lui a proposé tout cela? Avez-vous des noms?
  • Me Mafoua Badinga : Je vous donne une information, et c’est d’après ce que m’a dit mon client, à moi son avocat, qu’il a eu cet appel du pied parce que le gouvernement, les autorités comoriennes cherchent à tout prix à crédibiliser l’idée d’un coup d’Etat. Donc il faut que ce soit Joris Nkombé qui le dise. Je peux même vous dire qu’il y’a eu comme une tentative de le soudoyer. …………..
  •  
  • 2– MOI: La dimension psychologique est aussi importante sinon plus importante que la personne elle-même dans pareille situation. Comment entendez-vous être efficace dans le suivi même de la procédure au quotidien? Depuis l’incarcération de vos clients aux Comores, ils ont été interrogés à plusieurs reprises par le magistrat instructeur comorien. Etant à Paris, êtes-vous informés de ces interrogatoires, avez-vous accès aux dossiers de vos clients et êtes-vous en contact avec des confrères comoriens qui représentent vos clients sur place.
  •  
  • 2- Me Mafoua Badinga : Je ne suis pas le seul avocat dans cette affaire. J’ai des confrères sur place. Ma part de contribution a été de comprendre ce dossier de fond en comble. Notez que j’ai effectué deux voyages aux Comores, je l’ai vu le dossier. La distance avec les moyens de communication actuels ne pose pas de problème. On échange. À chaque fois que mon confrère Maitre Atiki, avec lequel nous sommes avocats de Joris Nkombé intente une action, il m’en réfère, je lui fais un retour en lui donnant mes idées. Je vous assure que nous travaillons en synergie. Mes confrères sont informés de toutes les déclarations dont je serai emmené à vous faire part aujourd’hui parce que je suis comme leur porte parole en Europe. Ils sont sur le terrain, ils se battent pour que la vérité éclate malgré les moyens limités à leurs dispositions. Le jour où il faudra bâtir une stratégie de plaidoirie, je serai bien évidemment sur place.
  •  
  • 3- Maitre, je veux bien me faire l’avocat des prévenus, mais, admettons qu’il n y’ait aucun élément moral dans ce dossier, « j’entends par là, la résolution, la concertation, la préméditation ou même l’intention », et que tout ceci ne soit qu’un montage, un complot ou in-fine une macabre mise en scène. Selon vous, à qui profiterait le crime?
  •   
  • 3-Me Mafoua Badinga : Toute la question réside à ce niveau. Vous connaissez les Comores mieux que moi. On a parlé du fameux Boléro qui est, je crois, directeur de cabinet à la présidence et en charge de la défense. On n’oublie pas que le mandat du président Ikililou s’achève dans moins de 2 ans, sans aucune réalisation visible. Selon mon hypothèse, au niveau des autorités comoriennes, tout le monde savait que le président de la république devait voyager, il fallait donc absolument faire capoter ce voyage. Il y’a donc eu une manipulation à la base, et ce sont des éléments issus de l’enquête. On nous a parlé de plusieurs choses, on nous a parlé d’un fameux hélicoptère qui a soi-disant exfiltré un agent franco-comorien. Ces éléments là, vous ne trouverez aucune photo ! Les enquêteurs, avancent des hypothèses sans jamais apporter le moindre début de preuves. Je peux même vous dire que parmi les enquêteurs, il y’a des personnes qui étaient dans une histoire de trafic d’armes. Ce sont des éléments que nous allons verser dans le dossier pour démontrer que tout cela est une grosse machination au sein du pouvoir. Il y’a un problème de règlements de comptes entres eux, ils ont saisi cet alibi pour mettre en prison des personnes qui n’ont rien à voir avec la politique aux Comores.
  •  
  • Moi : Donc, maitre, vous pouvez nous dire que le dossier est strictement vide ? Quand je dis dossier vide, cela signifie que le dossier d’accusation ne contient pas d’éléments matériels pouvant caractériser ne serait-ce qu’un début de preuve.
  •  
  • Me Mafoua Badinga : En droit, il faut qu’il y’ait des indices concordants faisant présumer ou tendant à faire présumer qu’une infraction allait se réaliser. Quand on parle d’atteinte à la sureté de l’Etat, c’est une notion juridique qui a un sens. Quand on parle de coup d’Etat et tentative d’assassinat, cela nécessite une certaine organisation pour faire un guet-apens et il n’en est rien dans ce dossier.

    Je vais vous raconter une anecdote. Lors de mon dernier voyage aux Comores, je me suis rendu dans la propriété de M. Babataye, située sur la route de l’aéroport. Et le hasard a fait qu’à ce moment là, le président Ikililou allait voyager. Ils ont placé des militaires sans armes, tous les 500m le long de la voie sous un soleil de plomb! Franchement, un commando bien organisé aurait-il peur de ça ? Ce n’est pas parce que la maison de M. Babataye se situe sur l’axe menant à l’aéroport que c’est là que mes clients allaient attendre pour passer à l’acte. Je vous le dis, des vrais professionnels ne feraient pas ça !

  •  
  • 4- Moi : Alors comment expliquez-vous que deux de vos clients (NDLR Alamine Mustapha un tchadien et Joris Nkombé un congolais) se soient trouvés à un moment précis, avec des personnes précises, dans une posture précise, à un lieu précis à l’autre bout du monde. Est-ce un pur hasard?
  •  
  • 4-Me Mafoua Badinga: Il n’y pas de hasard. Joris Nkombé a connu Mahamoud Abdallah en prison et non à l’extérieur. Ils n’avaient aucun contact. Quand mon client a été arrêté il était 16H00, il avait rendez-vous avec un commissaire de police qui devait lui permettre de rencontrer le ministre de l’intérieur le lendemain pour lui solliciter des agréments pour son business. Il voulait avoir un marché de riz. Et l’autre (Alamine Mustapha) qui effectivement connaît Patrick Klein a accompagné Joris Nkombé, c’est tout. Mais je peux vous assurer qu’il n’y avait pas concertation.

    Imaginons que l’hypothèse était sérieuse. Mais ils auraient du les arrêter depuis longtemps ! Mon client, Alamine Mustapha a été arrêté à la sortie de la mosquée. Il revenait de la prière. Soyons sérieux ! Des gens qui seraient en phase de faire un coup d’Etat, qui traine des jours sans être inquiétés et qu’on arrête par des simples circonstances … des circonstances purement hasardeuse.

  •  
  • Moi : Vous venez de citer le nom de Patrick Klein. Permettez moi une question complémentaire maitre. Parlez-nous de la commission rogatoire émise par le magistrat instructeur comorien qui aurait abouti ces derniers jours à l’ouverture d’une enquête préliminaire et d’information judiciaire auprès du parquet de Paris.
  •  
  • Me Mafoua Badinga: Ce dossier là, je ne le maitrise pas. Je ne suis pas l’avocat de Patrick Klein. Sachez que la commission rogatoire, c’est en quelque sorte une plainte contre X. Moi j’ai appris l’existence de cette procédure à travers la compagne de Joris Nkombé. Au départ, je pensais que c’était en relation avec la procédure lancée aux Comores et j’ai finalement compris que c’était une association qui aurait eu à déposer plainte et malheureusement, ce dont je peux présager, cette plainte n’aboutira nulle part. Si cette association a droit à agir, elle n’a pas intérêt à le faire, à agir car elle n’a pas été habilitée à défendre les intérêts de l’Etat comorien.
  •  
  • Moi : Est-ce l’association présidée par Me Larifou dont il s’agit ici ?
  •  Me Mafoua Badinga : Je ne sais pas. Je rapporte des éléments qu’on m’a communiqués ici et là. Donc, je peux vous dire qu’aujourd’hui il y a pas peut être l’ouverture d’une information judiciaire, mais il n’y pas de juge d’instruction désigné.
  •  
  • Moi : Donc, vous pouvez nous assurer que de bout en bout, nous sommes en présence d’une grosse machination, que ce dossier est vide ?
  • Me Mafoua Badinga : Mon propos est encore plus fort. C’est un dossier mort-né ! Ce dossier ne devait même pas exister. Dès les premiers jours, on devait constater que ce dossier là n’existe pas, qu’ils se sont trompés en empruntant une mauvaise piste. Aujourd’hui, nous avons des familles moralement, physiquement et matériellement dévastées. Ces personnes incarcérées ne devraient pas se trouver là.

    Nous avocats, demandons la clôture immédiate du dossier. Nous avons formulé plusieurs demandes de mise en liberté qui n’ont pas abouti. Donc, nous sommes face à une situation où nous pouvons rien faire. La justice comorienne fonctionne très mal. Je vais vous dire un élément révélateur ; mon confrère Akiti a eu une petite altercation avec un juge, il a été mis en dépôt alors qu’il était dans l’exercice de ses fonctions. Un avocat ne peut pas être placé en mandat de dépôt tant que l’ordre des avocats n’a pas statué et levé une sorte d’immunité or aux Comores, c’est possible de le faire subir à un avocat. À l’allure où les choses vont, si le gouvernement comorien ne se décide pas vite, je pense qu’il y’aura beaucoup d’échos, parce que je peux éventuellement être emmené à déposer plainte contre le gouvernement pour torture de mon client. Je vous le dis, M. Joris Nkombé a été bel et bien torturé. Il faut que ces personnes soient libérées le plus vite possible. Nous sommes à même de donner des garanties que nos clients resteront aux Comores jusqu’à l’ouverture de leur procès. On ne doit éternellement les maintenir en détention.

  •  
  • Moi : Je vous remercie maitre, d’avoir accepté de répondre à mes questions.
  •  
  • Maitre Mafoua Badinga : C’est moi qui vous remercie et publiez tout ..
  • Propos recueillis par Irchad Abdallah

L’affaire Boléro ou l’histoire comorienne dévoyée

L’affaire Boléro ou l’Histoire comorienne dévoyée

Hamada Madi Bolero,           Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Les propos tenus par Hamada Madi Boléro considérés comme vérité historique ont réussi à faire du tapage médiatique dans l’opinion publique comorienne alors qu’ils sont loin d’être une vérité historique. Ils constituent une instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques.

Pour Boléro, Ali Soilihi est le premier putschiste comorien et il est originaire de la Grande-Comores; et Saïd Mohamed Cheikh est le grand cerveau du transfert de la capitale de l’archipel de Dzaoudzi (Mayotte) vers Moroni, et c’est encore un originaire de Ngazidja. Ces deux éléments d’information sont une vérité historique pour le journaliste intervieweur, ainsi que le Comorien lambda.

Pour le lecteur ou l’auditeur de cette interview, une seule question lui taraude la tête qu’est-ce qu’une vérité historique ? Qu’est-ce qui différencie l’historien, le juge et le journaliste dans l’investigation des faits ? La question du régime de vérité de l’histoire déborde cependant très largement celle de l’impartialité du chercheur et du désintéressement de la recherche. C’est aussi une question de méthode : La vérité en histoire, c’est ce qui est prouvé. Or Boléro n’apporte pas des preuves à l’appui de ces allégations, il fait des déclarations auprès d’un journaliste, il n’est pas un historien spécialiste de l’ histoire politique comorienne. C’est un homme politique comorien comme tant d’autres qui fait son show pour exister politiquement et répondre aux détracteurs qui veulent rabaisser les Mohéliens.

L’investigation, au sens où l’on parle d’investigation d’un juge d’instruction ou d’un journaliste, est la méthode utilisée pour établir des faits, les enchainements, les causes et les responsabilités. Dans sa recherche de la vérité, le juge procède comme l’historien ; il relève toute une gamme de faits, le mobile, les indices et les preuves formelles. La différence entre le juge et l’historien ne réside pas dans l’investigation, mais dans la sentence. Le juge doit trancher, au terme de l’enquête et le doute bénéficie à l’ accusé. L’ historien est plus libre ; il peut suspendre le jugement, et dresser la balance des présomptions et des doutes, car la connaissance échappe aux contraintes de l’action. En   revanche, il y a eu des moments où le journaliste pris dans le vif de l’actualité écrit ou dit des choses avec exactitude et parfois, il diffuse des informations de manière partielle sans vérifier minutieusement ses sources. Pour l’homme politique, l’objectif est de séduire un électorat ou appâter un auditoire, il n’hésite pas à user de la démagogie.

Comme disait Thucydide il faut séparer nettement le merveilleux mythique de la réalité historique, vérifier avec soin ses sources (écrites ou orales) pour démêler le vrai du faux, et de ne pas s’embarrasser d’anecdotes. A force de répéter aux quatre coins des journaux qu’il n’y a pas de vérité en histoire mais seulement des interprétations subjectives et relatives, le public va finir par le croire.

 Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Comment lutter contre la corruption aux Comores ?

Comment lutter contre la corruption aux Comores ?

 

Commission de corruption

Hormis le gouvernement révolutionnaire d’ALI SOILIHI MTSACHIWA, les autres gouvernements ont laissé se développer le détournement des deniers publics. Lors des campagnes électorales, tous les candidats aux élections présidentielles et de gouverneurs nous disent toujours que « la lutte contre la corruption occupe la première place de leurs objectifs », car selon eux, elle ruine constamment le pays.

La corruption est bien visible aux Comores comme dans beaucoup de pays africains. Elle est pratiquée tous les jours et partout dans les institutions publiques. Elle appauvrit le pays par les détournements de deniers publics.

Le président AZALI ASSOUMANI, AHMED ABDALLAH MOHAMED SAMBI et IKILILLOU DHOININE  ont fait de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. Mais ils ont tous échoué. IKILILLOU a mis en place une structure contre la corruption. Une structure qui n’a encore proposé aucune feuille de route contre celle-ci.

Depuis maintenant trois ans, personne ne sait et ne peut dire le travail entrepris par la Commission anti-corruption pour éradiquer cette maladie grave qui gangrène aussi bien l’économie que la population comorienne. Beaucoup parmi nous, nous nous demandons comment fonctionne cette structure ? À part le bruit que cette équipe a fait sur l’affaire OUSTADH RIFKI, libéré quelques jours plus tard par la justice, elle reste sans aucun rendement.

Comment est-il possible d’éradiquer la corruption aux Comores ? Une Commission anti-corruption aux moyens humains et matériels réduit est-elle capable de mener un tel combat ? Quelles démarches l’Etat comorien doit-il entreprendre pour réduire cette pratique détestable et malsaine ?

Nous autres pensons que l’entrée facile et par des moyens multiples dans la fonction publique contribue fortement à ces pratiques de corruption légalisée par nos fonctionnaires. Beaucoup de fonctionnaires comoriens se sentent redevables envers les personnes qui les ont intégrés par on ne sait quelle magouille dans la fonction publique. Le ministre, le directeur général et le notable exercent chacun, une mainmise sur tel fonctionnaire parce qu’ils sont souvent à l’origine de son intégration dans la fonction publique.

Par peur d’être éjecté hors de celle-ci, certains fonctionnaires exigent des dessous de tables pour nourrir leurs mentors si ce sont des notables, ou violent certaines étapes en corrompant d’autres collègues pour faire plaisir à un ministre ou directeur qui était à l’origine de leur intégration et afin d’augmenter sa côte de popularité dans une région.

Il aurait été mieux pour cette commission anti-corruption de proposer au gouvernement actuel « le concours d’entrée dans la fonction publique ». Pourquoi un concours ? D’abord, parce que l’Etat comorien profiterait ainsi des meilleurs de l’élite comorienne pour booster le pays. Ensuite, aucun fonctionnaire ne se sentirait redevable envers quiconque et saurait qu’il est à tel ou tel poste parce qu’il le mérite. Enfin, entre fonctionnaires s’installerait le respect mutuel, car ni le ministre ni le directeur ni le secrétaire général voire même le président n’aura plus le pouvoir de licencier un fonctionnaire selon son bon vouloir, à partir du moment où tout le monde a intégré la fonction publique par la même voie, celle du concours. Puis le salaire peut suivre, les avancements pour que le fonctionnaire puisse gagner décemment sa vie.

Abdourahim Bacari (Papadjo)