Opinion

Une commission parlementaire mise au pas?

Citoyenneté économique

Le travail douteux de la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur la vente de « la citoyenneté économique » ne cesse de confirmer nos craintes d’une mise au pas par l’exécutif.

L’interview du député Tocha, menée en direct sur facebook vendredi 17 novembre 2017, par l’excellent Ortega Abdou (journaliste, ancien employé de l’Assemblée de l’Union), a confirmé ce que nous disons depuis des semaines sur cette commission parlementaire.

  1. Le Président de la Commission a bien affirmé que l’exécutif allait donner tous les moyens à la commission pour mener l’enquête (ce qui est une entorse grave à l’autonomie financière de l’Assemblée et partant à la séparation des pouvoirs).
  2. Tous les auditionnés n’ont pas été interrogés de la même façon. La commission parlementaire s’est déplacée à Mwali pour écouter plusieurs acteurs, comme elle s’est déplacée à Beit-Salam (le député n’a pas été très clair sur le financement du voyage vers Mwali). Ceux qui avaient comme argument que l’ancien président Ahmed Sambi, seul, voulait des conditions particulières avaient tort.
  3. Par respect de la séparation des pouvoirs, mais aussi de l’immunité du président, cette commission n’aurait jamais dû auditionner le président en exercice, Azali Assoumani. Le député Tocha nous révèle même un fait étonnant : il ne savait pas que le Président devait être auditionné. Il est arrivé à l’Assemblée et a trouvé ses collègues en train de partir vers Beit-Salam et a suivi. Il n’avait pas été prévenu en tant que membre de cette commission. Il ajoute que s’il y avait eu une réflexion au sein de la commission, préalable à cette audition du président Azali, il aurait refusé que la commission entende le Président. C’est grave parce que cela veut dire que l’audition du Président a été décidé au dernier moment, qu’elle n’était pas prévue, qu’il y avait une volonté de faire en sorte qu’au moins un député membre de la commission ne soit pas présent. Les propos du député Tocha laisse comprendre que la décision d’entendre le président est venue soudainement et de l’exécutif même.
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Le député Tocha DJOHAR

Au regard de ces informations, le rapport et les conclusions de cette commission parlementaires risquent d’apparaître comme partiels.

Nous continuons à nous demander pourquoi au lieu de donner les moyens à une commission parlementaire, le gouvernement actuel ne les donne pas à la Justice pour que des juges soient nommés pour instruire la plainte que le parti du président de la République (CRC) a déposé au Palais de Justice contre l’ancien Président Sambi, ou pour instruire une affaire abandonnée impliquant l’ancien chef de la Sûreté Nationale, Abdou Achirafi, actuel député et cadre du parti présidentiel au sujet de ventes de passeport en dehors de tout cadre légal.

Mahmoud Ibrahime

Hommage

Des morts et des questions

 

Samedi 20 août 2017, quelque part en région PACA. Il est dix ou onze heures, je ne sais ; devant mon ordinateur ce matin là, j’écris, je cris comme d’habitude. J’ai pour habitude de crier le mal qui frappe mon pays, un pays spolié, un pays oublié.

Soudain, mon téléphone vibre. J’ai raté l’appel. J’eus à peine le temps de vérifier l’identité de mon correspondant quand soudain, il se mit là aussi à vibrer. Mon cœur palpite, quelque chose de grave, en tout cas de pas ordinaire, se produit. Je rappelle, la boule au ventre, les personnes qui essayèrent de me joindre. Et là, c’est l’effroi. C’est bien ce que je craignais. C’est dramatique. Un kwasa-Kwasa, ces embarcations meurtrières, a coulé au large de Mayotte en provenance de l’île d’Anjouan. Deux cousins ont péri et avec eux, près de vingt personnes (tous des Comoriens) sont mortes noyées.

Mandza et les Comores en larmes

 

Mohamed Assoumani et Nassur Said Mhadji respectivement connus sous les noms de GOVEA et de DJ SILVA sont deux jeunes très appréciés à Mandza et nationalement connus. GOVEA est tout simplement l’ancien bassiste de l’ASMUJEM, cet orchestre musical qui a fait danser les Comores à travers notamment les voix de Farid SAID et de Boinaid MOHAMED dans les années 1990. DJ SILVA lui, n’est autre que le petit frère de Farid SAID. Les plus jeunes d’entre nous le connaissent pour ses chansons de zouk qui, aux dires de ceux qui l’écoutent, font enivrer plus d’un. Les Comores perdent d’immenses musiciens.

Mandza pleure des jeunes très dynamiques, investis dans le développement du village. Des travaux de rénovation du village aux différentes activités culturelles, GOVEA et SILVA ont toujours répondu à l’appel avec l’humour qui caractérise le premier et le calme qui distingue le deuxième. On s’est tous déjà éclaté devant une blague de GOVEA et on a tous, au moins une fois, déjà évoqué le caractère très réservé de SILVA qui a fait de lui, un homme sans histoire jusqu’à son départ prématuré. On se souviendra longtemps de ces deux hommes au destin tragique, on n’oubliera jamais ces deux musiciens disparus un soir enchanté de toirab, un jour de grand mariage ; un mariage pas comme les autres, celui de l’oncle de SILVA. Ils ont tellement donné à la musique comorienne et à la chanson de Mandza qu’ils ne pouvaient partir que la nuit d’un samedi animé, jour de toirab quelque part dans un Bagwe à Mandza. Mandza est en deuil, Mandza pleure.

 

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image d’un kwassa

 

 

Les morts de trop?

 

« Le Kwasa-Kwasa pèche peu. Il amène du Comorien.»  Cette sortie malheureuse du président Macron, nous l’avons tous combattue. Mais derrière cette regrettable déclaration, se cache une triste réalité. Nombreux sont les Comoriens qui risquent leur vie en empruntant le périlleux chemin maritime qui mène à Mayotte depuis Anjouan. A partir de 1995, les drames humains qui se produisent dans ce bras de mer, ne cessent de se multiplier. On compte à ce jour, plus de 12000 morts parmi les Comoriens, des Comoriens qui, au total, n’atteignent pas encore le million d’habitants.

Face à cette véritable catastrophe, les Comores semblent impuissants. La communauté internationale également. A quand des assises nationales ou, rêvons plus grand, internationales sur ce véritable mouroir qu’est devenu l’Océan Indien ? Cette partie du globe se vide peu à peu et dangereusement de sa population ; cela se passe sous nos yeux et personne ne semble s’en soucier.

Réagissons. Mobilisons-nous. Rester de marbre sur une question aussi dramatique, c’est humainement inacceptable. Nous perdons constamment pères, mères, frères et sœurs. Il est même des cas larmoyants où des femmes enceintes, accompagnées d’enfants en bas âge, prennent les kwasa-kwasa. Voilà qui nous pousse à nous mettre dans la tête des candidats au départ pour comprendre ce qui s’y passe.

Dans la peau de ceux qui partent

 

Que se passe-t-il dans la tête d’une mère qui part d’Anjouan vers Mayotte à bord d’un kwasa-Kwasa? Que se passe-t-il dans la tête d’une femme enceinte qui engage sa vie et celle de ses futurs enfants ? Que se passe-t-il dans la tête d’un frère qui, après avoir perdu un proche, décide de reprendre le chemin de la mort ? Sans doute, la décision de prendre ces embarcations n’est elle pas anodine. C’est le fruit d’un profond désarroi.

Les personnes qui se rendent à Mayotte, sachant qu’elles flirtent avec la mort, le font parce qu’elles n’ont plus rien à perdre. Parce que notre pays est incapable d’offrir à tous un peu de décence, certains de nos proches sont prêts à mettre leur vie à rude épreuve. Ces morts révèlent un certain malaise. Le pays va mal et c’est bien cet amer constat qui cause ces pertes.

Parce que notre pays, très affaibli est loin d’atteindre le chemin de l’essor, assurons au moins le service minimum. Pourquoi ne pas barricader ou sécuriser sans relâche nos côtes pour éviter d’autres départs ? Nos autorités ont le devoir d’assurer la sécurité de nos compatriotes. A nous aussi de nous éviter ces malheurs en nous défendant de prendre ces routes. Les Comores souffrent, les Comores saignent. Mais qui, pour stopper cette véritable hémorragie ?

O M 

Que dire de ce monde? Neymar, un joueur de soccer coûte plus cher qu’un pays, les Comores

bajCe n’est pas un gag! C’est la triste réalité! Les 220 millions € que va coûter le transfert de Neymar sont supérieurs au budget national de cet archipel habité par près d’un million d’âmes, coincé entre l’île de Madagascar et le continent africain, à équidistance.
J’éviterai de dire que les enfants constituent la majorité de ses habitants. Les bonnes âmes pourraient y voir la raison de cette inégalité inhumaine. Vous en connaissez certainement une qui dernièrement s’est époumonée ainsi: » Écoutez, amis africains, surtout comoriens, que pêchent par dizaines les kwassa-kwassa! Pour éviter la pauvreté, faites moins de mioches! C’est prouvé par sa sainteté Malthus. »
On en rirait s’il n’y avait pas mort d’homme. On en rirait si par centaines de millions des enfants dans le monde n’étaient pas menacés de mort par la faim, comme c’est le cas actuellement en Somalie, par des maladies diverses qui ont disparu ici depuis près d’un siècle, comme au Yémen, de viol et de tortures, comme dans les favélas ou les rues du Congo. C’est une réalité que tous nous connaissons.
Certains, s’oubliant, en viennent à en vouloir au monde au point de tuer des innocents ici. Alors même qu’ils sont ceux dont les achats des maillots des dits « grands clubs » et des abonnements au stade et à je ne sais quoi permettent à ce qu’un joueur de foot vaille plus cher qu’un pays entier.
Je bouts au fond de moi quand je vois les gens commenter l’arrivée de Neymar à Paris, car les 220 millions € qu’il coûte sont supérieurs au budget de mon pays d’origine. J’enrage d’autant plus qu’il y a à peine quelques semaines une délégation de fonctionnaires du FMI exigeait que le budget des Comores n’excède pas les 81 milliards francs comoriens (CFA), soit un peu plus de 152 millions €.
Le summum de l’indécence a été dépassé!
Au diable les déclarations de bonne conscience des institutions et organisations internationales! Au diable l’hypocrisie du monde! Au diable les bonimenteurs qui vont au nom des religions construire des temples, en Afrique alors que l’Africain manque du minimum humain. Des mosquées construites par les pétromonarchies poussent aux Comores comme des champignons, alors que le Comorien manque des basic needs! Quel Dieu adore-t-on? Celui dont le Prophète a dit à la Kaaba que l’intégrité du croyant était plus importante qu’elle, bien qu’elle soit la direction de la prière du croyant musulman? Ou un autre?

Il faut me dire car j’ai du mal à comprendre. Depuis tout petit, on m’a appris que l’humain était le frère de l’humain. On m’a surtout appris que le musulman était par rapport à un autre musulman ce que sont deux faces d’une même pièce, aucun ne peut exister sans l’autre.
Seulement, petit, j’ai été exclusivement soigné gratuitement par soeur Cosette, qui est restée plus de 40 ans aux Comores, non pour nous convertir au christianisme, à ma connaissance, elle n’en a converti aucun, mais pour servir l’homme. Quel jeune comorien de mon âgé né aux Comores pourrait se targuer de n’être jamais passé chez Mon Péra (nom du dispensaire de Soeur Cosette, donné par les Comoriens, venant certainement de Mon Père), à part les nantis? Où étaient les pétromonarques à l’époque? Où sont-ils aujourd’hui où le bac, en raison de problèmes de salaires non versés ou non augmentés, se fait en été aux Comores, depuis plus de 20 ans, que les gens meurent des maladies les plus bénignes aux Comores, peut-être le seul pays musulman sunnite à 100% au monde?
Ils sont qui entrain de payer la djiziat à Trump, qui entrain d’investir des milliards dans le foot.
Voyez-vous, il n’y a pas les méchants non-musulmans d’un côté et les bons musulmans de l’autre. Comme l’homme n’est jamais entièrement bon, ni jamais entièrement mauvais. Il est bon seulement quand il fait plus de bien qu’il ne fait de mal et mauvais quand c’est l’inverse. Soeur Cosette, je l’aimerai naturellement parce que, comme l’a si bien dit notre mère Aisha, femme du Prophète, « les cœurs sont naturellement faits pour aimer quiconque leur fait du bien et détester quiconque leur fait du mal ». Exactement comme le Prophète a aimé son oncle Abou Talib, et ce de l’aveu même du Coran.
Il doit en exister des Sœurs Cosette musulmanes qui œuvrent pour Dieu, puis pour les hommes, sans regarder leurs confessions. Comme nous voyons qu’une convergence d’intérêts réunit Trump avec les pétromonarchies aujourd’hui. Demain, ils rompront pour les mêmes raisons. Il faudra laisser la religion de côté, quand cela se produira. N’oublions pas que pour bouter l’URSS hors d’Afghanistan, la politique états-unienne et ses alliés ont aidé à relancer le djihadisme qu’on dit combattre aujourd’hui. Comme business is business, religion doit rester religion.
Ne nous laissons pas embarquer dans des oppositions inutiles qui font s’entretuer ou s’entre-déchirer les faibles et laissent dans la quiescence les puissances.
Nous vivons dans la trumperie et la niaiserie de ceux qui, hagards, ignorent que c’est eux qui font Neymar et dans le monde tout ce bazar. Et en attendant qu’ils se réveillent, œuvrons à faire pousser des sycomores, les fruits profiteront aux Comores. On ne sait jamais.
Humainement vôtre.
Mohamed Bajrafil

Editorial. Comores. Remaniement gouvernemental en faveur du parti présidentiel

SouefElAmineLe Président Azali a rendu public ce lundi 17 juillet la composition de son nouveau gouvernement. Alors que les Comoriens s’attendaient à un vrai changement de gouvernement, le président s’est contenté d’un mini remaniement. En effet, il n’a quasiment fait que remplacer les ministres et secrétaires d’Etat du parti Juwa avec lequel il avait annoncé une rupture dans son discours du 6 juillet, ainsi que le Ministre de l’Education Abdou Mhoumadi qui fait sans doute les frais de la longue grève des enseignants dont la conséquence fait que jusqu’à maintenant les examens de fin d’année n’ont pas commencé.

Le nouveau gouvernement renforce la position du parti CRC, parti présidentiel. Il est surtout marqué par l’arrivée d’un poids lourd de l’entourage du président, originaire du même village que lui : Soeuf El-Amine au poste de Ministre des Relations Extérieures. Il est aussi membre fondateur de la CRC (comme le jeune Mahamoud Salim nommé Ministre de la Jeunesse et des Sports). Si le Ministre précédent, Mohamed Dossar a été presque invisible et son action peu lisible, avec Soeuf El-Amine, qui sans aucun doute bénéficiera de la confiance du président, les choses en seront autrement. L’expérience va s’imposer.

L’autre fait marquant est l’entrée au gouvernement d’une ministre à part entière, puisque dans le précédent gouvernement, il n’y avait que des femmes secrétaires d’état. Là aussi, le président de la république a misé sur l’expérience de puisqu’il a nommé une femme médecin comme Ministre de la Santé : Dr Rashid Mohamed Mbaraka Fatma.

D’autres personnalités marquantes de la scène politique comorienne avaient été pressenties pour entrer dans ce gouvernement et notamment l’ancien Ministre Houmed Msaidié ou l’avocat Saïd Larifou. Ils n’ont pas été retenus pas le président Azali, alors qu’on sentait un rapprochement qu’ils avaient opéré ces derniers temps avec la politique d’Azali Assoumani, le premier en soutenant ouvertement la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar, rupture fortement décriée par l’opinion comorienne et le deuxième en s’engageant (y compris à long terme) sur la question de l’émergence dont le président s’est fait le champion depuis peu de temps.

Quels signes le président Azali entend-il donner avec ce remaniement ? Il est difficile de lire un message clair. Mais, il a signifié aux Comoriens la fin de l’alliance avec le parti Juwa qui lui a permis d’être élu. Il a également montré une volonté de se recentrer sur ses proches, et particulièrement ceux de son parti, la CRC.

Il est également clair qu’il pense continuer à bénéficier de la sollicitude des partis qui sont de fait dans l’opposition et qui se sont faits remarquer ces derniers temps par leur silence. Il espère surtout que les grands leaders de l’échiquier politique qu’il a ignorés à l’occasion de ce remaniement n’iront pas renforcer l’opposition que va sûrement mener le parti Juwa et son président d’honneur Ahmed Sambi, encore assommés par la trahison qu’ils viennent de subir.

Un peu comme son prédécesseur Ikililou Dhoinine, Azali Assoumani pense sans doute manipuler à sa guise les personnalités de l’opposition en leur faisant croire qu’ils seront dans le prochain gouvernement, espérant ainsi qu’ils l’aideront à obtenir ce qu’il veut avec les Assises prévues bientôt et qui doivent aboutir à un changement profond de la Constitution et sans doute mettre fin à la tournante.

Mahmoud Ibrahime

Tribune Libre. Mayotte, tableau d’un combat perdu d’avance

Tribune Libre.

Mayotte, tableau d’un combat perdu d’avance

 

 

L’histoire des Comores, c’est incontestable, ne commence pas au début des années 1830. En revanche, la genèse du différend franco-comorien sur l’île de Mayotte remonte autour de ces années là. Entre 1830 et 1835, en partance de Madagascar, Andriantsoly s’accapare de l’île de Mayotte. Au début des années 1840, alors que la France perd peu à peu de son influence dans l’Océan Indien, Andriantsoly, en proie à une importante instabilité politique interne, a du négocier la vente de l’île. Louis Philippe, alors roi de France, valida l’achat de Mayotte en 1843.

Historiquement, les faits sont têtus.

Il a fallu attendre 43 ans, 43 longues années de destin séparé,  pour que le reste des Comores, suivant la trajectoire de Mayotte, embrassent le protectorat français. Lorsque, en 1912, l’annexion des Comores a été officialisée, la France avait eu largement le temps de s’enraciner à Mayotte. Son ancrage, y était déjà plus fort que dans le reste des îles de l’archipel des Comores.

 

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©RTMC. à gauche Abdourahamane Mohamed B.A. et à droite Omar Mirali

Prochaine grande date, l’an 1974. Après avoir franchi la décisive étape de l’autonomie interne au lendemain de la deuxième guerre mondiale, voilà que les populations comoriennes  (oui, les populations) sont appelées à se prononcer sur l’indépendance, autrement dit, l’éventuel départ des Français. Comme souvent, là aussi Mayotte a fait cavalier seul en traçant son chemin, un chemin aux antipodes de celui qui a été emprunté par les trois autres îles des Comores. Seule, alors que Ngazidja, Ndzuani et Mwali ont voté pour l’indépendance, Maoré a choisi le maintien de la France dans ses girons.

On se retrouve alors, au lendemain de l’indépendance de 1975, avec un État définitivement morcelé. Remarquez au passage, que dès les années 1840, le choix des Mahorais de rompre avec les Comoriens en faveur des Français ne s’est jamais démenti. Pis encore, cette position n’a eu de cesse de se radicaliser au fil des années. Cette volonté francophile de tout un peuple a atteint son paroxysme lorsque, entre 2009 et 2011, l’île de Mayotte changeait de statut pour devenir un Département français d’Outre-Mer. (DOM). Mayotte a donc, juridiquement, le même statut que la Seine Saint Denis ou encore la Corse. Et ce  long processus qui a conduit à ce nouveau statut, a été l’œuvre des Français mais aussi des Mahorais qui, jusqu’à nos jours, n’ont jamais formulé la moindre véritable réticence à son encontre. Un peuple spolié se soulève; ici, non seulement les Mahorais ne se soulèvent guère mais ils se posent également en véritable défenseur de leur départementalisation, allant jusqu’à s’en prendre aux biens et à l’intégrité des Comoriens de Mayotte qu’ils considèrent comme étrangers.

Les faits sont têtus.Ils sont là pour nous rappeler ces truismes. Les Mahorais sont Français et par de là cette considération, ils manifestent leur francité à qui veut l’entendre. Comment faire pour changer la décision mûrement ( qui n’a pas été prise sur un coup de tête mais après de longues

 

années de pas vers la France) réfléchie d’un peuple unanime face à son destin?

Juridiquement, c’est sans appel

Après l’indépendance des Comores, les autorités de ce pays ont saisi l’Organisation des Nations Unies ( ONU) suite au maintien de la France à Mayotte. L’assemblée générale de l’ ONU n’a eu de cesse de condamner la France, au moyen d’une vingtaine de résolutions. Ces résolutions, qui n’ont aucune portée coercitive, n’ont pas pu contraindre la France à quitter l’île convoitée. Mais elles constituaient cependant, le seul véritable moyen de pression détenu  par l’État comorien.

Dès 1994, la question de l’île de Mayotte a été retirée de l’ordre du jour permanent de l’assemblée générale des nations unies. Dès lors, le report des débats sur cette question a été systématique; autant dire que ce débat a été reporté quasiment sine die.

Si au moment où la question de l’île de Mayotte était inscrit à l’ordre du jour permanent de l’ONU, l’État comorien n’a pas pu faire vaciller la France, que peut-il maintenant? Il ne reste, d’après le juriste Abdourahmane Mohamed Ben Ali, qu’une seule solution qui est, de surcroît, difficile d’application en l’espèce. Les Comores auraient pu saisir la cour internationale de Justice.

Seulement, l’amateurisme conjugué des autorités comoriennes a rendu cette piste impraticable. En effet, en retirant la question de Mayotte de l’ordre du jour permanent de l’assemblée générale de l’ONU, la France et les Comores se sont engagés à résoudre ce problème par le biais de négociations bilatérales. Qui dit négociations bilatérales, dit franche discussion entre les deux États sans moyen pour l’un de dominer les pourparlers. Pourtant, on a vu qu’en 2013, le président Ikililou, invité à l’Elysée par le président français François Hollande, a avalé ses mains en cédant presque tout à son homologue. Si les Comores saisissent la cour de justice internationale, la France peut décider de ne pas s’y rendre en faisant prévaloir l’engagement solennel pris par les deux pays à trouver une solution diplomatique à ce différend. Ce motif avancé, aucune condamnation ne pourrait alors être prononcée contre la France.

Alors, que faire?

Si les Mahorais, au fil de l’histoire, n’ont jamais fait le moindre pas vers les Comoriens, si l’assemblée générale des nations unies est dans l’impossibilité de mettre un terme au différend franco-comorien sur l’île de Mayotte, s’il nous est difficile voire impossible pour nous Comoriens de faire condamner la France par la cour internationale de justice, que nous reste-t-il alors?

Il nous reste nos yeux pour pleurer, notre naïveté pour espérer, notre sincérité pour admettre et notre courage pour céder. Mayotte est partie et son retour, impossible, n’est réaliste que dans l’esprit délirant de ceux, dont l’imagination féconde, déborde de fantasmes et d’utopie.

 Omar MIRALI.

Tribune Libre. Zoubeda est au ciel

par Omar Mirali

 

Ne restez pas à pleurer autour de mon cercueil,

Je ne m’y trouve – je ne dors pas.

Je suis un millier de vents qui soufflent,

Je suis le scintillement du diamant sur la neige,

Je suis la lumière du soleil sur le grain mûr,

Je suis la douce pluie d’automne, je suis l’envol hâtif.

Des oiseaux qui vont commencer leur vol circulaire quand tu t’éveilles dans le calme du matin,

Je suis le prompt essor qui lance vers le ciel où ils tournoient les oiseaux silencieux.

Je suis la douce étoile qui brille la nuit,

Ne restez pas à vous lamenter devant ma tombe, je n’y suis pas : je ne suis pas mort.

Stevenson

 

Devant la difficulté de dire ma douleur, devant l’impossibilité de faire le deuil, un jour sombre où mon cœur s’est froissé, j’ai tenté en vain de retrouver mon sommeil parti. Il est une, deux ou trois heures du matin, je ne sais, je cris, j’écris.

J’écris ma peine et crie mon désarroi. Je pleure son départ, le désespoir qu’il suscite pour ces milliers d’enfants d’oubliés dont la nature promet le plus triste des sorts. Que ne faut il pas craindre dans ce pays aux dirigeants absents où la générosité, l’humanité et l’amour manquent à l’appel ?

Je suis père d’une petite fille née en France de parents hors du besoin. Tout ce que n’a pas connu Zoubeda, elle qui est née aux Comores de parents modestes. Dans ce pays, même la plus bénigne des pathologies peut emporter le plus faible, tant la santé semble accessoire face à l’auto-enrichissement et au pillage. Et que dire de la peine d’un père qui voit périr son enfant dans l’indifférence de ceux qui n’auraient jamais du cesser de le soutenir…C’est là une peine indescriptible, une faute impardonnable. Surtout lorsque l’on sait qu’à la place de Zoubeda, d’autres enfants « bien nés auraient pu être sauvés…

ZoubedaLongtemps, Zoubeda a souffert de problèmes cardiaques sans que les autorités comoriennes aient levé le petit doigt. On nous signale quelques gestes individuels isolés ici ou là, de la part notamment de certains grands rapaces, mais à quoi servent-ils quand on sait que notre État, cette institution morale, bien commun, est resté comme à son accoutumée, muet ?

Les plus petits, ceux contre lesquels les autorités de la nation agissent, dépourvus et altérés à trépas, se sont mobilisés pour sauver, ou du moins essayer de sauver cette petite fille, vieille, très vieille, de deux ans seulement.

Sous le soleil de Mutsamudu, alors qu’elle lutte contre les sarcasmes de la mort, Zoubeda pensa à l’hypocrisie et à l’irresponsabilité de l’homme. Avant de partir, elle aura fait preuve de bravoure, elle qui s’est attachée courageusement à la vie sans jamais vouloir céder. Hélas, la mort a fini par s’imposer en ce jour amère de juillet 2017. Te voilà partie, te voilà immortelle. Ton histoire restera à jamais l’emblème de l’immaturité de nos dirigeants.

Si j’avais été au gouvernement comorien en ce jour, je l’aurais quitté. Quel est le sens de l’action politique quand on laisse un enfant de 2, 4 ou 6 ans périr, alors qu’on a la possibilité de le sauver ? Honte à vous qui prétendez présider au destin de ce pays meurtri, fragilisé et mis à mal.

Mais ce pays est gouverné par des sinistres personnes sans scrupules qui s’accrocheront à leur infâmes privilèges à mesure qu’il leur sera encore possible de sévir. Plus il y aura des sacrifiés, plus ils s’en valoriseront, à croire que leur orgueil n’a d’égal que leurs propres bêtises et inepties.

Zoubeda, ma fille, je t’imagine au paradis traversant les cieux et brandissant le drapeau noir de ces milliers d’individus morts par la faute de l’État. Quand tu croiseras cette sœur, dont le nom gagne à être tu tant son sort fut aussi des plus durs, celle qui, en plein accouchement a du abandonner pour une coupure routinière de courant, formez le groupe des martyrs et allez briser leur sommeil profond. Ne soyez pour eux que cauchemars et dites à ceux, nombreux qui vous suivront, que vous êtes les énièmes victimes d’un système calamiteux incarné par des individus piteux.

Quoi pour sécher mes larmes de père ? Je n’ai d’yeux que pour pleurer en ces moments d’insomnie et de doute. Lorsque par le deuil, les mots, telles les nuages se dispersent, l’on se demande quoi faire pour décrire sa souffrance. Alors on chante, on danse comme pour oublier, écarter ces souvenirs trop présents, trop persistants.

Tout à coup, l’on se souvient qu’en fait, le départ de Zoubeda aurait peut-être pu être évité. À la frontière entre la vie et la mort, elle a d’abord vu l’espoir, quand soudain, la lueur s’est dissipée sous ses yeux d’enfant impuissant et innocent.

Alors pour Zoubeda et pour les autres Zoubeda anonymes ou en devenir, ne restons pas silencieux. Faisons du bruit pour ces innombrables sans voix. Pour ces enfants nôtres disons nos inquiétudes et nos maux. Chassons ces démons qui nous hantent, c’est là une priorité absolue. En attendant, face à ce temps qui coule et amnésique, au milieu de tous ces brouhahas aux confins des tourmentes, dans un monde en pleine turpitude au sein d’un pays qui se cherche, je vous demande de ne pas oublier Zoubeda, symbole malgré elle d’un État mortifère et d’une humanité agonisante.

Lettre ouverte au Président de la République…

Paris, le 04 juin 2017

Lettre ouverte au président de la République française.

Son excellence M. Emmanuel Macron.

 

130 ans d’histoire unissent les peuples français et comorien. Une histoire faite de soubresOmarMirali2auts, d’aléas, de douleurs qui, malgré tout, n’ont fait que renforcer les liens de solidarité, d’amitié et de proximité entre la France et les Comores.

Cependant, en 1995, Edouard Balladur instaurait le tristement célèbre visa qui porte son nom entre Mayotte et le reste de l’archipel des Comores. Dès lors, le peuple comorien a été morcelé, des familles entières sont divisées. Et c’est bien dans ce contexte de rupture forcée, que les Comoriens se rendent, au péril de leur âme, à Mayotte. En 2012, année la plus noire de l’histoire de ces familles forcées au départ, les Comoriens ont pleuré 138 morts et disparus. Depuis, le nombre de morts entre Anjouan et Mayotte n’a cessé d’augmenter sous nos yeux impuissants.

A la mémoire de ces milliers de morts depuis l’instauration du visa Balladur, vous déclarez: «Le kwasa-kwasa pêche peu, il amène du Comorien.» Ces propos regrettables salissent notre histoire commune, et à vrai dire, vous déshonorent. Le Comorien n’est pas un vulgaire poisson à pêcher à bord d’un kwasa-kwasa.

Le Comorien est le descendant du sultan Saïd Ali, lui qui, à la veille même de sa propre mort, exhortait encore son peuple à combattre aux côtés de la France en pleine première guerre mondiale. Le Comorien est celui avec qui, vous et vos prédécesseurs vous êtes liés le 29 avril 1987 par les accords de coopération monétaire. Le Comorien est aussi celui qui a su revendiquer ses droits sur Mayotte en faisant condamner la France par une vingtaine de résolutions de l’ONU, notamment pour violation du droit international. Enfin, le comorien est celui qui sert dignement la République française. Il est médecin, avocat, cadre supérieur, artiste…Je ne vous citerai pas Soprano, Rhoff, Sultan et les autres qui portent haut et fort les couleurs de nos deux pays et de la langue française. Je ne vous parlerai que de moi qui suis enseignant en France. J’inculque les valeurs de la République française aux plus jeunes de ce pays, des valeurs d’égalité, de solidarité et de fraternité. Suis-je moi aussi un simple poisson pêché dans l’Océan Indien?

Vous qui êtes entré dans l’histoire en devenant avec Napoléon Bonaparte notamment, l’un des plus jeunes présidents de France et du monde, vous qui avez axé votre campagne présidentielle autour des valeurs d’union, vous ne pouvez pas rester insensible au désarroi du peuple comorien ami. Ce peuple ami aujourd’hui blessé et vexé par votre déclaration, vous demande de retirer vos propos et de présenter vos excuses à la nation comorienne avec laquelle la France est liée par l’histoire et partage les mêmes valeurs.

Omar MIRALI, enseignant