Opinion

40 ans d’indépendance sur fond de crise politique et économique

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d'indépendance le 6 juillet 1975

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d’indépendance le 6 juillet 1975

En 1945, le réveil nationaliste des peuples colonisés d’Asie et d’Afrique sonne le glas des empires coloniaux. Par vagues, pendant une vingtaine d’années, dans la paix ou au terme de conflits, naissent de nouveaux Etats en Afrique et en Asie.

Protectorat proclamé en 1886, colonie française rattachée à Madagascar de 1912 à 1946, puis territoire d’outre-mer en 1946, les Comores n’accèdent à l’indépendance qu’en 1975,  mais en étant amputées de l’île de Mayotte.

Said Mohamed Cheik, acteur principal de l’autonomie interne, voyait l’importance de l’indépendance. Il a voulu passer par une phase préparatoire avant d’engager la population comorienne dans une aventure incertaine. La déclaration unilatérale d’indépendance du 6 juillet 1975 par Ahmed Abdallah allait modifier les rapports de force sur l’échiquier franco-comorien.

Le référendum de décembre 1974, auquel 65% des Maorais ont répondu « Non » à la proposition d’indépendance, ne fut pas suffisant pour briser l’unité de l’Archipel. Au sein de la classe politique de l’époque, il y a eu une rivalité entre deux hommes de pouvoir : Ahmed Abdallah et Ali Soilihi. Cette rivalité allait renforcer la fracture avec la France, et par contrecoup, renforcer la crédibilité de Marcel Henry auprès du gouvernement français.

En quarante d’indépendance les Comores ont connu plus de dix sept tentatives de coups d’Etat dont trois ont abouti et ont marqué la vie politique comorienne. Cette instabilité politique illustre le manque de consensus au sein de la classe politique comorienne de ce qu’ils ont comme vision pour le pays. Cette division chronique des politiques comoriens sur la manière de diriger l’archipel alimente de fond en comble le poison du séparatisme. Il faut rappeler que sous la présidence de Taki a eu le coup d’Etat sécessionniste dans l’île d’Anjouan le 3 août 1997, il s’agit comble du paradoxe, de l’île dont est originaire le père de l’indépendance Ahmed Abdallah, premier président de la République comorienne. Pour mettre un terme au séparatisme anjouanais, les accords de Fomboni de 2001 ont institué une présidence tournante. L’esprit de ces accords ne va pas dans le sens d’une nation et un peuple indivisible car pour qu’on soit élu président de l’Union des Comores, il faut qu’on soit originaire de l’île à laquelle revient la tournante. C’est un paradoxe car on se définit Comorien que par rapport à son île et non à une nation. Les politiques comoriens pour assouvir leurs appétits du pouvoir ont installé une présidence tournante qui ressemble au gâteau chinois et ils se servent à tour de rôle ; pour eux c’est la paix retrouvée depuis 2001, mais pour le comorien lambda, rien n’a changé de son quotidien : le manque des soins dans les hôpitaux, les retards de paie pour les agents de l’Etat, et la montée inquiétante du chômage des jeunes ne cessent de se dégrader. Sur le plan économique la situation n’est pas rose, les Comores ont des PNB les plus faibles du monde ; la banque mondiale avance le chiffre de 475 dollars par habitant en 1996 ; une économie micro-insulaire à dominante agricole et vivrière, un secteur touristique qui commence à peine à se développer, une quasi-absence de ressources naturelles accentuent la dépendance des Comores aux aides de la France et des subventions de l’Union européenne, de l’ONU et de la Ligue arabe. Du coup le déficit budgétaire étant en perpétuel accroissement, à l’heure actuelle les caisses de l’Etat sont vides car la corruption est à tous les étages de l’administration et la spirale endémique du non paiement des fonctionnaires va de mal en pis ; et la crise de l’énergie plombe l’activité économique et rend le pays de moins en moins attractif. Les Comoriens souffrent en permanence des délestages à répétition et on ne veut pas privatiser la société de l’énergie car c’est une vache à lait pour tous les dirigeants successifs.

Etre libre oui ! Mais vivre durant quarante ans dans la misère et le désespoir, le Comorien lambda ne l’a jamais souhaité.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Professeur certifié d’histoire-géo à Mayotte

Les Comoriens fêtent 40 ans d’indépendance

Tribune Libre

Par Mahmoud Ibrahime, historien

Le drapeau comorien

Le drapeau comorien

40 ans. Les Comoriens fêtent leurs 40 d’indépendance depuis ce week-end. J’ai écouté et lu jusqu’à la nausée tous les mots de mes compatriotes, histoire d’en tirer une vision globale de cet événement aujourd’hui. Certes les avis divergent. Il y a ceux qui parlent avec un grain de nostalgie du temps de la colonisation. Ceux qui disent : les vieux nous avaient prévenu de ne pas encore prendre cette indépendance. Ceux qui sont prêts à se mettre des chaines aux mains et aux pieds et à appeler l’ancien colonisateur venir développer le pays. Ceux qui disent « tsihaba » (« ce n’est pas rien »). Ceux qui disent que le pays n’a pas encore atteint la maturité nécessaire…

Il y a un dénominateur commun à tout ce que j’ai lu : aucun ou presque ne se sent responsable de la situation actuelle du pays. Qu’on ait 20, 30, 40 ou même 50 ans, aucun Comorien (ou presque) ne se sent responsable de la situation actuelle de son pays. Chacun renvoie la responsabilité à une vague entité, difficilement repérable en réalité : ces salopards d’hommes politiques ! Des extra-terrestres venus d’on ne sait quelle planète aider l’ancienne puissance coloniale à empêcher le développement des Comores par les Comoriens !

Si les hommes politiques seuls développent les pays, ça se saurait !

Cette mauvaise foi va jusqu’à affirmer que l’indépendance est inachevée pour justifier l’immobilisme, le fait que plusieurs générations de Comoriens refusent de prendre en mains leur destin.
Même à 40 ans révolus, certains ne se sentent pas comptables de ce qui arrive au pays. Pourtant parmi eux, il y a des fonctionnaires de l’Etat comorien qui, tous les jours, estiment normal d’aller au bureau juste pour voir les amis et discuter, des professeurs conscients de leurs lacunes mais qui ne cherchent pas à s’améliorer et qui peuvent passer une année scolaire sans lire un seul livre, il y a des chefs d’entreprises qui depuis l’autonomie interne ont profité des différents régimes des « Wana hatru » pour ne jamais payer la douane et autres taxes qui pourraient permettre d’aider à la construction du pays, des étudiants ou anciens étudiants sur lesquels l’Etat comorien a investi depuis la primaire jusqu’au bac et qui sont partis à l’étranger faire des études et qui ne sont jamais revenus rembourser ce qu’ils doivent à la nation. Et même des « Je viens » qui de passage au pays estiment qu’on leur doit tout et inventent mille subterfuges pour ne pas respecter les lois du pays. Je n’oublie pas que parmi eux, il y a aussi ceux qui ne font jamais rien pour le pays, mais qui passent leur temps à critiquer et à dévaloriser ceux qui voudraient faire quelque chose.
Alors mon souhait pour les 40 prochaines années serait que chaque Comorien se sente responsable du destin du pays car il n’y a nulle part des gens qui se cachent (ou un messie) et qui viendraient développer le pays à la place de ses enfants. Que chacun de nous se dise qu’il est peut-être responsable de ce qui est arrivé et qui arrivera dans l’avenir.
Je terminerai par une lueur d’espoir, par cette phrase que j’ai piquée sur le mur facebook d’un jeune comorien parmi les plus actifs du pays, un jeune qui n’a même pas 30 ans (je crois), Toimimou Ibrahim​ : « Rien ne vaut la conquête du destin de nos îles, car tout ce qui en découle est le fruit de nos efforts COLLECTIFS et INDIVIDUELS pour faire honneur ou pas à la nation. »

Viva Komoro !

Sambi et ses acolytes veulent marcher sur la Constitution

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Il est du devoir de chaque citoyens comoriens de prendre la dimension du contexte actuel qui risque de nous plonger dans une guerre civile. Les ambitions de l’ex-Rais Ahmed Abdallah Sambi inquiètent et divisent le peuple comorien.

Ceux qui veulent coûte que coûte faire revenir Ahmed Abdallah Sambi au pouvoir 2016, à la place d’un Grand- Comorien, s’appuyent sur des interprétations souvent fallacieuses de notre Constitution.

Les juristes qui soutiennent le projet de l’ex-Rais se basent sur les articles 13 et 14, en les tordant dans tous les sens et sans tenir compte de l’esprit véritable de notre Constitution. Ils pensent que la solution est là, dans ces deux articles. Ils contraignent ceux qui ne sont pas juristes d’apporter leurs points de vue par rapport à la question. Personnellement, je pense que la solution n’est pas seulement juridique.

Revenons un peu en arrière pour comprendre le pourquoi nous sommes arrivés jusqu’à inscrire dans la Constitution ce principe de la présidence tournante.

Le 3 août 1997, quand Anjouan décide de proclamer son indépendance de la République Fédérale Islamique des Comores, personne ne sait encore que la décision qui va plonger l’archipel au bord d’une guerre civile qui a failli commencer en Grande-Comore quand les 26 et 27 avril 1999, des jeunes grand-comoriens ont décidé de demander aux Comoriens vivant à Anjouan de plier bagages pour rentrer dans leur île natale. Nous nous rappelons de Sbata de Bangoi Kuni (paix à son âme), de Leza Massulaha et tant d’autres qui étaient à la tête de ce Mouvement. Mais pourquoi ces jeunes se sont soulevés soudainement contre nos compatriotes anjouanais ?

Parce que, lors de la conférence inter-îles tenue à Tananarivo (Madagascar), du 19 au 23 avril 1999 sous l’égide de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), actuelle UA (Union Africaine) pour tenter de mettre fin à la crise anjouanaise, seulement les dirigeants de la délégation grande-comorienne et mohélienne ont accepté de signer « l’accord » qui crée l’Union des Comores, un futur Etat doté d’une large autonomie des îles. La délégation anjouanaise, quant à elle, a refusé de signer « cet accord » par peur d’être massacrée par ceux qui les attendaient dans l’île rebelle, tellement les tensions étaient si grandes et très violentes.

Les dirigeants politiques anjouanais qui ont pu manipuler la population anjouanaise ne voulaient aucun contact avec Moroni. Ils n’avaient qu’un souhait : la rupture totale d’Anjouan avec les autres îles (Grande-Comore et Mohéli). Ils ont dissout toutes les organisations syndicales parce qu’elles relient les îles par leurs membres dirigeants. Un acte dénoncé le 25 décembre par la Fondation anjouanaise des Droits de l’Homme (FADH) dans un communiqué. La FADH a même demandé aux chefs séparatistes de revenir sur leur décision. Les tensions étaient rudes. La paix était menacée. Le pays risquait une guerre civile. Du 3 au 5 septembre, Mutsamudu « capitale » d’Anjouan a même connu des combats de rues entre séparatistes.

Le 31 décembre,  Le chef séparatiste Abeid critique l’accord d’Antananarivo, qui, affirme-t-il, risque de faire revenir Anjouan « sous l’autorité de Moroni et des Grands Comoriens ».

Des incidents ont opposé, dans la nuit de lundi à mardi 6 février, des manifestants aux forces de l’ordre sur la route menant de l’aéroport de Ouani à Mutsamudu.

Les irréductibles du mouvement séparatiste Abdallah Mohamed, Bagoulam et Saindou Cheik voulaient par cette action empêcher une délégation de l’OUA de se rendre à Anjouan. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ne souhaitaient pas négocier afin d’empêcher tout accord qui leur demanderait l’abandon de leur positions séparatistes.

Mais, le 17 février 2001, les délégations des trois îles ont fini accepter les accords de Fomboni qui mettaient fin aux magouilles des séparatistes. L’accord de Fomboni est en réalité le contrepied de l’Accord d’Antananarivo proposé par l’Union Africaine, beaucoup plus clair sur les notions de souveraineté et d’unité nationale.

L’accord de Fomboni a affaibli l’Unité nationale par :

–          Une large autonomie des îles dont on ne dit pas les limites mais qui s’apparente à une quasi-indépendance ;

–          Une Présidence tournante qui consacre l’insularité au-dessus de la nation, chose voulue et très attendue par nos compatriotes anjouanais et mohéliens.

–          La multiplication des administrations et des superstructures.

Pourquoi avions-nous adopté cette Constitution à présidente tournante ?

Cette Constitution a été adoptée parce que Anjouanais et Mohéliens se disaient victimes de l’ancienne Constitution qui, selon eux, favorisait les grands-comorien pour le poste du Président de la République. Ils ont soulevé ce mouvement séparatiste quand ils ont constaté que lors des élections de 1996 qui ont amené Mohamed Taki Abdoulkarim au pouvoir, à Anjouan, trois grands comoriens étaient en tête alors qu’il y avait des candidats anjouanais dans la course.

Avant même les élections de 1996, en 1995, après la déportation du Président Saïd Mohamed Djohar à la Réunion, à Marseille se réunissaient les candidats aux élections et là, on leur a  présenté une pétition rédigée par l’OPIA (Organisation Pour les Intérêts d’Anjouan) dont Commandant Ahmed était le chef, signée par 6000 anjouanais, qui demandaient le détachement d’Anjouan de Moroni.

Donc voyez-vous, tous ces troubles qui ont failli coûter l’unité et l’intégrité territoriale de notre pays sont oubliés parce qu’on veut soutenir quelqu’un qui veut le pouvoir quel que soit le prix à payer pour la paix civile. Nous ne pouvons pas oublier ce passé récent. Nous aimons la paix chez nous. Et s’il faut mettre en prison ceux qui risquent de faire plonger notre pays dans une guerre sans précédente, il ne faut surtout pas hésiter à les mettre en prison.

Sambi peut, s’il le veut, être un candidat vice-président, mais sûrement pas le candidat président. Il attendra le tour d’Anjouan. Comme Azali Assoumani, dont je ne partage pas les idées, a attendu dix ans.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

Alwatwan. La liberté d’expression mise en cause aux Comores

Mohamed Abdou Soimadou, DG du journal Alwatwan

Mohamed Abdou Soimadou, DG du journal Alwatwan

Ce qui se passe ces derniers temps au sein du quotidien gouvernemental Alwatan nous interpelle tous. Le directeur général de ce journal, Mohamed Abdou Soimadou a une drôle de conception de la liberté d’expression.

Les médias sont aujourd’hui reconnus comme le premier contre-pouvoir dans les sociétés démocratiques en Occident. Il faut rappeler que des scandales ont été dévoilés par la presse que le pouvoir exécutif aurait voulu étouffer. Le scandale le plus célèbre du siècle passé est celui du WATERGATE aux États-Unis sous la présidence de RICHARD NIXON.

En Afrique la démocratie est récente, voire fragile. En UNION DES COMORES, elle demeure balbutiante.

Les journalistes d’Alwatan sont d’abord des professionnels de la presse écrite  qui vérifient leurs sources avant de publier telle information ou tel article. Suspendre ou limoger un journaliste ou une journaliste à cause de sa liberté de plume nous amène à nous interroger sur la conception que les censeurs officiels ont de la liberté d’informer. Les journalistes peuvent-ils publier des contre-vérités ou des mensonges maquillés pour être politiquement correcte ? Est-ce que publier un article non complaisant envers la ligne officielle du gouvernement constitue un délit ?

A propos de la crise qui oppose la rédaction du journal gouvernemental au Directeur Général, on se demande où sont passés les défenseurs de la liberté d’expression ? 

Alwatan est certes un quotidien gouvernemental, ce n’est pas pour autant qu’un journaliste n’a pas un minimum de droit et qu’il ne peut pas émettre un avis contraire contraire à celui du gouvernement. Mais, aux Comores, on confond la critique et l’insulte, or en démocratie, sans critique, il n’y a pas de progrès possible pour un pays. Malgré ces critiques, les médias gardent un rôle indispensable pour équilibrer les pouvoirs institutionnels, et leur pluralité permet d’accéder à une information diversifiée.

La classe politique comorienne, au lieu de nous rabâcher les oreilles à longueur d’interventions sur le thème du « il faut sauver les institutions », devrait consolider l’un des piliers de la démocratie, c’est-à-dire la liberté d’expression. La séparation des pouvoirs, le pluralisme d’opinions doivent être garantis par un arsenal législatif.

Il est inadmissible que des journalistes soient mis au pas ou réduits au silence. Le quotidien Alwatan ne peut pas fonctionner comme la Pravda sous l’ère Stalinienne. A l’heure du numérique et de la multiplication des blogs d’informations , la liberté d’expression ne peut pas être sous surveillance .

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Houmed Msaïdié : de l’Intérieur à la Présidence de la République ?

Houmed Msaidié peut-il passer du Ministère de l’Intérieur à la présidence de la République comme l’a fait Sarkozy ?

Alors que plusieurs personnalités politiques se positionnent pour les présidentielles, la coalition UPDC/RADHI/ORANGE n’a pas encore officialisé la candidature de celle ou celui qui doit porter le flambeau pour 2016. Dans les rangs de cette coalition la question n’est pas tabou. Mais les discussions se poursuivent dans les grandes instances, dans la grande discrétion et le respect mutuel de chaque partie prenante. Ce sont les chefs des différents partis qui sont chargé de faire une proposition sur les présidentiables.

Houmed Msaidié lors du 1er anniversaire du Parti RADHI à Ivembeni

Houmed Msaidié lors du 1er anniversaire du Parti RADHI à Ivembeni

L’UPDC a tenu son congrès le week end dernier pour élire des nouveaux responsables devant affronter une campagne qui s’annonce rude avec plein de surprises. Les nouveaux membres se sont fixés entre autres comme objectifs la préparation du dispositif à la désignation de ses candidats aux prochaines élections.

Choisir le bon candidat parmi plusieurs personnes n’est pas une chose aisée. La qualité du candidat à la présidence de l’Union ne s’improvise pas. Pour être élu il faut une expérience politique de très haut niveau et bénéficier d’un soutien d’une grande coalition. La plupart sont des personnalités qui ont occupé des fonctions de ministres, de directeurs ou de députés et qui connaissent très bien le système. Au-delà de cette considération politique, la personnalité de candidat et sa façon de battre campagne peut booster rapidement ses chances de réussir. La coalition a des personnalités qui peuvent incarner ce personnage. L’actuel ministre de l’intérieur qui a le vent en poupe au pays et dans la diaspora pourrait devenir le candidat de la coalition. A Ndzuani où il a assisté à un pique nique organisé par la fédération RADHI-Anjouan ce dimanche 14 juin, les militants venus de toutes les préfectures ont demandé au ministre de l’intérieur d’annoncer officiellement sa candidature aux prochaines présidentielles. Pour eux, il est la seule personnalité qui soit aujourd’hui capable de rassembler la coalition et les électeurs autour des idées et d’un projet de société pouvant améliorer le quotidien des Comoriens ». Son expérience dans la politique fait de lui un homme d’État disposant d’une vision pour les Comores.

Mbaraka Djoumbe

Communiqué de la FCC-F : soutien au mouvement Madji Na Mwendje

Communiqué

logoFCCFLa Fédération Comorienne des Consommateurs-France a appris hier l’arrestation de Mohamed Saïd Abdallah Mchangama, président de la Fédération Comorienne des Consommateurs et d’autres acteurs du mouvement Madji na Mwendje (« Eau et Electricité »).

Parce qu’ils étaient en train de préparer un mouvement de protestation pacifique contre la privation d’eau et d’électricité à toute la population comorienne, ils sont accusés par le gouvernement d’« incitation à la haine ».

Le travail qui a été mené ces derniers temps au sein de la FCC visait à faire prendre conscience à la population que les droits ne s’obtiennent que progressivement par une lutte obstinée et non par les seules incantations. Ce travail de conscientisation est en marche et cela fait peur au pouvoir en place.

L’arrestation de responsables d’associations de la société civile avant même la manifestation annoncée, la mise en place d’un climat de peur et la réquisition de magasins comme si le pays était en guerre dénotent manifestement d’une perte de sang froid de la part du gouvernement du président Ikililou et du Ministre de l’Intérieur, M. Houssen Hassan Ibrahim.

Cela participe surtout, hélas, d’une certaine régression par rapport aux valeurs de liberté et de démocratie puisque c’est sans doute la troisième ou quatrième manifestation que le gouvernement tente d’interdire, au mépris de la Constitution et des lois du pays.

La FCC-F, fidèle à ses objectifs, soutient sans réserve le mouvement Madji Na Mwendje dans son action en cours pour l’accès de la population à l’eau et l‘électricité.

Elle exhorte le gouvernement comorien à prendre de la hauteur et à relâcher immédiatement et sans condition le Président de la FCC et toutes les personnes qui ont été arrêtées depuis dimanche.

Fait à Paris le 9 février 2015

Fédération Comorienne des Consommateurs -France

Sacré Iki !

ikililouUn ami poche de Hamada Madi Boléro décrivait récemment le Directeur de Cabinet du Président de la République comme un fusible pour le président Ikililou Dhoinine. Il n’avait pas tort. Mais, depuis un certain temps, tous les groupes concurrents au sein du pouvoir actuel, servent ou ont servi de rempart au chef de l’État. En a-t-il vraiment besoin ?

On peut ainsi distinguer autour d’Ikililou Dhoinine quatre murs, constitués d’hommes et femmes aux intérêts divergents.

Le premier est celui du tout puissant Vice-Président, chargé des Finances Mohamed Ali Soilihi dit Mamadou. Dans ce groupe, les personnalités les plus en vue sont un autre Vice-Président, Nourdine Bourhane et le Directeur du Port, Mohamed Djaanfari. Tous deux sont en concurrence soit pour devenir Vice-Président de Mamadou, s’il est candidat en 2016, soit pour être candidat eux-mêmes au gouvernorat d’Anjouan.

Le deuxième mur est celui de Mouigni Baraka, Gouverneur de Ngazidja et les ténors du Rassemblement Démocratique des Comores (RDC) dont le Secrétaire Général, Djaé Ahamada, vice-président de l’Assemblée de l’Union sortante.

Le troisième mur a souvent été évoqué par les médias et l’opinion publique, c’est celui formé par Mme Ikililou et le directeur de Cabinet du président, Hamada Madi Boléro. Comme souvent, l’opinion publique aime à croire que les erreurs politiques d’un président sont imputables à la domination de sa femme. Mme Ikililou n’a pas dérogé à la règle, ce qui ne semble pas trop gêner son président de mari.

La quatrième façade protectrice du président est constituée par le Ministre de l’Education Nationale, celui des Relations Extérieures, El-Anrif Saïd Hassane, ceux qu’on appelle les « Guinéens », les « Pharmaciens » et une frange du parti islamiste, Front National pour la Justice, autour de Madi Ali, conseiller privé du Président.

La préparation des élections législatives a révélé les luttes intestines entre ces quatre groupes. Le Présidet Ikililou s’est mis clairement du côté du quatrième groupe au détriment des trois autres. Dans ce choix, les premiers vainqueurs sont les « bébés ministres », Abdoulkarim et El-Anrif. Tous les deux seront les candidats du président, dotés de tous les moyens possibles pour espérer l’emporter, le premier dans le Mitsamihuli-Mboudé où il aura en face de lui, Fundi Hadji, le candidat du parti RADHI, et le second dans le Mbadjini où il est en passe de conclure une alliance avec Abdou Soefo et le même parti RADHI.

Le président Ikililou ne s’est pas contenté d’appuyer ce groupe, il lui a offert la quasi totalité des candidatures du pouvoir aux prochaines législatives. Mamadou et Mougni Baraka se retrouvent marri. L’un et l’autre doivent revoir leurs ambitions. Mamadou doit se contenter d’un candidat dans le Hamahame, Mouigni n’aura sans doute que la candidature de Djaé Ahamada dans le Washili-Dimani.

Il semble que dans le camp du pouvoir, l’entente soit devenu un marché de dupe, dans lequel le président Ikililou a imposé tous ses candidats aux dépens de ses alliés. Dans l’Itsandra, ce sera le « Guinéen » Idarous, à Moroni, ce sera le directeur de l’Aéroport, Omar Mohamed.

A Mwali, il a trouvé un terrain d’entente avec le Gouverneur Mohamed Ali Said.

A Anjouan, il a profité de la rupture entre le Parti Juwa et le Gouverneur Anissi pour se rapprocher de ce dernier.

Ainsi, ce président souvent décrit comme naïf, débonnaire et présenté comme étant sous la coupe de sa femme, se révèle sous les traits du Prince de Machiavel, habile et tacticien deux ans avant la fin de son mandat. Une de ses dernières trouvailles est de chercher à donner une épaisseur au transparent ministre des Affaires Etrangères pour espérer l’imposer comme candidat aux présidentielles de 2016.

Ahmed Ali Bacar