Justice

2008 : L’accord secret entre le président Sambi et le colonel Azali

2008 : L’accord secret entre le président Sambi et le colonel Azali

 

Le 8 juillet 2008, j’écrivais dans mon ancien blog « MiB*Extras et Caetera » un billet intitulé « De la couardise en politique ». Je parlais de l’opération « mains propres » menée par le Ministre de la Justice du président Sambi depuis le début de l’année 2007 et qui s’était soldée par un échec cinglant en 2008, principalement parce qu’elle n’avait comme objectif que de museler l’opposition et flatter les instincts les plus primaires. Mal préparée, bâclée, l’opération avait abouti à la libération de tous les collaborateurs du colonel Azali dont le président Sambi voulait se débarrasser.

J’écrivais dans ce billet de 2008 :  »

Tous les condamnés firent appel. Ils attendirent près de six mois avant de se retrouver devant un nouveau juge. Celui-ci ne pouvait que dire l’évidence : les dossiers avaient été bâclés ! Tout le monde retrouve ou retrouvera dans quelques jours la liberté. Aux uns on a fait bénéficier un « vice de procédure », aux autres on a fait en sorte que le nombre de mois passés en prison correspondent à leurs nouvelles condamnations.

Et l’opération « mains propres » dans tout cela ? Il y a belle lurette qu’elle est terminée. Elle risque même de se retourner contre ses propres protagonistes à la fin du régime Sambi, puisque même l’avocate de l’Etat dans cette affaire a révélé à la presse, en compagnie du Vice Président, lorsqu’elle était en dispute avec le Ministre Mourad Saïd Ibrahim, que les pratiques pour lesquelles ils ont condamné certains hommes politiques étaient toujours en vigueur (…)

Ce qui m’a le plus frappé dans cette affaire, en plus de la fuite de certains responsables politiques, c’est le silence du principal responsable. Il semble que quelqu’un (le ministre ? le président ? tous deux s’en défendraient et laisseraient un lampiste assumer leurs décisions) ait décidé qu’il ne fallait jamais mettre en cause l’ancien président, le colonel Azali Assoumani. Et celui-ci, virtuellement président du parti Convention Républicaine des Comores (CRC) dont les deux secrétaires généraux se trouvaient en prison, n’a eu rien à dire. Ni aux juges, ni aux médias. Aucune manifestation de ce parti pour dénoncer les irrégularités que chacun pouvait noter. Il était invité, comme tout notable, aux places d’honneurs dans les diverses manifestations organisées par le nouveau pouvoir. Il était neutre. Ni pour ni contre ses anciens collaborateurs. Il ne fallait pas se faire remarquer. »

photo publié par les partisans de Sambi sur facebook (Sultan Seyid)

photo publié par les partisans de Sambi sur facebook (Sultan Seyid)

Jusqu’à aujourd’hui, le silence du colonel Azali Assoumani était resté un mystère pour bon nombre d’observateurs de la vie politique comorienne. Et l’on ne pouvait l’expliquer qu’en pensant à l’attitude que celui-ci avait eu face au coup d’État de 1995, en allant se réfugier dans l’Ambassade du pays où étaient originaires les mercenaires qui attaquaient son pays, en laissant sur le terrain ses principaux lieutenants dont certains ont été grièvement blessés.

Un des plus fervents partisans du colonel Azali avait tenté une explication qui n’avait convaincu personne. Il expliquait il y a quelques mois sur facebook que le silence du colonel était une stratégie politique, en quelque sorte se taire pour mieux revenir en politique.

Et voilà qu’au lendemain du Congrès de la CRC, au cours duquel le président Sambi fut malmené par le colonel Azali, un partisan du Parti Juwa dans la région du Washili, un certain Ahmed Mohamed publie une « Lettre ouverte au colonel putschiste Azali Assoumani ».

L’énigme est enfin résolu. On sait pourquoi le colonel Azali est resté silencieux pendant tout le régime du président Sambi et pourquoi il n’a jamais eu un seul mot de soutien pour ses collaborateurs qui se sont parfois sacrifiés en ne prononçant jamais son nom devant les juges. En effet, Ahmed Mohamed explique :

 » Je me rappellerais toujours de ce dimanche d’avril 2007, où vous vous êtes rendu personnellement à Beit-Salam, rencontrer discrètement le président Sambi pour négocier votre sort. A bord d’une Peugeot 306 d’un de vos collaborateurs proches, vous avez débarqué au bureau de Sambi, les larmes aux yeux, tremblant comme un collégien puni par son professeur le premier jour de sa rentrée scolaire en classe de 6ème. Vous avez signé le pacte de la honte vous interdisant de critiquer Sambi tout au long de son mandat et pire, vous avez lâché vos collaborateurs auxquels vous ont servi pendant votre mandat, en fermant les yeux, et les laisser moisir en prison. Savez-vous mon colonel ce que Sambi a pensé lorsqu’il vous a vu débarquer dans son bureau ? Il a pensé que vous êtes venu pour négocier la libération des vôtres et non négocier seulement votre protection. »

Ainsi, on comprend que par un pacte avec son adversaire politique, il a pu sauver sa peau, tout en sacrifiant ses amis et collaborateurs. Ce récit est en tout point à l’image du colonel Azali tel que nous le connaissons. Il confirme l’homme.

Mahmoud Ibrahime

Mes quatre questions à Maître Mafoua Badinga

  • Mes 4 Questions à Maitre Mafoua Badinga (avocat au barreau de Seine St-Denis)

  • Moi : Bonjour Maitre Mafoua Badinga. Je rappelle que vous êtes l’avocat de M. Mahamoud Abdallah, de M. Joris Nkombé et de M. Alamine Mustapha, tous les 3 sont detenus aux Comores, accusés de tentative de coup d’Etat, d’atteinte à la sureté de l’Etat et de tentative d’assassinat du président Ikikilou et de son chef d’Etat-major.
  •  Maitre Mafoua Badinga : Bonjour monsieur Irchad Abdallah
  • Me Badinga lors de la manifestation organisée devant l’Ambassade des Comores à Paris

    1– Moi : Cher maitre, comment, en tant qu’avocat, êtes-vous en mesure d’assurer la défense de prévenus, bien que présumés innocents, dans une procédure la plus complexe qui puisse exister, notamment celle dont la principale charge retenue est l’atteinte à la sureté de l’Etat, tout en vous trouvant à 9.000km de la maison d’arrêts?

  •  
  • 1- Maitre Mafoua Badinga : Ma présence sur place n’est pas nécessaire. Avec internet, je peux prendre un acte et l’envoyer dès demain. J’ai le mail du juge d’instruction, je peux via ce canal lui demander des actes. Sachez qu’en matière de procès, c’est une relation. Vous avez le juge d’un coté, vous avez l’avocat et le commissaire du gouvernement. C’est un échange en quelque sorte, or en ce moment, je peux vous dire qu’actuellement cet échange ne se fait pas sous de bonnes conditions. Les droits de la défense sont bafoués aux Comores. Tous les actes, toutes les demandes de pièces et même toutes les demandes de mise en liberté ont été rejetées sans argumentations
  •  
  • Moi : Sans motivations ?
  •  Me Mafoua Badinga : Sans argumentations ! Il peut y avoir motivations mais elles doivent être bien argumentées ! Sachez qu’en matière de droit, il y’a la réitération des faits, le risque de réitération, le risque de concertation, tout doit être fait pour éviter que les personnes mises en cause s’échappent.

    Je vais vous faire une révélation. On avait même proposé à Joris Nkombé de s’évader. Lorsqu’il m’a fait part de ce projet, je lui ai tout de suite dit, non pas question! Ca va être un motif pour t’abattre et ils diront, voilà il a voulu faire un coup d’Etat, c’est pour cela qu’il voulait s’évader. Ils lui ont ensuite proposé des voitures, de le corrompre pour qu’il maintienne sa position.

  •  
  • Moi : Mais qui lui a proposé tout cela? Avez-vous des noms?
  • Me Mafoua Badinga : Je vous donne une information, et c’est d’après ce que m’a dit mon client, à moi son avocat, qu’il a eu cet appel du pied parce que le gouvernement, les autorités comoriennes cherchent à tout prix à crédibiliser l’idée d’un coup d’Etat. Donc il faut que ce soit Joris Nkombé qui le dise. Je peux même vous dire qu’il y’a eu comme une tentative de le soudoyer. …………..
  •  
  • 2– MOI: La dimension psychologique est aussi importante sinon plus importante que la personne elle-même dans pareille situation. Comment entendez-vous être efficace dans le suivi même de la procédure au quotidien? Depuis l’incarcération de vos clients aux Comores, ils ont été interrogés à plusieurs reprises par le magistrat instructeur comorien. Etant à Paris, êtes-vous informés de ces interrogatoires, avez-vous accès aux dossiers de vos clients et êtes-vous en contact avec des confrères comoriens qui représentent vos clients sur place.
  •  
  • 2- Me Mafoua Badinga : Je ne suis pas le seul avocat dans cette affaire. J’ai des confrères sur place. Ma part de contribution a été de comprendre ce dossier de fond en comble. Notez que j’ai effectué deux voyages aux Comores, je l’ai vu le dossier. La distance avec les moyens de communication actuels ne pose pas de problème. On échange. À chaque fois que mon confrère Maitre Atiki, avec lequel nous sommes avocats de Joris Nkombé intente une action, il m’en réfère, je lui fais un retour en lui donnant mes idées. Je vous assure que nous travaillons en synergie. Mes confrères sont informés de toutes les déclarations dont je serai emmené à vous faire part aujourd’hui parce que je suis comme leur porte parole en Europe. Ils sont sur le terrain, ils se battent pour que la vérité éclate malgré les moyens limités à leurs dispositions. Le jour où il faudra bâtir une stratégie de plaidoirie, je serai bien évidemment sur place.
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  • 3- Maitre, je veux bien me faire l’avocat des prévenus, mais, admettons qu’il n y’ait aucun élément moral dans ce dossier, « j’entends par là, la résolution, la concertation, la préméditation ou même l’intention », et que tout ceci ne soit qu’un montage, un complot ou in-fine une macabre mise en scène. Selon vous, à qui profiterait le crime?
  •   
  • 3-Me Mafoua Badinga : Toute la question réside à ce niveau. Vous connaissez les Comores mieux que moi. On a parlé du fameux Boléro qui est, je crois, directeur de cabinet à la présidence et en charge de la défense. On n’oublie pas que le mandat du président Ikililou s’achève dans moins de 2 ans, sans aucune réalisation visible. Selon mon hypothèse, au niveau des autorités comoriennes, tout le monde savait que le président de la république devait voyager, il fallait donc absolument faire capoter ce voyage. Il y’a donc eu une manipulation à la base, et ce sont des éléments issus de l’enquête. On nous a parlé de plusieurs choses, on nous a parlé d’un fameux hélicoptère qui a soi-disant exfiltré un agent franco-comorien. Ces éléments là, vous ne trouverez aucune photo ! Les enquêteurs, avancent des hypothèses sans jamais apporter le moindre début de preuves. Je peux même vous dire que parmi les enquêteurs, il y’a des personnes qui étaient dans une histoire de trafic d’armes. Ce sont des éléments que nous allons verser dans le dossier pour démontrer que tout cela est une grosse machination au sein du pouvoir. Il y’a un problème de règlements de comptes entres eux, ils ont saisi cet alibi pour mettre en prison des personnes qui n’ont rien à voir avec la politique aux Comores.
  •  
  • Moi : Donc, maitre, vous pouvez nous dire que le dossier est strictement vide ? Quand je dis dossier vide, cela signifie que le dossier d’accusation ne contient pas d’éléments matériels pouvant caractériser ne serait-ce qu’un début de preuve.
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  • Me Mafoua Badinga : En droit, il faut qu’il y’ait des indices concordants faisant présumer ou tendant à faire présumer qu’une infraction allait se réaliser. Quand on parle d’atteinte à la sureté de l’Etat, c’est une notion juridique qui a un sens. Quand on parle de coup d’Etat et tentative d’assassinat, cela nécessite une certaine organisation pour faire un guet-apens et il n’en est rien dans ce dossier.

    Je vais vous raconter une anecdote. Lors de mon dernier voyage aux Comores, je me suis rendu dans la propriété de M. Babataye, située sur la route de l’aéroport. Et le hasard a fait qu’à ce moment là, le président Ikililou allait voyager. Ils ont placé des militaires sans armes, tous les 500m le long de la voie sous un soleil de plomb! Franchement, un commando bien organisé aurait-il peur de ça ? Ce n’est pas parce que la maison de M. Babataye se situe sur l’axe menant à l’aéroport que c’est là que mes clients allaient attendre pour passer à l’acte. Je vous le dis, des vrais professionnels ne feraient pas ça !

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  • 4- Moi : Alors comment expliquez-vous que deux de vos clients (NDLR Alamine Mustapha un tchadien et Joris Nkombé un congolais) se soient trouvés à un moment précis, avec des personnes précises, dans une posture précise, à un lieu précis à l’autre bout du monde. Est-ce un pur hasard?
  •  
  • 4-Me Mafoua Badinga: Il n’y pas de hasard. Joris Nkombé a connu Mahamoud Abdallah en prison et non à l’extérieur. Ils n’avaient aucun contact. Quand mon client a été arrêté il était 16H00, il avait rendez-vous avec un commissaire de police qui devait lui permettre de rencontrer le ministre de l’intérieur le lendemain pour lui solliciter des agréments pour son business. Il voulait avoir un marché de riz. Et l’autre (Alamine Mustapha) qui effectivement connaît Patrick Klein a accompagné Joris Nkombé, c’est tout. Mais je peux vous assurer qu’il n’y avait pas concertation.

    Imaginons que l’hypothèse était sérieuse. Mais ils auraient du les arrêter depuis longtemps ! Mon client, Alamine Mustapha a été arrêté à la sortie de la mosquée. Il revenait de la prière. Soyons sérieux ! Des gens qui seraient en phase de faire un coup d’Etat, qui traine des jours sans être inquiétés et qu’on arrête par des simples circonstances … des circonstances purement hasardeuse.

  •  
  • Moi : Vous venez de citer le nom de Patrick Klein. Permettez moi une question complémentaire maitre. Parlez-nous de la commission rogatoire émise par le magistrat instructeur comorien qui aurait abouti ces derniers jours à l’ouverture d’une enquête préliminaire et d’information judiciaire auprès du parquet de Paris.
  •  
  • Me Mafoua Badinga: Ce dossier là, je ne le maitrise pas. Je ne suis pas l’avocat de Patrick Klein. Sachez que la commission rogatoire, c’est en quelque sorte une plainte contre X. Moi j’ai appris l’existence de cette procédure à travers la compagne de Joris Nkombé. Au départ, je pensais que c’était en relation avec la procédure lancée aux Comores et j’ai finalement compris que c’était une association qui aurait eu à déposer plainte et malheureusement, ce dont je peux présager, cette plainte n’aboutira nulle part. Si cette association a droit à agir, elle n’a pas intérêt à le faire, à agir car elle n’a pas été habilitée à défendre les intérêts de l’Etat comorien.
  •  
  • Moi : Est-ce l’association présidée par Me Larifou dont il s’agit ici ?
  •  Me Mafoua Badinga : Je ne sais pas. Je rapporte des éléments qu’on m’a communiqués ici et là. Donc, je peux vous dire qu’aujourd’hui il y a pas peut être l’ouverture d’une information judiciaire, mais il n’y pas de juge d’instruction désigné.
  •  
  • Moi : Donc, vous pouvez nous assurer que de bout en bout, nous sommes en présence d’une grosse machination, que ce dossier est vide ?
  • Me Mafoua Badinga : Mon propos est encore plus fort. C’est un dossier mort-né ! Ce dossier ne devait même pas exister. Dès les premiers jours, on devait constater que ce dossier là n’existe pas, qu’ils se sont trompés en empruntant une mauvaise piste. Aujourd’hui, nous avons des familles moralement, physiquement et matériellement dévastées. Ces personnes incarcérées ne devraient pas se trouver là.

    Nous avocats, demandons la clôture immédiate du dossier. Nous avons formulé plusieurs demandes de mise en liberté qui n’ont pas abouti. Donc, nous sommes face à une situation où nous pouvons rien faire. La justice comorienne fonctionne très mal. Je vais vous dire un élément révélateur ; mon confrère Akiti a eu une petite altercation avec un juge, il a été mis en dépôt alors qu’il était dans l’exercice de ses fonctions. Un avocat ne peut pas être placé en mandat de dépôt tant que l’ordre des avocats n’a pas statué et levé une sorte d’immunité or aux Comores, c’est possible de le faire subir à un avocat. À l’allure où les choses vont, si le gouvernement comorien ne se décide pas vite, je pense qu’il y’aura beaucoup d’échos, parce que je peux éventuellement être emmené à déposer plainte contre le gouvernement pour torture de mon client. Je vous le dis, M. Joris Nkombé a été bel et bien torturé. Il faut que ces personnes soient libérées le plus vite possible. Nous sommes à même de donner des garanties que nos clients resteront aux Comores jusqu’à l’ouverture de leur procès. On ne doit éternellement les maintenir en détention.

  •  
  • Moi : Je vous remercie maitre, d’avoir accepté de répondre à mes questions.
  •  
  • Maitre Mafoua Badinga : C’est moi qui vous remercie et publiez tout ..
  • Propos recueillis par Irchad Abdallah

L’affaire Boléro ou l’histoire comorienne dévoyée

L’affaire Boléro ou l’Histoire comorienne dévoyée

Hamada Madi Bolero,           Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Les propos tenus par Hamada Madi Boléro considérés comme vérité historique ont réussi à faire du tapage médiatique dans l’opinion publique comorienne alors qu’ils sont loin d’être une vérité historique. Ils constituent une instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques.

Pour Boléro, Ali Soilihi est le premier putschiste comorien et il est originaire de la Grande-Comores; et Saïd Mohamed Cheikh est le grand cerveau du transfert de la capitale de l’archipel de Dzaoudzi (Mayotte) vers Moroni, et c’est encore un originaire de Ngazidja. Ces deux éléments d’information sont une vérité historique pour le journaliste intervieweur, ainsi que le Comorien lambda.

Pour le lecteur ou l’auditeur de cette interview, une seule question lui taraude la tête qu’est-ce qu’une vérité historique ? Qu’est-ce qui différencie l’historien, le juge et le journaliste dans l’investigation des faits ? La question du régime de vérité de l’histoire déborde cependant très largement celle de l’impartialité du chercheur et du désintéressement de la recherche. C’est aussi une question de méthode : La vérité en histoire, c’est ce qui est prouvé. Or Boléro n’apporte pas des preuves à l’appui de ces allégations, il fait des déclarations auprès d’un journaliste, il n’est pas un historien spécialiste de l’ histoire politique comorienne. C’est un homme politique comorien comme tant d’autres qui fait son show pour exister politiquement et répondre aux détracteurs qui veulent rabaisser les Mohéliens.

L’investigation, au sens où l’on parle d’investigation d’un juge d’instruction ou d’un journaliste, est la méthode utilisée pour établir des faits, les enchainements, les causes et les responsabilités. Dans sa recherche de la vérité, le juge procède comme l’historien ; il relève toute une gamme de faits, le mobile, les indices et les preuves formelles. La différence entre le juge et l’historien ne réside pas dans l’investigation, mais dans la sentence. Le juge doit trancher, au terme de l’enquête et le doute bénéficie à l’ accusé. L’ historien est plus libre ; il peut suspendre le jugement, et dresser la balance des présomptions et des doutes, car la connaissance échappe aux contraintes de l’action. En   revanche, il y a eu des moments où le journaliste pris dans le vif de l’actualité écrit ou dit des choses avec exactitude et parfois, il diffuse des informations de manière partielle sans vérifier minutieusement ses sources. Pour l’homme politique, l’objectif est de séduire un électorat ou appâter un auditoire, il n’hésite pas à user de la démagogie.

Comme disait Thucydide il faut séparer nettement le merveilleux mythique de la réalité historique, vérifier avec soin ses sources (écrites ou orales) pour démêler le vrai du faux, et de ne pas s’embarrasser d’anecdotes. A force de répéter aux quatre coins des journaux qu’il n’y a pas de vérité en histoire mais seulement des interprétations subjectives et relatives, le public va finir par le croire.

 Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Comment lutter contre la corruption aux Comores ?

Comment lutter contre la corruption aux Comores ?

 

Commission de corruption

Hormis le gouvernement révolutionnaire d’ALI SOILIHI MTSACHIWA, les autres gouvernements ont laissé se développer le détournement des deniers publics. Lors des campagnes électorales, tous les candidats aux élections présidentielles et de gouverneurs nous disent toujours que « la lutte contre la corruption occupe la première place de leurs objectifs », car selon eux, elle ruine constamment le pays.

La corruption est bien visible aux Comores comme dans beaucoup de pays africains. Elle est pratiquée tous les jours et partout dans les institutions publiques. Elle appauvrit le pays par les détournements de deniers publics.

Le président AZALI ASSOUMANI, AHMED ABDALLAH MOHAMED SAMBI et IKILILLOU DHOININE  ont fait de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. Mais ils ont tous échoué. IKILILLOU a mis en place une structure contre la corruption. Une structure qui n’a encore proposé aucune feuille de route contre celle-ci.

Depuis maintenant trois ans, personne ne sait et ne peut dire le travail entrepris par la Commission anti-corruption pour éradiquer cette maladie grave qui gangrène aussi bien l’économie que la population comorienne. Beaucoup parmi nous, nous nous demandons comment fonctionne cette structure ? À part le bruit que cette équipe a fait sur l’affaire OUSTADH RIFKI, libéré quelques jours plus tard par la justice, elle reste sans aucun rendement.

Comment est-il possible d’éradiquer la corruption aux Comores ? Une Commission anti-corruption aux moyens humains et matériels réduit est-elle capable de mener un tel combat ? Quelles démarches l’Etat comorien doit-il entreprendre pour réduire cette pratique détestable et malsaine ?

Nous autres pensons que l’entrée facile et par des moyens multiples dans la fonction publique contribue fortement à ces pratiques de corruption légalisée par nos fonctionnaires. Beaucoup de fonctionnaires comoriens se sentent redevables envers les personnes qui les ont intégrés par on ne sait quelle magouille dans la fonction publique. Le ministre, le directeur général et le notable exercent chacun, une mainmise sur tel fonctionnaire parce qu’ils sont souvent à l’origine de son intégration dans la fonction publique.

Par peur d’être éjecté hors de celle-ci, certains fonctionnaires exigent des dessous de tables pour nourrir leurs mentors si ce sont des notables, ou violent certaines étapes en corrompant d’autres collègues pour faire plaisir à un ministre ou directeur qui était à l’origine de leur intégration et afin d’augmenter sa côte de popularité dans une région.

Il aurait été mieux pour cette commission anti-corruption de proposer au gouvernement actuel « le concours d’entrée dans la fonction publique ». Pourquoi un concours ? D’abord, parce que l’Etat comorien profiterait ainsi des meilleurs de l’élite comorienne pour booster le pays. Ensuite, aucun fonctionnaire ne se sentirait redevable envers quiconque et saurait qu’il est à tel ou tel poste parce qu’il le mérite. Enfin, entre fonctionnaires s’installerait le respect mutuel, car ni le ministre ni le directeur ni le secrétaire général voire même le président n’aura plus le pouvoir de licencier un fonctionnaire selon son bon vouloir, à partir du moment où tout le monde a intégré la fonction publique par la même voie, celle du concours. Puis le salaire peut suivre, les avancements pour que le fonctionnaire puisse gagner décemment sa vie.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

Rohff en garde à vue

Le rappeur français d’origine comorienne, ROHFF est en garde à vue depuis hier soir. Il aurait participé à l’agression d’un jeune de 19 ans responsable de magasin qui distribuait des articles de BOOBA.

Rohff

Le rappeur Rohff

Le jeune homme agressé a été admis à l’hôpital dans le coma, son pronostic vital était encore engagé ce matin. Mais, l’hôpital vient d’annoncer qu’il est sorti du coma.

Ce jeune homme est une victime collatérale de l’affrontement jusque-là verbal entre les deux rappeurs sur fond d’opérations commerciales. BOOBA vient d’ailleurs d’envoyer un message au jeune homme dans lequel il lui souhaite un bon rétablissement et s’excuse.

ROHFF qui aurait été reconnu par des témoins et par des caméras de surveillance a décidé dès hier soir, sur les conseils de son avocat, de se rendre au commissariat pour s’expliquer. Il était toujours en garde à vue ce matin.

Tentative de Coup d’Etat. Une justice fondée sur une présomption de culpabilité

Tentative de Coup d’Etat, Une justice fondée sur une présomption de culpabilité

AccusesLes juges honnêtes doivent décider de balayer devant la porte de notre justice. Les éléments indésirables qui, depuis trop longtemps, ont terni l’image de celle-ci en condamnant souvent des innocents nous n’en voulons plus.  Que pouvons-nous dire d’autres ? Oui, des innocents dans la mesure où les politiques qui manipulent cette affaire et, qui ont leurs mains sur notre justice depuis des lustres n’ont pas encore donné la faveur aux juges corrompus de juger les présumés coupables de la soit disant tentative de coup d’Etat. Ces juges qui oublient habituellement l’exigence de leur noble profession, celui de dispensateurs impartiaux de la justice ne doivent pas continuer à exercer cette fonction.

Depuis 10 mois, des jeunes comoriens se trouvent en prison et aucun jugement n’est prévu dans les mois qui viennent pour que lumière soit faite sur cette affaire. Un acte du gouvernement qui soulève de graves inquiétudes sur l’illégalité et la partialité de la justice comorienne. Vous avez pu le constater. Récemment ABOU ACHIRAFI ALI, ancien directeur de la DNST est libéré sous caution par notre justice, alors que des preuves tangibles l’impliquant dans l’affaire de vente illégale de nos documents officiels existent.

Une justice à double vitesses. Quand on a les moyens ça passe, dans le cas contraire on périt dans les alvéoles de la prison de Moroni. C’est ce qui arrive en ce moment même à :

–       IBRAHIM ALI IBOUROI (Babatay),

–       TOYIB MAAROUF,

–       AHMED ABDALLAH,

–       AMDJAD SATOULOU,

–       ZAROUK et 9 autres personnes.

Dans notre pays personne n’est épargnée par une injustice d’une justice fondée sur une présomption de culpabilité. On voit bien une manipulation politicienne visant à détruire la vie d’autrui.  L’avenir proche nous dira le plan que nos actuels dirigeants envisagent pour ces jeunes. Qu’ils nous disent si ces jeunes sont désormais des « détenus perpétuels » dans l’enfer carcéral des Comores.

Voici  des faits qui  provoquent encore une vague d’indignation, une partie de l’opinion publique ayant la sensation que ce sont des innocents  que l’on poursuit, elle demande à la justice de relâcher les victimes, mais le tribunal de Moroni n’a donné aucune réponse sur le sort de ces personnes prises pour proies faciles. Nous nous rappelons du début de cette affaire, il y a encore 10 mois ; avec une certaine virulence, le gouvernement a tenté de persuader le peuple comorien que l’armée et la justice ont fait leur boulot en arrêtant des voyous qui voulaient renverser le pouvoir en place. Plusieurs noms des hautes personnalités y compris même du gouvernement ont été cités. Mais, comme c’était un coup monté, il va falloir pour le gouvernement garder certains individus pour que personne ne parle.

Sans vouloir faire le travail de la justice, nous nous permettons de dire que ces hommes sont gardés en prison pour rien car jusqu’à preuve du contraire la justice n’est pas prête à juger ces accusés, puisqu’il n’y a aucune preuve. Dans notre pays, les vrais organisateurs de coups d’Etat ont été honorés par notre justice.

Que la justice comorienne nous dise clairement qu’elle est là pour punir les faibles seulement ou bien si elle compte un jour faire son travail comme elle devrait le faire. Dans beaucoup de pays, des mouvements brutaux ont fait couler beaucoup de sang à cause de l’injustice sociale, mais souvent aussi contre une justice partiale et partielle.

Nous ne souhaitons pas que pareilles choses arrivent chez nous car ce sera pire. Notre pays souffre de ne pas avoir une vraie justice. Tout le monde en parle, mais personne n’est prêt à engager un mouvement véritable pour changer cette pratique hideuse qui ne cesse de gangréner notre société.

Nos dirigeants doivent mettre dans leur tête qu’ « une frustration encourue au cours de longues années engendre la révolte, la soif de liberté ». Et quand cela arrivera ce ne sera pas la révolte en elle-même qui sera noble, mais plutôt ce qu’elle exigera.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

Abou Achirafi Ali, en liberté provisoire

Achirafi

Abou Achirafi Ali en liberté provisoire

Après cinq mois de détentions, la justice comorienne a décidé de libérer sous caution Abou Achirafi Ali, accusé de vente illégale de passeports comoriens à des étrangers. Cette affaire que nous pouvons qualifier de haute trahison à l’égard de notre nation laisse beaucoup des Comoriens sans voix. Beaucoup d’entre eux critiquent les échecs de notre justice sur certaines affaires sensibles, mais ils pensaient que sur cette dernière, des investigations plus profonde allaient être menées pour que lumière soit faite afin d’arrêter les coupables.

Nous respectons la présomption d’innocence que toute personne a le droit de bénéficier. Toutefois, nous espérons que ce dossier ne fera pas l’objet d’une enquête partielle. Housnati Ismaël de Samba Bodoni et la fille du docteur Sounhadji, Nadia Athoumani ancienne secrétaire d’Abou Achirafi Ali ne sont que des pions. Et même Abou Achirafi Ali lui-même en est un.

Cette affaire de vente des documents officiels, précisément nationalité, passeports, cartes d’identité nationale a commencé au temps de Sambi. Un acte que ces prédécesseurs n’ont jamais osé pratiquer pour ne pas trahir la confiance que le peuple comorien leur a accordée. Cette affaire a fait l’objet d’un projet de loi voté par nos députés avant qu’elle ne soit exécutée par ses auteurs. Donc, il est temps d’écouter les personnes impliquées dans ce dossier.

Les députés peuvent-ils nous dire jusqu’à combien de passeports ils ont autorisé le gouvernement Sambi à vendre ?Peuvent-ils nous dire, sur quels critères nos documents ont été vendus à ces étrangers ? Il est probable qu’eux-même n’en savent rien.

Cette affaire concerne le commerce, donc nous avons le vendeur, le produit mis en vente et l’acheteur. Jusqu’à preuve du contraire, le peuple comorien connait une partie d’une vérité floue sur cette affaire. Il sait tout simplement qu’une loi a été votée pour la vente de nos documents officiels. Il sait encore que c’est Sambi qui a donné et exécuté l’idée. Mais il ne sait pas quelle part, quelle quanité et à quel prix son patrimoine a été vendu.

Ne serait-il pas mieux que nos juges interrogent l’ancien président de l’Union pour d’amples informations ? Un homme aussi intelligent que Sambi peut nous donner le nombre exact et le prix des passeports. Ce n’est pas un pécher d’écouter une haute personnalité politique sur un dossier sensible comme celui-ci, qui menace l’image de notre pays. Sa réponse permettrait à la justice d’entreprendre des enquêtes objectives.

Les révélations de SAMBI sur cette affaire permettront également à la justice comorienne de cadrer l’enquête en tenant compte du facteur temps. Cela permettrait de savoir surtout à quel moment le gouvernement de Sambi a arrêté de vendre nos passeports et durant combien de temps Abou Achirafi Ali a continué cette opération de vente. D’autres anciens ministres tel qu’Ibrahim Sidi, ancien ministre de la défense, Ahmed Jaffar, ancien ministre des Affaires étrangères et tant d’autres liés à cette affaire doivent être entendus par la justice.

Nous ne pensons pas que ces dirigeants politiques qui étaient au gouvernement lorsque le Président Sambi a promulgué la loi sur la citoyenneté économique refuseraient de nous apporter plus d’éclaircissements sur ce dossier. Nous ne pensons pas qu’ils seront choqués si la justice leur demande de lui apporter une lumière sur cette affaire montée par leur gouvernement. Nous avons confiance en notre justice et croyons à nos juges et à l’importance qu’ils donnent à cette affaire détestable qui ternit l’image de notre pays et celle des Comoriens.  Nous n’ignorons pas la crise que notre justice traverse dans les temps qui courent. Mais nous souhaitons que cette justice qui demeure depuis quelques années au centre de sérieux problème fasse son travail en résistant contre toute sorte influences. Si ce n’est pas le cas, le sentiment de méfiance, voire de suspicion qui anime les Comoriens à l’égard de leur justice  installera définitivement en eux un dégoût et une réticence envers elle. Ce qui serait dommage.

Abdourahim Bacari