Opinion

L’honneur perdu du colonel Azali

Azali-Assoumani_0Puisque pendant cette période électorale, certains patriotes, semblent être devenus amnésiques et prétendent que tout patriote devrait être aujourd’hui derrière la candidature du colonel Azali Assoumani, il paraît important de rappeler quelques faits qui montrent que cet homme a déjà été jugé et condamné par l’histoire. Le colonel Azali Assoumani a définitivement perdu son honneur en tant que militaire, en tant que musulman, en tant que chef de parti et en tant que Président de la République.

  1. L’exposition du cadavre d’Apache (1992)

En septembre 1992, c’est le chef de bataillon Azali Assoumani qui donne l’ordre d’attaquer au lance rocket un ancien militaire français d’origine comorienne, Ahmed Abdallah dit Apache, originaire de Foumbouni, accusé de tentative de coup d’État, réfugié dans une maison. Après l’assaut, le corps d’Apache est sorti des décombres, posé sur le capot d’un véhicule militaire pour faire le tour de Moroni. Passons sur les aspects militaires de cette affaire, bien que certains aient affirmé que l’homme était pris et qu’il n’y avait pas besoin de le tuer. Mais, comment un musulman peut-il accepter l’exposition du cadavre d’un être humain ? Le chef de bataillon Azali Assoumani l’a accepté. Pourtant, même Bob Denard après l’assassinat d’Ali Soilihi a enveloppé le corps de celui-ci et est allé personnellement le remettre à sa famille.

  1. La fuite à l’Ambassade de France (1995)

Trois ans plus tard, le colonel Azali, alors chef d’Etat-major devait montrer ses capacités physiques lors d’un coup d’État contre les Comores. Au lieu de cela, il a fuit laissant des lieutenants sous le feu des mercenaires.

En effet, en septembre 1995, la France a décidé de se débarrasser du Président Djohar et elle envoie Bob Denard et ses hommes. Tandis que des jeunes lieutenants résistent au débarquement des mercenaires, le colonel Azali n’a rien trouvé de mieux que d’aller se cacher à l’Ambassade de France, c’est-à-dire le pays qui a envoyé les mercenaires. Et c’est cet homme, qui a montré à ce moment là où étaient ses intérêts que certains veulent donner le titre de patriote. On aura tout vu dans ce pays.

  1. Les exactions contre les Anjouanais

En avril 1999, des éléments contrôlés poussent des Anjouanais (certains jouent le jeu parfaitement préparé) vers le port de Moroni pour un départ vers Anjouan. D’autres sont pris à partie, humiliés dans la capitale. Dans quel but ? Celui de créer les conditions pour une prise du pouvoir par le colonel Azali. Le Premier Ministre, feu Abbas Djoussouf a raconté après le coup d’État de 1999 qu’il a appelé le chef d’Etat-major Azali Assoumani devant l’Ambassadeur de France pour lui demander de faire cesser ces exactions. Il a tout simplement refusé. Plus tard, ses partisans développeront la thèse de l’interposition de l’armée pour éviter la catastrophe, mais tout indique que le chahut a été crée contre les Anjouanais afin de justifier le coup d’État.

  1. Le putschiste

Le 29 avril 1999, c’est le même colonel Azali Assoumani qui prend les armes contre la République, déjà affaiblie par le séparatisme. Il n’hésite pas à marcher sur la Constitution du pays et à suspendre toutes les institutions. Il promet qu’au bout d’un an, il remet tout en place et retourne dans sa caserne. Mensonge ! Au bout d’un an, il a amplifié la crise séparatiste et n’a pas voulu quitter le pouvoir, mais au contraire a tout organisé pour y rester.

  1. La collaboration avec les séparatistes

Alors qu’il a présenté son coup d’État comme la solution qui devait résoudre la crise séparatiste, le colonel Azali l’a renforcée en appuyant à coup de mallettes d’argent le régime de Mohamed Bacar qui était moribond après plusieurs mois d’un embargo décidé par l’Union africaine.

  1. Le déni de justice

Le régime du colonel Azali s’est caractérisé par l’absence de justice. Un exemple reste dans la mémoire collective : la destruction des maisons de certains particuliers (alors que celles des proches du régime n’étaient pas touchées) sans aucune forme de jugement.

  1. Le déni du droit de vote de la diaspora

Dès le coup d’État de 1999, la diaspora dans sa grande majorité a rejeté le régime du colonel Azali. Lorsque celui-ci s’est rendu en France pour une opération de séduction, les Marseillais l’ont chassé de la salle et il a dû se contenter des notables pour s’adresser aux Parisiens. Le colonel a fait payer à la diaspora cette recherche de la démocratie puisqu’il va s’opposer à la mise en place concrète du vote de la diaspora telle qu’il se trouvait inscrit dans la loi électorale de 2005.

  1. La question de Mayotte

Pour qui suit l’évolution de la question de Mayotte, la période de la présidence Azali est celle qui a posé les bases de la départementalisation qui allait se réaliser sous la présidence d’Ahmed Sambi en 2009. Le pacte fait avec la diplomatie française de ne plus évoquer la question de Mayotte a permis à celle-ci de préparer tranquillement le référendum sur Mayotte dès 2002.

  1. La trahison de ces lieutenants

Le colonel Azali a également perdu son honneur en faisant un pacte avec Sambi pour se protéger alors que ce dernier envoyait en prison tous les collaborateurs du colonel pour décapiter l’opposition en 2007. Et effectivement, pendant toute la période de la présidence Sambi, Azali restera silencieux et n’aura aucune compassion pour aucun de ses compagnons arrêtés par Sambi.

  1. Le putsch dans son propre parti par refus de la démocratie

Alors qu’il avait disparu de la scène politique, laissant Houmed Msaidié structurer et maintenir le parti comme principal parti d’opposition à Sambi, à l’approche des primaires de Ngazidja, le colonel Azali revient dans le parti, fait un putsch (il n’a pas perdu ses mauvaises habitudes) et s’impose comme candidat naturel car il savait qu’il allait perdre dans des primaires organisées d’une manière démocratique comme l’avait prévu le SG de l’époque.

 

Et c’est cet homme là que certains voudraient nous présenter comme un Républicain, un homme qui a déjà pris les armes contre la République, un homme qui a perdu son honneur en fuyant alors que son pays était attaqué. Ce sera sans moi. Que chacun défende son poulain mais que certains n’essayent pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Mahmoud Ibrahime

 

Ouverture de la campagne du 2e tour. Le camp de Mamadou a fait une démonstration de force

Les campagnes du deuxième tour pour le double scrutin du 10 avril  ont été ouvertes ce jeudi 17. Pour l’occasion l’UPDC,  les candidats et  les partis alliés se trouvaient à Anjouan pour leur premier grand meeting. Organisé à Mutsamudu au Gymnase de Misiri,  ce meeting a été un réconfort pour Mohamed Ali Soilihi et ses colistiers et sans conteste un moment de désespoir pour leurs adversaires.

C’es dans une atmosphère très chaleureuse que le camp au pouvoir a été reçu à Mutsamudu à l’occasion de l’organisation de son premier grand meeting. Avec un stade plein de monde,  les organisateurs estiment à 5000 personnes les participants. Mamadou et ses colistiers ont découvert leur popularité dans l’île. On trouvait entre autres les jeunes, les mamans, les grands notables et en  grande partie, les cadres et les candidats malheureux anjouanais ou autres,  tous mobilisés derrière Mamadou, ses colistiers et Anissi Chamsidine, candidat de l’UPDC au gouvernorat d’Anjouan.

Le message a été clairement reçu : le camp de Mamadou a aussi sa grande place auprès des Anjouanais. Il faut savoir que cette accueil chaleureux n’était qu’une suite de la journée du mercredi qui était le jour d’arrivée des délégations spéciales sur l’Ile d’Anjouan.
Cette atmosphère  n’a pas plu aux deux autres candidats en concurrence avec Mamadou.  La preuve en  est que lorsque les gens ont commencé à se rendre sur le lieu du meeting, ils ont trouvé des arbres coupés et des cailloux jetés dans les rues, en particulier près de Sima ville.

Ces actes barbares sont aussi des actes de désespoir et de faiblesse. Et ce parce qu’un accord protocolaire a été signé le 15 mars par les candidats eux-mêmes
visant à assurer la sécurisation du processus électoral. Ce qui a permis l’ouverture des campagnes. On parle de désespoir  car au lieu de se contenter d’ouvrir eux aussi leurs meetings, ils tentent de saboter celui de leur adversaire. Mais, ils n’ont pas réussi à nuire parce que ces actes de nuisance ne se sont produits que dans la circonscription des vices présidents Moustadrane et Mohamed Djaffar, respectivement  VP d’Azali Assoumani et de Mouigni Baraka Saïd Soilih.

Après le meeting, une conférence de presse entre les candidats  et les étudiants d’Anjouan a été organisée dans le centre universitaire de Patsy. Bien qu’elle soit politique, par cette conférence le candidat Mamadou voulait encore une fois faire une démonstration envers les étudiants après celle qu’il a faite en 2013 dans ce même endroit, sachant que la jeunesse demeure son souci numéro un.

Dhouria Abdou

 

Elections aux Comores : La Cour Constitutionnelle a parlé

MamadAnjLa plus haute juridiction du pays a parlé. Aucun recours n’est possible. La Cour Constitutionnelle des Comores a confirmé l’ordre des candidats arrivés en tête des primaires des élections présidentielles aux Comores : Mohamed Ali Soilihi (Mamadou), Mouigni Baraka et Azali Assoumani. Elle a également confirmé les deux candidats arrivés en tête du premier tour des élections des gouverneurs  dans chaque île : Ahamada Moussa (Aby) et Hassani Ahamada à la Grande-Comore, Abdou Salami Abdou et Anissi Chamsidine à Anjouan et Mohamed Said Fazul et Mme Hadidja Aboubacar à Mwali.

Les partisans du candidat arrivé en quatrième position, Fahmi Saïd Ibrahim, demeurent donc dans la déception et l’expectative depuis l’annonce des résultats provisoires par la CENI.

La question qui reste maintenant pour eux est celle-ci : vont-ils continuer à défier l’autorité de l’Etat dans les rues ou après que toutes les instances électorales (CEI, CENI, Cour Constitutionnelle) se soient prononcées, ils vont se rallier à l’un des trois candidats encore en lice ?

La tentation est grande pour la mouvance du parti Juwa et les soutiens de dernière heure de l’ex-leader du PEC de prolonger le combat électoral par un combat dans la rue d’autant qu’il a réussi à rallier un nombre important de petits candidats dont l’honneur a été bafouillée par leurs résultats. Mais malheureusement pour lui, le mouvement qui se dit populaire n’arrive pas à prendre forme : une centaine de manifestants au lendemain de l’annonce des résultats provisoires, un appel à un « archipel mort » qui n’a pas rencontré d’écho significatif, y compris dans le fief de Sambi à Moroni, une occupation de la Place Badjanani qui n’a réuni que quelques dizaines de personnes, et même une manifestation au Trocadero qui selon certains témoins n’a réuni au plus qu’une centaine de personnes. Il est donc difficile pour Fahmi Said Ibrahim et ses partisans de mettre la pression sur le gouvernement.

Il se pourrait donc que le parti Juwa prenne conscience d’une possibilité de disparition ou d’éclatement et engage des discussions avec ses adversaires d’hier d’autant que les trois qualifiés pour l’élection présidentielle ont déjà commencé à lorgner sur l’électorat sambiste à Moroni et à Anjouan.

On n’a donc vu les candidats arrivés en seconde et en troisième place suivre le mouvement des candidats contestataires sans vraiment le suivre. Ainsi, il y a quelques jours le candidat Azali Assoumani (arrivé 3e) a suivi la réunion des candidats contestataires au domicile de Saïd Ali Kemal, puis a disparu lors de la manifestation. Il était avec la contestation quelques heures avant l’annonce des résultats par la Cour Constitutionnelle, mais il s’est démarqué des propos belliqueux du candidat de Juwa (« ye sukari yika iheya mbapvi » dit-il de Fahmi Said Ibrahim).

Quant à Mouigni Baraka (arrivé 2e), il a soufflé le chaud et le froid, acceptant les résultats provisoires puis définitifs, mais envoyant quand même son VP, Ibrahim Mzimba dans les réunions des contestataires.

Il est certain que le mouvement de contestation n’a pas pris de l’importance, car outre la fermeté du gouvernement, Mouigni Baraka et Azali Assoumani n’ont pas appelé leurs militants à descendre dans les rues pour contester les résultats des élections.

Qui des deux candidats arrivés second et troisième gagnera dans ce jeu à vouloir ménager le choux et la chèvre pour capter l’électorat sambiste ? Peut-être celui qui est arrivé premier.

En effet, Mohamed Ali Soilihi (Mamadou) qui une différence de deux points avec le deuxième, a refusé d’entrer dans les polémiques, attendant tranquillement les résultats de la Cour Constitutionnelle. Il a profité de ce temps pour négocier surtout avec ceux qui, parmi les perdants, ont montré une capacité à capter les suffrages de leur région (Said Larifou et Hamidou Bourhane, arrivés 5e et 6e). Son allié à Anjouan, Anissi Chamsidine (UPDC), challenger du candidat de Juwa arrivé en tête du premier tour des élections au gouvernorat, est également entré dans les négociations avec ceux qui ont été éliminés. Son objectif étant de profiter du fait que le parti Juwa a toujours des difficultés à rassembler les partis et les candidats au deuxième tour, pour conserver son fauteuil de gouverneur le 10 avril prochain.

Mahmoud Ibrahime

 

Ghizza de Faïza Soulé. Une quête intimiste

Livre

Ghizza de Faïza Soulé. Une quête intimiste

 

Couv_ghizza1Ghizza est un roman aux accents de journal intime. Il débute sur un compte à rebours devant aboutir à la réappropriation d’une identité perdue, au sens propre comme au sens figuré. Il met en scène les divagations de l’âme d’une narratrice exclusivement absente de sa propre existence et pourtant ou par conséquent, totalement pleine dans sa tête où ses idées bourdonnent sans cesse. Elle broie du noir.

A travers une plume logorrhéique, Faïza Soulé Youssouf retrace le soliloque d’une narratrice qui se débat, dans sa tête, contre les fantômes d’une histoire personnelle à écrire.

Le récit de cette jeune femme se nommant elle-même « La sans-nom » entraîne le lecteur dans une intimité faite d’interrogations, de sensations, de perceptions et d’angoisses. Au fil des pages, il suit la quête identitaire de cette narratrice qui, happée par une amnésie passagère, demeure une âme en peine, aussi errante et paradoxalement figée que les morts qu’elle visite sans cesse dans les cimetières.

L’intimité d’une voix

Dans cette traversée du néant, l’auteure propose une autre façon de décrire en contexte comorien francophone. En effet, cette plongée dans les tréfonds des doutes d’une narratrice qui prend pleinement possession de sa narration mène à la rencontre de personnages plastiques cloisonnés dans une posture ou une autre, renouvelant les ambivalences des êtres. Et par des effets de miroirs opposés, l’auteure nous offre une scène de désamour ultime, brillamment orchestrée en déroulant sous nos yeux, l’un des face à face les plus remarquables et les plus violents entre une mère et sa fille.

Besoin de se dire sans se dévoiler, conserver le mystère et la féminité comme duo indissociable, la trame de cette apparente semi-fiction questionne le lecteur, mais davantage la narratrice elle-même. En effet, dans sa quête vers une harmonisation de ses deux mondes, la voix « sans nom », construit une trajectoire qui la mène à sa propre rencontre. Pour le lecteur, le mystère de la nuit est maintenu, celui du personnage aussi. Il n’a nulle place dans l’intimité de cette voix, encore moins dans sa vie. Or Ghizza propose un cheminement dans l’intimité fragile d’une narratrice qui se sent étouffée. Le roman ne raconte pas une histoire. Il ne s’agit pas du récit d’une vie, ni des réalités d’un personnage, mais bien d’une intrusion, d’une immersion dans les perceptions et les sentiments d’une voix, monocorde et souvent discordante.

 

Une réappropriation du corps

Le lecteur n’apprendra rien de plus, rien de moins que les pérégrinations mentales d’une voix qui file le long des pages sans se soucier de qui elle charrie sur son passage. L’œuvre se profile ainsi en une sorte de « déclamation instinctive » (Ntsindami Sadani, « Youhou les poètes » in Nouvelles écritures comoriennes, Komédit) d’une liberté à disputer. A qui ? A conquérir, comment ? Au lecteur de se faire son idée. Une chose est claire, cette liberté de l’être passe en premier lieu, selon cette voix « sans nom », par la réappropriation du corps. Conquérir son corps par la certitude de la toute possession, c’est conquérir la coque dans laquelle la voix pourra se poser et former le tout manquant à cette narratrice de pensées. Ainsi, celle-ci emprunte un topos féminin de la quête du sens par la quête du soi : s’offrir à un inconnu pour se réapproprier son propre corps. Maintes jeunes femmes ont hurlé face à l’impossibilité de vivre pleinement un amour interdit « Si je ne peux m’unir à toi, alors je t’offre mon corps et ce que j’ai de plus précieux, cet hymen tant convoité », ou encore face à la certitude du mariage forcé « Je donnerai mon corps au premier venu, mon corps m’appartient ». A ce sujet, cette voix ne fait pas figure d’exception. Au contraire, elle met à exécution un projet qui souvent, reste à l’état d’expression de la colère. Ici, la narratrice conditionne chaque fait à la réalisation de cet acte de dépucelage à venir. Il sonne même le début de sa quête. Après s’être offerte sur la plage, nul interdit ne peut plus être transgressé. Car cet acte se veut l’apothéose de la scène érotique tant racontée par d’autres auteures comme Zoé Valdès dans Le néant quotidien (Actes Sud) ou mieux encore et sans équivoque par Françoise Rey, La femme de papier (. Les femmes permettent d’accéder à la description du plaisir charnel à l’état brut. Cependant cette entrée en matière de Faïza Soulé Youssouf ne nivelle pas  le plaisir ce qui rompt la sensualité recherchée. Le raccord de ces deux corps, deux inconnus, deux sexes qui se touchent, deux langues qui se cherchent et la communion fortuite de tout cet ensemble laisse quelque peu dubitatif. Scène réelle ou fantasme, ce coït-dépucelage au bord de la mer, sur une plage déserte, sous le soleil couchant, avec un Apollon aux gestes si précis qu’ils provoquent l’orgasme, a toutes les allures d’un cliché carte postale, sorti d’un film.

 

L’écriture du « Je »

Cette écriture du monologue intérieur plait ou non. Pour les amateurs de récit, d’histoires et de péripéties, la lecture de Ghizza pourra laisser sur leur faim, l’estomac, et même l’esprit. En effet, la grande question est « Dans quel intérêt ? » Pourquoi ce monologue et quel était le but ? Aux plus partisans d’un art ou d’une littérature qui a du sens, refermez le livre et passer votre chemin. Nous recherchons une universalité dans les mots et espérons rencontrer, au détour d’une œuvre, des personnages qui nous parlent car ils nous ressemblent. Ce n’est pas le cas ici, loin s’en faut. Et cette voix qui soliloque répondrait comme elle le fait si bien « Je n’en n’ai cure ». Et il est vrai qu’elle n’en a cure car si universalité du sens il y a, ou bien si texte il y a, ce n’est que dans la conception individuelle de l’écriture en tant que thérapie. Par le récit de soi, Nathalie Sarraute le disait très bien « Tu veux évoquer tes souvenirs. » (Enfance, Gallimard) ; Rousseau l’écrivait «  Je fais une œuvre qui n’eut jamais d’exemple… » (Les confessions) car l’écriture du « je » est une thérapie unique et individuelle. L’écriture permet de guérir et si cette voix ne s’arrête pas sur l’opinion du lecteur, c’est qu’à travers son soliloque lancinant par ses retours frénétiques, elle procède à sa propre cure.

Et en ce sens, le texte marque une certaine nouveauté dans l’espace littéraire comorien. En effet, la plupart des œuvres constituant la littérature comorienne d’expression française mettent une pointe d’honneur à construire un cadre, à affirmer et revendiquer le lieu source. Celui-ci est généralement, l’archipel des Comores. Ici, pas de décor, pas de description mais un étiquetage : une chambre, une maison, une bonne, un homme riche de quinze ans son aîné conduisant une petite voiture bleue. Pas de contexte : un lieu identifié par touches, sans nom lui aussi « Je vois aussi des petits en haillons, le ventre ballonné, mais qui s’amusent malgré tout » (p.126), une île, une medina, des cimetières. Le tout s’apparenterait à Moroni, capitale où vit l’auteure. Mais alors, il s’agirait d’une Moroni camouflée sous de multiples voiles afin de pouvoir être niée si découverte. Deux sociétés se fondent dans l’imaginaire de cette voix sans nom.

 

Une quête inachevée

Pour ma part, en tant que lectrice, si cette œuvre n’a pas honoré mon horizon d’attente, elle a du moins éveiller ma curiosité littéraire en questionnant le genre, le style et l’effet.

Comme dans la majorité des œuvres de la littérature comorienne francophone, la quête reste inachevée. Malgré toutes ses aspirations, toutes ses revendications et tous ses sursauts, la narratrice ne parvient à se réaliser qu’en surface. Elle courait après son identité, cherchait à renouer avec une histoire voilée ; elle ne trouve qu’un prénom qui l’enferme davantage dans une histoire conditionnée. Et pour exister par elle-même, ne lui reste que la nécessité de tirer un trait sur son passé par un adieu définitif à celui qu’elle prenait pour son père. Or son courage n’ira pas plus loin, elle se contentera de vouloir faire sans faire. En témoigne la chute qui laisse perplexe et rend caduque sa tentative de libération. Si la voix réussit à trouver un corps en retrouvant un nom, si la quête du sens lui a permis d’aboutir à la quête de soi, par la libération d’un « moi » prisonnier d’une histoire ne lui appartenant pas, nous restons sur notre faim quant à la touche finale. Comme une clôture se voulant éclatante, la narratrice dit son départ et précise qu’elle empruntera pour cela le boutre de celui qui n’était finalement pas son père. Pire encore, les derniers mots devant sceller sa rupture et annoncer sa liberté retrouvée ne sont pas écrits par elle mais par ce personnage sans grande consistance non plus qu’est Jacob, si tant est que celui-ci le fasse. Ainsi, la rupture et donc la fin renvoie au début, une voix sans nom qui cherche à se libérer d’un corps étranger, un corps qu’elle ne s’approprie que dans la solitude de sa nudité, sur un lit, au milieu d’une chambre.

Thoueybat Djoumbe

Pour commander le livre chez l’éditeur : http://www.editions-coelacanthe.com/PBSCCatalog.asp?ItmID=18758570

 

Les Comores choisissent l’Arabie Saoudite

Saoudite-IranEntre l’Arabie Saoudite et l’Iran, le président Ikililou Dhoinine a choisi la première. Après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, suite à l’attaque et à la destruction de l’Ambassade d’Arabie Saoudite à Téhéran, le président comorien a décidé le rappel de l’Ambassadeur des Comores en Iran.

Depuis cette décision, on lit ici et là, de la part ceux-là même qui pendant cinq ans n’ont cessé de critiquer l’inaction et la versatilité du président comorien, des paroles sévères en son encontre. Selon ses adversaires politiques ou certains observateurs de la vie politique, le président Ikililou devrait maintenir son pays dans une sorte de neutralité diplomatique, ni Arabie Saoudite, ni Iran. D’autres franchissent le pas, l’accusant d’avoir pris cette décision à cause de l’aide économique de l’Arabie Saoudite.

Les Comores sont-elles devenues les Suisses de l’Océan Indien ? Sont-elles devenues une petite Normandie africaine ? Depuis quand ?

L’échec du mouvement des non-alignés a montré qu’une neutralité diplomatique est une position peu tenable dans le monde d’aujourd’hui. Le président Ikililou a raison de choisir. Un homme politique, encore plus un président de la République est là pour prendre des décisions et non pour tergiverser sur des grandes questions qui engagent son pays. Or personne ne peut dire que l’affrontement entre ces deux pays ne concerne pas les Comores, pays de la Ligue Arabe et sunnite. Il suffirait de citer la création le 29 mars 2015 de la force armée créée par les 29 pays de la Ligue arabe dont plusieurs observateurs ont montré que l’objectif de cette armée est de stopper les visées iraniennes dans certains pays arabes.

Ce n’est pas la première fois que la diplomatie comorienne fait un choix claire et net. Elle a depuis longtemps pris position pour la Chine sur la question de Taiwan alors que les grandes puissances comme les Etats-Unis s’opposent à celle-ci. Dans le conflit au Sahara occidental, les Comores ont toujours soutenu le Maroc, face à la Mauritanie et à l’Algérie.

Pourquoi dans le conflit opposant l’Arabie Saoudite à l’Iran le président de la République ne peut pas dire que nos intérêts politiques, vitaux et même économiques nous recommandent d’être du côté de l’Arabie Saoudite ?

Pourquoi, lorsque le Président Sambi a fait venir aux Comores le président iranien et plusieurs ONG iraniennes qui aident les Comoriens dans divers domaines (éducation, santé, économie…), les mêmes observateurs n’ont pas jugé que le pays ne devait pas prendre position pour l’Iran ?

Les Comoriens ont élu le président Ikililou, après le président Sambi. Le Président de la République est véritablement celui qui conduit la diplomatie comorienne en ayant une vision de l’intérêt général. On peut ne pas être en phase avec ses choix, mais on ne peut pas lui reprocher de rompre avec l’indécision et sûrement pas de fixer son pays dans un camp.

Mahmoud Ibrahime

 

Les mystères de la politique comorienne

logoRadhinouveauLes mystères de la politique comorienne. Cela fait plusieurs semaines que je m’interroge sur le fait que le parti gouvernemental (UPDC) n’a aucune représentation en France. Avec tous les moyens dont dispose ce parti, il n’a jamais pensé à se structurer. Comment un homme aussi intelligent que Youssouf Boina, son secrétaire Général, a-t-il pu autant minimiser la force de la diaspora pour un parti politique, surtout à l’approche d’élections majeures.

En regardant de plus près, je me suis aperçu qu’aucun des grands partis comoriens n’est vraiment structuré en France, mise à part le parti RADHI de Houmed Msaidie​. Juwa qui était bien parti n’a pas de véritable direction en France (si je ne m’abuse).

Mais, cela n’a pas toujours été ainsi. Je me souviens que dans les années 1990 et au début des années 2000, lorsque nous combattions le séparatisme, nous, associatifs, nous savions que nous pouvions compter sur des responsables de certains partis comme le FD (le mieux organisé et comptant le plus de militants, aguerris), Shuma, PCDP, MDP-NGDC…

L’absence de partis dans la diaspora en France a des conséquences, au moment où nous allons vers la campagne électorale. L’UPDC n’ayant aucune représentation en France, les Comités de soutien à Mamadou se multiplient et s’inventent des liens plus ou moins imaginaires avec le futur président de la République ou la future Première Dame. Chacun de ces comités se prétend être le seul représentatif et celui qui aurait l’aval des quatre candidats, même si, on le sait, aucun n’a vraiment désigné un responsable de la campagne de Mohamed Ali Soilihi en France. Malgré cela, des groupements de gens sérieux se réunissent dans des appartements tous les week-ends pour préparer la campagne de Mamadou. C’est une chance pour ce candidat, mais chacun a pu constater la cacophonie qui existe et qui n’aurait pu s’installer si l’UPDC avait une direction en France.

Au sein de ma propre formation politique (RADHI, au cas où certains l’aurait oublié), j’ai même entendu des militants nous dire : « Laissons le parti pour le moment, faisons la campagne de Mamadou car c’est lui qui sera président et le parti on verra plus tard. » Il y a quelques semaines, les mêmes militants affirmaient, sous les applaudissements de dizaines d’autres, dans les réunions du parti, qu’ils étaient prêts à faire des crédits pour la campagne de leur leader, Houmed Msaidié.

Malgré les gesticulations des uns et des autres, malgré les coups de certains dirigeants d’un certain Comité de soutien qui voudrait soumettre à leurs volontés le parti RADHI, le seul parti comorien structuré en France sera bien présent en tant que parti dans la campagne qui s’annonce. Ses dirigeants et ses cadres n’ont jamais pensé à se fondre dans des comités de soutien alors qu’ils savent pouvoir compter sur une force et une expérience dans la communication : le parti RADHI.

Mahmoud Ibrahime

Livres. Chroniques d’un Comorien ordinaire

Mladjao_couvintL’habit ne fait pas le moine. S’il est un adage qui irait bien à l’ouvrage de Anlym Mladjao, c’est bien celui-là, car si l’on se fiait à la seule couverture du livre, on serait en droit d’espérer ou de craindre un délire égocentrique étalé sur une centaine de pages.
Ceux qui espéraient que le livre soit l’appendice de ses interventions musclées dans les réseaux sociaux ont été déçus. Tant mieux ! Ici, le verbe est doux, presque féminin. Il vous prend par la main et se déploie avec la langueur des écrivants d’autrefois.
Ce texte aurait pu avoir comme titre « chroniques d’un comorien ordinaire ». Ce qu’il dit, nous l’avons entendu de bouche à oreille, d’homme à homme dans le cercle familial. Il y a de l’intime dans ce récit et des blessures évoquées sans pathos. On y parle bien évidemment de la migration, de la rencontre de l’Autre et du besoin de se trouver un point d’équilibre entre tradition et modernité. Le tout est traversé d’une colère retenue.
Par moments, certaines séquences ont des airs de monographie. C’est là une facette intéressante du livre mais hélas ce potentiel là est insuffisamment exploité. Plutôt que d’aller au bout de sa logique descriptive, l’auteur fait des excursions vers l’essai et l’analyse des contextes socio-politiques qu’il traverse. Ce faisant, il en arrive à manier des concepts qui demandent un développement plus conséquent que ce qu’il propose. D’où une double frustration chez le lecteur due à l’amputation du récit dans son déploiement et du caractère succinct – parfois léger – de l’analyse proposée.
Cependant, même si le mélange -audacieux- des genres “autobiographie” et “essai” peine à trouver un équilibre heureux, l’expérience de lecture est agréable du fait de la sobriété du style . Cela crée une attente quant au second texte de l’auteur. Une fiction nous dit-il.
Si le style d’écriture reste le même, il comblera certains lecteurs comoriens (pour ne parler que d’eux) qui pourfendent régulièrement le côté abscons des textes fictionnels ou poétiques qui leur sont proposés.
Reste à trouver le sujet. En dehors de lui, en dehors de sa personne. Reste à laisser l’imagination prendre le pouvoir.
Oluren Fekre
Mladjaou Abdoul Anlym, Rentre ou ferme-la, Editions Coelacanthe, septembre 2015, 167p., 15€
A commander sur http://www.editions-coelacanthe.com/PBSCCatalog.asp?ItmID=18153932