Mayotte

Hommage

Des morts et des questions

 

Samedi 20 août 2017, quelque part en région PACA. Il est dix ou onze heures, je ne sais ; devant mon ordinateur ce matin là, j’écris, je cris comme d’habitude. J’ai pour habitude de crier le mal qui frappe mon pays, un pays spolié, un pays oublié.

Soudain, mon téléphone vibre. J’ai raté l’appel. J’eus à peine le temps de vérifier l’identité de mon correspondant quand soudain, il se mit là aussi à vibrer. Mon cœur palpite, quelque chose de grave, en tout cas de pas ordinaire, se produit. Je rappelle, la boule au ventre, les personnes qui essayèrent de me joindre. Et là, c’est l’effroi. C’est bien ce que je craignais. C’est dramatique. Un kwasa-Kwasa, ces embarcations meurtrières, a coulé au large de Mayotte en provenance de l’île d’Anjouan. Deux cousins ont péri et avec eux, près de vingt personnes (tous des Comoriens) sont mortes noyées.

Mandza et les Comores en larmes

 

Mohamed Assoumani et Nassur Said Mhadji respectivement connus sous les noms de GOVEA et de DJ SILVA sont deux jeunes très appréciés à Mandza et nationalement connus. GOVEA est tout simplement l’ancien bassiste de l’ASMUJEM, cet orchestre musical qui a fait danser les Comores à travers notamment les voix de Farid SAID et de Boinaid MOHAMED dans les années 1990. DJ SILVA lui, n’est autre que le petit frère de Farid SAID. Les plus jeunes d’entre nous le connaissent pour ses chansons de zouk qui, aux dires de ceux qui l’écoutent, font enivrer plus d’un. Les Comores perdent d’immenses musiciens.

Mandza pleure des jeunes très dynamiques, investis dans le développement du village. Des travaux de rénovation du village aux différentes activités culturelles, GOVEA et SILVA ont toujours répondu à l’appel avec l’humour qui caractérise le premier et le calme qui distingue le deuxième. On s’est tous déjà éclaté devant une blague de GOVEA et on a tous, au moins une fois, déjà évoqué le caractère très réservé de SILVA qui a fait de lui, un homme sans histoire jusqu’à son départ prématuré. On se souviendra longtemps de ces deux hommes au destin tragique, on n’oubliera jamais ces deux musiciens disparus un soir enchanté de toirab, un jour de grand mariage ; un mariage pas comme les autres, celui de l’oncle de SILVA. Ils ont tellement donné à la musique comorienne et à la chanson de Mandza qu’ils ne pouvaient partir que la nuit d’un samedi animé, jour de toirab quelque part dans un Bagwe à Mandza. Mandza est en deuil, Mandza pleure.

 

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image d’un kwassa

 

 

Les morts de trop?

 

« Le Kwasa-Kwasa pèche peu. Il amène du Comorien.»  Cette sortie malheureuse du président Macron, nous l’avons tous combattue. Mais derrière cette regrettable déclaration, se cache une triste réalité. Nombreux sont les Comoriens qui risquent leur vie en empruntant le périlleux chemin maritime qui mène à Mayotte depuis Anjouan. A partir de 1995, les drames humains qui se produisent dans ce bras de mer, ne cessent de se multiplier. On compte à ce jour, plus de 12000 morts parmi les Comoriens, des Comoriens qui, au total, n’atteignent pas encore le million d’habitants.

Face à cette véritable catastrophe, les Comores semblent impuissants. La communauté internationale également. A quand des assises nationales ou, rêvons plus grand, internationales sur ce véritable mouroir qu’est devenu l’Océan Indien ? Cette partie du globe se vide peu à peu et dangereusement de sa population ; cela se passe sous nos yeux et personne ne semble s’en soucier.

Réagissons. Mobilisons-nous. Rester de marbre sur une question aussi dramatique, c’est humainement inacceptable. Nous perdons constamment pères, mères, frères et sœurs. Il est même des cas larmoyants où des femmes enceintes, accompagnées d’enfants en bas âge, prennent les kwasa-kwasa. Voilà qui nous pousse à nous mettre dans la tête des candidats au départ pour comprendre ce qui s’y passe.

Dans la peau de ceux qui partent

 

Que se passe-t-il dans la tête d’une mère qui part d’Anjouan vers Mayotte à bord d’un kwasa-Kwasa? Que se passe-t-il dans la tête d’une femme enceinte qui engage sa vie et celle de ses futurs enfants ? Que se passe-t-il dans la tête d’un frère qui, après avoir perdu un proche, décide de reprendre le chemin de la mort ? Sans doute, la décision de prendre ces embarcations n’est elle pas anodine. C’est le fruit d’un profond désarroi.

Les personnes qui se rendent à Mayotte, sachant qu’elles flirtent avec la mort, le font parce qu’elles n’ont plus rien à perdre. Parce que notre pays est incapable d’offrir à tous un peu de décence, certains de nos proches sont prêts à mettre leur vie à rude épreuve. Ces morts révèlent un certain malaise. Le pays va mal et c’est bien cet amer constat qui cause ces pertes.

Parce que notre pays, très affaibli est loin d’atteindre le chemin de l’essor, assurons au moins le service minimum. Pourquoi ne pas barricader ou sécuriser sans relâche nos côtes pour éviter d’autres départs ? Nos autorités ont le devoir d’assurer la sécurité de nos compatriotes. A nous aussi de nous éviter ces malheurs en nous défendant de prendre ces routes. Les Comores souffrent, les Comores saignent. Mais qui, pour stopper cette véritable hémorragie ?

O M 

Tribune Libre. Mayotte, tableau d’un combat perdu d’avance

Tribune Libre.

Mayotte, tableau d’un combat perdu d’avance

 

 

L’histoire des Comores, c’est incontestable, ne commence pas au début des années 1830. En revanche, la genèse du différend franco-comorien sur l’île de Mayotte remonte autour de ces années là. Entre 1830 et 1835, en partance de Madagascar, Andriantsoly s’accapare de l’île de Mayotte. Au début des années 1840, alors que la France perd peu à peu de son influence dans l’Océan Indien, Andriantsoly, en proie à une importante instabilité politique interne, a du négocier la vente de l’île. Louis Philippe, alors roi de France, valida l’achat de Mayotte en 1843.

Historiquement, les faits sont têtus.

Il a fallu attendre 43 ans, 43 longues années de destin séparé,  pour que le reste des Comores, suivant la trajectoire de Mayotte, embrassent le protectorat français. Lorsque, en 1912, l’annexion des Comores a été officialisée, la France avait eu largement le temps de s’enraciner à Mayotte. Son ancrage, y était déjà plus fort que dans le reste des îles de l’archipel des Comores.

 

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©RTMC. à gauche Abdourahamane Mohamed B.A. et à droite Omar Mirali

Prochaine grande date, l’an 1974. Après avoir franchi la décisive étape de l’autonomie interne au lendemain de la deuxième guerre mondiale, voilà que les populations comoriennes  (oui, les populations) sont appelées à se prononcer sur l’indépendance, autrement dit, l’éventuel départ des Français. Comme souvent, là aussi Mayotte a fait cavalier seul en traçant son chemin, un chemin aux antipodes de celui qui a été emprunté par les trois autres îles des Comores. Seule, alors que Ngazidja, Ndzuani et Mwali ont voté pour l’indépendance, Maoré a choisi le maintien de la France dans ses girons.

On se retrouve alors, au lendemain de l’indépendance de 1975, avec un État définitivement morcelé. Remarquez au passage, que dès les années 1840, le choix des Mahorais de rompre avec les Comoriens en faveur des Français ne s’est jamais démenti. Pis encore, cette position n’a eu de cesse de se radicaliser au fil des années. Cette volonté francophile de tout un peuple a atteint son paroxysme lorsque, entre 2009 et 2011, l’île de Mayotte changeait de statut pour devenir un Département français d’Outre-Mer. (DOM). Mayotte a donc, juridiquement, le même statut que la Seine Saint Denis ou encore la Corse. Et ce  long processus qui a conduit à ce nouveau statut, a été l’œuvre des Français mais aussi des Mahorais qui, jusqu’à nos jours, n’ont jamais formulé la moindre véritable réticence à son encontre. Un peuple spolié se soulève; ici, non seulement les Mahorais ne se soulèvent guère mais ils se posent également en véritable défenseur de leur départementalisation, allant jusqu’à s’en prendre aux biens et à l’intégrité des Comoriens de Mayotte qu’ils considèrent comme étrangers.

Les faits sont têtus.Ils sont là pour nous rappeler ces truismes. Les Mahorais sont Français et par de là cette considération, ils manifestent leur francité à qui veut l’entendre. Comment faire pour changer la décision mûrement ( qui n’a pas été prise sur un coup de tête mais après de longues

 

années de pas vers la France) réfléchie d’un peuple unanime face à son destin?

Juridiquement, c’est sans appel

Après l’indépendance des Comores, les autorités de ce pays ont saisi l’Organisation des Nations Unies ( ONU) suite au maintien de la France à Mayotte. L’assemblée générale de l’ ONU n’a eu de cesse de condamner la France, au moyen d’une vingtaine de résolutions. Ces résolutions, qui n’ont aucune portée coercitive, n’ont pas pu contraindre la France à quitter l’île convoitée. Mais elles constituaient cependant, le seul véritable moyen de pression détenu  par l’État comorien.

Dès 1994, la question de l’île de Mayotte a été retirée de l’ordre du jour permanent de l’assemblée générale des nations unies. Dès lors, le report des débats sur cette question a été systématique; autant dire que ce débat a été reporté quasiment sine die.

Si au moment où la question de l’île de Mayotte était inscrit à l’ordre du jour permanent de l’ONU, l’État comorien n’a pas pu faire vaciller la France, que peut-il maintenant? Il ne reste, d’après le juriste Abdourahmane Mohamed Ben Ali, qu’une seule solution qui est, de surcroît, difficile d’application en l’espèce. Les Comores auraient pu saisir la cour internationale de Justice.

Seulement, l’amateurisme conjugué des autorités comoriennes a rendu cette piste impraticable. En effet, en retirant la question de Mayotte de l’ordre du jour permanent de l’assemblée générale de l’ONU, la France et les Comores se sont engagés à résoudre ce problème par le biais de négociations bilatérales. Qui dit négociations bilatérales, dit franche discussion entre les deux États sans moyen pour l’un de dominer les pourparlers. Pourtant, on a vu qu’en 2013, le président Ikililou, invité à l’Elysée par le président français François Hollande, a avalé ses mains en cédant presque tout à son homologue. Si les Comores saisissent la cour de justice internationale, la France peut décider de ne pas s’y rendre en faisant prévaloir l’engagement solennel pris par les deux pays à trouver une solution diplomatique à ce différend. Ce motif avancé, aucune condamnation ne pourrait alors être prononcée contre la France.

Alors, que faire?

Si les Mahorais, au fil de l’histoire, n’ont jamais fait le moindre pas vers les Comoriens, si l’assemblée générale des nations unies est dans l’impossibilité de mettre un terme au différend franco-comorien sur l’île de Mayotte, s’il nous est difficile voire impossible pour nous Comoriens de faire condamner la France par la cour internationale de justice, que nous reste-t-il alors?

Il nous reste nos yeux pour pleurer, notre naïveté pour espérer, notre sincérité pour admettre et notre courage pour céder. Mayotte est partie et son retour, impossible, n’est réaliste que dans l’esprit délirant de ceux, dont l’imagination féconde, déborde de fantasmes et d’utopie.

 Omar MIRALI.

Une insécurité inquiétante à Mayotte

MayotteDepuis quatre ans environ, la délinquance ne cesse d’augmenter de manière exponentielle à Mayotte. Viols, agressions physiques et gratuites, cambriolage en tout genre et en toute impunité. Des faits divers terribles qui deviennent le quotidien des habitants de l’ile.

Mayotte, comme les autres départements d’outre-mer est frappé par des fléaux qui gangrènent la société : un chômage massif ( 17% dans l’île ), une montée inquiétante de l’insécurité , la défaillance de l’autorité familiale liée au délitement des liens familiaux. Des bandes rivales bien organisées font régner la violence aux abords des établissements scolaires, mais aussi dans certaines communes de l’agglomération de Mamoudzou.

La violence est réellement installée à Mayotte avec la scène de braquage de la poste de Passamainty la semaine passée.  A tel point que beaucoup de wazungu (blancs) sont en train de quitter l’île. Ceux qui vivent à Mayotte depuis vingt-cinq ans qui s’étaient amourachés de Mayotte et installés de façon indécrottables : eux aussi sont sur le départ. Cela a des conséquences catastrophiques ; beaucoup de petites entreprises ont fermé ou sont sur le départ.

L’autre préoccupation des Maorais est l’immigration clandestine évaluée cette année par la préfecture à 80.000 étrangers en situation irrégulière. Selon les autorités de l’île le flux migratoire sature les services hospitaliers, les écoles et laisse des mineurs isolés dans les rues. Ce problème est très complexe, car les reconduites à la frontière sont inefficaces. A titre d’exemple et selon la préfecture, en 2014, les reconduites à la frontière ont avoisiné 20.000 personnes (le double de la France) dont la moitié retente la traversée peu après. C’est devenu un calvaire kafkaÏen. Pour le préfet, il faut mettre en place des actions collectives contre l’insécurité. Des renforts des forces de l’ordre, s’inscrivent dans la lutte contre l’insécurité en recrudescence dans le département.

Devant ce fléau d’insécurité grandissant le représentant de l’Etat et les élus locaux se renvoient la balle. Le sujet est devenu une patate chaude, qui entraine un climat de psychose chez les habitants de l’ile. Le pourcentage des mineurs délinquants en déshérence est considérable. L’absence des structures d’accueil, tels que des orphelinats ou des centres éducatifs pour mineurs complique beaucoup plus le problème. La petite prison de Majicavo   ne dispose pas d’une capacité d’accueil suffisante pour les adultes mais aussi pour interner les mineurs délinquants. Du coup, ces derniers commettent beaucoup de vols et agressent à longueur de journées sans être punis. Un autre phénomène touche la famille maoraise : le manque des repères et l’absence de l’autorité parentale. Le chômage de masse qui touche beaucoup de personnes dans l’ile contribue à déstructurer certaines familles, à fragiliser l’autorité des parents, et accroître l’échec scolaire. Les conséquences de ce fléau sont multiples, il faut mutualiser les moyens pour le combattre afin de sauver l’image de Mayotte.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

La grogne des salariés du privé à Mayotte

Mayotte

Mayotte, une des îles de l’archipel des Comores

Depuis 2011 Mayotte entre dans le cadre des droits communs au même titre que les autres départements d’outre-mer. Cela suppose un alignement des droits sur nombre de domaines. On assiste donc depuis fin avril jusqu’à ce jour à des grèves à répétition des salariés du secteur privé.

La départementalisation récente de l’ile fait que le territoire intègre petit à petit le droit commun et, de ce fait, de nouvelles contraintes fiscales et sociales viennent s’imposer aux entreprises mais aussi aux ménages, au risque de déstabiliser un équilibre déjà fragilisé du tissu économique. Le niveau de vie des ménages maorais est en hausse, tout comme les besoins d’équipement est en augmentation. Selon l’antenne de l’INSEE à Mayotte, en 2010 le SMIG mensuel brut maorais a dépassé le premier juillet 2009 le seuil symbolique de 1000 euros. Il est actuellement à 1100 euros. Il faut rappeler que les salariés maorais du secteur privé subissent des inégalités salariales par rapport à leurs collègues de la Réunion ou de France et pourtant ils exécutent les mêmes tâches. C’est la cause des grognes sociales à répétition.

Quelles sont les revendications de ces travailleurs ? Elles sont multiples, mais nous pouvons examiner les principales demandes, à savoir : l’application de la convention collective, la mise en place du 13e mois, équivalent au salaire du mois de décembre dès cette année 2015, augmentation des salaires, attribution d’une prime de pénibilité, etc.

Tous les agents de la BFC, la SMAE ou SFR ont été en grève avec des revendications similaires. Des protocoles de fin de conflit ont été signé avec les représentants syndicaux pour les salariés, les responsables de ces entreprises et du MDEF de Mayotte jouant le médiateur. Et ce sont les agents du BTP et de COLAS qui sont en grève en ce moment.

Par ailleurs, il faut rappeler que le secteur public n’a pas été touché par cette flambée de mécontentement, pour la simple raison que les mouvements de grève de 2013 de ce secteur sur l’indexation des salaires des fonctionnaires ont abouti à la mise en place d’une indexation progressive de quarante pour cent qui sera définitive en janvier 2017.

Ces conflits sociaux à répétition affectent l’économie locale, car l’entreprise ne fonctionne pas seule. Elle s’implante dans un environnement bien particulier. Les infrastructures, les populations, le contexte économique, social… autant d’éléments externes qui peuvent avoir une influence déterminante sur son activité et son équilibre. Ce climat social tendu est la conséquence d’un niveau de vie en hausse qui se traduit par une forte croissance des importations qui représentent 90% des produits consommés. Les prix sont élevés de par l’importance des coûts d’acheminements des marchandises et la trop faible concurrence en vigueur sur l’île. Il est normal que les acteurs publics et du privé fassent un rattrapage salarial pour faciliter le pouvoir d’achat des salariés qui constituent les consommateurs de Mayotte.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Mayotte. Une délinquance progressive et dramatique

Mayotte

Carte de Mayotte et son lagon

Mayotte connaît une explosion de la délinquance ces dernières années. L’île n’est pas organisée pour répondre aux besoins de sa jeunesse.

C’est le plus jeune des départements français, mais en ce qui concerne les agressions physiques, les incivilités ou les atteintes aux biens, Mamoudzou, chef-lieu, occupe une place de choix dans la liste des villes les plus cambriolées, puisqu’elle est classée quatrième au palmarès. La montée de cette délinquance est devenue progressive et dramatique.

Le sentiment de sécurité est un besoin vital au même titre que boire, manger ou dormir. Lorsque ce besoin n’est pas satisfait, une sensation de malaise s’installe , on devient inquiet voire anxieux.

Il faut rappeler que depuis les événements de 2011, la délinquance est devenue plus visible et l’atteinte aux biens a fortement augmenté. Ainsi les cambriolages qui représentaient déjà 17% des faits de criminalité atteignaient 40% en 2012 et 58% en 2013.

Quelles sont les causes de la hausse de cette délinquance ? Où sont les élus du conseil départemental ? Où est la préfecture et les acteurs de la société civile ? Qu’ont-ils fait en amont pour éviter ce phénomène ?

Il y a un réel souci en ce qui concerne la délinquance des mineurs et les causes sont multiples. Mayotte connait un changement rapide, qui se caractérise par la coexistence de deux modèles. D’une part une société traditionnelle fondée sur un idéal communautaire et des références religieuses et une société de consommation occidentalisée d’autre part, qui draine son lot de désirs : véhicules, téléphones, matériels informatiques de dernier cri… Face à cette modernisation brutale de l’île, les parents maorais ne savent plus comment élever leurs enfants. On est passé trop rapidement de ce modèle communautariste où c’était tout le village qui élevait les enfants à un modèle individualiste qui ne correspond pas à la société mahoraise. On est donc face à un véritable problème d’ordre socio-culturel.

On constate que cette délinquance des mineurs est d’abord alimentaire dans la plupart des cas : ce sont des jeunes qui volent pour revendre et s’acheter des choses. Il faut construire des centres de détention pour mineurs, dans lesquels on propose un encadrement (scolarité, activités sportives, culturelles…) afin de faciliter leur insertion dans la société. On a affaire à une population jeune qui souffre, qui n’a pas d’emplois et qui est sortie du système scolaire sans la moindre qualification.

Face à ce fléau qui ne cesse de croître, il faut une réaction politique et pourtant on observe une gué-guerre entre l’Etat et le département au sujet des mineurs isolés. Selon une étude réalisée par David Guillot en 2012 de l’association Tama qui s’occupe des mineurs isolés, il y a 3000 ou 4000 mineurs isolés qui sont à Mayotte, le département se dit non responsable de ces chiffres, car c’est la conséquence d’une politique de reconduite à la frontière menée par l’État à Mayotte. La situation de ces mineurs isolés est la conséquence de la politique de l’administration et de la préfecture. Les reconduites se font rapidement à Mayotte. Lorsqu’on interpelle quelqu’un à 9h, on peut être sûr qu’à 15h il a quitté le territoire.

Les conséquences économiques et sociales sont alarmantes : baisse d’activité pour les entrepreneurs et les responsables des restaurants car les consommateurs ont peur de sortir seul la journée ou le soir.

Il est urgent de réunir autour d’une table les pouvoirs publics, les associations, les entrepreneurs et autres organismes concernés et essayer de trouver enfin des solutions concrètes qui soient suivies d’effets. C’est une question cruciale pour la survie de l’économie locale et de la population.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Rentrée scolaire 2014-2015 : Une population scolaire en augmentation rapide pour Mayotte

MayotteRentrée scolaire 2014-2015 : Une population scolaire en augmentation rapide pour Mayotte  

 

Avec une   population de 213 000 habitants Mayotte est le deuxième département d’outre-mer (note de la rédaction : selon la loi française et contrairement au droit international) derrière la Guyane qui connait une explosion démographique sans précédent. Pour cette rentrée scolaire 2014-2015, le nombre d’élèves supplémentaires est d’environ 2300 dans le secondaire. Les constructions scolaires se poursuivent :

  • Ouverture d’un troisième collège à Kaweni ;
  • Le collège de TSOUNDZOU KWALE devrait ouvrir ses portes avant juin 2015 .

Officiellement peu de postes restent vacants dans le secondaire qui a recruté 490 contractuels cette année contre 600 l’année dernière. Les chiffres des contractuels dans le primaire ne sont pas publiés pour le moment à cause des mouvements de grève à répétition liés à la mise en place des rythmes scolaires.

Notons que Mayotte n’attire pas beaucoup de titulaires en dépit des indemnités proposées. Les raisons sont multiples , mais nous retenons deux ici :

-la fiscalisation depuis peu de l’indemnité d’éloignement ;

-la montée inquiétante de l’insécurité et la cherté de la vie pour les produits de première nécessité.

Pour ce qui est des rythmes scolaires, rappelons qu’au niveau national quatre mille communes l’ont mis en place en 2013-2014 et vingt mille autres le font cette année. Dans l’immense majorité des communes, cette reforme n’est pas remise en cause y compris à Mayotte, mais ici les enseignants du premier degré sont habitués au système de rotation depuis belle lurette et ne veulent pas lâcher du lest. De plus, les dix sept communes de Mayotte sont en difficulté financière actuellement et les maires de ces communes ont affirmé à plusieurs reprises ne pas avoir les moyens financiers et humains d’appliquer la loi sur les rythmes scolaires. Enfin ils estiment en effet que l’octroi de mer tel qu’il est défini ne rapporte pas assez aux communes.

Le nouveau préfet de Mayotte qui a pris ses fonctions la semaine dernière a réaffirmé la position du gouvernement que si les maires n’appliquent pas la loi, il le fera à leur place, car le droit à la scolarisation des enfants ne souffrira pas d’exception .

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

LE CONTENTIEUX TERRITORIAL FRANCO-COMORIEN S’EST INVITE AU SOMMET DE LA COI

LE CONTENTIEUX TERRITORIAL FRANCO-COMORIEN S’EST INVITE AU SOMMET DE LA COI

MayotteLe contentieux territorial franco-comorien sur l’île de Mayotte s’est invité au quatrième sommet de la Commission de l’Océan Indien(COI).

De passage à Mayotte, le Président Hollande a annoncé les couleurs en déclarant que les Comores ne peuvent plus revendiquer Mayotte et que la question n’est plus négociable. Le président Ikililou Dhoinine a répondu à cette déclaration en prononçant un discours très offensif où il a d’emblée fait le vœu que les discussions entamées pour la résolution du différend qui oppose les Comores à la France, sur la question de Mayotte, permettent de parvenir à un dénouement heureux conformément aux résolutions des Nations Unies. Il a, dans la foulée, invité ses hôtes de la COI à engager l’organisation dans une démarche commune dans le but de mettre fin à un drame humain qui détruit quotidiennement des familles entières. Il a fait remarquer que nombreuses sont les victimes du visa instauré depuis 19994 entre les trois îles et Mayotte, la quatrième île des Comores. Des personnes à qui l’on refuse l’exercice des droits humain le plus élémentaires, à savoir la libre circulation des personnes dans les respects des traités et conventions internationaux.

A Moroni, le président français affirme que l’enjeu de sa présence sur la terre des Comores c’est de faire tomber les barrières qui séparent les deux pays et retisser le fil d’une histoire commune, trouver des formes d’unité différentes du passé et envisager des relations apaisées et constructives. Il a cependant esquivé la question du différend territorial qui oppose les deux pays. Reconnaissant qu’un drame se joue dans nos eaux territoriales, M Hollande a réduit le différend franco-comorien à une lutte contre l’immigration clandestine. En annonçant l’annulation par la France de la dette des Comores et en axant son discours sur l’engagement d’une politique de développement, on a l’impression que le chéquier peut tout résoudre.

Visiblement le véritable enjeu est ailleurs puisque le président français parle des ressources naturelles à puiser dans l’océan indien et d’espoirs sur des gisements à exploiter non loin des côtes comoriennes.

Abdou elwahab Msa Bacar