Société

La fédération Radhi-France réagit suite à la fermeture de la compagnie Int’Air Iles

logoRadhinouveauLe communiqué annonçant l’arrêt des activités de la compagnie aérienne Int’Air Ile a suscité peu de réactions dans la sphère politique. Vingt-quatre heures après le communiqué du Directeur d’Int’Air Iles, la fédération RADHI-France réagit et regrette la fermeture de cette compagnie fondée et gérée par des investisseurs nationaux.

Dans un communiqué diffusé ce dimanche 30 juillet, RADHI-France exprime sa colère face au dépôt de bilan d’Int’Air Iles, surtout que quelques mois auparavant, une autre compagnie comorienne, AB-Aviation a été également contrainte d’arrêter ses activités par les exigences de la même agence gouvernementale. Le Bureau de la Fédération du parti RADHI en France laisse entendre que le gouvernement comorien est à l’origine de l’écroulement des compagnies comoriennes au profit des entreprises étrangères comme on peut le lire dans ce communiqué : « la suppression de deux compagnies comoriennes pour favoriser des compagnies étrangères est une honte pour tout comorien qui aime son pays ».

C’est dans un ton ferme que cette fédération critique les actions du chef de l’État et de son gouvernement et parle de « crime économique » en précisant que « 130 » personnes seront désormais au chômage suite à la fermeture d’Int’Air Iles. La déclaration n’a pas omis de souligner les « 7000 emplois » supprimés dans la fonction publique par le gouvernement actuel dès le début de la prise de fonction. Alors que la baisse du chômage faisait partie des promesses du chef de l’État pendant sa campagne, c’est le contraire qui se produit « le président Azali (…) écrase les initiatives nationales et détruit des emplois depuis un an ».

Natidja HAMIDOU


FÉDÉRATION RADHI-France

Radhi.france2@gmail.com

COMMUNIQUÉ

30.07.17

 

La société INT’AIR ILES a annoncé la cessation de ses activités à partir du 30 juillet 2017, ne pouvant faire face aux exigences inconsidérées de l’Agence Nationale pour l’Aviation et la Météorologie (ANACM). Après la mise à mort il y a quelques mois de la compagnie AB Aviation, c’est la deuxième disparition d’une compagnie aérienne comorienne depuis le retour au pouvoir du président Azali, il y a un peu plus d’un an. Et comme par hasard, on nous annonce au même moment l’arrivée d’une nouvelle compagnie qui a les faveurs du gouvernement.

La suppression de deux compagnies comoriennes pour favoriser des compagnies étrangères est une honte pour tout Comorien qui aime son pays. Au regard de la situation géographique de notre archipel, c’est un crime économique. Au-delà de la fragilisation du secteur privé, du manque de soutien aux initiatives privées, le gouvernement du président Azali a procédé à des destructions d’emploi dans ces deux compagnies, 130 emplois pour la seule société INT’AIR ILES. A cela s’ajoutent plus de 7000 emplois détruits dans la fonction publique. N’en déplaise à ses partisans, qui continuent à soutenir des actions qui sont défavorables à l’économie nationale et qui avantagent des opérations opaques venues de l’extérieur, il y a un vrai décalage entre le candidat Azali qui promettait le plein emploi et qui disait qu’il fallait que les Comoriens comptent d’abord sur eux-mêmes d’une part et d’autre part le président AZALI qui écrase les initiatives nationales et détruit des emplois depuis un an.

À longueur de journée, le président de la République et ses partisans nous chantent la chanson de l’émergence, mais dans les faits nous assistons à une politique économique qui conduit à l’échec les investisseurs nationaux. On peut légitimement se demander quels desseins guident les dirigeants du pays à agir ainsi au détriment des investisseurs comoriens.

La fédération RADHI-France apporte son soutien aux investisseurs nationaux victimes des opérations du gouvernement du président Azali, ainsi qu’aux familles qui vont devoir vivre avec le chômage à partir d’aujourd’hui.

La Fédération RADHI-France condamne fermement cette politique destructrice et demande au président de la République et à son gouvernement de se ressaisir et de changer de cap en soutenant les opérateurs économiques au lieu de les enfoncer.

Enfin, nous appelons l’ensemble des partis politiques à ne pas rester muets face à une politique anti-nationale en attendant une hypothétique entrée au gouvernement, et la société civile à ne pas se laisser endormir par une aide à l’organisation d’Assises Nationales qui risquent d’ailleurs d’être manipulées et détournées à d’autres fins et de dénoncer les entraves qui sont faites aux intérêts nationaux.

Le Bureau de la Fédération RADHI-FRANCE

Éducation. Les épreuves du Bac ont enfin commencé

12850 élèves ont entamé les épreuves du baccalauréat ce samedi avec plus d’un mois de retard par rapport aux dates habituelles.

Après l’examen d’entrée en sixième le 26 juillet dernier avec 15248 candidats dans l’ensemble du pays, le tour revient au baccalauréat. Ce samedi 29 juillet, 12850 candidats ont débuté le baccalauréat dans les différents centres de l’archipel avec l’épreuve de philosophie. Les élèves inscrits au baccalauréat général ont quatre jours pour composer les différentes épreuves. Tandis que leurs camarades du baccalauréat technique finiront leurs examens deux jours après, le 3 août selon la déclaration du Secrétaire Général du Ministère de l’Éducation nationale dans les colonnes du quotidien La Gazette des Comores.

L’éducation physique et sportive (EPS) aura lieu le 2 août prochain. Ce calendrier tardif des examens nationaux est la conséquence d’une grève des enseignants. Il reste à espérer que le taux de pourcentage de réussite du baccalauréat de cette année sera positif par rapport à celui de l’année dernière qui était loin d’être satisfaisant. S’agissant du Brevet d’Étude du Premier Cycle (BEPC), le début des épreuves est prévu le 5 août prochain avec 12392 candidats. 40 490 constituent le nombre de candidats aux examens nationaux pour cette année scolaire.

       Natidja HAMIDOU

Mort de la compagnie Int’Air Iles

InterAIRIlesC’est par un simple communiqué aux allures de faire-part de décès, en date du 28 juillet 2017, que le Directeur de la compagnie Int’Air Iles a annoncé « la fin de toutes ses activités » à partir du 30 juillet 2017. Le courage et la volonté de Seffoudine Inzoudine n’ont donc pas suffi face aux volontés de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACM).

Si les autorités comoriennes et en particulier le puissant directeur de l’ANACM, Jean-Marc Heinz voulaient en finir avec Int’Air Iles, après avoir provoqué l’arrêt de la compagnie AB Aviation, ils ne s’en seraient pas pris autrement.

Ce sont deux règlements qui ont été exhumés par l’ANACM en quelques jours pour faire mordre la poussière à la compagnie de droit comorien. Le premier visait à stopper l’exploitation de l’Airbus affrété par Int’Air Iles avec lequel la compagnie avait fait récemment un vol inaugural vers Dubai avec des offres alléchantes pour les voyageurs. L’ANACM exigeait qu’après six mois d’exploitation l’avion, loué à une compagnie sud-africaine, soit immédiatement immatriculé aux Comores. Le deuxième interdisait aux avions mono-moteurs d’Int’Air Iles les vols de nuit, mais surtout rallongeait considérablement le temps de trajet entre la Grande-Comore et Anjouan, faisant ainsi exploser les coûts d’exploitation.

L’ANACM et son directeur ne pouvaient ignorer qu’avec de telles mesures ils allaient tuer la deuxième et dernière compagnie comorienne de transport de la région. Le Directeur annonçait récemment pouvoir résister encore, mais ce 28 juillet, il en est venu à l’évidence : Int’Air Iles est mort « des conséquences de la volonté de l’ANACM d’écarter notre société des îles de la lune ». Les faits lui donnent raison puisque dès hier une autre compagnie est arrivée pour exploiter quasiment les mêmes segments.

Int’Air Iles a du subir pendant plusieurs semaines les blocages de l’Aviation civile française pour pouvoir se poser à Mayotte, il avait gagné son bras de fer car il était évident que les autorités françaises cherchaient à protéger Air Austral et Ewa. La compagnie subissait encore des « coups » à Madagascar qui cherchait également à soutenir Air Madagascar. Mais, Seffoudine Inzoudine et sa compagnie ne s’attendaient sans doute pas à ce coup de poignard dans le dos, de la part de leur propre gouvernement. Pourtant, la manière dont AB Aviation a été liquidée il y a quelques mois aurait dû les rendre plus méfiants.

A moins d’un miracle et d’un ressaisissement du gouvernement comorien, cent trente salariés rejoindront le 30 juillet prochain, au chômage, ceux d’AB Aviation et les plus de 7000 Comoriens virés de la fonction publique par simples décrets.

Dans ces conditions, quels Comoriens sont prêts à faire de grands investissements dans ce pays, en sachant qu’ils sont les plus visés et qu’ils peuvent tout perdre en quelques jours, s’ils ne sont pas proches du pouvoir ?

MI

 

Les coulisses de l’après Anda

IMAGE ANDA
Le terme Anda, vient de l’Arabe classique, Andat, ce qui signifie habitude. D’ailleurs, il est souvent utilisé dans des expressions populaires comme, Kamal anda, ce qui signifie, comme d’habitude, comme à l’accoutumée. Le Anda relève donc de la coutume comorienne. Il exige que tout homme, surtout l’aîné d’une fratrie, épouse une femme, de préférence du même village, au vu et au su de tous. Le Anda est donc un mariage essentiellement endogamique et particulièrement ostentatoire.
Dans la pratique, le marié amasse une somme colossale d’argent et nourrit tout son village et parfois même au delà ( notamment dans le cadre des madjlis) durant toute une semaine. Or, argent et mets sont dépensés démesurément et les mariés, qui se sont souvent endettés au préalable, entrent dans une spirale infernale de dette et de crédits infinis.
Les plus grands sacrifiés de ces mariages rocambolesques sont ceux qui n’auraient jamais du être abandonnés par leurs propres parents. Les enfants. Ils sont souvent soumis aux mêmes restrictions que leurs parents et alors, au sein des familles, des tensions en tout genre s’installent; parfois elles sont réglées, parfois elles virent au cauchemar des dislocations familiales.
Il est parfois, des cas aberrants de mariages arrangés ou montés en toutes pièces du jour au lendemain pour ne pas manquer l’occasion de conclure son grand mariage. Plus souvent, ces mariages opportuns ou express, ne durent pas longtemps; les divorces se multiplient et, hormis les dépenses faites de part et d’autres, personne ne gagne dans ce genre de mariage.
Tout cela pour acquérir une certaine notoriété dans la société. Le Anda confère en effet, le tire d’homme accompli, Mdru Mdzima. L’homme accompli, auréolé de ce nouveau statut, peut donc décider de certaines affaires qui concernent la cité. Il peut même décider de l’excommunication de toute personne dont le comportement déplacé nécessite cette mise à l’écart. La question qui se pose est donc la suivante. Peut-on continuer aujourd’hui, à vivre sous le poids de ces mariages fardeaux ?
Notons que, contrairement aux mariages conventionnels, le grand mariage est obligatoire. Et celui qui, par malheur, manque à ce devoir, est ciblé, pointé du doigt et même marginalisé. Le mariage ne devrait-il pas être privé et ainsi être exécuté par quiconque le souhaite ?
Voilà donc le grand mariage. Un mariage au pouvoir étendu, pouvoir qui s’étend jusque dans l’intimité de l’individu. Certes, chaque pays a ses us et coutumes. Nous ne devons donc pas vider le nôtre des legs de nos ancêtres. Mais il nous faut tout de même nous attaquer à certaines perversions pour le bien de tous.
Retirons au grand mariage, son caractère obligatoire. Rendons le Anda facultatif comme le sont tous les autres types de mariage de part le monde. Retirons les privilèges conférés aux hommes accomplis. Ainsi, le Anda deviendra l’affaire de ceux qui le veulent; il retrouvera donc le côté festif et joyeux de tout mariage. Évitons enfin de stigmatiser les wana mdji ( enfants de la cité), ceux qui ne sont pas encore passés par la case grand-mariage.
En somme, bien qu’il ne faille pas rayer le Anda de nos institutions traditionnelles, il faut le toucher d’une nouvelle emprunte pour la quiétude de tous. Nous devons supprimer de ce mariage, son caractère contraignant et coercitif. On ne peut permettre qu’en 2017, le mariage, censé représenter l’amour entre deux êtres chers, soient l’apanage de certaines personnes qui en tirent profit au détriment des mariés et de leurs ayants droit. Parlons-en, ouvrons le débat.
Omar MIRALI

Tribune Libre. Zoubeda est au ciel

par Omar Mirali

 

Ne restez pas à pleurer autour de mon cercueil,

Je ne m’y trouve – je ne dors pas.

Je suis un millier de vents qui soufflent,

Je suis le scintillement du diamant sur la neige,

Je suis la lumière du soleil sur le grain mûr,

Je suis la douce pluie d’automne, je suis l’envol hâtif.

Des oiseaux qui vont commencer leur vol circulaire quand tu t’éveilles dans le calme du matin,

Je suis le prompt essor qui lance vers le ciel où ils tournoient les oiseaux silencieux.

Je suis la douce étoile qui brille la nuit,

Ne restez pas à vous lamenter devant ma tombe, je n’y suis pas : je ne suis pas mort.

Stevenson

 

Devant la difficulté de dire ma douleur, devant l’impossibilité de faire le deuil, un jour sombre où mon cœur s’est froissé, j’ai tenté en vain de retrouver mon sommeil parti. Il est une, deux ou trois heures du matin, je ne sais, je cris, j’écris.

J’écris ma peine et crie mon désarroi. Je pleure son départ, le désespoir qu’il suscite pour ces milliers d’enfants d’oubliés dont la nature promet le plus triste des sorts. Que ne faut il pas craindre dans ce pays aux dirigeants absents où la générosité, l’humanité et l’amour manquent à l’appel ?

Je suis père d’une petite fille née en France de parents hors du besoin. Tout ce que n’a pas connu Zoubeda, elle qui est née aux Comores de parents modestes. Dans ce pays, même la plus bénigne des pathologies peut emporter le plus faible, tant la santé semble accessoire face à l’auto-enrichissement et au pillage. Et que dire de la peine d’un père qui voit périr son enfant dans l’indifférence de ceux qui n’auraient jamais du cesser de le soutenir…C’est là une peine indescriptible, une faute impardonnable. Surtout lorsque l’on sait qu’à la place de Zoubeda, d’autres enfants « bien nés auraient pu être sauvés…

ZoubedaLongtemps, Zoubeda a souffert de problèmes cardiaques sans que les autorités comoriennes aient levé le petit doigt. On nous signale quelques gestes individuels isolés ici ou là, de la part notamment de certains grands rapaces, mais à quoi servent-ils quand on sait que notre État, cette institution morale, bien commun, est resté comme à son accoutumée, muet ?

Les plus petits, ceux contre lesquels les autorités de la nation agissent, dépourvus et altérés à trépas, se sont mobilisés pour sauver, ou du moins essayer de sauver cette petite fille, vieille, très vieille, de deux ans seulement.

Sous le soleil de Mutsamudu, alors qu’elle lutte contre les sarcasmes de la mort, Zoubeda pensa à l’hypocrisie et à l’irresponsabilité de l’homme. Avant de partir, elle aura fait preuve de bravoure, elle qui s’est attachée courageusement à la vie sans jamais vouloir céder. Hélas, la mort a fini par s’imposer en ce jour amère de juillet 2017. Te voilà partie, te voilà immortelle. Ton histoire restera à jamais l’emblème de l’immaturité de nos dirigeants.

Si j’avais été au gouvernement comorien en ce jour, je l’aurais quitté. Quel est le sens de l’action politique quand on laisse un enfant de 2, 4 ou 6 ans périr, alors qu’on a la possibilité de le sauver ? Honte à vous qui prétendez présider au destin de ce pays meurtri, fragilisé et mis à mal.

Mais ce pays est gouverné par des sinistres personnes sans scrupules qui s’accrocheront à leur infâmes privilèges à mesure qu’il leur sera encore possible de sévir. Plus il y aura des sacrifiés, plus ils s’en valoriseront, à croire que leur orgueil n’a d’égal que leurs propres bêtises et inepties.

Zoubeda, ma fille, je t’imagine au paradis traversant les cieux et brandissant le drapeau noir de ces milliers d’individus morts par la faute de l’État. Quand tu croiseras cette sœur, dont le nom gagne à être tu tant son sort fut aussi des plus durs, celle qui, en plein accouchement a du abandonner pour une coupure routinière de courant, formez le groupe des martyrs et allez briser leur sommeil profond. Ne soyez pour eux que cauchemars et dites à ceux, nombreux qui vous suivront, que vous êtes les énièmes victimes d’un système calamiteux incarné par des individus piteux.

Quoi pour sécher mes larmes de père ? Je n’ai d’yeux que pour pleurer en ces moments d’insomnie et de doute. Lorsque par le deuil, les mots, telles les nuages se dispersent, l’on se demande quoi faire pour décrire sa souffrance. Alors on chante, on danse comme pour oublier, écarter ces souvenirs trop présents, trop persistants.

Tout à coup, l’on se souvient qu’en fait, le départ de Zoubeda aurait peut-être pu être évité. À la frontière entre la vie et la mort, elle a d’abord vu l’espoir, quand soudain, la lueur s’est dissipée sous ses yeux d’enfant impuissant et innocent.

Alors pour Zoubeda et pour les autres Zoubeda anonymes ou en devenir, ne restons pas silencieux. Faisons du bruit pour ces innombrables sans voix. Pour ces enfants nôtres disons nos inquiétudes et nos maux. Chassons ces démons qui nous hantent, c’est là une priorité absolue. En attendant, face à ce temps qui coule et amnésique, au milieu de tous ces brouhahas aux confins des tourmentes, dans un monde en pleine turpitude au sein d’un pays qui se cherche, je vous demande de ne pas oublier Zoubeda, symbole malgré elle d’un État mortifère et d’une humanité agonisante.

MAWUDU. Le salon de l’orientation pour les jeunes Comoriens

IMG_0138Interview/Rahma ABOUBACAR

« L’idée est de pouvoir montrer qu’on peut être immigré, d’origine comorienne et de réussir dans tous les domaines ».

 

Une journée d’orientation dénommée « MAWUDU », initiée par l’association REVA se tiendra samedi 5 mars à Nanterre. Il s’agit d’une seconde session après celle qui a eu lieu le mois de mai de l’année dernière. Pour en savoir plus sur le déroulement de cette journée, Mlimengu s’est entretenu avec Rahma ABOUBACAR, psychologue qui fait partie des membres organisateurs. 

 

Mlimengu – Qu’est ce que la journée « MAWUDU » ?

Rahma ABOUBACAR – C’est une journée dédiée aux jeunes lycéens et collégiens. Le but est de les accompagner dans le choix de leurs orientations. Pour les collégiens ce serait le choix des spécialités offertes au lycée. Et pour les lycéens ce serait de les aider à avoir une meilleure vision des métiers qui existent, et surtout de discuter avec différents professionnels de divers domaines et avoir une vision concrète pour affiner leurs choix.

Mlimengu – D’où vient l’initiative d’organiser cette journée d’orientation ?

Rahma ABOUBACAR – L’initiative vient de l’association REVA qui est un peu dans le même principe. Cette association essaie de réunir tous les franco-comoriens, les professionnels, afin de créer un réseau. Chez REVA on dit « à compétences égales, on consomme comorien ». On voit bien que toutes les communautés qui existent en France et qui arrivent à s’en sortir sont très bien organisées, les gens s’entraident. Il faut vraiment former une solidarité pour pouvoir évoluer professionnellement. A travers cette association, l’idée d’inclure aussi les jeunes s’est très vite imposée car la carrière professionnelle se décide dans la scolarité, dans le choix de l’orientation. C’est un peu une continuité. Nous avons décidé d’attaquer les plus jeunes.

Mlimengu – Quels sont les résultats attendus ?

Rahma ABOUBACAR – Dans un premier temps, c’est de pouvoir donner aux jeunes la possibilité d’avoir un miroir, de pouvoir s’identifier aux professionnels auxquels ils vont s’adresser. L’idée est de pouvoir montrer qu’on peut être immigré, d’origine comorienne et réussir dans tous les domaines. Les résultats que nous attendons c’est que les jeunes assistent à cette journée, qu’ils soient un peu plus sûrs d’eux, qu’ils aient une vision concrète des métiers pour que ça les aide dans leurs choix. Mais nous aimerions également sensibiliser les parents dans l’accompagnement des jeunes dans leurs orientations scolaires.

Mlimengu – Comment la journée va-t-elle se dérouler ?

Rahma ABOUBACAR – D’abord il y aura différents stands. Il y aura dix sept secteurs de métiers. Il va y avoir un stand orientation où le jeune sera guidé dans son parcours de la journée, où on lui donnera les outils pour pouvoir questionner les professionnels intervenants. La visite des stands intéressera les jeunes. Et puis à seize heures, il y aura une intervention de deux femmes notamment Fatihiya RADJABOU et Amina TABIBOU qui vont intervenir et qui vont parler de la thématique du comment accompagner efficacement les jeunes dans leurs orientations.

Mlimengu – Parlez nous un peu des différentes formations qui seront présentées aux jeunes ?

Rahma ABOUBACAR – Il y aura un peu de tout : les domaine de la santé, de la communication, du marketing et de l’informatique. Il y aura deux métiers au minimum par stand. Par exemple, en informatique, on peut avoir trois profils, on ne travaille pas forcément dans le même domaine. Il y a l’économie, la recherche, etc.

Mlimengu – Quels sont les profils des professionnels qui accompagneront les élèves dans le stand orientation ?

Rahma ABOUBACAR – Nous serons trois dans ce stand. Il y aura une femme dont le métier est l’insertion des jeunes qui sont déscolarisés. Elle a une expérience dans l’insertion professionnelle. Il y aura également une psychologue dont le rôle est d’écouter, de détecter et d’accompagner l’élève à se poser les bonnes questions sur le choix de son orientation. Et la troisième personne travaille beaucoup avec des associations de jeunes. Son rôle sera de donner les outils pour aller continuer la recherche après la journée, de renseigner les organismes qui peuvent aider à choisir son orientation.

Propos recueillis par Natidja HAMIDOU

Une insécurité inquiétante à Mayotte

MayotteDepuis quatre ans environ, la délinquance ne cesse d’augmenter de manière exponentielle à Mayotte. Viols, agressions physiques et gratuites, cambriolage en tout genre et en toute impunité. Des faits divers terribles qui deviennent le quotidien des habitants de l’ile.

Mayotte, comme les autres départements d’outre-mer est frappé par des fléaux qui gangrènent la société : un chômage massif ( 17% dans l’île ), une montée inquiétante de l’insécurité , la défaillance de l’autorité familiale liée au délitement des liens familiaux. Des bandes rivales bien organisées font régner la violence aux abords des établissements scolaires, mais aussi dans certaines communes de l’agglomération de Mamoudzou.

La violence est réellement installée à Mayotte avec la scène de braquage de la poste de Passamainty la semaine passée.  A tel point que beaucoup de wazungu (blancs) sont en train de quitter l’île. Ceux qui vivent à Mayotte depuis vingt-cinq ans qui s’étaient amourachés de Mayotte et installés de façon indécrottables : eux aussi sont sur le départ. Cela a des conséquences catastrophiques ; beaucoup de petites entreprises ont fermé ou sont sur le départ.

L’autre préoccupation des Maorais est l’immigration clandestine évaluée cette année par la préfecture à 80.000 étrangers en situation irrégulière. Selon les autorités de l’île le flux migratoire sature les services hospitaliers, les écoles et laisse des mineurs isolés dans les rues. Ce problème est très complexe, car les reconduites à la frontière sont inefficaces. A titre d’exemple et selon la préfecture, en 2014, les reconduites à la frontière ont avoisiné 20.000 personnes (le double de la France) dont la moitié retente la traversée peu après. C’est devenu un calvaire kafkaÏen. Pour le préfet, il faut mettre en place des actions collectives contre l’insécurité. Des renforts des forces de l’ordre, s’inscrivent dans la lutte contre l’insécurité en recrudescence dans le département.

Devant ce fléau d’insécurité grandissant le représentant de l’Etat et les élus locaux se renvoient la balle. Le sujet est devenu une patate chaude, qui entraine un climat de psychose chez les habitants de l’ile. Le pourcentage des mineurs délinquants en déshérence est considérable. L’absence des structures d’accueil, tels que des orphelinats ou des centres éducatifs pour mineurs complique beaucoup plus le problème. La petite prison de Majicavo   ne dispose pas d’une capacité d’accueil suffisante pour les adultes mais aussi pour interner les mineurs délinquants. Du coup, ces derniers commettent beaucoup de vols et agressent à longueur de journées sans être punis. Un autre phénomène touche la famille maoraise : le manque des repères et l’absence de l’autorité parentale. Le chômage de masse qui touche beaucoup de personnes dans l’ile contribue à déstructurer certaines familles, à fragiliser l’autorité des parents, et accroître l’échec scolaire. Les conséquences de ce fléau sont multiples, il faut mutualiser les moyens pour le combattre afin de sauver l’image de Mayotte.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY