Agwa

Fermeture de la Radio Kaz par le gouvernement comorien. Le préfet s’explique.

Agwa

Abdallah Agwa

Après avoir ordonné la fermeture de Radio Kaz le 16 août dernier, le Préfet du Centre Salim Ben Mohamed Soilihi en explique les raisons dans les colonnes de la Gazette des Comores et d’Al-Watwan ce vendredi 18 août.

Dans la Gazette, il justifie sa mesure par « C’est le code de l’information, notamment l’article 1, qui m’autorise à fermer cette radio » (sic). Dans cette phrase soit le journaliste soit le préfet, l’un des deux fait une erreur car l’article 1 ne dit rien d’autre que « Le présent code est dénommé Code de l’information et de la Communication ». L’article d’Al-watwan est plus précis puisque le préfet reste sur l’article 5 évoqué dans son arrêté et précise : alinéa 1 (« non respect de la dignité humaine »). Le journal gouvernemental explique que le préfet aurait ordonné la fermeture de la Radio après la diffusion d’une interview de l’ancien journaliste Abdallah Agwa dans laquelle ce dernier s’en prenait à la dignité d’une personne. On y apprend également que dès jeudi soir, des militaires ont débarqué à la radio pour saisir le matériel, encore fois dans un cadre extra-judiciaire et hors-la-loi.

En effet, le Code de l’Information aux Comores ne prévoit pas que le préfet, le Ministre ou la Gendarmerie puissent prendre des sanctions contre un média de leur propre initiative sans l’intervention du Conseil National de la Presse et de l’Audiovisuel (CNPA). Dans le cas évoqué par le préfet pour justifier la sanction prise (diffamation ou injure envers un individu), le Code prévoit que la personne lésée demande un droit de réponse (qui ne peut lui être refusé) ou que le CNPA saisisse le juge. Aucune de ces mesures n’a été enclenchée et le CNPA reste jusqu’à aujourd’hui silencieux sur cette nouvelle forfaiture du gouvernement contre un média.

Dès le 16 août, il nous semblait que c’était une autre raison qui avait motivé le gouvernement à fermer cette radio (alinéa 5 de l’article 5 du Code de l’Information : « appel au séparatisme ») et nous évoquions l’interview du Gouverneur d’Anjouan, qui devait être diffusée le lendemain et dans laquelle, Abdou Salami dénonçait la volonté du gouvernement de mettre fin à la tournante (lire ici : Comores. Radio Kaz fermée par le gouvernement). Depuis, cette interview a été diffusée ailleurs, comme nous le pressentions. Le gouvernement avance un autre argument sur un autre fait et prend une décision qui au regard du Code de l’Information est illégale.

MI

Trait pour trait. Abdallah Abdou Hassane, animateur de la radio Baraka FM

TRAIT POUR TRAIT. ABDALLAH ABDOU HASSANE, ANIMATEUR DE LA RADIO LA BARAKA FM

Qui n’a pas écouté, au moins, une fois la radio La Baraka Fm ? Qui n’a jamais entendu parler de son animateur principal ? Personne, si l’on habite sur l’île de Ngazidja. Et pour cause : tous les soirs, à 21 h pétantes, nombreux sont les habitants de l’Île qui sont branchés sur cette radio libre pour s’enquérir de l’actualité politique, économique et sociale du pays. Tout le monde y est invité ou s’y invite : des hommes politiques, du pouvoir ou de l’opposition, des députés, des conseillers des iîles, des directeurs des sociétés d’Etat, des membres de cabinets ministériels, des juges, des avocats, des oulémas, des enseignants, des médecins et des étudiants. Tous les sujets y sont traités. Toute l’actualité y est scrutée. Et les appels téléphoniques des auditeurs font le succès de cette radio.

Abdallah Agwa

Abdallah Agwa

Un homme incarne à lui seul la voix de cette radio. Cet homme s’appelle Abdallah Abdou Hassane alias Abdallah Agua. Animateur vedette de cette radio libre sise à Ntsoudjini au centre de l’île de de Ngazidja, Abdallah Abdou Hassane est le cauchemar quotidien de tous ceux qui détiennent le pouvoir, au sein de l’Union et dans les gouvernorats. Il guète leur moindre scandale, leur moindre faux-pas. Il déplore la mauvaise gestion des finances publiques, le manque d’eau et d’électricité, le mauvais fonctionnement des services publics de la santé, de l’éducation, du transport. Il dénonce virulemment les détournements des deniers publics, la corruption, le favoritisme, le népotisme et « l’insularisation » des régimes.

Abdallah Abdou Hassane est né en 1976 à Ntsoudjini et il est père de trois enfants dont la bien nommée Daria, patience, résistance et persévérance en comorien. Un clin d’œil au fait que l’animateur était détenu en prison lorsque sa fille est née. Les décentes nocturnes des policiers chez lui, les arrestations musclées et les détentions, c’est son lot quotidien depuis qu’il fait de la radio et de la télévision. D’ailleurs il aime répéter que le régime de Sambi l’a radié de la fonction publique. Mais il rassure qu’il n’a jamais été condamné, car à chaque fois il rapportait la preuve de ce qu’il a dit à la radio où à la télévision. Son obsession, c’est la protection de ses sources d’information. En dépit des interrogatoires musclés, il ne les révèle jamais.

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De gauche à droite : Abdou Moussa, Irchad Abdallah et Abdallah Agwa

Abdallah Abdou Hassane est l’un des animateurs radio les plus en vue. Pourtant, il n’a pas fait d’études et n’est titulaire d’aucun diplôme. Il dit avoir fait seulement l’école coranique et quitté l’école française en cour préparatoire pour faire l’école de la vie. La radio est pour lui une passion et on le comprend en voyant les moyens dérisoires et rudimentaires avec lesquels il officie. Il faut vraiment aimer ce qu’on fait pour pouvoir travailler dans ces conditions-là. L’on se demande où il reçoit ces ministres, ces leaders politiques, ces avocats, ces juges, ces députés et conseillers, ces oulémas tellement l’espace est rare et l’ameublement sobre. Svelte, silhouette mince et des grosses lunettes barrant un visage déjà rempli de rides, Abdallah Abdou Hassane, l’homme, ne reflète pas Abdallah Agua l’animateur opiniâtre et zélé. L’homme courtois et discret qu’il est, l’antithèse de l’animateur à la voix combative et dénonciatrice qu’il incarne tous les soirs à la radio. On comprend pourquoi ses invités se dévoilent et se confient aisément. En bon père de famille, l’homme rassure. Mais il ne faut pas dire que d’aucuns pensent que sa radio prendrait la voix de la Radio Milles Collines et inciterait à la haine entre les populations des îles, car l’animateur refait surface. Il sort ses griffes, se défend d’inciter quiconque à la haine et explique que des radios comme la sienne existent à Anjouan et à Mohéli et Dieu sait que leurs animateurs n’encensent pas le grand-comorien. D’où lui vient cette passion de la radio? C’est juste qu’au début il appelait la radio Multimédia Com, une radio libre, en tant qu’auditeur pour émettre ses opinions, puis se faisait inviter à la CRTV, une chaine de radio et de télévision privée, pour commenter l’actualité politique nationale.

Mais le déclic pour s’engager en tant qu’animateur est venu avec l’avènement de la citoyenneté économique, chère à l’ex-président Sambi. Il a fait de la radio et de la télévision pour s’opposer au projet de Sambi de vendre les passeports comoriens à des apatrides Bédouines des monarchies du Golf persique.

Ne craint-il pas pour sa vie et celle de sa famille en s’attaquant à des personnalités ou à des dossiers sensibles comme le séparatisme, les détournements dans les sociétés publiques, l’assassinat du lieutenant-colonel Combo Ayouba ou les ventes des passeports ? Il répond qu’on ne meurt qu’une fois. Tant qu’il respire, il continuera de faire de la radio et de défendre ses idéaux.

A ceux disent que des personnalités du pouvoir lui versent des subsides, il nie être à la solde de quiconque. Sinon il y a longtemps il serait parti en France ou ailleurs. Ce ne sont pas les offres qui manquent : on lui propose souvent des voyages. Car, l’homme dérange. Sa langue est comme un couperet et Dieu sait combien de têtes il a fait tomber. A chaque fois qu’il s’attaque à une personnalité haut placée, le décret présidentiel de limogeage tombe. Il a l’œil partout et est au courant de tout (Djini bahari, aime-t-il se qualifier).

On raconte qu’une fois l’ex-président Sambi a refusé d’ouvrir le conseil des ministres en ironisant sur le faitqu’il manquait encore Abdallah Agua pour commencer. Car l’animateur racontait le soir ce qui a été dit en conseil le matin. Pourquoi critique-t-il systématiquement Mouigni Baraka Said Soilih, Gouverneur de l’Île de Ngazidja et natif de Ntsoudjini comme lui ? Il dit s’attaquer au bilan du Gouverneur de l’île et non à la personne de Mouigni Braka qui est dorénavant un ami propre. Est-ce que c’est parce qu’il critique le gouverneur qu’on a incendié sa radio ? Il dit ne rien savoir si ce n’est qu’il fait des jaloux, y compris dans sa propre localité.

Il faut reconnaitre qu’Abdallah Abdou Hassani participe activement et à sa manière à l’édification de l’Etat de droit et à l’enracinement de la liberté de la presse aux Comores. A défaut d’avoir les guignols de l’info, les comoriens de Ngazidja ont la Radio La Baraka FM.

Abdou elwahab Msa Bacar