Abdoulfatah

Les élections législatives aux Comores. Les jeux sont ouverts

Les élections législatives aux Comores

Les jeux sont ouverts

Les Comoriens sont appelés aux urnes ce dimanche pour le deuxième tour des élections législatives et pour l’élection des conseillers des communes qui éliront les Maires dans les différentes villes.

Ce premier tour a vu apparaître trois forces importantes : Juwa de l’ex-président Mohamed Sambi, Rassemblement Démocratique des Comores du Gouverneur Mouigni Baraka et l’UPDC, le parti présidentiel. Entre les trois partis, c’est celui qui réussira à rallier le plus de « perdants » qui l’emportera demain, ensuite, c’est celui qui pourra former une majorité à l’Assemblée qui pourra prétendre être la première force du pays. Le premier parti du pays sera au pouvoir au lendemain de ces élections car même si nous ne sommes pas en régime parlementaire, il est certain qui si l’UPDC n’arrive pas à constituer une majorité, elle sera obligée de faire entrer au gouvernement l’opposition ou à accepter un sabotage systématique de tous les projets qui passeront à l’Assemblée. Et puis, au-delà de la Constitution, il ne serait pas très démocratique qu’une minorité commande la majorité.

Juwa a sans doute fait le plein de ses voix, à quelques exceptions régionales près. Dans pratiquement toutes les circonscriptions, le « Tout sauf Sambi » s’est mis en place, sauf à Moroni où le parti a remporté dès le premier tour la circonscription de Moroni Nord, aux dépens surtout du député sortant, Abdoulfatahou Saïd Mohamed. Même en ballotage favorable, Mohamed Msaidié (Juwa), à Moroni Sud avait très peu de chance de gagner, mais à Moroni le « TSS » semble s’être transformé en « TSK » (« Tout sauf Kiki »), la plupart des candidats malheureux s’étant ralliés à la personnalité consensuelle du candidat de Juwa par opposition au bouillonnant Kiki de la République.

Il est certain que Juwa a déjà perdu son pari d’obtenir la majorité à l’Assemblée et les 2/3 au Congrès pour modifier la Constitution et permettre à leur président d’honneur Mohamed Sambi de briguer de nouveau la présidence pendant le « tour » de Ngazidja. Il lui reste à limiter les dégâts en concrétisant quelques victoires à Anjouan.

Le RDC quant à lui s’est vu soudainement fermer la porte par l’UPDC, le MOUROUA, la CRC, le RADHI, le PEC et d’autres partis qui dénoncent la manière dont le Gouverneur a utilisé les moyens de l’État et de l’Île de Ngazidja pour avantager ses candidats ou le recours abusif au vote par procuration qui prête à confusion. Mais, en réalité, plus que tout, les partis craignent que le Gouverneur Mouigni Baraka ne soit le véritable vainqueur de ces élections dimanche soir et que cela ne lui permette d’apparaître comme un candidat crédible pour les présidentielles de 2016.

Enfin l’UPDC dont plusieurs observateurs ont annoncé la mort dès la fin du premier tour pourrait être la surprise du second tour tant il semble que le gouvernement a décidé de mettre le paquet partout où le parti présidentiel est au second tour. Le débauchage d’un suppléant d’un adversaire à Mohéli en est une preuve. Les résultats de dimanche pourraient conditionner la manière dont le régime du président Ikililou Dhoinine finira. Mené par Mohamed Ali Soilihi, Ministre des Finances, l’UPDC s’éloigne d’un allié de l’avant premier tour : le RDC et semble se rapprocher du parti RADHI.

Quelque soit le parti qui sortira vainqueur dimanche soir, ce qui caractérise le second tour de ces élections, ce sont les alliances à « géographie variable », selon le lieu, selon la circonscription, les alliances sont différentes et les adversaires ne sont pas les mêmes.

Mahmoud Ibrahime

Le Président Ikililou a fixé les élections au 2 novembre

Le Président Ikililou a fixé les élections au 2 novembre

ikililouLe 2 août, le Président Ikililou Dhoinine a signé le décret fixant les élections des députés de l’Union, des conseillers des Iles et des conseillers municipaux au 2 novembre prochain. Le deuxième tour des élections des députés aura lieu deux semaines après conformément à la Constitution, les deux autres scrutins se déroulent en un seul tour.

Nous étions nombreux à douter de la tenue de ces élections aux dates prévues, le Président Ikililou nous surprend encore une fois. En effet, les pré-requis semblaient nombreux et difficiles : obtenir les fonds, recenser plus de 80% des inscrits sur les anciennes listes électorales, régler les problèmes de mise en place des communes… En signant ce décret du 2 août, le Président fait le pari que tous les problèmes seront réglés entre temps, et surtout avant l’ouverture de la campagne électorale fixée au 4 octobre.

Cependant le consensus qui a prévalu jusque-là pour la date de l’organisation de ces élections semble voler en éclat. En effet, plusieurs personnalités et partis politiques remettent en cause la liste des membres de la Commission électorale indépendante.

A la tête de la fronde se trouve, encore une fois, le député de Moroni, élu du parti Orange, Abdoulfatah Saïd Mohamed. Dès l’annonce de la liste, il a dénoncé les irrégularités commises au niveau de l’Assemblée de l’Union pour la désignation des députés au sein de la CENI. En effet, l’article 44 du code électoral prévoit que c’est au Bureau de l’Assemblée de désigner les cinq membres qui doivent siéger à la CENI. Or le Bureau, dont il est membre, n’a jamais été convoqué pour cela. Il a ensuite saisi la Cour constitutionnelle qui aurait donc empêché les membres désignés par l’Assemblée de prêter serment tant qu’elle n’aura pas procédé à l’examen de la requête du député.

Cette affaire révèle un des problèmes que posent les institutions actuelles. En effet, on remarque qu’il est possible d’avoir un parti majoritaire à l’Assemblée qui soit dans l’opposition nationale. Il est donc difficile de trier entre l’opposition et la majorité.

Le Président de la République a décidé également d’attribuer l’unique siège de l’opposition nationale à un groupement de cinq partis qui se sont manifestés récemment, notamment en lui rendant visite à Beit-Salam. Il se trouve que ces cinq partis ne représentent qu’une partie de l’opposition et qu’aucun de ces partis n’est représenté à l’Assemblée de l’Union.

Mohamed Dossar, membre du Parti Juwa et Houmed Msaidié, Secrétaire Général du parti RADHI, deux personnalités dont les partis sont dans l’opposition et sont représentés à l’Assemblée ont confié leur étonnement et doute, ce matin, à la Gazette des Comores dont un article avait pour titre : « Le chef de l’état cherche-t-il à légitimer une opposition de papier ? »

Mahmoud Ibrahime 

Les Commissaires de Ngazidja censurés

Samedi 10 mai, les Conseillers de l’île de Ngazidja ont voté une motion de censure contre les commissaires de l’île. Selon l’article 57 de la constitution de l’Ile autonome de Ngazidja la motion de censure devait être votée par les 2/3 des conseillers, 17 ont voté pour.

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Dans ce cas de figure le même article 57 prévoit que le doyen des commissaires remet, au nom de l’équipe, leur démission au Gouverneur de l’île.

Cette motion avait été déposée au moins 48 heures avant l’intervention du vote et le gouverneur Mouigni Baraka n’avait pas réagi, comme l’ensemble de son équipe. Les 16 conseillers qui l’ont déposée se plaignent du fait que quatre commissaires convoqués pour être entendus par les conseillers n’avaient pas trouvé utile de se déplacer. Ajouter à cela le fait que certains se rendent devant les conseillers sans avoir de réponse à fournir, l’attitude des commissaires et du gouverneur à l’égard de cette institution s’apparente de plus en plus à du mépris. En tout cas, c’est le sentiment de la grande majorité des conseillers qui ont voté cette motion.

Une motion avait déjà été déposée le 26 décembre 2013, mais avait été rejetée in extremis, grâce à l’implication personnelle du gouverneur. Cette fois, nous sommes en droit de nous demander si le Gouverneur avait oublié qu’une motion de censure avait été déposée ou s’il croyait les conseillers incapables de la voter.

Il y a eu très peu de réactions de la part des leaders politiques de l’île.

Ce n’est que quelques heures après le vote de la motion de censure que le cabinet du Gouverneur a réagi en laissant entendre que des irrégularités ont été commises et que l’affaire sera portée devant la cour constitutionnelle. En attendant, les Commissaires sont maintenus en place.

Le député de Moroni, Abdoulfatah Saïd, qui était avec Mouigni Baraka dans le parti Orange avant sa scission, a déclaré soutenir cette motion de censure et menace d’une censure les ministres de l’Union qui eux aussi « ont décliné plusieurs de nos invitations sur les questions orales au gouvernement » a-t-il confié à l’agence HZK.

La gouvernance de l’île de Ngazidja entre ainsi dans une crise, faute de l’avoir désamorcée en amont. Pourtant, en homme avisé, le Gouverneur Mouigni aurait pu profiter de cette motion de censure pour donner un nouveau souffle à sa politique dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle apparaît comme sans direction depuis quelque temps. Pour le moment, il choisit le bras de faire dans des circonstances qui risquent de ne pas lui être favorables à quelques mois des élections législatives et communales.

Mahmoud Ibrahime