Société

Livres. Chroniques d’un Comorien ordinaire

Mladjao_couvintL’habit ne fait pas le moine. S’il est un adage qui irait bien à l’ouvrage de Anlym Mladjao, c’est bien celui-là, car si l’on se fiait à la seule couverture du livre, on serait en droit d’espérer ou de craindre un délire égocentrique étalé sur une centaine de pages.
Ceux qui espéraient que le livre soit l’appendice de ses interventions musclées dans les réseaux sociaux ont été déçus. Tant mieux ! Ici, le verbe est doux, presque féminin. Il vous prend par la main et se déploie avec la langueur des écrivants d’autrefois.
Ce texte aurait pu avoir comme titre « chroniques d’un comorien ordinaire ». Ce qu’il dit, nous l’avons entendu de bouche à oreille, d’homme à homme dans le cercle familial. Il y a de l’intime dans ce récit et des blessures évoquées sans pathos. On y parle bien évidemment de la migration, de la rencontre de l’Autre et du besoin de se trouver un point d’équilibre entre tradition et modernité. Le tout est traversé d’une colère retenue.
Par moments, certaines séquences ont des airs de monographie. C’est là une facette intéressante du livre mais hélas ce potentiel là est insuffisamment exploité. Plutôt que d’aller au bout de sa logique descriptive, l’auteur fait des excursions vers l’essai et l’analyse des contextes socio-politiques qu’il traverse. Ce faisant, il en arrive à manier des concepts qui demandent un développement plus conséquent que ce qu’il propose. D’où une double frustration chez le lecteur due à l’amputation du récit dans son déploiement et du caractère succinct – parfois léger – de l’analyse proposée.
Cependant, même si le mélange -audacieux- des genres “autobiographie” et “essai” peine à trouver un équilibre heureux, l’expérience de lecture est agréable du fait de la sobriété du style . Cela crée une attente quant au second texte de l’auteur. Une fiction nous dit-il.
Si le style d’écriture reste le même, il comblera certains lecteurs comoriens (pour ne parler que d’eux) qui pourfendent régulièrement le côté abscons des textes fictionnels ou poétiques qui leur sont proposés.
Reste à trouver le sujet. En dehors de lui, en dehors de sa personne. Reste à laisser l’imagination prendre le pouvoir.
Oluren Fekre
Mladjaou Abdoul Anlym, Rentre ou ferme-la, Editions Coelacanthe, septembre 2015, 167p., 15€
A commander sur http://www.editions-coelacanthe.com/PBSCCatalog.asp?ItmID=18153932

Livre. Zaïd Omar nous offre une histoire d’amour sur fond d’enquête judiciaire

 TMP_ZOmar_couv_fin.pdfTrois ans après la publication d’Une victime criminelle aux chez Edilivre, Zaïd Omar revient avec un nouveau roman Tu as volé mon cœur qui est paru ce mois-ci de éditions Coelacanthe. Dans ce livre, il est question d’amour, de jalousie, de trahisons, de la société, de la tradition, de la procédure judiciaire et de la politique. L’auteur mêle tous ces domaines pour faire un récit d’une centaine de pages dans lequel le lecteur est plongé tantôt dans une fiction, tantôt dans une réalité de la vie quotidienne aux Comores.

Dr Djazba, personnage principal du livre, chirurgien de l’hôpital national de Moroni est accusé d’avoir empoisonné son ex-épouse Tsintunde. Toutes les preuves sont contre lui et il se voit incarcéré à la prison de Moroni malgré le fait qu’il ait nié devant le juge ce dont-on l’accuse. Les preuves à l’encontre de l’accusé suffisent-elles pour que celui-ci soit reconnu coupable ? y-a-t-il eu une erreur judiciaire ? C’est ce que l’auteur, avocat au barreau de Moroni, fera découvrir à ses lecteurs à travers la procédure judiciaire.

Ce médecin était considéré comme un individu « à part entière » puisqu’il a refusé de réaliser le grand mariage, ce qui lui valut toutes les critiques de son ancienne belle-famille. La tradition et les coutumes de son pays ne le préoccupaient pas. Djazba avait divorcé avec la mère de sa fille et vivait une relation amoureuse avec Nathalie, une jeune femme qu’il avait rencontrée avant son mariage avec Tsintunde. Passionné de politique, le chirurgien voulait se présenter aux élections des gouverneurs des îles et les sondages étaient en sa faveur.

Ne comprenant pas ce qui lui arrivait, Djazba doit désormais faire face à son emprisonnement. Quelqu’un lui en veut au point de le piéger et le faire endosser la mort de son ex-femme ? Son amour passionnel avec Nathalie a-t-elle quelque chose à avoir avec la mort de son ex ? S’agit-il d’une personne qui veut entacher sa carrière politique ? Le narrateur délivre peu à peu les réponses à ces questionnements, à la Higgins Clark.

Cette oeuvre nous interroge sur les aberrations judiciaires et nous interpelle. Il nous demande d’avoir un œil sur ce qui passe dans nos sociétés. Le dénouement de l’histoire fait penser à la fameuse citation de Machiavel « la fin justifie les moyens ».

Natidja HAMIDOU

Zaïd Omar, Tu as volé mon coeur, Coelacanthe, octobre 2015, 147p., 14€.

A commander sur www.editions-coelacanthe.com

Qui peut lancer sa campagne présidentielle 2016 à Ouzini (Anjouan) ?

12020335_982989861766019_1503937092_o

Notre correspondant s’est rendu dans le village d’Ouzini sur les hauteurs du Nyumakele à Anjouan. Le village est enclavé, mais malgré les difficultés et l’absence de services publics, ses habitants n’ont aucunement l’envie de le quitter.

Ouzini le village enclavé d’Anjouan.

Une grande partie pour ne pas dire tous les candidats aux présidentielles 2016 n’ont jamais mis leurs pieds à Ouzini. Ce village de plus de 1 886 habitants se trouve confronter à tous les problèmes socio-économiques du monde. Sa particularité est qu’il est enclavé, donc pas de route pour y accéder. C’est le village le plus reculé d’Anjouan et difficilement accessible, à pied seulement.

Pour arriver à Ouzini, il faut s’armer de patience et d’endurance surtout ne pas être asthmatique pour monter jusqu’à 874 m d’altitude. Il se situe à 16 kilomètres de la ville de Domoni. Beaucoup de gens de cette localité n’ont jamais vu ni de voitures ni de ligne téléphonique depuis leur naissance.

Pourtant ces habitants sont contents d’habiter sur leur terre. « Auparavant on nous avait suggéré voire imposer de nous reloger à Salamani pendant le règne d’Ali Soilihi mais on a choisi d’y retourner après sa mort même si d’autres y sont restés jusqu’à nos jours» nous a affirmé un septuagénaire rencontré à Ouzini. « Le fait de vivre à ce rythme, couper du monde ça nous donne moins de soucis. Nous craignons qu’on vienne nous voler nos bovins et nos produits vivrières si la route était construite » ironise-t-il.

Des études de génie civil pour la construction de la route ont été faites mais aucun régime n’a jamais honoré ses engagements. Sambi aurait promis de leur faire la route et électrifier le village pendant la campagne de 2006 mais il s’est contenté de leur offrir 5 panneaux solaires pour alimenter quelques maisons. Ils sont tous déçus de Sambi et ne veulent plus entendre parler de lui. Aux dernières élections législatives, ils n’ont pas voté et envisagent de faire la même chose aux présidentielles de 2016.

A notre entrée dans ce village, tout le monde était réticent croyant qu’on était de politiciens donc on se moquait de nous avant de comprendre qu’on est des journalistes. «  Les politiciens nous ont mentis plusieurs fois, on ne veut plus d’eux. Vous voyez les conditions de vie auxquelles nous sommes confrontées tous les jours. On n’a ni électricité ni routes ni écoles dignes de ce nom. Les enseignants affectés ici ne viennent pas à cause de l’accès difficile à ce village. Le poste de santé est sans infirmier n’en parlons plus de médecin. Si une femme veut accoucher ou qu’il y a un malade grave, nous sommes obligés de l’amener sur nos épaules jusqu’à Salamani et prendre un taxi pour aller se faire soigner à Domoni» nous a relaté un maitre coranique de ce village.

Pour construire une maison en dure, la nature leur a donné du sable disponible en grande quantité, du gravier, de l’eau qui coule à flot sur place et ils n’ont pas besoin d’en acheter, mais concernant le ciment et le fer ils le chargent sur les têtes depuis Salamani jusqu’à Ouzini. « Vous voyez cette mosquée en pleine construction, nous avons utilisé de milliers de sacs de ciments transportés sur nos têtes. Une situation inimaginable mais vraie en 2015 » a insisté ce maitre coranique.

Ouzini reçoit des aides de temps en temps de la part des ONG et associations mais les habitants sont parfois réservés quant aux objectifs des opérations. Ils pensent souvent qu’il y a des politiciens derrière pour « les foutre dans la merde ».

Ces derniers temps, certains jeunes, très courageux, sont partis à Mayotte pour chercher une autre vie, observer le monde, savoir ce qui se passe en dehors de ce petit monde très fermé. Ils envoient des sous à leurs familles pour les besoins quotidiens.

Des jeunes et femmes courageux

Sur notre chemin, nous avons rencontré des gens de tous âges ayant traversé cette colline avec sur leur dos des sacs de riz, des bidons d’huile ou de sacs de sucre venant de Salamani ou de Domoni. «  Nous pouvons traverser ce chemin 2 à 3 fois par jour selon les besoins. On n’a pas le choix et personne ne se soucie de nous » nous a raconté le chef du village que nous avons croisé sur le chemin du retour.

Selon des propos d’une vieille dame, les habitants se marient entre eux car les étrangers n’aiment pas venir s’installer ici longtemps. Un enseignant de Domoni qui était payé à 150 000 KMF par la communauté pour assurer les cours de classe de CM2 n’a pas pu supporter les allers-retours et a dû arrêter le contrat. Le village ne compte aucun bachelier.

À la question de savoir s’ils accepteraient d’être relogés dans un autre endroit, la réponse est sans équivoque « nous sommes fiers de chez nous, nous vivons en harmonie avec la nature, il n’y a pas de pollution, nous mangeons bio et nous mourrons tous ici ».

Les prétendants aux présidentielles 2016 peuvent aller lancer leurs campagnes à Ouzini et promettre de désenclaver le village. Mais attention à ne pas faire comme Sambi car vous seriez une persona non grata à Ouzini. Par contre un Cheick Mc ou un Soumette à Ouzini donnerait beaucoup le sourire à ces habitants qui n’ont jamais organisé un concert.

Mbaraka Djoumbe

Anjouan vit au rythme du ramadan

Archipel des Comores

Archipel des Comores

La population anjounaise comme celle des autres îles de l’archipel des Comores observe le jeûne du mois sacré du ramadan. Cette année le climat est favorable dans toute l’île : il n’y a pas trop de chaleur ni de soleil. Dans le Nyumakele c’est plutôt le froid qui domine actuellement. On ne sent vraiment pas d’affaiblissement physique dans la journée.

Nyumakele, une région riche en agriculture

Les habitants du Nyulakele ne se plaignent pas de la nourriture pour rompre le jeûne le soir. La région a une auto-suffisante alimentaire qui permet à ces populations de vivre le ramadan sans crainte. Des marchés occasionnels dans les quartiers sont installés partout pour l’occasion. On peut trouver dans ces marchés des patates douces, des tarots, du manioc, de la banane et des légumes. Les prix sont dans la plupart estimé à 500 KMF le tas qui peut nourrir au moins deux bouches. Les revendeuses n’hésitent pas à descendre jusqu’à Domoni ou Mutsamudu pour revendre ces produits vivriers en vue d’engranger beaucoup plus de bénéfices. « L’abondance des tubercules et des légumes dans cette région est le fruit de travail de certaines ONG qui sont venues nous apprendre des nouvelles techniques pour l’agriculture. De même des nouvelles espèces venant d’autres pays ont été injectées et la production se fait plus rapidement que dans les espère d’avant » déclare Moussa Houmadi un habitant de Mrémani. Malgré la pauvreté dans cette région, les familles arrivent à joindre les deux bouts avec des produits locaux. Madame Hadija Bouchrane originaire de Adda agricultrice et vendeur au carrefour KOHANI (Rond point qui mène vers Domoni, Mrémani et Moya) se dit fière de son métier d’agricultrice car elle arrive à subvenir aux besoins de ses enfants « Si nous vendons nos récoltes c’est pour pouvoir acheter du poisson, des habits pour nos enfants et assurer leur scolarité. Aujourd’hui, nous sommes capables de nourrir toute la population comorienne sans que cela nous affecte. Par jour je peux faire un chiffre d’affaires allant jusqu’à 50000 KMF contrairement aux autres mois où on est entre 5000 et 25000 KMF ». Le même constat se fait sentir chez ses collègues qui voient le ramadan comme une opportunité pour réduire un peu leurs produits en abondance dans les champs.

Bazimini ou les bonnes affaires

A quelques kilomètres du Nyumakelé l’on trouve la localité de Bazimini communément appelée Dubai, un surnom dû à ses commerces à bas prix. Cette année on a noté une présence très remarquée de jeunes hommes et femmes venus de la Grande-Comores pour acheter des habits et chaussures pour aller les revendre à Moroni. « Dès la première semaine du mois de ramadan, nous avons constaté l’arrivée des gens venus de la Grande-Comore pour acheter nos marchandises. C’est une bonne chose pour nous. En une journée on reçoit une centaine de clients venus d’Anjouan et des autres îles notamment à Ngazidja. Il est facile de faire un chiffre d’affaires avoisinant les 2 000 000 KMF par jour et cela augmente de jour en jour » a affirmé Anli Saindou, un commerçant de Bazimini. La présence des jeunes dans le commerce peut s’expliquer par plusieurs facteurs notamment le chômage, le coût de transport Dar-Salam –Moroni, l’affaiblissement de l’euro au niveau international. « Nous préférons venir à Anjouan à Dar –salam car nous trouvons des articles moins chers ou aux mêmes prix qu’à Dar-Salam. Nous achetons en gros comme en détail. En plus de cela on se comprend très bien il n’y a pas de problème de langues. Le retour sur investissement est très significatif. Nos fournisseurs achètent en Chine comme ceux de Dar-Salam donc pas besoin de se casser la tête » a expliqué un jeune de Ntsaweni rencontré à Bazimini le vendredi dernier. C’est aussi un habitué du lieu depuis 2013. Malgré le bras de fer entre la mairie de Moroni et les marchands ambulants, ces jeunes espèrent écouler toutes leurs marchandises dans les meilleurs délais. La concurrence se fera au niveau des prix où chaque personne voudra faire valoir ses techniques marketing afin de persuader les familles à acheter leurs produits.

Il faut souligner aussi que la circulation routière a été perturbée en fin de semaine dernière pendant deux jours à Mutsamudu. Les bus ne sont pas autorisés à circuler dans Mutsamudu à partir de 9H, ainsi en a décidé le maire de Mutsamudu. Mécontents, les transporteurs du Nyumakele et des autres régions ont décidé d’observer deux jours de grève ce qui a amené un compromis entre le maire et les transporteurs. Désormais les bus sont à nouveau de retour dans les stations habituelles.

Mbaraka Djoumbé

Salwa-Mag ou la positive attitude

Culture

« Il s’agit d’apporter notre pierre à l’édifice pour soigner cette image et à montrer que tout n’est pas mort dans le pays ».

salwamag

« Salwa, la femme Comorienne » est une page qui retient l’attention de plusieurs usagers comoriens du réseau social Facebook. La page publie des portraits de personnalités féminines des Comores, des articles…etc. Pour en savoir plus, Mlimengu s’est entretenu avec Faraenti Abdallah Mgueni, celle qui diffuse quotidiennement les informations sur cette page. Ancienne présentatrice du journal à l’ORTC, cette mère de deux enfants a fait des études de Lettres Modernes à l’Université Paris 13. Elle a également suivi des formations en journalisme dans la région de l’Océan Indien et en France. Titulaire d’un diplôme de santé (assistante d’infirmière) obtenue aux Etats Unis, Faraenti était chargée de communication à la mission des Comores auprès des Nations Unies à New York.

 

Mlimengu : Depuis plusieurs mois, Salwa-Mag est apparu sur facebook, qui est ce ?

 Abdallah Mgueni Faraenti : Salwa-Mag est un magazine. Nous sommes une équipe de 5 personnes. Je suis la directrice de publication et la conceptrice. Je suis mariée et mère de deux garçons de 6 et 3 ans. Agée d’une trentaine d’année, je vis aux Etats-Unis avec mon mari et mes enfants où je travaille dans une compagnie qui vend des téléphones portables.

M : qu’est-ce qui vous a motivé à créer ce magazine ?

A.M.F : Les raisons qui m’ont poussée à créer ce magazine sont multiples mais je vais vous citer juste une que je trouve primordiale. Comme vous le savez, notre pays souffre d’une mauvaise image à l’extérieur et pourtant, les bonnes initiatives individuelles ou collectives ne manquent pas. Il est donc temps de parler des Comores autrement, sortir des clichés. Voilà d’où vient l’idée de lancer Salwa-Mag. Il s’agit d’apporter notre pierre à l’édifice pour soigner cette image et montrer que tout n’est pas mort dans le pays. Les Comores, ce n’est pas seulement la pauvreté et les crises institutionnelles, il faut mettre en exergue la richesse physique et intellectuelle de l’archipel. On a décidé tout simplement d’adopter la « positive attitude » en passant par la femme.

M : Pourquoi justement passer par la femme comorienne pour un tel objectif ?

A.M.F : Nous avons choisi la Femme pour appuyer et mener cette vulgarisation pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que les Comores ont une société matriarcale et matrilinéaire. La femme comorienne bénéficie plus de droit et de notoriété que l’homme. D’ailleurs, une enquête de Thomson Reuters, sur les droits des femmes dans les pays de la Ligue arabe, classe l’archipel des Comores au premier rang. L’archipel des Comores est donc selon l’agence, le meilleur pays arabe où il fait bon d’être une femme. Une étude qui confirme les privilèges dont jouissent les Comoriennes qui pourraient faire des jalouses. Une telle consécration ne pouvait pas nous laisser indifférentes. Ensuite, la Femme comorienne présente une beauté inouïe qui est le résultat d’un métissage africaine, indienne et arabique. En plus, sa cuisine est unique par sa diversité. Et elle est active et malheureusement peu visible à cause de la tradition. Enfin, nous avons choisi la femme parce que les recensements successifs montrent que la population comorienne est composée de plus de femmes que d’hommes.

M : Pourquoi le prénom Salwa ?

A.M.F : Salwa, c’est tout simplement le prénom de ma mère. J’ai choisi ma mère pour lui rendre un grand hommage. Pour moi, c’est un vrai modèle, malgré qu’elle n’ait pas pu faire des études supérieures, elle s’est battue comme une lionne pour nous élever. Aujourd’hui, je dis merci maman.

M : Comment vous vous y prenez pour pouvoir publier des articles ? Rencontrez-vous des difficultés ? Lesquelles ?

A.M.F : Une très bonne question. Moi et mon équipe nous nous battons tous les jours pour alimenter la page et pourtant c’est un travail non rémunéré en tout cas pour l’instant. En même temps, chaque membre de l’équipe travaille à coté pour nourrir sa famille et payer les factures dont l’Internet que nous utilisons. La deuxième difficulté se trouve être le problème de toucher quelqu’un aux Comores. Parfois, on programme quelqu’un et la personne n’a pas de connexion pour envoyer la photo ou le texte, pas de courant pour se connecter alors que nos lecteurs attendent et ignorent ces aléas. La plupart du temps, nous sommes obligés de prendre celles qui sont à l’extérieur. J’ai une bonne liste de femmes qui méritent vraiment de passer dans Salwa-Mag, à qui j’ai envoyé le questionnaire depuis deux mois et qui malheureusement n’ont pas répondu. Donc, je demande toujours de la patience et de l’indulgence à nos lecteurs.

M : Pensez-vous que Salwa-Mag paraîtra un jour en version papier ?

A.M.F : Effectivement, Salwa-Mag paraîtra en version papier et sera vendu dans 4 ou 5 pays. Nous sommes dans les préparatifs. D’ailleurs, je prends l’occasion d’inviter les annonceurs à prendre contact avec nous rapidement s’ils envisagent de paraître dans le prochain numéro.

M : combien de temps devrons-nous attendre pour le lire en version papier ? Sera-t-il hebdomadaire, mensuel ou annuel ? 

A.M.F : Dans peu de temps, nous allons lancer le premier numéro de Salwa-Mag aux Etats-Unis et Canada, ensuite en France et à Moroni. Salwa-Mag paraîtra deux fois par an en version papier par contre nous allons continuer le combat sur la page facebook « Salwa, la femme comorienne », en vous faisant découvrir, la beauté et la bonté de la femme comorienne ainsi que son combat quotidien.

 M : comment imaginez-vous ce magazine d’ici cinq ans ?

A.M.F : Salwa-Mag d’ici 5 ans, je préfère garder le secret mais si nous sommes en vie d’ici là je l’imagine grandiose… Bientôt le site Web Salwa .com que nous mettrons en place bientôt incha allah. Avec toutes les rubriques: cuisine, santé, sport, culture, politique et un espace de recherche que la future génération comorienne s’y retrouvera pour ses repères.

Propos recueillis par Natidja HAMIDOU

Alwatwan. La liberté d’expression mise en cause aux Comores

Mohamed Abdou Soimadou, DG du journal Alwatwan

Mohamed Abdou Soimadou, DG du journal Alwatwan

Ce qui se passe ces derniers temps au sein du quotidien gouvernemental Alwatan nous interpelle tous. Le directeur général de ce journal, Mohamed Abdou Soimadou a une drôle de conception de la liberté d’expression.

Les médias sont aujourd’hui reconnus comme le premier contre-pouvoir dans les sociétés démocratiques en Occident. Il faut rappeler que des scandales ont été dévoilés par la presse que le pouvoir exécutif aurait voulu étouffer. Le scandale le plus célèbre du siècle passé est celui du WATERGATE aux États-Unis sous la présidence de RICHARD NIXON.

En Afrique la démocratie est récente, voire fragile. En UNION DES COMORES, elle demeure balbutiante.

Les journalistes d’Alwatan sont d’abord des professionnels de la presse écrite  qui vérifient leurs sources avant de publier telle information ou tel article. Suspendre ou limoger un journaliste ou une journaliste à cause de sa liberté de plume nous amène à nous interroger sur la conception que les censeurs officiels ont de la liberté d’informer. Les journalistes peuvent-ils publier des contre-vérités ou des mensonges maquillés pour être politiquement correcte ? Est-ce que publier un article non complaisant envers la ligne officielle du gouvernement constitue un délit ?

A propos de la crise qui oppose la rédaction du journal gouvernemental au Directeur Général, on se demande où sont passés les défenseurs de la liberté d’expression ? 

Alwatan est certes un quotidien gouvernemental, ce n’est pas pour autant qu’un journaliste n’a pas un minimum de droit et qu’il ne peut pas émettre un avis contraire contraire à celui du gouvernement. Mais, aux Comores, on confond la critique et l’insulte, or en démocratie, sans critique, il n’y a pas de progrès possible pour un pays. Malgré ces critiques, les médias gardent un rôle indispensable pour équilibrer les pouvoirs institutionnels, et leur pluralité permet d’accéder à une information diversifiée.

La classe politique comorienne, au lieu de nous rabâcher les oreilles à longueur d’interventions sur le thème du « il faut sauver les institutions », devrait consolider l’un des piliers de la démocratie, c’est-à-dire la liberté d’expression. La séparation des pouvoirs, le pluralisme d’opinions doivent être garantis par un arsenal législatif.

Il est inadmissible que des journalistes soient mis au pas ou réduits au silence. Le quotidien Alwatan ne peut pas fonctionner comme la Pravda sous l’ère Stalinienne. A l’heure du numérique et de la multiplication des blogs d’informations , la liberté d’expression ne peut pas être sous surveillance .

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Mayotte. Une délinquance progressive et dramatique

Mayotte

Carte de Mayotte et son lagon

Mayotte connaît une explosion de la délinquance ces dernières années. L’île n’est pas organisée pour répondre aux besoins de sa jeunesse.

C’est le plus jeune des départements français, mais en ce qui concerne les agressions physiques, les incivilités ou les atteintes aux biens, Mamoudzou, chef-lieu, occupe une place de choix dans la liste des villes les plus cambriolées, puisqu’elle est classée quatrième au palmarès. La montée de cette délinquance est devenue progressive et dramatique.

Le sentiment de sécurité est un besoin vital au même titre que boire, manger ou dormir. Lorsque ce besoin n’est pas satisfait, une sensation de malaise s’installe , on devient inquiet voire anxieux.

Il faut rappeler que depuis les événements de 2011, la délinquance est devenue plus visible et l’atteinte aux biens a fortement augmenté. Ainsi les cambriolages qui représentaient déjà 17% des faits de criminalité atteignaient 40% en 2012 et 58% en 2013.

Quelles sont les causes de la hausse de cette délinquance ? Où sont les élus du conseil départemental ? Où est la préfecture et les acteurs de la société civile ? Qu’ont-ils fait en amont pour éviter ce phénomène ?

Il y a un réel souci en ce qui concerne la délinquance des mineurs et les causes sont multiples. Mayotte connait un changement rapide, qui se caractérise par la coexistence de deux modèles. D’une part une société traditionnelle fondée sur un idéal communautaire et des références religieuses et une société de consommation occidentalisée d’autre part, qui draine son lot de désirs : véhicules, téléphones, matériels informatiques de dernier cri… Face à cette modernisation brutale de l’île, les parents maorais ne savent plus comment élever leurs enfants. On est passé trop rapidement de ce modèle communautariste où c’était tout le village qui élevait les enfants à un modèle individualiste qui ne correspond pas à la société mahoraise. On est donc face à un véritable problème d’ordre socio-culturel.

On constate que cette délinquance des mineurs est d’abord alimentaire dans la plupart des cas : ce sont des jeunes qui volent pour revendre et s’acheter des choses. Il faut construire des centres de détention pour mineurs, dans lesquels on propose un encadrement (scolarité, activités sportives, culturelles…) afin de faciliter leur insertion dans la société. On a affaire à une population jeune qui souffre, qui n’a pas d’emplois et qui est sortie du système scolaire sans la moindre qualification.

Face à ce fléau qui ne cesse de croître, il faut une réaction politique et pourtant on observe une gué-guerre entre l’Etat et le département au sujet des mineurs isolés. Selon une étude réalisée par David Guillot en 2012 de l’association Tama qui s’occupe des mineurs isolés, il y a 3000 ou 4000 mineurs isolés qui sont à Mayotte, le département se dit non responsable de ces chiffres, car c’est la conséquence d’une politique de reconduite à la frontière menée par l’État à Mayotte. La situation de ces mineurs isolés est la conséquence de la politique de l’administration et de la préfecture. Les reconduites se font rapidement à Mayotte. Lorsqu’on interpelle quelqu’un à 9h, on peut être sûr qu’à 15h il a quitté le territoire.

Les conséquences économiques et sociales sont alarmantes : baisse d’activité pour les entrepreneurs et les responsables des restaurants car les consommateurs ont peur de sortir seul la journée ou le soir.

Il est urgent de réunir autour d’une table les pouvoirs publics, les associations, les entrepreneurs et autres organismes concernés et essayer de trouver enfin des solutions concrètes qui soient suivies d’effets. C’est une question cruciale pour la survie de l’économie locale et de la population.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY