Politique

Le nouveau gouvernement Azali

FICHE D’INFORMATIONLE PRESIDENT DE L’UNION,
VU la Constitution de l’Union des Comores du 23 décembre 2001, révisée, notamment en son article 16 ;

D E C R E T E :

ARTICLE – 1er : Les Vice-Présidents de l’Union sont chargés respectivement des Ministères ci-après cités :

1.1 Vice-Président chargé du Ministère de l’Economie, de l’Energie, de l’Industrie, de l’Artisanat, du Tourisme, des Investissements, du Secteur Privé et des Affaires Foncières,

Monsieur DJAFFAR AHMED SAID HASSANI

1.2 Vice-Président chargé du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche, de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme,

Monsieur MOUSTADROINE ABDOU

1.3 Vice-Président chargé du Ministère des Transports, des Poste et Télécommunications, des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC),

Monsieur ABDALLAH SAID SAROUMA

ARTICLE-2 : Sont nommés Ministres, les personnes dont les noms suivent :

2.1. Ministre des Finances et du Budget

Monsieur SAID ALI SAID CHAYHANE

2.2. Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération Internationale et de la Francophonie, Chargé des Comoriens de l’Etranger,

Monsieur Souef MOHAMED EL AMINE

2.3. Ministre de l’Intérieur, de l’Information, de la Décentralisation, chargé des Relations avec les Institutions, Porte-parole du Gouvernement,

Monsieur MOHAMED DAOUDOU

2.4. Ministre de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement et de la Recherche,

Monsieur SALIME MOHAMED ABDEREMANE

2.5 Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, des Affaires Islamiques, des Administrations Publiques et des Droits Humains,

Monsieur MOUSSA MAHOMA

2.6 Ministre de la Santé, de la Solidarité, de la Protection Sociale et de la Promotion du Genre,

Dr RASHID MOHAMED MBARAKA FATMA.

2.7 Ministre de la Jeunesse, des sports, de l’Emploi, de l’Insertion Professionnelle, des Arts et de la Culture,

Monsieur SALIM MAHAMOUD

ARTICLE-3 : Sont nommés Secrétaires d’Etat et participent au Conseil des Ministres pour les affaires relevant de leurs attributions :

3.1 Secrétaire d’Etat chargé du Tourisme et de l’Artisanat auprès du Vice- Président, chargé du Ministère de l’Economie, de l’Energie, de l’Industrie, de l’Artisanat, du Tourisme, des Investissements, du Secteur Privé et des Affaires Foncières,

Monsieur WAHADI MADI

3.2 Secrétaire d’Etat chargé des Transports auprès du Vice-Président chargé du Ministère des Transports, des Poste et Télécommunications, des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC),

Monsieur SOULAIMANA KAAMBI

3.3 Secrétaire d’Etat chargé de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme auprès du Vice-Président Chargé du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche, de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme,

Monsieur MMADI KAPACHIA

3.4 Secrétaire d’Etat, chargé de la Coopération avec le Monde Arabe, auprès du Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération Internationale et de la Francophonie, chargé des Comoriens de l’Etranger

Dr HAMIDOU KARIHILA

ARTICLE-4 : Le présent décret sera enregistré, publié au Journal Officiel de l’Union des Comores et communiqué partout où besoin sera.

Du serment en politique. La fin de l’idylle entre Azali et Sambi

Éditorial

Du serment en politique

La fin de l’idylle entre Azali et Sambi

 

Au cours de la courte histoire parlementaire des Comores (elle n’a commencé qu’en 1945), il y a eu de nombreux serments sur le Coran, souvent en cachette et souvent trahis.

Le plus célèbre fut le Serment de Sada en 1967 par lequel cinq élus maorais (et derrière eux tout le Mouvement Populaire Mahorais) ont juré de ne jamais se séparer avant d’obtenir la départementalisation. Et chose curieuse, on vit un chrétien, Marcel Henri, à qui le cadi apprenait sur l’instant comment faire les ablutions avant d’entrer dans la Mosquée de Sada et jurer sur le Coran de tenir sa promesse, lui aussi. Et bien sûr, le serment a été rompu puisque le MPM s’est divisé en plusieurs partis avant la départementalisation.

AccordMissiriCes derniers mois, face au spectacle des humiliations subies par les membres du parti Juwa dans le gouvernement du président Azali et leur persistance à demeurer dans une alliance dans laquelle on leur signifiait qu’ils n’avaient rien à y faire, il m’est arrivé de me demander s’il n’y avait pas eu un serment sur le Coran entre le candidat Azali Assoumani et les candidats du parti Juwa, avec le soutien d’Ahmed Sambi. Ma conviction a été confortée après la fameuse interview du Ministre de la Justice, Fahmi Saïd Ibrahim qui déclarait : « Un ministre la boucle ou il part, j’ai décidé de la boucler. » (Al-Watwan n°3073 du 16/12/2016). Ces quelques mots disaient clairement l’impossibilité pour FSI de quitter le gouvernement et donc sa résolution à tout accepter sans broncher.

La confirmation de notre pressentiment est venue d’une interview du journaliste Ortega sur Facebook. Le Coordinateur du parti Juwa à Anjouan, Mahamoud Elarif lui a révélé qu’effectivement l’alliance entre Azali et les candidats de Juwa a été scellée par une lecture du Coran. Cette hésitation, des deux côtés, à assumer l’initiative de rompre prenait enfin un sens. Pourtant chacun sait qu’Azali et FSI (vrai aussi pour Sambi) ont toujours eu des idées diamétralement opposées, la CRC et Juwa n’ont rien en commun, et il faut se rappeler qu’il y a au Palais de Justice une plainte de la CRC contre Sambi et Juwa à propos de la « citoyenneté économique ».

Tout indiquait bien qu’il y avait d’autres raisons que la politique qui faisaient que les ministres Juwa acceptaient de « la boucler ». Fahmi Said Ibrahim qui promettait pendant sa campagne de replacer la justice au centre des préoccupations de l’Etat et de la rendre indépendante a non seulement fermé la bouche, mais aussi les yeux et les oreilles sur des arrestations arbitraires, des libérations sans jugement, des appels d’offre irréguliers et des nominations complaisantes. Le Ministre Dossar a accepté, entre autres, d’assumer la rupture diplomatique avec le Qatar alors que tout le monde sait qu’il est fermement opposé à cette décision, comme son mentor, Sambi.

Sambi, c’est peut-être le seul soutien de l’alliance qui a gardé sa dignité en refusant et en disant à haute voix qu’il n’était pas de l’intérêt des Comores de rompre ses relations diplomatiques si rapidement et si facilement, à la demande d’un pays ami certes, comme s’il s’agissait d’un jeu pour la deuxième fois en une année. Mais, cette franchise a été la goutte de trop dans l’alliance entre Sambi et Azali.

Le discours du président de la République le 6 juillet dernier semble avoir marqué la fin de cette alliance. Dans un paragraphe clef Azali a dit qu’il tirait les conséquences de la sortie médiatique de son allié. Cela indique deux choses, la première c’est qu’après son élection, Azali ne considérait l’alliance avec Juwa ou Sambi que comme la soumission de ceux-ci à sa politique et à sa volonté. Et donc les ministres Juwa n’auraient jamais dû accepter de la boucler et subir des humiliations. La deuxième c’est qu’il considère que si les « partenaires » ne suivent pas ses décisions unilatérales c’est qu’ils rompent l’alliance.

Le Président Azali cherchait l’occasion de bouter les ministres Juwa hors du gouvernement, avec la déclaration de Sambi sur le Qatar, il s’est senti libéré du serment fait sur le Coran.

Tout serment en politique, même sur le Coran, même sur la tombe des ancêtres (qu’on devrait laisser en paix, au lieu de les mêler aux combinazione politiques) est voué à être rompu par les aléas et les stratégies.

Mahmoud Ibrahime

Assemblée Générale du Parti Juwa : une alliance avec Azali insatisfaisante

Le Parti Juwa a réuni ses cadres dans une Assemblée Générale extraordinaire à Mutsamudu ce 14 juillet 2017 pour un travail en ateliers. Les objectifs de cette AG semblent être l’organisation du parti et les questions nationales, notamment les relations avec le parti CRC et le président Azali.

ComJuwa140717Au niveau interne, les cadres ont fixé aux 16 et 17 septembre 2017 le prochain Congrès du Parti qui devra élire les nouveaux dirigeants et sans doute mettre fin aux ambiguïtés créées par la fronde du Dr Sounhadj (et de certains cadres qui lui sont proches). Celui-ci ayant assigné son parti en justice après avoir été démis de ses fonctions de Secrétaire Général adjoint et de chargé de l’organisation du Congrès.

Sur le plan national, dans le communiqué issu de cette AG extraordinaire, le parti Juwa réaffirme son « association avec le pouvoir dirigé par le Président de la République, Azali Assoumani sur la base de la plateforme d’alliance politique signée le 26 mars 2016 ». Ainsi les cadres de Juwa précisent ce qu’ils affirment depuis un moment : il n’y a aucune alliance entre Juwa et CRC, c’est une alliance avec le Président Azali. Mais, la formulation reste encore ambigue dans le sens où ils disaient jusqu’ici que le parti ne s’est jamais engagé dans cette alliance, qu’il s’agissait d’une alliance entre leurs candidats (essentiellement l’actuel Ministre de la Justice Fahmi Said Ibrahim et le Gouverneur Abdou Salami Abdou) et le candidat Azali. Le Secrétaire Général, Ibrahim Soulé l’a encore confirmé pendant la conférence de presse qui a suivi l’AG, indiquant que le parti qu’il représentait n’avait jamais signé d’accord ni avec Azali ni avec la CRC. On se rappelle d’ailleurs qu’au moment de la signature de cette alliance au stade Missiri, Ibrahim Soulé et des cadres du parti avaient sorti un communiqué disant explicitement que cette alliance n’engageait pas leur parti. Le Secrétaire Général lui-même avait appelé à voter pour Mouigni Baraka.

Pourtant, le communiqué issu de cette AG extraordinaire indique que « le parti Juwa regrette le non respect de cette plateforme d’alliance par notre partenaire ». Il semble que le parti ne sait plus sur quel pied danser à propos de cette alliance dans laquelle il n’a plus aucune prise. Ou alors, il y a deux thèses à la tête du parti Juwa : ceux qui considèrent que l’alliance faite par les candidats les engagent et ceux qui pensent que l’alliance n’a rien à voir avec le parti.

L’autre préoccupation nationale du parti Juwa est la tenue des Assises proposées par le Mouvement du 11 août depuis 2015. Le parti indique qu’il est prêt à prendre part au bilan qui doit être fait sur la gestion de l’indépendance depuis 42 ans, mais, il dénonce toute tentative de récupération du mouvement. Juwa fait-il ici allusion au soutien que le Président Azali vient d’accorder à ce mouvement ? Le parti Juwa met également en garde contre toute tentative de remise en cause de deux points qui ont été à la base de l’Union des Comores : l’autonomie des îles et la tournante.

Il est à noter que les Ministres et Secrétaires d’État du parti Juwa n’étaient pas présents à l’AG, ainsi que le Dr Sounhadj, conseiller du président Azali, exclu du parti et qui n’a toujours pas encore eu recours aux modalités prévues pour contester cette exclusion.

Mahmoud Ibrahime

 

Interview/ Jaffar ABDELLAHI. Congrès du parti RADHI : « il y a une faille sur l’organisation et la communication interne »

Interview/ Jaffar ABDELLAHI, secrétaire fédérale RADHI-France

Congrès du Parti RADHI : « il y a eu une faille tant sur l’organisation que sur la communication en interne ».

AJaffar2Le Parti politique RADHI avait annoncé son congrès au mois de mai dernier après plusieurs reports. Mais il n’a pas encore eu lieu. Aucune date n’a été donnée jusqu’à lors. Pour en savoir plus, Mlimengu est allé la rencontre de Jaffar ABDELLAHI, secrétaire fédéral de RADHI-France.

Mlimengu : Vous êtes le nouveau secrétaire fédéral de Radhi-France.  Quels sont vos objectifs prioritaires durant votre mandat ?  Qu’espérez-vous apporter de nouveau dans Radhi-France ?

Jaffar ABDELLAHI : Tout d’abord je voudrais souligner le travail effectué par mes prédécesseurs et surtout le bureau précédant, qui a contribué à structurer notre fédération.  Le bureau fédéral compte continuer à consolider la maison RADHI-France. Pour cela nous comptons améliorer la communication en interne et en externe, afin que les militants et les sympathisants qu’ils soient en France ou aux Comores puissent être informés. Nous allons aussi faire la formation des militants en mettant l’accent notamment sur les droits et les devoirs des militants, mais aussi sur les institutions comoriennes, les questions économiques et sociales.

En réussissant sur ces deux chantiers, nous monterons tous en compétences et cela nous permettra d’être force de proposition pour RADHI et le futur projet de gouvernance que nous proposerons à notre peuple lors des prochaines joutes électorales.

A titre personnel, je souhaite une augmentation des femmes dans les bureaux des partis politiques mais aussi dans les sphères de prises de décision de la cité.

Mlimengu : RADHI devait organiser son congrès au mois de mai dernier, même Radhi-France avait publié sur Facebook qu’à votre demande vous aviez envoyé le secrétaire de la section de Paris. Mais jusqu’à lors il n’a pas eu lieu. Pouvez-vous nous dire les raisons ?  Avez-vous prévu une autre date ? 

J.A : Le Congrès de notre parti devait avoir lieu en mai dernier, la fédération RADHI France avait effectivement mandaté monsieur Omar Ahamada (secrétaire de la section de Paris) pour nous représenter et soumettre nos propositions. Malheureusement pour des raisons ne dépendant pas de notre fédération celui-ci a été reporté au dernier moment. Je vous laisse imaginer notre déception. Il serait effectivement question que le congrès se tienne cet été, mais je suis sceptique car je crains que les mêmes raisons produisent les mêmes effets (report du congrès).  Pour moi il y a eu une faille tant sur l’organisation que sur la communication en interne. Vous comprenez qu’en étant responsable politique, je ne peux m’étaler publiquement sur les détails, du moins ce n’est pas la conception que je me fais d’un responsable politique vis-à-vis de son parti.

Mlimengu : Qu’en est-il de la crise qui régnait au sein du parti Radhi ?

J.A : Concernant la crise au sein de RADHI, je reviens sur la notion de droits et devoirs des militants au sein d’un parti politique. Comme toute communauté pour vivre ensemble, il y a certaines règles à respecter, dans le cadre de RADHI nous avons les statuts. Lorsque je vois certains cadres du parti qui se permettent d’attaquer leur propre parti à travers la presse et en créant des structures au sein du parti, on peut légitimement se poser des questions sur leurs motivations. D’autres questions devront être abordées lors du congrès.

Mlimengu : RADHI est-il vraiment dans l’opposition ?  Car jusqu’alors, les leaders ne sont pas indignés contre les mauvaises actions du gouvernement d’Azali ?

J.A : Au moment où nous échangeons, RADHI n’est pas dans la majorité présidentielle, ni au sein du gouvernement d’Azali. Nous sommes donc dans l’opposition. Je reconnais que nous n’avons pas été virulents par rapport au bilan catastrophique de la première année de la coalition gouvernementale (CRC, JUWA, ORANGE) qui a failli que ça soit dans le domaine

Judiciaire (lynchage d’un détenu par la foule au palais de justice de Mutsamudu, la corruption toujours présente) ; ou la Santé. La situation sanitaire est catastrophique, non seulement aucune politique concernant la gestion des déchets ce qui va non seulement augmenter le risque de la destruction de notre environnement mais aussi augmenter les maladies. Au lieu de voyager souvent, il serait peut-être préférable de rester sur place et essayer de trouver des solutions. Combien de nos concitoyens meurent-ils dans le bras de mer entre Mayotte et Anjouan, après une déception rencontrée dans les hôpitaux comoriens ? Les partisans du régime se félicitent de l’inauguration de l’hôpital de Bambao. Je vous pose une question, est ce qu’un hôpital censé soigner se mesure seulement aux matériels et murs ? Car au jour d’aujourd’hui nous n’avons pas le personnel pour le faire fonctionner. J’aurais préféré que l’argent dépensé en grande pompe pour cette inauguration puisse servir les étudiants qui seront demain les cadres des hôpitaux mais aussi du pays. D’ailleurs au même moment que le président et son gouvernement faisaient la tournée des îles, les professeurs manifestaient pour demander plus de moyens, un combat noble et légitime.

Dans le domaine de l’éducation : les années passent, les années blanches aussi et notre système éducatif public continue inexorablement sa décente aux enfers.

Au niveau de l’énergie, certes le pays connaît un mieux. Mais, à deux reprises le marché a été donné à des amis sans appels d’offre et sans le respect des lois en vigueur en prônant l’urgence de la chose. Après l’inauguration en grande pompe des centrales et après avoir entendu le président et son gouvernement nous dire que c’était la fin des problèmes liés à l’énergie, il y a hélas ! encore des délestages, sans parler des régions qui ne sont pas reliées à l’électricité.

Nous pouvons donc déduire que ce gouvernement a failli car la plupart pour ne pas dire tous les besoins fondamentaux du Comorien ne sont pas satisfaits. Sauf si c’est l’objectif recherché par nos dirigeants car pendant que le Comorien cherche à assouvir ses besoins fondamentaux, il ne se posera pas les questions de savoir qui est responsable de son malheur. Mais nos dirigeants devraient se méfier car un jour notre peuple se lèvera. Il est temps de renouveler la façon d’exercer la politique et peut être que cela ne sera possible que par l’émergence d’une nouvelle génération de politiciens dans un avenir proche.

Propos recueillis par Natidja HAMIDOU

Lettre ouverte au Président de la République…

Paris, le 04 juin 2017

Lettre ouverte au président de la République française.

Son excellence M. Emmanuel Macron.

 

130 ans d’histoire unissent les peuples français et comorien. Une histoire faite de soubresOmarMirali2auts, d’aléas, de douleurs qui, malgré tout, n’ont fait que renforcer les liens de solidarité, d’amitié et de proximité entre la France et les Comores.

Cependant, en 1995, Edouard Balladur instaurait le tristement célèbre visa qui porte son nom entre Mayotte et le reste de l’archipel des Comores. Dès lors, le peuple comorien a été morcelé, des familles entières sont divisées. Et c’est bien dans ce contexte de rupture forcée, que les Comoriens se rendent, au péril de leur âme, à Mayotte. En 2012, année la plus noire de l’histoire de ces familles forcées au départ, les Comoriens ont pleuré 138 morts et disparus. Depuis, le nombre de morts entre Anjouan et Mayotte n’a cessé d’augmenter sous nos yeux impuissants.

A la mémoire de ces milliers de morts depuis l’instauration du visa Balladur, vous déclarez: «Le kwasa-kwasa pêche peu, il amène du Comorien.» Ces propos regrettables salissent notre histoire commune, et à vrai dire, vous déshonorent. Le Comorien n’est pas un vulgaire poisson à pêcher à bord d’un kwasa-kwasa.

Le Comorien est le descendant du sultan Saïd Ali, lui qui, à la veille même de sa propre mort, exhortait encore son peuple à combattre aux côtés de la France en pleine première guerre mondiale. Le Comorien est celui avec qui, vous et vos prédécesseurs vous êtes liés le 29 avril 1987 par les accords de coopération monétaire. Le Comorien est aussi celui qui a su revendiquer ses droits sur Mayotte en faisant condamner la France par une vingtaine de résolutions de l’ONU, notamment pour violation du droit international. Enfin, le comorien est celui qui sert dignement la République française. Il est médecin, avocat, cadre supérieur, artiste…Je ne vous citerai pas Soprano, Rhoff, Sultan et les autres qui portent haut et fort les couleurs de nos deux pays et de la langue française. Je ne vous parlerai que de moi qui suis enseignant en France. J’inculque les valeurs de la République française aux plus jeunes de ce pays, des valeurs d’égalité, de solidarité et de fraternité. Suis-je moi aussi un simple poisson pêché dans l’Océan Indien?

Vous qui êtes entré dans l’histoire en devenant avec Napoléon Bonaparte notamment, l’un des plus jeunes présidents de France et du monde, vous qui avez axé votre campagne présidentielle autour des valeurs d’union, vous ne pouvez pas rester insensible au désarroi du peuple comorien ami. Ce peuple ami aujourd’hui blessé et vexé par votre déclaration, vous demande de retirer vos propos et de présenter vos excuses à la nation comorienne avec laquelle la France est liée par l’histoire et partage les mêmes valeurs.

Omar MIRALI, enseignant

La Constitution comorienne sous examen

Rafsa_couvRafsandjani Mohamed est un des juristes les plus rigoureux des Comores. Il travaille dans la discrétion et le sérieux. Son livre, La Constitution des Comores expliquée et commentée article par article (Editions Coelacanthe, avril 2016) n’est donc une surprise pour aucun de ses amis. C’est l’aboutissement d’un projet auquel il tenait à coeur : une étude quasi exhaustive de la Constitution comorienne de 2001.

Cette constitution a été conçue dès le départ comme un remède à la crise séparatiste qui a débuté à Anjouan en 1997 et elle a instauré l’Union des Comores. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette constitution a donné une certaine stabilité à l’Etat comorien, même si, à chaque occasion, certains de ses principes sont en cause dans les débats. Mais, depuis 2001, elle a même convaincu les plus réticents à son adoption.

Rafsandjani Mohamed a eu la très bonne idée, en cette période d’élections de décortiquer article par article cette constitution. Au fil de la lecture, le passionné des débats politiques voit apparaitre peu à peu les éléments des grands débats qui ont opposé les Comoriens ces derniers temps.

Il en est ainsi du débat sur « la tournante » et l’article 13 que l’auteur explicite longuement aux pages  68/74. De même Rafsandjani Mohamed est le premier juriste à s’être interroger sur la possibilité que le président élu ne soit pas élu par une majorité de Comoriens puisqu’il y a trois candidats à la phase finale de la présidentielle. C’est le cas aujourd’hui et il est sans aucun doute que cela fragilisera le prochain président.

Aux pages 52/53, comme s’il faisait une réponse à une erreur récente d’un de ses collègues juriste, l’auteur affirme : « pour la première fois de l’histoire du pays, le Président est, seul, chef du gouvernement (…) C’est le Président, unique tête de l’exécutif, qui est chef du gouvernement ». Il montre que l’absence de premier ministre élimine le bicéphalisme entre le Président et son Premier Ministre dans les Constitution précédente. Le Président est aussi chef de gouvernement et n’a plus le statut d’arbitre. Pourtant, c’est ce que tente d’incarner le Président Ikililou pendant ces derniers mois, surtout eu égard aux élections qui viennent de se dérouler.

C’est un plaisir de lire Rafsandjani Mohamed. Au fur et à mesure de ses explications, il révèle sa grande culture de l’histoire constitutionnelle des Comores. Et il ne manque pas d’agrémenter ses commentaires par des références aux arrêts de la Cour constitutionnelle, ce qui donne parfois l’impression de revivre les grandes batailles politiques de ces derniers mois.

Mahmoud Ibrahime

L’honneur perdu du colonel Azali

Azali-Assoumani_0Puisque pendant cette période électorale, certains patriotes, semblent être devenus amnésiques et prétendent que tout patriote devrait être aujourd’hui derrière la candidature du colonel Azali Assoumani, il paraît important de rappeler quelques faits qui montrent que cet homme a déjà été jugé et condamné par l’histoire. Le colonel Azali Assoumani a définitivement perdu son honneur en tant que militaire, en tant que musulman, en tant que chef de parti et en tant que Président de la République.

  1. L’exposition du cadavre d’Apache (1992)

En septembre 1992, c’est le chef de bataillon Azali Assoumani qui donne l’ordre d’attaquer au lance rocket un ancien militaire français d’origine comorienne, Ahmed Abdallah dit Apache, originaire de Foumbouni, accusé de tentative de coup d’État, réfugié dans une maison. Après l’assaut, le corps d’Apache est sorti des décombres, posé sur le capot d’un véhicule militaire pour faire le tour de Moroni. Passons sur les aspects militaires de cette affaire, bien que certains aient affirmé que l’homme était pris et qu’il n’y avait pas besoin de le tuer. Mais, comment un musulman peut-il accepter l’exposition du cadavre d’un être humain ? Le chef de bataillon Azali Assoumani l’a accepté. Pourtant, même Bob Denard après l’assassinat d’Ali Soilihi a enveloppé le corps de celui-ci et est allé personnellement le remettre à sa famille.

  1. La fuite à l’Ambassade de France (1995)

Trois ans plus tard, le colonel Azali, alors chef d’Etat-major devait montrer ses capacités physiques lors d’un coup d’État contre les Comores. Au lieu de cela, il a fuit laissant des lieutenants sous le feu des mercenaires.

En effet, en septembre 1995, la France a décidé de se débarrasser du Président Djohar et elle envoie Bob Denard et ses hommes. Tandis que des jeunes lieutenants résistent au débarquement des mercenaires, le colonel Azali n’a rien trouvé de mieux que d’aller se cacher à l’Ambassade de France, c’est-à-dire le pays qui a envoyé les mercenaires. Et c’est cet homme, qui a montré à ce moment là où étaient ses intérêts que certains veulent donner le titre de patriote. On aura tout vu dans ce pays.

  1. Les exactions contre les Anjouanais

En avril 1999, des éléments contrôlés poussent des Anjouanais (certains jouent le jeu parfaitement préparé) vers le port de Moroni pour un départ vers Anjouan. D’autres sont pris à partie, humiliés dans la capitale. Dans quel but ? Celui de créer les conditions pour une prise du pouvoir par le colonel Azali. Le Premier Ministre, feu Abbas Djoussouf a raconté après le coup d’État de 1999 qu’il a appelé le chef d’Etat-major Azali Assoumani devant l’Ambassadeur de France pour lui demander de faire cesser ces exactions. Il a tout simplement refusé. Plus tard, ses partisans développeront la thèse de l’interposition de l’armée pour éviter la catastrophe, mais tout indique que le chahut a été crée contre les Anjouanais afin de justifier le coup d’État.

  1. Le putschiste

Le 29 avril 1999, c’est le même colonel Azali Assoumani qui prend les armes contre la République, déjà affaiblie par le séparatisme. Il n’hésite pas à marcher sur la Constitution du pays et à suspendre toutes les institutions. Il promet qu’au bout d’un an, il remet tout en place et retourne dans sa caserne. Mensonge ! Au bout d’un an, il a amplifié la crise séparatiste et n’a pas voulu quitter le pouvoir, mais au contraire a tout organisé pour y rester.

  1. La collaboration avec les séparatistes

Alors qu’il a présenté son coup d’État comme la solution qui devait résoudre la crise séparatiste, le colonel Azali l’a renforcée en appuyant à coup de mallettes d’argent le régime de Mohamed Bacar qui était moribond après plusieurs mois d’un embargo décidé par l’Union africaine.

  1. Le déni de justice

Le régime du colonel Azali s’est caractérisé par l’absence de justice. Un exemple reste dans la mémoire collective : la destruction des maisons de certains particuliers (alors que celles des proches du régime n’étaient pas touchées) sans aucune forme de jugement.

  1. Le déni du droit de vote de la diaspora

Dès le coup d’État de 1999, la diaspora dans sa grande majorité a rejeté le régime du colonel Azali. Lorsque celui-ci s’est rendu en France pour une opération de séduction, les Marseillais l’ont chassé de la salle et il a dû se contenter des notables pour s’adresser aux Parisiens. Le colonel a fait payer à la diaspora cette recherche de la démocratie puisqu’il va s’opposer à la mise en place concrète du vote de la diaspora telle qu’il se trouvait inscrit dans la loi électorale de 2005.

  1. La question de Mayotte

Pour qui suit l’évolution de la question de Mayotte, la période de la présidence Azali est celle qui a posé les bases de la départementalisation qui allait se réaliser sous la présidence d’Ahmed Sambi en 2009. Le pacte fait avec la diplomatie française de ne plus évoquer la question de Mayotte a permis à celle-ci de préparer tranquillement le référendum sur Mayotte dès 2002.

  1. La trahison de ces lieutenants

Le colonel Azali a également perdu son honneur en faisant un pacte avec Sambi pour se protéger alors que ce dernier envoyait en prison tous les collaborateurs du colonel pour décapiter l’opposition en 2007. Et effectivement, pendant toute la période de la présidence Sambi, Azali restera silencieux et n’aura aucune compassion pour aucun de ses compagnons arrêtés par Sambi.

  1. Le putsch dans son propre parti par refus de la démocratie

Alors qu’il avait disparu de la scène politique, laissant Houmed Msaidié structurer et maintenir le parti comme principal parti d’opposition à Sambi, à l’approche des primaires de Ngazidja, le colonel Azali revient dans le parti, fait un putsch (il n’a pas perdu ses mauvaises habitudes) et s’impose comme candidat naturel car il savait qu’il allait perdre dans des primaires organisées d’une manière démocratique comme l’avait prévu le SG de l’époque.

 

Et c’est cet homme là que certains voudraient nous présenter comme un Républicain, un homme qui a déjà pris les armes contre la République, un homme qui a perdu son honneur en fuyant alors que son pays était attaqué. Ce sera sans moi. Que chacun défende son poulain mais que certains n’essayent pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Mahmoud Ibrahime