Ahmed

L’indépendance des Comores

L’indépendance des Comores

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d'indépendance le 6 juillet 1975

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d’indépendance le 6 juillet 1975

Le 6 juillet 1975, par une déclaration unilatérale, le Président de la Chambre des Députés, Ahmed Dahalani, puis le président du Conseil de Gouvernement, Ahmed Abdallah proclament l’indépendance des Comores, après un vote solennel des députés.

Cette indépendance arrivait 15 ans après la majorité des pays africains qui ont pris l’indépendance en 1960. Aux Comores, elle est négociée depuis 1972, et la notabilité politique de l’époque, autour d’Ahmed Abdallah et du parti UDZIMA avait obtenu du président Giscard d’Estaing de conserver tous les pouvoirs après l’indépendance, malgré les protestations de l’opposition autour du discret Saïd Ibrahim et du FNU qui réclamaient des élections générales.

Pourtant, après une tentative de reculade de l’État colonial, la notabilité au pouvoir se sent trahie et humiliée. Elle décide de prendre l’indépendance non plus « dans la coopération et l’amitié avec la France » comme prévu, mais brusquement par une déclaration unilatérale. Les Comores doivent être avec les Etats-Unis, les deux seuls pays au monde à avoir eu recours à ce mode de prise d’indépendance. Il faut noter que la Guinée de Sékou Touré avait profité de la possibilité offerte par le Général de Gaulle pour quitter le giron français en votant « non » à la Constitution de la Ve République en 1958.

Le processus de colonisation des Comores par la France s’est faite en plusieurs étapes.

L’île de Mayotte est colonisée officiellement en 1843, après avoir été achetée d’une manière frauduleuse à Andriantsoly, un prince malgache qui avait réussi à s’emparer de l’île quelques années auparavant. Les trois autres îles sont colonisées en 1912, après être passées par le statut de protectorats à partir de 1886.

Les historiens ont déterminé trois phases de la colonisation française aux Comores.

La première va de 1912 à 1946, il s’agit d’une période pendant laquelle l’archipel est rattaché à Madagascar et géré comme une province de la Grande Ile.

Pendant la deuxième période (1946-1961), les Comores acquièrent une autonomie politique et financière en devenant un Territoire d’Outre-mer.

Enfin la dernière période (1961-1975) est celle de l’autonomie interne, pendant laquelle l’archipel possède un président et un Conseil de gouvernement qui, en théorie, gère les affaires internes du pays.

En 1958, l’élite politique comorienne, qui compte quelques individus, tous issus de la notabilité, décide de faire voter massivement pour la nouvelle constitution française et donc de maintenir les Comores au sein de la Communauté française. En 1960, lorsque la plupart des pays africains francophones décident de prendre leur indépendance, la même élite opte pour le maintien de la colonisation sous la forme de l’autonomie interne. Mais c’est précisément à ce moment là que certains commencent à parler d’indépendance. La notabilité au pouvoir, allié aux autorités coloniales empêche cette expression de la jeunesse. Elle n’aura donc la possibilité de s’exprimer que de l’extérieur.

C’est ainsi que de la Tanzanie naît, au début des années 1960, le MOLINACO, Mouvement de Libération Nationale des Comores, dirigé par Abdou Bacar Boina, un instituteur travaillant à l’école française. Ce mouvement envoie dans l’archipel des tracts et conscientise le peuple grâce à une radio dont les ondes arrivent jusqu’aux Comores. Il crée des antennes au Kenya et à Madagascar. Il réussit dans les années suivantes à exprimer la volonté d’indépendance du pays au sein de l’OUA, l’organisation de l’Unité Africaine et même au sein du comité de décolonisation de l’ONU. Abdou Bacar Boina établit aussi une représentation légale au pays : le Parti Socialiste des Comores (PASOCO). Mais, la notabilité au pouvoir réussit à maintenir le statu quo et surtout à faire en sorte que personne ne puisse parler d’indépendance pour ne pas indisposer les autorités coloniales. Tout parti qui exprime cette idée d’indépendance dans ses statuts est immédiatement dissout et ses dirigeants poursuivis. Ce fut le cas pour le Parti Socialiste pour la Libération des Comores dissous par Saïd Mohamed Cheikh en 1964.

Toutefois, des partis jeunes comme le Rassemblement démocratique du Peuple comorien (RDPC) de Mouzaoir Abdallah ou le Parti-social démocrate vont faire sauter les verrous, après 1970.

Le processus de décolonisation est marqué par trois dates clefs :

Le 29 janvier 1972 : Le Ministre français des Départements d’Outre-mer, Pierre Messmer est à Moroni. Le président du Conseil de Gouvernement, Saïd Ibrahim a obtenu un consensus de l’élite dirigeante pour ne pas évoquer la question de l’indépendance. Mais le Premier Ministre est tout de même accueilli à Moroni avec des cris de « Mkolo Nalawe » (« Dehors le colon ! ») lancés par les jeunes militants du PASOCO. Cette visite a des conséquences importantes car les menaces de procéder à la partition des Comores, menaces proférées par Pierre Messmer amènent, pour la première fois, le 2 mars 1972, un parti représenté à la Chambre des Députés, le RDPC, à publier une motion demandant l’indépendance. Il est suivi le 19 mars par le Parti Social-démocrate des Comores. Le Prince Saïd Ibrahim qui s’arc-boute sur l’idée de ne pas rompre avec l’Etat colonial est renversé en juin de la même année et les jeunes du RDPC s’associent avec le parti conservateur, UDC, d’Ahmed Abdallah pour former l’UDZIMA qui remporte les élections et prend le pouvoir avec la promesse de négocier l’indépendance.

Le 15 juin 1973, après des Accords entre les exécutifs français et comorien, une déclaration est rendue publique. Les deux parties s’entendent pour dire qu’un référendum sera organisé avant cinq ans et que si les Comoriens le souhaitent ils pourront accéder à la souveraineté nationale.

Le 22 décembre 1974, ce n’est pas un référendum qui est organisé mais une consultation. L’ensemble des Comoriens se prononce à 94,65% en faveur de l’indépendance. Mais, tandis que l’exécutif français, le président Giscard et le Premier Ministre J. Chirac sont favorables à cette indépendance, le Parlement et notamment le Sénat s’y oppose et souhaite faire un cas à part de l’île de Mayotte, qui a voté différemment, alors que la loi électorale prévoyait une prise en compte globale du vote.

Une nouvelle loi votée le 3 juillet 1975, exige qu’une Constitution soit votée île par île avant que la France n’accepte l’indépendance des Comores. Ahmed Abdallah qui avait jusque là eu des assurances fermes du Président et du Premier Ministre français se sent trahi. Il revient rapidement aux Comores et organise le vote d’une déclaration unilatérale qui sera adoptée à l’unanimité des députés présents à la Chambre le 6 juillet 1975. Cette déclaration unilatérale provoque la colère de l’Etat français, qui dans un premier temps, décide l’état d’urgence avant de le lever. Mais, à Mayotte, il est trop tard : les dirigeants du Mouvement populaire Mahorais déclarent que l’île reste sous administration française et l’UDZIMA préoccupé par le fait d’avoir tous les pouvoirs après l’indépendance n’avait pas prévu ce cas de figure. Dès le Conseil des Ministres du 9 juillet 1975, le gouvernement français accepte l’indépendance des trois îles de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mwali, mais affirme que Mayotte reste française. La partition devenait une réalité. Malgré, l’admission des Comores au sein de l’ONU, le 12 novembre 1975, sous ses frontières d’avant l’indépendance, c’est-à-dire les quatre îles, la France décide de se maintenir à Mayotte, hypothéquant ainsi l’avenir du nouvel Etat.

Mahmoud Ibrahime*

Docteur en Histoire

  * Sur la colonisation et l’indépendance des Comores vous pouvez lire du même auteur :

État français et colons aux Comores (1912-1946), L’Harmattan, 1997, 160p.

La naissance de l’élite politique comorienne (1945-1975), L’Harmattan, 2000, 204p.

– « Quelques aspects de la colonisation française aux Comores (1912-1975) » in Ya Mkobe n°6-7, CNDRS, août 2000.

– « Les Comores. La marche vers l’indépendance (1972-1975) » in Ya Mkobe n°8-9, CNDRS, février 2002, pp.23-33.

– « La grève de 1968 aux Comores à travers le roman Et la graine… d’Aboubacar Saïd Salim » in Tarehi n°5, mars 2002.

– « La dissolution du Parti Socialiste pour la Libération des Comores (1964) » in Tarehi n°7, janvier 2003, pp. 19-25.

– « La consultation du 22 décembre 1974. Les Comoriens votent pour l’indépendance » in Tarehi n°11, janvier 2005, pp.6-11.

– « Comores : de l’indépendance à la révolution » in Y. Combeau (dir.), La Réunion et l’océan Indien. De la décolonisation au XXIe siècle. Rivages des Xantons, 2007, pp. 39-47.

Saïd Mohamed Cheikh (1904-1970). Parcours d’un conservateur. Une histoire des Comores au XXe siècle. KomEdit, 2008, 332p.

– « Il y a 40 ans, Saïd Mohamed Cheikh… » in Al-Watwan, 22 mars 2010.

Ali Soilihi : athée ou musulman progressiste ?

Ali Soilihi : Athée ou musulman progressiste ?

Ali Soilihi un peu avant sa mort

Ali Soilihi un peu avant sa mort

La mort atroce du Président Ali Soilihi a été perçue comme une libération par l’immense partie de la population comorienne. Des manifestations de joie ont été organisées dans les grandes villes comoriennes ainsi que dans les hameaux pour fêter la fin du régime du « kafir » et célébrer le retour d’Ahmed Abdallâh et ses chiens de guerre, lesquels furent cornaqués par un certain Bob Denard. Accueilli en libérateur, invité dans toutes les fêtes organisées à l’occasion, Bob Denard, sera baptisé à la hâte Mustapha Mhadjou par les chefs religieux. Prénom musulman et nom typiquement comorien qui connote l’enracinement à la terre et la longévité. Cet accueil plus que chaleureux fut interprété par Denard comme un feu vert qui lui fut offert par la population comorienne pour régler ses comptes avec Ali Soilih. Vindicatif, Denard n’aurait en aucun cas raté cette occasion en or pour se venger d’Ali Soilih, lequel s’est bien servi de lui pour chasser Abdallah au pouvoir. Dès l’arrestation du Mgongozi, ses collaborateurs (membres des comités et Bawa mwassi) ont été cloués au pilori et ont subi la hargne d’une population déchaînée. Certains furent emprisonnés, d’autres furent contraints de balayer les rues de la capital. Des histoires abracadabrantesques les unes des autres furent inventées pour le dénigrer et discréditer l’action du Mongozi. Sans exception, toutes les classes élitaires se sont coalisées pour célébrer leur victoire sur Ali Soilih et ses jeunes « Imberbes ». Les politiciens ont fêté la disparition du despote qui les a emprisonnés durant son règne (1975 -1978). Les notables, éternels gardiens du « Anda na Mila » se sont réjouis de l’assassinat du Comorien qui a voulu faire table rase de cette tradition plus que séculaire. Plus surprenant, un troisième larron tapi derrière cette mort tragique : le religieux. Celui-ci a applaudi l’assassinat du « kafir » et a refusé catégoriquement de lui offrir un enterrement (lavage et prière) digne d’un musulman.
Mais, pourquoi Ali Soilihi avait mauvaise presse auprès de la classe religieuse de l’époque ? Quelles sont les raisons qui ont poussé les religieux traditionalistes à le taxer d’ « athée « , libéral même « apostat » allant jusqu’à lui refuser les rites de tout mort musulman, alors que tous les Comoriens le voyaient prier ? Avait-il renoncé à la fois musulmane ?

En effet, courageux et déterminé à changer la société comorienne, le fils du Grand notable Soilihi Mtsachiwa n’avait en aucun cas peur de ferrailler avec certaines forces solidement installés aux Comores. Dès son arrivée au pouvoir, les attaques contre l’instrumentalisation de la religion par certains guides religieux furent récurrentes. En Chevalier blanc des opprimés et hercule des exclus, Ali Soilih ne ménageait aucun effort pour ériger une société égalitaire. Son maître mot « égalité » ! Rien que l’égalité ! Pas de classe sociale ! Ni dominant, ni dominé « Si yassa ya ou fakouzi na oussawa »! Égalité entre homme et femme ; égalité entre descendants des bantous et des arabes (Sharifs et Daroueche). En sus de cela, le Président Soilihi, fut Convaincu que la religion de Mahomet, censée être celle des va-nu-pieds, des lépreux, des sans caleçons, des sans titres, enfin des laissées-pour – compte ne doit pas être instrumentalisée pour privilégier certaines classes sociales. Débatteur hors norme, méprisant la langue de bois, doté d’un charisme incommensurable et d’une éloquence inégalée, il s’est attaqué avec virulence aux guides religieux qui se servaient de la religion pour s’embourgeoiser au non d’une affiliation honorifique au détriment des préceptes de l’Islam dictés par le Coran (verset 13 AL HUJRAT) et la conduite prophétique (Sunna). Adabu Mbali ! Matsodzi Mbali ! Telle est la pierre angulaire de sa philosophie. C’est ainsi, qu’il déclara en Octobre 1977 « je ne suis pas un ennemi de l’Islam, ce sont eux les vrais ennemis de cette religion par leurs comportements et leurs propos, car ils veulent que la religion ce soit eux, et eux la religion ce qui contrarie la philosophie prophétique ; s’il y a une mésentente entre le chef religieux et le chef de la révolution, cela suppose qu’il y en a, au moins, un qui ignore ses obligations et ses limites ». Autrement dit, ces deux personnalités devraient avoir le même combat : la lutte contre les classes sociales, contre le paganisme préislamique, contre les dépenses ostentatoires et surtout la sorcellerie, pratique vivement condamnée par l’Islam et qui est érigée en sport national aux Comores. Sans doute, il a voulu façonner le religieux comorien à l’image d’un bon guide religieux au service de la gloire divine bien expliquée par l’Imam Al ghazal dans son fameux et sacré livre « Ihaya ou ouloumou dini : la revivification des sciences religieuses » et Imam Al Haddad dans son Nassa-ihou adiniya. La fougue de la jeunesse aidant, Ali Soilihi fut un homme aux convictions fixées, mais aussi un provocateur hors norme. Croyant en la droiture de ses convictions et donc imbu de la cause révolutionnaire, il ordonna en 1977 aux chefs religieux de choisir librement leur groupe socioprofessionnel : ledjougou tsihou nne tou : mongozi wadini ou mongozi wa mila natsi woungagui ou mongozi wassiyassa : « vous avez quatre jours pour choisir librement votre groupe socioprofessionnel : guide religieux, politiciens, ou charlatans mais pas les trois à la fois …, que chacun travaille pour gagner sa vie, car le maître par excellence, le prophète, était un travailleur acharné ; il ne vivait pas ni de la sorcellerie ni des invocations soufflées ici et là ». Tels propos n’aurait jamais plu aux chefs religieux mais plutôt suscitaient leurs ires contre le guide révolutionnaire et accentuaient par conséquent leurs divergences.


N’en déplaise à ses détracteurs, Ali Soilih s’est attaqué à certains tabous de la tradition comorienne, à l’instar de la place de la femme comorienne dans la société. Jadis, calfeutrée chez elle comme une perle rare (surtout l’aînée destinée au grand mariage : mwanazidakani), sans éducation, ni perspective d’avenir que celle d’obéir et de se faire aimer par son futur mari, le Mongozi a eu le courage de briser les carcans préhistoriques qui enchaînaient les femmes comoriennes et les a mises sur les railles de l’émancipation. Forcées d’apprendre un métier, de suivre des cours d’alphabétisation, voire de se marier après plus 20 ans de fiançailles, aujourd’hui la plupart d’entre elles lui en sont très reconnaissantes.

Mais dans cette bataille lequel était plus religieux que l’autre ? Ali Soilihi qui ferraillait pour instaurer une République égalitaire ou certains de ses détracteurs qui furent, à la fois, notables, sorciers et guides religieux ? A chacun d’entre nous de juger ! Mais l’Histoire semble plaider en faveur d’Ali Soilihi.

Par ailleurs, loin d’être Mustapha Kemal Attaturk, Ali Soilihi n’a jamais été un partisan d’une occidentalisation à outrance de la société comorienne. Il n’a jamais rejeté l’islam. Il a œuvré pour une religion toilettée d’une lecture passéiste ce qui lui permettait d’en faire une interprétation plus en phase aux réalités modernes, tout en se forçant d’authentifier ses décisions auprès de certains religieux qui soutenaient son combat.

Dans un entretien avec Said Ahamada Mbaé, journaliste de la Radio Comores, en Octobre 1977 il déclara « le président est le garant de toutes les religions cohabitant aux Comores, dans ce cas, il n’a pas de religion particulière, mais Ali fils de Soilihi Mtsachiwa a sa religion qui est l’Islam et s’efforce avec ses frères à la défendre partout ou besoin sera ». C’est à l’issu de ces propos que ses détracteurs l’on qualifié d’apostat. Mais, soyons objectifs et examinons les faits historiques. N’était-il pas le seul et unique président, qui a organisé et valorisé l’enseignement coranique, en payant les maîtres coraniques ? N’a t- il pas exigé que le discours du vendredi soit traduit en comorien afin que les Comoriens comprennent mieux leur religion ? N’a t’il pas ordonné aux comités révolutionnaires de veiller à ce que les jeunes observent le ramadan et accomplissent leurs cinq prières ? N’a –t- il pas fait la lutte contre la sorcellerie et les dépenses excessives une obsession personnelle ? Quel Président apostat aurait eu une telle attitude ? Amon sens, Ali Soilih n’était pas ni athée ni apostat mais un intellectuel musulman progressiste comme tant d’autres : Avicenne, Ibn Rushd, Fakhr al-din –al Razi, Jamel-eddine al –afghani, Nasser, Bourguiba, Mohamed Talbi, Mohamed Arkoun et consort. Certes, il a commis des erreurs inhérentes à l’exercice de son pouvoir comme tous les présidents qui ont gouverné les Comores. Il pourrait être qualifié d’un despote comme ses successeurs. Cependant, son despotisme fut éclairé et éclairant. Il se battait, peut être maladroitement, pour l’honneur, l’intégrité, la dignité et surtout le développement des îles Comores au grand dam des parangons du néocolonialisme. Ceux qui ont accueilli avec faste, Bob Denard, rebaptisé par eux même « babou nar : la porte de l’enfer » se sont mordus les doigts. En somme, pour honorer ce grand patriote, tombé en martyre, les autorités comoriennes devraient décréter le 29 Mai date de son assassinat jour de prières et de recueillements en sa faveur. Conscient que ses jours étaient comptés, il répétait sans cesse : (Ye tarehi ndo hakimu !) L’Histoire n’est-il- pas le juge parfait ? Libres aux Comoriens de le juger après son assassinat par la coalition bringuebalante constituée par les notables, les guides religieux et les mercenaires

Abdou Katibou

Ahmed Ali Amir. Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

 

Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

AAA

Ahmed Ali Amir, Journaliste, Alwatwan

Jamais, de ma carrière de journaliste, je n’ai utilisé ce mode de communication pour adresser un message au premier magistrat du pays. Si j’en use aujourd’hui, c’est parce que mes nombreuses tentatives pour vous rendre une visite de courtoisie sont restées infructueuses et ma demande d’entrevue pour vous présenter les résultats de l’enquête de l’agence Thomson Reuters sur la situation des femmes dans les Etats membres de la Ligue Arabe n’a pas non plus obtenu gain de cause.

A travers cette lettre, je voudrais vous entretenir sur un sujet délicat : la crise de la presse comorienne. D’abord pour partager mes diagnostics, ensuite pour parler des responsabilités et enfin proposer des pistes de solution, dans l’espoir que vous y apporterez tout votre soutien.

Excellence M. le Président,

La presse comorienne est doublement en crise. Une crise éditoriale qui ne cesse de s’aggraver et une crise financière qui n’est pas près de voir le bout du tunnel. Cette crise se caractérise par la pauvreté éditoriale qui n’honore pas le pays et la médiocrité de l’écriture journalistique qui décrédibilise le métier.

Les journalistes se sont englués dans un doute collectif, une sorte de crisede conscience, parce qu’ils savent qu’ils s’écartent des principes de l’éthique journalistique et des règles déontologiques de l’exercice du métier. Les journaux, la presse audiovisuelle, en quête permanente de financement pour supporter les coûts exorbitants de production, se sont transformés en simples interfaces de communication des institutions nationales et du Système des Nations-unies. Certains organes, radios pour la plupart, ont choisi de jouer les relais de la propagande et des hauts responsables en font leurs choux gras. Et on assiste impuissant à une désaffection des plus belles plumes de la presse nationale.

Il est donc devenu coutumier de ne croiser les journalistes que dans les salles de conférence des hôtels, dépêchés pour couvrir les ateliers et les séminaires. Ils sont, par contre, totalement absents dans les zones où vit la population, absents dans les secteurs d’intenses activités sociales ou économiques pour parler des secteurs en difficultés ou en crise, des contraintes, ou des espoirs et des perspectives.

Or notre rôle, permettez-moi de le rappeler, est de rechercher l’information, la trier, la traiter, pour la rendre signifiante, assimilable et attrayante. Notre mission principale est de permettre surtout à nos concitoyens de comprendre le monde qui l’entoure pour pourvoir agir avec intelligence et être capable d’influer sur le cours des événements.

Dans le traitement de l’information, nous n’avons ni amis, ni ennemis. Nous avons un devoir d’objectivité et de neutralité. On distingue les professionnels par la pertinence des propos, l’éclairage qu’ils portent sur les événements, la profondeur de « la valeur ajoutée » de l’information.

L’information est un élément de pouvoir. Nous en sommes les premiers conscients. Elle permet de préparer et d’orienter les actions des citoyens. Mais mal conduite, mal restituée, elle provoque « un enchainement de jugements » erronés, susceptibles de créer des réactions détournées, des tensions inutiles, parfois disproportionnées. Les pressions commerciales sont si énormes que les journaux perdent leur âme.

Résultat ? L’injustice s’installe, les abus se multiplient, les dysfonctionnements de l’Etat restent en l’état, les services sociaux continuent à se dégrader, les relations humaines et la qualité de la vie se détériorent, le débat politique se situe au ras des pâquerettes et la presse continue d’évoluer en marge de la société.

Faire de la communication par le biais de la presse d’information générale est devenue une pratique abusivement exploitée par les détenteurs du pouvoir. « L’information » véhiculée n’est pas juste, n’est pas vraie, n’est pas complète car elle est fondée sur la manipulation.

La presse n’est appréciée en haut lieu que si elle présente des gros titres flatteurs, des grands portraits à la « Une » des hauts responsables. Le ministère des Finances a auguré deux pages de communication chaque mercredi, financé par l’argent du contribuable. Des papiers redondants, des informations redoublées et colorées, subtilement et dangereusement confondues avec les pages d’information.

Le financement de ces pages de publicité entretient une autocensure regrettable, parce que la presse d’Etat qui bénéficie de ces retombées financières ne disserte plus en retour sur les dysfonctionnements de ce ministère.

La loi comorienne et la Charte des journalistes définissent, pourtant clairement la limite de l’exerce de nos libertés, en protégeant « le respect de la dignité humaine », « la liberté et de la propriété d’autrui », et « le caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion. » La loi et la Charte encouragent la presse à « provoquer par l’information, le débat et l’échange des idées indispensables au bon fonctionnement des institutions démocratiques », favorisant ainsi « la participation des Comores au dialogue universel et culturel par la diffusion à l’étranger des valeurs culturelles comoriennes sous toutes ses formes. »

En lisant la presse le matin, on constate que nous sommes trop éloignés des préoccupations que la loi et la Charte des droits et des devoirs nous confèrent et des missions qu’elles nous assignent.

Rien qu’en parcourant la liste des plaintes déposées par la commission anti-corruption, en s’imprégnant de  la nature et de l’ampleur des affaires de détournement et de malversation, on se rend compte que la presse ne joue pas son rôle, parce qu’elle n’est pas, comme sous d’autres cieux, à la pointe de ce combat,  mais plutôt à la traîne.

Nous avons la chance d’avoir une diaspora qui aime son pays et qui apporte une contribution de près de 179% du budget de l’Etat. L’information qu’elle reçoive est médiocre et le regard qu’elle porte sur la liberté est des plus sévères. Par d’autres billets de communication, elle reçoit l’écho, des hommes et des femmes, des associations qui travaillent admirablement, comme lui parvient aussi l’écho des gâchis en matière de gestion politique et financière et de respect des droits humains.

Al-Watwan se fait un devoir d’honorer les femmes et les hommes, de l’intérieur comme de la diaspora, qui se sont distingués durant l’année écoulée, par le talent, le courage, l’initiative, l’intelligence, le patriotisme. Parce qu’au-delà de la critique, la presse reconnait le mérite.

Excellence M. le Président,

Les derniers rapports des experts révèlent que la pauvreté s’est aggravée en dix ans, malgré les programmes mis en œuvre; les objectifs du millénaire s’éloignent malgré les milliards engloutis. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond quand nous lisons à « longueur d’années», des bilans globalement positifs présentés par la presse.

Il est temps d’interpeller nos consciences. Parce qu’une presse qui cache ou qui n’ose pas enfonce son pays dans la gadoue au lieu de l’aider à se relever et à avancer.

Le vicieux débat entre une presse gouvernementale qui doit rester sur commande et une presse indépendante qui peut demeurer libre démontre que ceux qui le colportent ignorent que la loi portant code de l’information ne reconnait pas de dualité de l’information. Mieux encore, l’Etat n’accorde ses subventions que pour assurer le plein exercice de la liberté de la presse et pour empêcher au contraire les groupements privés de prendre le contrôle total.

La presse comorienne ne dispose pas de moyens de mener des enquêtes d’investigation, et l’Etat comorien fait tout pour l’en dissuader. Pendant que dans certains pays comme les Etats-Unis, des fonds sont mis en place pour encourager les enquêtes d’investigation, ici, on brandit les menaces de retrait des publicités, de censure brutale, comme ce fut le cas du Magazine d’Al-Watwan, retiré des kiosques, parce que la rédaction a  »commis le péché » d’enquêter sur l’état chaotique des finances publiques, la gestion malsaine de la citoyenneté économique, la corruption dans les appels d’offres publics…

Il est temps d’accorder un temps de réflexion à la presse, pour déterminer « Quelle Presse Voulons-nous Dans Ce pays ? ». Les professionnels, les citoyens, l’Etat, les partis politiques, les syndicats, les associations, les annonceurs doivent se pencher sérieusement pour donner à la presse les moyens et les capacités de jouer son rôle.

Il faut d’abord passer par l’institutionnalisation des formations permanentes pour répondre aux impératifs des rédactions, améliorer sans cesse la qualité des productions intellectuelles. Il faudra aussi prendre en compte la dimension internationale de la crise de la presse écrite pour accompagner le virage encore balbutiant du numérique. La France finance déjà les formations spécialisées au prestigieux Centre de Formation Professionnelle des Journalistes de Louvre et la Chine est disposée à accueillir des journalistes dans les domaines de la presse écrite et de l’audiovisuel.

Pour ce faire, le gouvernement, garant de la démocratie, doit d‘abord adopter un « Plan en Faveur de la Presse. »

Il faut de toute urgence mettre en place une coordination regroupant le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel, le ministère et les commissariats de l’information, le ministère de la Culture, l’Université, les organisations professionnelles de la presse, et les services de presse de la présidence, pour préparer des assises nationales.

Des chantiers peuvent d’ores et déjà être lancés. Il s’agit très vite, comme cela se fait de nos jours en France, d’accompagner le virage stratégique du numérique, négocier des réaménagements fiscaux pour abaisser les coûts d’impression, défendre les valeurs et les métiers du journalisme et restaurer la confiance avec les lecteurs, renforcer les fonds propres des entreprises de presse, reconquérir le lectorat au travers de mesures d’encouragement à la lecture pour les jeunes, repenser globalement la gouvernance des « communications publiques » et des subventions pour en faire bénéficier à la presse indépendante.

Il convient de rappeler ici, que les recommandations pertinentes des Etat généraux de la presse écrite n’ont été que très partiellement prises en compte.

Les journalistes avaient proposé de mettre en place une rotative pour imprimer les journaux à un coût moindre, ouvrir un centre de formation professionnelle qui répondra aux demandes de formations adaptées des organes de presse, mettre en place le conseil national de la presse en le dotant des moyens adéquats de fonctionnement, soutenir le transfert au numérique et mieux outiller la presse pour utiliser les réseaux sociaux, favoriser la négociation des conventions collectives pour défendre les droits des journalistes en vue de les sortir de la précarité et enfin légiférer en matière d’accès aux sources et de dépénalisations des délits de presse.

Pour toutes ces questions, je suis convaincu que vous porterez toute l’attention méritée et que vous mobiliserez les ressources nécessaires pour sortir la presse de la crise.

Je vous prie de croire, Excellence Monsieur le président, à l’expression de ma très haute considération.

_______________________

Ahmed Ali Amir

Journaliste

ahmedaliamir@yahoo.fr

Tel : 322 63 11

Comores. Présidentielles 2016. Deuxième partie. Une tournante qui ne tournerait pas ?

Comores. Présidentielles 2016. Deuxième partie. Une tournante qui ne tournerait pas ?

(première partie : Des appétits de pouvoir du président Sambi)

 

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Pour les militants du parti Juwa qui pensent honnêtement et sans arrières-pensées qu’il y a dans la Constitution comorienne des éléments qui permettent à l’ex-président Sambi de se représenter pendant le tour de Ngazidja, je les invite à relire l’article 13, qui, à mon humble avis, a été trop souvent lu trop rapidement par certains juristes comoriens, mais surtout à revenir plus attentivement à l’histoire récente des Comores.

L’article 13 de la Constitution

Le premier alinéa du fameux article 13 est à l’origine ainsi rédigé :

« La Présidence est tournante entre les îles. Le Président et les Vice-Présidents sont élus ensemble au suffrage universel direct majoritaire à un tour pour un mandat de quatre (4) ans renouvelable dans le respect de la tournante entre les îles. Une élection primaire est organisée dans l’île à laquelle échoit la présidence et seuls les trois candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés peuvent se présenter à l’élection présidentielle. »

On rappellera que le Président Sambi a fait modifier cet article en rallongeant la durée du mandat du président de quatre à cinq ans.

Si on analyse cet article, il n’est pas précisé qui doit être président, par contre le législateur dit de quelle île doit être le président. En effet, il me semble que jusqu’à présent tous ceux qui sont intervenus dans ce débat ont oublié ces quelques petits mots : « l’île à laquelle échoit la présidence ». Cette expression veut dire clairement que chaque île doit tour à tour donner un de ses ressortissants à la présidence.

Peut-on imaginer que « l’île à laquelle échoit la présidence » ne soit pas, au final, celle qui exerce la présidence ? Cela n’aurait aucun sens. De même comment comprendre la phrase qui ouvre cet article 13 : « La Présidence est tournante entre les îles » si finalement on donne la possibilité qu’un ressortissant de la même île reste président trois ou quatre fois de suite ? Où serait alors la tournante ? juste dans l’organisation des élections ?

Une revendication anjouanaise

Je pense que ceux qui sont arrivés à cette idée que tout Comorien, quelle que soit son île d’origine peut se présenter au premier tour des élections présidentielles ne respectent pas cette constitution et surtout oublient le contexte dans lequel elle a été élaborée.

Certains membres du Parti Juwa (Ahmed Jaffar, Mohamed Dossar, Ahmed Bourhane…) font semblant d’oublier pourquoi en 2001 nous étions opposés à cette constitution (avant de l’accepter pour mettre fin aux exactions et tortures qui étaient commises à Anjouan). Ils oublient que les séparatistes anjouanais avaient conditionné leur accord pour une constitution à l’acceptation par les Wangazidja qu’après qu’un des leurs ait été élu président, il laisserait la place à un autre ressortissant d’une autre île et ainsi de suite. C’est ainsi qu’Abdallah Mohamed, Abeid et autres définissaient d’une manière claire la « tournante », c’était leur principale revendication, persuadés qu’après la mort d’Ahmed Abdallah, les Wangazidja n’éliraient plus que des Wangazidja et que le président comorien serait toujours issu de l’île la plus grande. Ils ont été soutenus en cela par les délégations mohéliennes, dont l’île n’avait jamais vu un de ses enfants à la tête du pays.

Alors tous ces gens sont soudainement devenus amnésiques et ne savent plus que les patriotes ont perdu face aux revendications séparatistes et que justement cette constitution a été le symbole de leur défaite ? Est-ce qu’à force d’avoir travaillé avec des séparatistes alors qu’ils avaient le pouvoir fait que nos amis sambistes ont oublié les conditions dans lesquelles cette constitution a été élaborée ?

Une citoyenneté de l’île ?

Le seul problème reste à définir qui est Mgazidja, Mdzuani et Mmwali. Là-dessus, il faut d’abord intégrer qu’il n’y a que la constitution d’Anjouan qui définit dans son article 5 qui est Mdzuani (Article 5 : « Est citoyen comorien d’origine anjouanaise toute personne de nationalité Comorienne née au moins d’un parent d’origine Anjouanaise »). Les dirigeants du parti Juwa ferait donc mieux de commencer par modifier cette constitution.

Mais, nous sommes des unionistes et nous pensons que tout comorien a le droit de s’installer où il veut et d’adopter l’île qu’il aime le plus. Autrement dit, puisque la Constitution actuelle l’exige, c’est à chacun de dire au Législateur de quelle origine il est. Mais, une fois qu’il l’a dit, il ne faudrait pas qu’à l’élection suivante, il change d’origine pour des intérêts électoraux.

Or que constate-t-on ? Le président Azali, Saïd Ali Kemal (bien qu’il rentre dans la définition de ce qu’un Anjouanais selon la constitution de cette île) et tous les autres candidats aux présidentielles de 2002 ont déjà dit au Législateur qu’ils sont des Wangazidja. Le président Sambi, Abdouroihamane Mohamed ben Ali (bien qu’il aurait pu se considérer comme MGazidja)  et les autres concurrents de 2006 ont déjà signifié au Législateur qu’ils sont Anjouanais. Le président Ikililou, Hamada Madi Boléro (qui pouvait aussi prétendre qu’il était Mgazidja) et tous leurs concurrents en 2010  ont clairement dit qu’ils étaient des Comoriens de Mohéli.

En 2016, tous ceux qui se considèrent comme Wangazidja peuvent se présenter et le dire clairement au Législateur. Mais, on ne peut comprendre qu’une personne nous dise une fois qu’il est d’origine anjouanaise et qu’aux élections suivantes il devienne soudainement d’origine grand-comorienne ! A moins de vouloir tricher avec la loi.

Maintenant, si la grande majorité des Comoriens a compris qu’il ne fallait plus maintenir un tel système, il faut le changer pour le bien des Comores. Le peuple est souverain. Que les élus Sambistes suivent la procédure pour faire changer la Constitution (comme ils l’ont déjà fait en 2009) mais n’essayent pas de ruser avec les principes législatifs.

Mahmoud Ibrahime

Le retour de Soimadou à Alwatwan

Le retour de Soimadou à Alwatwan

 

Par le décret n°14-55 du président de la République, Mohamed Abdou Soimadou, actuel maire de Gnoumassirou-Mbeni, et président des Maires de Ngazidja, a été nommé Directeur Général d’Alwatwan en remplacement de Hassane Moindjié, qui avait pris ses fonctions en avril 2012.

Soimadou

Mohamed Abdou Soimadou, nouveau DG d’Alwatwan

Lundi 21 avril, en milieu d’après-midi l’ex-Directeur a annoncé son départ et c’est dans un silence de mort que le nouveau Directeur a dit quelques mots sans entendre une seule voix lui souhaiter la bienvenue.

La nouvelle a créé un certain émoi dans le milieu des facebookers comoriens qui a toujours tendance à refuser ou à se méfier de toute nomination venant du pouvoir actuel. La nouveauté, c’est que cette fois l’inquiétude a atteint la rédaction du journal de l’État, à l’image du jeune journaliste Toyb Ahmed qui a annoncé dès le début un « lundi noir ».

Mohamed Abdou Soimadou n’est pas un inconnu dans la maison puisqu’il l’a dirigée en tant que Ministre de l’information, puis en tant que DG sous la présidence du colonel Azali Assoumani.

Mais pour les jeunes journalistes d’Alwatwan, le nom de Soimadou est synonyme d’attaques en règle contre eux. C’est en tant que Conseiller du Vice-Président chargé des Finances, Mohamed Soilihi alias Mamadou, originaire de Mbeni comme lui, que dans Alwatwan-mag n°15 (mai 2012), il mène l’attaque contre les journalistes qui ont osé remettre en cause certaines pratiques de l’administration financière depuis des années et connues de tous. Le Ministère des Finances fait un droit de réponse sur cinq pages. Mohamed Abdou Soimadou n’y va pas de main morte avec les journalistes d’Al-Watwan qu’il accuse de vouloir nuire à son patron direct et au Président de la République. Il les accuse aussi d’« abus de confiance » (les mots veulent dire ce qu’ils veulent dire, surtout pour l’ancien professeur de français qu’est Soimadou), de « perfidie », de « propagande », de « désinformation », l’intention de « porter une si grave atteinte aux intérêts du pays », de « malhonnêteté », « de mauvaise foi ». Avec autant et d’aussi gentils qualificatifs, on comprend l’inquiétude des journalistes, mais surtout on se demande comment l’auteur de cette missive peut travailler avec de tels journalistes.

Mohamed Abdou Soimadou c’est, pour les anciens journalistes, le théoricien du journalisme d’État. C’est lui qui la première fois, en tant que Ministre de l’information du colonel Azali, a dit ce que devait être un journaliste travaillant pour un organe de l’État : un serviteur, non pas du peuple, ni de l’État, mais du gouvernement, étant entendu que pour lui, ce n’est pas le peuple qui par ses impôts paye les fonctionnaires, mais le gouvernement. Visant notamment Ahmed Ali Amir, il avait déclaré qu’un journaliste d’Alwatwan devait uniquement véhiculer les idées du gouvernement et qu’autrement, il devait aller chercher du travail dans un journal privé. Cette thèse a été remarquablement reprise par le Ministre de l’intérieur et de l’Information Hamada Abdallah récemment, dans une phrase qui restera longtemps dans les Annales du journalisme aux Comores : « Tout journaliste d’un média d’Etat qui veut avoir la liberté d’écrire ou de parler, a l’obligation de se mettre dans le moule du gouvernement, ou bien il doit avoir l’honnêteté intellectuelle d’aller travailler dans un organe privé ».

Contrairement à ce qu’on peut penser Mohamed Abdou Soimadou a eu une longue expérience de journaliste, au sein de l’ASEC. Il a même été Directeur de publication de l’organe de cette association marxiste, Usoni en 1977. C’était le temps des articles glorifiant le camarade Mao et attaquant avec virulence la révolution soilihiste. Le temps où il était de bon ton de chérir le centralisme démocratique et où les militants étaient « cordialement invités » à l’autocritique permanente. Un autre monde.

Depuis, Mohamed Abdou Soimadou a fait du chemin, passant entre les gouvernements et les partis politiques, presque toujours au premier plan. Du Front Démocratique au parti du président Ikililou, en passant par l’UNDC du président Taki. On le croyait Secrétaire Général du RIDJA, il est un des fondateurs de l’UPDC ! À donner le tournis.

Cette nomination est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient à l’approche d’élections législatives et municipales que le pouvoir en place craint fortement de perdre. De plus, le parti du président a déclaré récemment sa volonté de devenir le relais de la communication du gouvernement.

Mais, c’est ici que le gouvernement du président Ikililou montre ses faiblesses, il n’a pas pris en compte les changements intervenus dans les médias. Si la télévision et la radio sont encore suivies par beaucoup de Comoriens, la diffusion d’Alwatwan reste symbolique. La censure d’un tel journal ne rapporte qu’une mauvaise image au gouvernement et n’a aucune efficacité. On l’a vu récemment lorsque le Ministre Hamada Abdallah a fait retirer Alwatwan-mag n° 14 des kiosques, il a été lu au delà des lecteurs habituels par la diffusion sur internet. Mais, il est facile de comprendre que les journalistes sont dans la blogosphère et qu’ils peuvent publier ce qu’ils veulent sous des pseudonymes ou par des intermédiaires qui sont de véritables leaders d’opinion. C’est ce qui manque au gouvernement actuel, obligé d’aller chercher dans le passé des médias comoriens Mohamed Abdou Soimadou.

Mahmoud Ibrahime

 

Colères des politiciens maorais après le Conseil des Ministres de la COI à Moroni

Colères des politiciens maorais après le Conseil des Ministres de la COI à Moroni

Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général de Mayotte

Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général de Mayotte

Pour consolider leurs relations, les îles de l’océan indien membre de la COI se réunissent chaque année pour discuter sur des points sensibles et importants au sujet de l’économie, l’environnement, la coopération régionale… Du 10 au 11 avril, le Conseil des Ministres de la COI s’est tenue à Moroni pour discuter de l’ouverture de l’organisation à d’autres Etats, son autonomie financière ainsi que d’autres sujets jugés stratégiques. Tous les représentants des îles membres présents se disent satisfaits du déroulé de la réunion et de l’accueil chaleureux qui leur a été réservé par les autorités comoriennes. Par ailleurs, Ahmed Attoumani Douchina, désigné par le président du Conseil Général de Mayotte s’est vu interdit de participer à cette réunion. Un geste qui choque profondément les Maorais en général et une honte pour le Conseil Général en particulier. Le plus triste pour les dirigeants politiques maorais, c’est le fait que Douchina a été interdit par ceux qui étaient censés le défendre. A Mayotte c’était la panique générale, les habitants croyant que la décision venait directement des autorités comoriennes. Mais, mardi 16 avril, lors du journal de 19 heures de Télémayotte, l’invité du jour, Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général a donné plus de précisions sur la question. Il a dit comprendre la position des autorités comoriennes sur le représentant maorais. Mais ce ne sont pas eux qui l’ont interdit de prendre part à la réunion selon le président du Conseil Général. C’est plutôt Claudine Ledoux, ambassadrice déléguée à la coopération régionale dans l’Océan Indien. Daniel Zaïdani trouve ce geste très dangereux pour l’avenir et le devenir de Mayotte. « C’est dangereux pour notre département et une honte pour les responsables de la République française qui n’osent pas défendre à haute voix et beaucoup de fermeté le statut de Mayotte à l’extérieur des territoires français, surtout à Moroni » a-t-il déclaré. Le président du Conseil Général a appris aux Maorais qu’il a désigné Attoumani Douchina parce que le Préfet lui avait dit que Mayotte pouvait participer à ce Conseil des ministres de la COI. Ce refus de Claudine Ledoux de la participation d’Attoumani Douchina à cette réunion de la COI s’est produit quelques semaines avant le quatrième anniversaire de la départementalisation de l’île de Mayotte. Il faut également noter que les dirigeants politiques maorais ne sont pas indifférents à ce qui se passe en ce moment en Europe de l’Est, notamment en Crimée, l’annexion de celle-ci par la Russie étant jugée par l’État comorien et dans le monde comme comparable au cas maorais.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

Finances. Evaluation de nos programmes : Un leadership fort et une administration efficace ou le chaos

AAA

Ahmed Ali Amir, journaliste

La performance de l’économie comorienne et la gestion des finances publiques au cours de la période du programme, bien que sur la trajectoire d’une amélioration modeste, « n’ont pas permis de faire des progrès significatifs en matière de réduction de la pauvreté. » On soutient que « le taux de croissance est demeuré faible; voire négatif, si l’on tient compte de l’inflation et de la croissance démographique ». La pauvreté qu’on pensait réduire, en raison des programmes mis en œuvre « s’accroît dans toutes les îles et qu’elle est plus sévère en 2012 qu’en 2004. » L’un des défis important que doivent relever les Comores pour améliorer la mise en œuvre des programmes et projets de développement est celui de « la faiblesse des capacités et de la mobilité des ressources humaines dans le secteur public. »

La stratégie pour la croissance et pour la réduction de la pauvreté mise en œuvre au début de l’année 2010, répondait à un double objectif : une croissance économique forte et soutenue et une réduction durable de la pauvreté monétaire et une amélioration des conditions de vie des ménages.

L’évaluation finale conduite en décembre 2013 par une équipe de trois experts de l’Institut Idea International et de quatre experts nationaux démontre que l’effet inverse se produit : on s’éloigne plutôt de ses objectifs. Cette évaluation a permis de dégager un certain nombre de constats, de tirer des leçons et d’identifier des recommandations pour l’élaboration et la mise en œuvre de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (Sca2d) 2015-2019.

Cette évaluation effectuée prend le contre pied des cris de sirènes et des situations reluisantes que nous chantent plus souvent les politiques dans la présentation de leur bilan annuel. Elle n’a pas par contre provoqué l’onde de choc qu’elle devrait dans les assises nationales tenues en janvier tant les conclusions tirées sont alarmantes et les recommandations formulées drastiques. Les conclusions tirées dans cette évaluation exigent de faire table rase de notre système de gouvernance, de repenser de fonds en comble toute l’architecture politique et administrative et de recommencer sur des nouvelles bases, tant dans les choix des élites qui nous gouvernement, des chefs qui régentent les programmes et des services qui sont en charge de les exécuter et de l’ensemble de nos méthodes de gestion.

Pendant qu’on nous présente une croissance de 3%, sans en préciser sur quelle base elle s’est formée, on ressent au niveau de tous les paramètres que la performance macroéconomique n’a pas vraiment été au rendez-vous. « La performance de l’économie comorienne et la gestion des finances publiques au cours de la période considérée, bien que sur la trajectoire d’une amélioration modeste, n’ont pas permis de faire des progrès significatifs en matière de réduction de la pauvreté. » On soutient que « le taux de croissance est demeuré faible; voire négatif, si l’on tient compte de l’inflation et de la croissance démographique ».

L’évaluation menée affirme « une diminution du revenu par habitant depuis plusieurs années » concluant que la situation serait certainement beaucoup plus difficile si « les transferts de la diaspora n’avaient pas significativement augmenté au cours des dernières années, contribuant ainsi à amoindrir la détérioration du pouvoir d’achat des ménages. »

L’apport financier de l’initiative de la citoyenneté économique a contribué à embellir certains indicateurs macroéconomiques à court terme indique-t-on. Cette source de financement ne constitue pas un revenu durable pour le financement des dépenses courantes mais plutôt une stratégie qui pourrait même « devenir un risque pour le pays qui souhaite améliorer son positionnement sur la scène régionale et internationale. »

« La stagnation persistante de l’économie, les déséquilibres macroéconomiques et la piètre qualité des services publics comme l’énergie et les télécommunications » sont ciblées.

L’exemple des Seychelles est cité. Un pays qui a traversé une crise d’endettement majeure avec pour résultat une cessation de paiement en 2008 mais dont les décisions prise par un « leadership politique fort » a permis ce pays de remettre son économie et sa croissance sur les rails.

L’évolution des Objectifs du Millénaire pour le Développement enregistre aussi « des reculs en matière d’amélioration des conditions de vie de la population comorienne à cause de la stagnation de l’économie ». Les progrès en matière d’éducation et de santé restent fragiles car ils dépendent largement de financements extérieurs et considérés comme « vulnérables aux chocs externes. » La pauvreté qu’on pensait réduire, en raison des programmes mise en œuvre « s’accroît dans toutes les îles et qu’elle est plus sévère en 2012 qu’en 2004. »

Le pays manque de cohésion et de vision commune sur les grands enjeux et sur les priorités.
L’État est sommé de « faire davantage pour mobiliser les hommes et les femmes à travers une gouvernance responsable, améliorer l’accès et la qualité de l’éducation et des services de santé en allouant une part plus importante du budget à ces secteurs, relancer une croissance économique inclusive et ainsi réduire la pauvreté et résorber le chômage. »

L’évaluation a montré que les attentes financières dépassaient largement les capacités de mobilisation et d’absorption du gouvernement et, plus largement, celles des acteurs du développement. De nombreux programmes et projets prioritaires sont restés sans suite pour cette raison. « Cette situation démontre un manque d’appropriation, de coordination et de leadership de l’administration. » Une administration pléthorique et dont la plupart des postes stratégiques sont occupés par des hommes et des femmes qui n’ont ni le profil, ni la compétence.

La bonne gouvernance politique, économique et administrative tant clamée tarde à se concrétiser. Les pratiques de corruption et des détournements sont devenues ces deux dernières années, très courantes, alors même que la législation en la matière pour le prévenir et le sanctionner et les institutions pour veiller à l’application de la loi sont instituées.

L’on constate des engagements des partenaires et des investisseurs revus à la baisse parce que la plupart perçoivent de trop grands risques et s’interrogent sur l’opportunité d’investir. Il n’existe pratiquement pas de leadership fort, qui montrent le chemin et qui plaide pour des orientations claires.

Peu de progrès ont été réalisés en matière de gouvernance, notamment parce que « l’architecture politique entre les îles autonomes rend la coordination extrêmement difficile. » Il serait temps d’engager « des réformes pour dépolitiser la fonction publique, réduire sa taille et améliorer sa performante » en introduisant par exemple le concours pour tous les postes à pourvoir et en évaluant en permanence ceux qui les occupent le plus souvent indument.

Parce que l’un des défis important que doivent relever les Comores pour améliorer la mise en œuvre des programmes et projets de développement est celui de « la faiblesse des capacités et de la mobilité des ressources humaines dans le secteur public. »

Ahmed Ali Amir