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Droits des étudiants comoriens à la Réunion : conférence de Me Mihidhoiri

Droits des étudiants comoriens à la Réunion : conférence de Me Mihidhoiri

aecr2Les associations GYK (Génération Ya Kweli) et AECR ( Association des Etudiants Comoriens à la Réunion) ont organisé une conférence-débat le 28 juin dernier au CROUS de la Réunion pour informer les étudiants comoriens présents dans cette île française de leurs droits en matière de renouvellement du titre de séjour, de changement de statut, de travail et de recours en cas de refus de délivrance de titre de séjour. Maître Mihidhoiri Ali, avocat d’origine comorienne établi dans l’île était le conférencier principal.

La conférence a commencé par une présentation de la GYK (Génération Ya Kweli) faite par la Trésorière Générale de cette nouvelle association qui a affirmé que ses principaux objectifs ne sont que sociaux : « venir en aide à la population démunie». 

En effet selon le conférencier, l’étudiant a le droit de travailler à hauteur de 60% de la durée légale. Ce qui signifie qu’il ne doit pas atteindre le barème de 35 heures par semaine. Il ne devrait pas dépasser 964 heures par an. Sa rémunération ne doit pas être supérieur à 1,5 fois le SMIC. Sont exclus les doctorants. Ces derniers peuvent demander une dérogation auprès de la préfecture leur donnant le droit à travailler conformément à la durée légale. L’avocat a rappelé cependant qu’un récépissé n’autorise pas l’étudiant à travailler.

S’agissant du renouvellement du titre de séjour, Maître Mihidhoiri a affirmé au public que, conformément à la loi française, les étudiants qui sont dans un cursus de longues études peuvent demander ou renouveler des titres de séjour pluriannuels (2 à 4 ans). Il affirme qu’un changement d’orientation peut donner droit à un renouvellement de titre de séjour si et seulement si il est cohérent avec la formation initiale.

En ce qui concerne le changement de statut pour un couple d’étrangers voulant renouveler leurs titres de séjour au terme d’un statut privé, il leur est nécessaire de procéder à la démarche du regroupement familial sur place ou à l’étranger. Ils doivent justifier de ressources ainsi que d’une habitation répondant aux normes mentionnées par la loi. Au cas où le couple est mixte (étranger (e)/ français (e)), l’avocat parle d’une « diarrhée législative » ; du fait que les amendements opérés sur les lois qui touchent ce sujet semblent innombrables. Le couple doit en gros justifier d’une communauté de vie avec les justificatifs de domicile (bail du loyer, factures…), d’un compte commun, d’avis d’imposition, d’un certificat de mariage, etc.).

Dans le cas d’une demande au titre de parent, ce dernier doit justifier du fait qu’il pourvoie à l’entretien et à l’éducation de l’enfant en question. Dans le cadre d’une vie commune, il y a là « une présomption » selon toujours notre intervenant. Il suffit alors que les ou le parent en atteste en mettant en avant ‘’une affection d’un parent envers son enfant’’.

S’agissant du droit commun, l’étudiant qui décroche un travail dans un territoire français est astreint à attendre que son employeur fasse les démarches : émission d’annonce auprès du pôle emploi. Et si après deux semaines aucun citoyen français ne s’est présenté, ce service délivrera une attestation lui permettant de compléter les dossiers du poste en question pour la préfecture. Maître Mihidhoiri appelle cela « le parcours du combattant ». Car, si on arrive à vaincre par miracle les chômeurs inattentifs et impatients, cela ne suffit pas. Le patron doit pouvoir convaincre sur dossier l’administration. Le titre de séjour sera délivré en fonction du contrat.

Le statut d’étudiant étranger le plus favorable est celui de travailleur, obtenu après le niveau master, qui est en cohérence avec sa formation. Celui qui en bénéficie peut avoir soit la carte de compétence talent (C.T) soit la carte scientifique comme le cas de ceux qui travaillent à l’université. Entre la fin d’études et le temps de décrocher une embauche, le futur employé peut demander l’APS (autorisation provisoire d’un séjour). Cela ne dépasse pas 6 mois.

En ce qui concerne le dernier point de l’intervention, l’expert a montré les raisons qui pourraient être à l’origine d’un refus d’une telle ou telle demande ainsi que les solutions. En somme, pour le statut d’étudiant, un refus peut être émis par l’administration compétente quand l’étudiant ne répond pas à son unique tâche. Pour les autres statuts, la seule chose qui pourrait être gênant c’est la détérioration du statut lui accordant ce titre. Donc les solutions sont : faire recours à la justice administrative si l’on croit qu’on est fondé à le faire. Sachant que la victime n’a qu’un mois pour faire ce recours. Il doit écrire à l’autorité compétente pour lui demander d’annuler la décision en attendant la délibération du juge administratif.

Amir MOHAMED

Le gouvernement comorien continue à mettre la pression sur les journalistes

Le gouvernement comorien continue à mettre la pression sur les journalistes

El-Had Said Omar, Directeur de La Gazette des Comores

El-Had Said Omar, Directeur de La Gazette des Comores

Mohamed Youssouf, journaliste à La Gazette des Comores

Mohamed Youssouf, journaliste à La Gazette des Comores

Après la mise en garde en vue de l’artiste Cheikh-MC, il ya quelques jours, ce mardi 11 juin ce fut le tour du Directeur de publication de La Gazette des Comores, El-Had Saïd Omar d’être appelé à la gendarmerie pour un interrogatoire en bonne et due forme. Au cours de cet interrogatoire, il a dû appeler le journaliste Mohamed Youssouf, pour venir lui aussi être entendu en tant qu’auteur de l’article.

Tout cela à cause d’un article paru la veille et intitulé : « Vente de boissons alcoolisées : L’Etat doit-il rembourser les 2 milliards d’Amine Kalfane ? » Mohamed Youssouf explique l’imbroglio qu’il y a eu ces derniers jours à propos des licences accordées à certaines entreprises par le gouvernement pour vendre de l’alcool dans le pays. Bien que la constitution, modifiée sous la présidence Sambi, proclame que l’Islam est religion d’Etat, l’alcool est un produit clef dans le budget de l’Etat par le reversement de taxes.

Jusque-là, le Ministère des finances avait accordé une seule licence à la société Nicom de Shemir Kamoula. Les médias comoriens de l’extérieur n’ont cessé alors de dénoncer ce monopole qui aurait été offert à « un ami » selon plusieurs bloggeurs comoriens. Mais, il y a quelques jours, le gouvernement décide de mettre fin au monopole en accordant une deuxième licence de vente à une deuxième entreprise, AGK d’Amine Kalfane. Toutefois, l’Assemblée de l’Union a constaté des irrégularités et a fait annuler cette deuxième licence. Mais, le gouvernement décide d’annuler la première licence également, alors que ses recettes sont prévues au budget, ce qui rend furax certains députés qui menacent de ne pas voter la loi de finance rectificative de ce mois de juin.

Le journaliste de la Gazette nous apprend qu’en fait Amine Kalfane avait déjà payé deux milliards FC en prévision des taxes qu’il aurait à verser et que cet argent a servi à payer des fonctionnaires. La phrase qui a valu aux deux journalistes de passer la matinée à la gendarmerie est celle-ci : « L’Etat a-t-il peur des 2 milliards d’Amine Kalfane qui ont servi à payer les fonctionnaires ? »

Le plus étonnant c’est que pas une fois le gendarme qui les interrogeait n’a dit à El-Had Said Omar ou à Mohamed Youssouf qui portait plainte contre eux.  » j’ignore l’auteur de la plainte ! et c’est une pratique scandaleuse » affirme le Directeur de la Gazette. C’est donc la version « lettre de cachet » aux Comores : par un coup de téléphone, un gendarme reçoit l’ordre d’interroger un citoyen et éventuellement de l’enfermer sans qu’il ne sache qui porte plainte.

En fait, les journalistes de la Gazette auront plus de précision quand ils recevront dans l’après-midi un droit de réponse émanant du Docteur Ali Abdou Mdahoma, « Conseiller politique du vice-président Mohamed Ali Soilih ». Ainsi l’histoire retiendra que la première sortie politique du Dr Ali Abdou Mdahoma, un intellectuel issu de la Diaspora comorienne en France, où pendant des années il a critiqué les pratiques injustes et illégales des hommes politiques comoriens, fut un acte contre la liberté de la presse.

Dans ce droit de réponse qui sera publié ce matin par La Gazette des Comores avec un commentaire de la Rédaction, notre Docteur en Lettres accuse le jeune journaliste qui n’a jamais fait de politique de « porter atteinte à l’honorabilité et au professionnalisme de (ses) adversaires politiques ». Il va encore plus loin en prétendant que le journaliste Youssouf Mohamed n’est qu’une invention et qu’en fait il a écrit son article « sur commande ». Pourtant, le droit de réponse qui part dans tous les sens, ne nie pas le fait principal, le versement de 2 milliards par AGK à l’Etat, mais seulement que l’argent n’a pas été utilisé pour payer les fonctionnaires.

Le Directeur de la Gazette des Comores, journal indépendant, est habitué à ce genre de manoeuvres des pouvoirs publics cherchant à faire pression sur les journalistes. Le jeune Mohamed Youssouf un peu moins, il a donc reçu une leçon de ce qu’est le journalisme aux Comores aujourd’hui.

C’est une tentative de pression qui vient après la mise au pas du journal Alwatwan, consécutive à la nomination à sa tête de celui qui apparaît comme le théoricien du journalisme d’Etat, Abdou Soimadou.

Il reste à savoir pourquoi les pouvoirs publics multiplient ces derniers temps ce genre d’opérations qui n’ont d’autres résultats que d’impacter d’une manière négtive le classement des Comores au niveau des droits de la presse dans les enquêtes mondiales.

Mahmoud Ibrahime

Ali Soilihi : athée ou musulman progressiste ?

Ali Soilihi : Athée ou musulman progressiste ?

Ali Soilihi un peu avant sa mort

Ali Soilihi un peu avant sa mort

La mort atroce du Président Ali Soilihi a été perçue comme une libération par l’immense partie de la population comorienne. Des manifestations de joie ont été organisées dans les grandes villes comoriennes ainsi que dans les hameaux pour fêter la fin du régime du « kafir » et célébrer le retour d’Ahmed Abdallâh et ses chiens de guerre, lesquels furent cornaqués par un certain Bob Denard. Accueilli en libérateur, invité dans toutes les fêtes organisées à l’occasion, Bob Denard, sera baptisé à la hâte Mustapha Mhadjou par les chefs religieux. Prénom musulman et nom typiquement comorien qui connote l’enracinement à la terre et la longévité. Cet accueil plus que chaleureux fut interprété par Denard comme un feu vert qui lui fut offert par la population comorienne pour régler ses comptes avec Ali Soilih. Vindicatif, Denard n’aurait en aucun cas raté cette occasion en or pour se venger d’Ali Soilih, lequel s’est bien servi de lui pour chasser Abdallah au pouvoir. Dès l’arrestation du Mgongozi, ses collaborateurs (membres des comités et Bawa mwassi) ont été cloués au pilori et ont subi la hargne d’une population déchaînée. Certains furent emprisonnés, d’autres furent contraints de balayer les rues de la capital. Des histoires abracadabrantesques les unes des autres furent inventées pour le dénigrer et discréditer l’action du Mongozi. Sans exception, toutes les classes élitaires se sont coalisées pour célébrer leur victoire sur Ali Soilih et ses jeunes « Imberbes ». Les politiciens ont fêté la disparition du despote qui les a emprisonnés durant son règne (1975 -1978). Les notables, éternels gardiens du « Anda na Mila » se sont réjouis de l’assassinat du Comorien qui a voulu faire table rase de cette tradition plus que séculaire. Plus surprenant, un troisième larron tapi derrière cette mort tragique : le religieux. Celui-ci a applaudi l’assassinat du « kafir » et a refusé catégoriquement de lui offrir un enterrement (lavage et prière) digne d’un musulman.
Mais, pourquoi Ali Soilihi avait mauvaise presse auprès de la classe religieuse de l’époque ? Quelles sont les raisons qui ont poussé les religieux traditionalistes à le taxer d’ « athée « , libéral même « apostat » allant jusqu’à lui refuser les rites de tout mort musulman, alors que tous les Comoriens le voyaient prier ? Avait-il renoncé à la fois musulmane ?

En effet, courageux et déterminé à changer la société comorienne, le fils du Grand notable Soilihi Mtsachiwa n’avait en aucun cas peur de ferrailler avec certaines forces solidement installés aux Comores. Dès son arrivée au pouvoir, les attaques contre l’instrumentalisation de la religion par certains guides religieux furent récurrentes. En Chevalier blanc des opprimés et hercule des exclus, Ali Soilih ne ménageait aucun effort pour ériger une société égalitaire. Son maître mot « égalité » ! Rien que l’égalité ! Pas de classe sociale ! Ni dominant, ni dominé « Si yassa ya ou fakouzi na oussawa »! Égalité entre homme et femme ; égalité entre descendants des bantous et des arabes (Sharifs et Daroueche). En sus de cela, le Président Soilihi, fut Convaincu que la religion de Mahomet, censée être celle des va-nu-pieds, des lépreux, des sans caleçons, des sans titres, enfin des laissées-pour – compte ne doit pas être instrumentalisée pour privilégier certaines classes sociales. Débatteur hors norme, méprisant la langue de bois, doté d’un charisme incommensurable et d’une éloquence inégalée, il s’est attaqué avec virulence aux guides religieux qui se servaient de la religion pour s’embourgeoiser au non d’une affiliation honorifique au détriment des préceptes de l’Islam dictés par le Coran (verset 13 AL HUJRAT) et la conduite prophétique (Sunna). Adabu Mbali ! Matsodzi Mbali ! Telle est la pierre angulaire de sa philosophie. C’est ainsi, qu’il déclara en Octobre 1977 « je ne suis pas un ennemi de l’Islam, ce sont eux les vrais ennemis de cette religion par leurs comportements et leurs propos, car ils veulent que la religion ce soit eux, et eux la religion ce qui contrarie la philosophie prophétique ; s’il y a une mésentente entre le chef religieux et le chef de la révolution, cela suppose qu’il y en a, au moins, un qui ignore ses obligations et ses limites ». Autrement dit, ces deux personnalités devraient avoir le même combat : la lutte contre les classes sociales, contre le paganisme préislamique, contre les dépenses ostentatoires et surtout la sorcellerie, pratique vivement condamnée par l’Islam et qui est érigée en sport national aux Comores. Sans doute, il a voulu façonner le religieux comorien à l’image d’un bon guide religieux au service de la gloire divine bien expliquée par l’Imam Al ghazal dans son fameux et sacré livre « Ihaya ou ouloumou dini : la revivification des sciences religieuses » et Imam Al Haddad dans son Nassa-ihou adiniya. La fougue de la jeunesse aidant, Ali Soilihi fut un homme aux convictions fixées, mais aussi un provocateur hors norme. Croyant en la droiture de ses convictions et donc imbu de la cause révolutionnaire, il ordonna en 1977 aux chefs religieux de choisir librement leur groupe socioprofessionnel : ledjougou tsihou nne tou : mongozi wadini ou mongozi wa mila natsi woungagui ou mongozi wassiyassa : « vous avez quatre jours pour choisir librement votre groupe socioprofessionnel : guide religieux, politiciens, ou charlatans mais pas les trois à la fois …, que chacun travaille pour gagner sa vie, car le maître par excellence, le prophète, était un travailleur acharné ; il ne vivait pas ni de la sorcellerie ni des invocations soufflées ici et là ». Tels propos n’aurait jamais plu aux chefs religieux mais plutôt suscitaient leurs ires contre le guide révolutionnaire et accentuaient par conséquent leurs divergences.


N’en déplaise à ses détracteurs, Ali Soilih s’est attaqué à certains tabous de la tradition comorienne, à l’instar de la place de la femme comorienne dans la société. Jadis, calfeutrée chez elle comme une perle rare (surtout l’aînée destinée au grand mariage : mwanazidakani), sans éducation, ni perspective d’avenir que celle d’obéir et de se faire aimer par son futur mari, le Mongozi a eu le courage de briser les carcans préhistoriques qui enchaînaient les femmes comoriennes et les a mises sur les railles de l’émancipation. Forcées d’apprendre un métier, de suivre des cours d’alphabétisation, voire de se marier après plus 20 ans de fiançailles, aujourd’hui la plupart d’entre elles lui en sont très reconnaissantes.

Mais dans cette bataille lequel était plus religieux que l’autre ? Ali Soilihi qui ferraillait pour instaurer une République égalitaire ou certains de ses détracteurs qui furent, à la fois, notables, sorciers et guides religieux ? A chacun d’entre nous de juger ! Mais l’Histoire semble plaider en faveur d’Ali Soilihi.

Par ailleurs, loin d’être Mustapha Kemal Attaturk, Ali Soilihi n’a jamais été un partisan d’une occidentalisation à outrance de la société comorienne. Il n’a jamais rejeté l’islam. Il a œuvré pour une religion toilettée d’une lecture passéiste ce qui lui permettait d’en faire une interprétation plus en phase aux réalités modernes, tout en se forçant d’authentifier ses décisions auprès de certains religieux qui soutenaient son combat.

Dans un entretien avec Said Ahamada Mbaé, journaliste de la Radio Comores, en Octobre 1977 il déclara « le président est le garant de toutes les religions cohabitant aux Comores, dans ce cas, il n’a pas de religion particulière, mais Ali fils de Soilihi Mtsachiwa a sa religion qui est l’Islam et s’efforce avec ses frères à la défendre partout ou besoin sera ». C’est à l’issu de ces propos que ses détracteurs l’on qualifié d’apostat. Mais, soyons objectifs et examinons les faits historiques. N’était-il pas le seul et unique président, qui a organisé et valorisé l’enseignement coranique, en payant les maîtres coraniques ? N’a t- il pas exigé que le discours du vendredi soit traduit en comorien afin que les Comoriens comprennent mieux leur religion ? N’a t’il pas ordonné aux comités révolutionnaires de veiller à ce que les jeunes observent le ramadan et accomplissent leurs cinq prières ? N’a –t- il pas fait la lutte contre la sorcellerie et les dépenses excessives une obsession personnelle ? Quel Président apostat aurait eu une telle attitude ? Amon sens, Ali Soilih n’était pas ni athée ni apostat mais un intellectuel musulman progressiste comme tant d’autres : Avicenne, Ibn Rushd, Fakhr al-din –al Razi, Jamel-eddine al –afghani, Nasser, Bourguiba, Mohamed Talbi, Mohamed Arkoun et consort. Certes, il a commis des erreurs inhérentes à l’exercice de son pouvoir comme tous les présidents qui ont gouverné les Comores. Il pourrait être qualifié d’un despote comme ses successeurs. Cependant, son despotisme fut éclairé et éclairant. Il se battait, peut être maladroitement, pour l’honneur, l’intégrité, la dignité et surtout le développement des îles Comores au grand dam des parangons du néocolonialisme. Ceux qui ont accueilli avec faste, Bob Denard, rebaptisé par eux même « babou nar : la porte de l’enfer » se sont mordus les doigts. En somme, pour honorer ce grand patriote, tombé en martyre, les autorités comoriennes devraient décréter le 29 Mai date de son assassinat jour de prières et de recueillements en sa faveur. Conscient que ses jours étaient comptés, il répétait sans cesse : (Ye tarehi ndo hakimu !) L’Histoire n’est-il- pas le juge parfait ? Libres aux Comoriens de le juger après son assassinat par la coalition bringuebalante constituée par les notables, les guides religieux et les mercenaires

Abdou Katibou

29 mai 1978 : Mongozi Ali Soilihi est assassiné

Tombe d'Ali Soilihi à Chouani

Tombe d’Ali Soilihi à Chouani

29 mai 1978 : Mongozi Ali Soilihi est assassiné

Si le 13 Mai 1978 marque la fin de la Révolution comorienne, le 29 Mai de cette même année a vu la fin du MONGOZI (Guide) du peuple comorien, Ali SOILIH, assassiné sur ordre des dirigeants comoriens qui ont pris le pouvoir, suite au coup d’Etat.

Comme à l’accoutumée, les autorités et les citoyens comoriens affluent massivement à Chouani (sud ouest de l’île de Ngazidja) pour fêter l’anniversaire de la mort du Révolutionnaire Ali Soilih Mtsachiwa. Les jeunes de Chouani organisent, comme chaque année, une cérémonie qui sera suivie par les autorités politiques, les notables et les jeunes du pays pour écouter différents orateurs après la lecture du Saint Coran, lecture dédiée au défunt Mongozi Ali Soilihi.

Les orateurs ne font généralement que relater sa biographie, la pensée philosophique, les actions entreprises, la portée de sa politique, ses sacrifices, sa volonté de servir son peuple, son amour et son civisme vis-à-vis de son Etat ; mais aussi les obstacles rencontrés pendant cette période.

Certains regrettent de ne pas être restés fidèles à sa doctrine. D’autres se culpabilisent et demandent pardon publiquement du fait d’avoir déstabilisé son action. Ceux qui embrassaient ses idées ou les jeunes qui n’ont pas vécu pendant ses deux ans et huit mois (2 Février 1976 au 13 Mai 1978) pendant lesquels Ali Soilihi était à la tête du pouvoir, rêvent d’un régime, comme celui qui a avorté. « Pour les acteurs de ce régime comme pour une grande majorité des comoriens, et même pour l’historien, il reste comme un goût d’inachevé », soutient l’historien Mahmoud IBRAHIME dans son article paru dans ‘’Tarehi’’ n°1 (février-mars-avril 2001, p.23). Ses adversaires d’hier sont devenus ses principaux défenseurs d’aujourd’hui. Même ceux qui veulent détourner les élections évoquent toujours son nom.

Cependant, des jeunes autorités assoiffées de pouvoir et qui voudraient se démarquer dans la société cherchent sans cesse des alibis pour détourner les esprits, afin de construire leur propre histoire. Nous faisons référence à Mohamed Issimaïla et Hamada Madi Boléro, respectivement ancien ministre de l’éducation et actuel directeur de Cabinet du président de la République. Ces derniers oublient que « Ye Tareh Ndo Ha’kim » (« l’histoire est le seul juge ») comme disait le Guide lui-même. Sans oublier que la tonalité prophétique de cette phrase nous met toujours en veille, bien après sa disparition, sans exagération. Le seul mot qu’il aurait prononcé au moment de sa capture est : «wunu tsimsadjadja’ » (ô grand désordre), faisant référence à toutes les formes de détournements, de corruptions, de manipulations… qui allaient arriver.

 Amir MOHAMED

Ainoudine Sidi a quitté le CNDRS

Ainoudine Sidi a quitté le CNDRS

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Mme Lacoste, chercheuse affectée à l’UDC et femme de l’Ambassadeur de France et Ainoudine Sidi ex-Directeur du CNDRS

Ils étaient nombreux au Centre National de Documentation et de Recherche Scientifique (CNDRS) samedi 17 mai pour rendre hommage au Docteur Ainoudine Sidi, remplacé à la tête de cette institution par  Nourdine Abdallah par un décret du Président de la République.

Les personnels du CNDRS étaient présents à la cérémonie. Les différentes personnalités de l’institution ont rappelé à tour de rôle les travaux réalisés par le directeur sortant. Ainsi, Toiwilou a prononcé un grand discours en français pour honorer Ainoudine en rappelant toutes les bonnes choses qu’il a réalisées pendant ses quinze ans de directions du CNDRS. Il a indiqué, entre autres, qu’Ainoudine n’a jamais renvoyé un employé du CNDRS durant sa période de direction. Au contraire, il a tissé des liens avec tous les personnels. C’est pourquoi, à la fin de son propos, il a conseillé à Ainoudine de rester pour toujours un enfant du CNDRS car l’institution aura toujours besoin de lui.

Ensuite madame Lacoste, chercheuse affectée à l’Université des Comores et femme de l’Ambassadeur de France aux Comores, a pris la parole pour parler largement de l’oeuvre de Ainoudine sur le plan national et international, ainsi que ses multiples occupations. Elle a aussi souligné que Ainoudine était la première personne qu’elle a rencontrée à son arrivée aux Comores grâce à ses écrits précieux et parfois sévères. Elle a ajouté la réalisation de la revue scientifique Ya mkobé.

Après Mme Lacoste, la parole est passée à Ainoudine Sidi. Il a longuement remercié tous les gens avec lesquels il a travaillé pendant ces quinze ans de fonction. « Vous étiez mes collègues, aujourd’hui vous êtes tous mes amis, wanama, wadzani » a-t-il souligné,  » et maintenant, je m’engage à l’université et sur les travaux de terrain avec mes étudiants ». A la fin de la cérémonie, Damir Ben Ali, est revenu sur la publication de la revue scientifique Ya mkobé en précisant qu’Ainoudine ne cessait de le consulter avant chaque publication. Enfin, il a souhaité la bienvenue à Nourdine Abdallah, nouveau directeur général, présent dans la salle, mais qui n’a pas pris la parole.

Abdillah Ali

UCCIA/CCIA : Le Ministère des Finances s’engage enfin

UCCIA/CCIA : Le Ministère des Finances s’engage enfin

 

ArreteCCIA1 ArreteCCIA2Dans le conflit qui oppose le Président de l’Union des Chambres de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (UCCIA), Fahami Thabit à la Présidente de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (CCIA), Fatouma Nassor, le Ministère de tutelle a enfin pris une décision, conformément à la loi qui lui confie un pouvoir de substitution en cas de crise.

Cette décision est résumée dans l’arrêté 14-045/A/ du 30 avril 2014 signé par le Vice-Président Mohamed Ali Soilihi, Ministre des Fiances et de l’Économie.

Dans une interview récente accordée à La Gazette des Comores, le Président de l’UCCIA indiquait que son institution n’avait aucun conflit avec la CCIA, le Ministère semble penser autrement puisque l’article Premier de cet arrêté met en place une commission d’appui aussi bien auprès du bureau de la CCIA que du Secrétariat Général de l’UCCIA.

L’arrêté laisse comprendre que le gouvernement a penché vers les solutions proposées par le Mouvement des Entreprises Comoriennes (MODEC) dont les dirigeants étaient agacés par le pourrissement des relations entre les deux organisations. C’est en effet à deux membres de ce syndicat des patrons comoriens et à un membre de la Maison des Organisations professionnelles (MOP) que le Ministre des Finances a confié le soin de mettre de l’ordre dans les Chambres de Commerce.

Le Ministère ne donne qu’un mois à cette commission pour parvenir à deux objectifs : « faire élire les trois vice-présidents manquants » et « instaurer un climat de confiance au sein de l’institution ». Vues les relations catastrophiques entre les deux organisations et entre les membres, un mois pour ramener une situation normale paraît trop court, à moins de nommer des prophètes capables de miracles. Il est presque certain que ce délai sera prolongé.

De plus, une source qui a requis l’anonymat indique que le MODEC allait contester la présence de la MOP dans la gestion du conflit dans la mesure où certains membres de celle-ci étaient partie prenante dans ce conflit.

On se rappelle que dans l’objectif d’écarter la présidente actuelle de la CCIA, certains membre de l’organisation avaient mené une véritable guerrilla faite de plaintes contre elle auprès de la Justice, d’accusations gratuites relayées dans les réseaux sociaux, de démissions fracassantes dans l’objectif de paralyser l’instution… Le 10 mars dernier, les opposants à la présidente avaient même organisé une Assemblée régionale à Moroni et avaient désigné de nouveaux responsables. Mais, le gouvernement avait réagi en interdisant l’accès du site de la CCIA à ce groupe, y compris au Président de l’UCCIA. Fatouma Nassor et ses collaborateurs étaient les seuls à pouvoir y accéder.

C’est cette ligne qu’a suivi le Ministre des Finances en annulant dans cet arrêté les délibérations de l’Assemblée régionale du 10 mars 2014 (article 5) et en confirmant la présidente à son poste : « Hormis de ceux qui ont démissionné, les membres des organes délibérant et exécutif de l’établissement en fonction antérieurement à cette délibération (note de la rédaction : celle de l’Assemblée régionale du 10 mars 2014) continuent de l’exercer. »

Mahmoud IBRAHIME

 

Ahmed Ali Amir. Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

 

Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

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Ahmed Ali Amir, Journaliste, Alwatwan

Jamais, de ma carrière de journaliste, je n’ai utilisé ce mode de communication pour adresser un message au premier magistrat du pays. Si j’en use aujourd’hui, c’est parce que mes nombreuses tentatives pour vous rendre une visite de courtoisie sont restées infructueuses et ma demande d’entrevue pour vous présenter les résultats de l’enquête de l’agence Thomson Reuters sur la situation des femmes dans les Etats membres de la Ligue Arabe n’a pas non plus obtenu gain de cause.

A travers cette lettre, je voudrais vous entretenir sur un sujet délicat : la crise de la presse comorienne. D’abord pour partager mes diagnostics, ensuite pour parler des responsabilités et enfin proposer des pistes de solution, dans l’espoir que vous y apporterez tout votre soutien.

Excellence M. le Président,

La presse comorienne est doublement en crise. Une crise éditoriale qui ne cesse de s’aggraver et une crise financière qui n’est pas près de voir le bout du tunnel. Cette crise se caractérise par la pauvreté éditoriale qui n’honore pas le pays et la médiocrité de l’écriture journalistique qui décrédibilise le métier.

Les journalistes se sont englués dans un doute collectif, une sorte de crisede conscience, parce qu’ils savent qu’ils s’écartent des principes de l’éthique journalistique et des règles déontologiques de l’exercice du métier. Les journaux, la presse audiovisuelle, en quête permanente de financement pour supporter les coûts exorbitants de production, se sont transformés en simples interfaces de communication des institutions nationales et du Système des Nations-unies. Certains organes, radios pour la plupart, ont choisi de jouer les relais de la propagande et des hauts responsables en font leurs choux gras. Et on assiste impuissant à une désaffection des plus belles plumes de la presse nationale.

Il est donc devenu coutumier de ne croiser les journalistes que dans les salles de conférence des hôtels, dépêchés pour couvrir les ateliers et les séminaires. Ils sont, par contre, totalement absents dans les zones où vit la population, absents dans les secteurs d’intenses activités sociales ou économiques pour parler des secteurs en difficultés ou en crise, des contraintes, ou des espoirs et des perspectives.

Or notre rôle, permettez-moi de le rappeler, est de rechercher l’information, la trier, la traiter, pour la rendre signifiante, assimilable et attrayante. Notre mission principale est de permettre surtout à nos concitoyens de comprendre le monde qui l’entoure pour pourvoir agir avec intelligence et être capable d’influer sur le cours des événements.

Dans le traitement de l’information, nous n’avons ni amis, ni ennemis. Nous avons un devoir d’objectivité et de neutralité. On distingue les professionnels par la pertinence des propos, l’éclairage qu’ils portent sur les événements, la profondeur de « la valeur ajoutée » de l’information.

L’information est un élément de pouvoir. Nous en sommes les premiers conscients. Elle permet de préparer et d’orienter les actions des citoyens. Mais mal conduite, mal restituée, elle provoque « un enchainement de jugements » erronés, susceptibles de créer des réactions détournées, des tensions inutiles, parfois disproportionnées. Les pressions commerciales sont si énormes que les journaux perdent leur âme.

Résultat ? L’injustice s’installe, les abus se multiplient, les dysfonctionnements de l’Etat restent en l’état, les services sociaux continuent à se dégrader, les relations humaines et la qualité de la vie se détériorent, le débat politique se situe au ras des pâquerettes et la presse continue d’évoluer en marge de la société.

Faire de la communication par le biais de la presse d’information générale est devenue une pratique abusivement exploitée par les détenteurs du pouvoir. « L’information » véhiculée n’est pas juste, n’est pas vraie, n’est pas complète car elle est fondée sur la manipulation.

La presse n’est appréciée en haut lieu que si elle présente des gros titres flatteurs, des grands portraits à la « Une » des hauts responsables. Le ministère des Finances a auguré deux pages de communication chaque mercredi, financé par l’argent du contribuable. Des papiers redondants, des informations redoublées et colorées, subtilement et dangereusement confondues avec les pages d’information.

Le financement de ces pages de publicité entretient une autocensure regrettable, parce que la presse d’Etat qui bénéficie de ces retombées financières ne disserte plus en retour sur les dysfonctionnements de ce ministère.

La loi comorienne et la Charte des journalistes définissent, pourtant clairement la limite de l’exerce de nos libertés, en protégeant « le respect de la dignité humaine », « la liberté et de la propriété d’autrui », et « le caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion. » La loi et la Charte encouragent la presse à « provoquer par l’information, le débat et l’échange des idées indispensables au bon fonctionnement des institutions démocratiques », favorisant ainsi « la participation des Comores au dialogue universel et culturel par la diffusion à l’étranger des valeurs culturelles comoriennes sous toutes ses formes. »

En lisant la presse le matin, on constate que nous sommes trop éloignés des préoccupations que la loi et la Charte des droits et des devoirs nous confèrent et des missions qu’elles nous assignent.

Rien qu’en parcourant la liste des plaintes déposées par la commission anti-corruption, en s’imprégnant de  la nature et de l’ampleur des affaires de détournement et de malversation, on se rend compte que la presse ne joue pas son rôle, parce qu’elle n’est pas, comme sous d’autres cieux, à la pointe de ce combat,  mais plutôt à la traîne.

Nous avons la chance d’avoir une diaspora qui aime son pays et qui apporte une contribution de près de 179% du budget de l’Etat. L’information qu’elle reçoive est médiocre et le regard qu’elle porte sur la liberté est des plus sévères. Par d’autres billets de communication, elle reçoit l’écho, des hommes et des femmes, des associations qui travaillent admirablement, comme lui parvient aussi l’écho des gâchis en matière de gestion politique et financière et de respect des droits humains.

Al-Watwan se fait un devoir d’honorer les femmes et les hommes, de l’intérieur comme de la diaspora, qui se sont distingués durant l’année écoulée, par le talent, le courage, l’initiative, l’intelligence, le patriotisme. Parce qu’au-delà de la critique, la presse reconnait le mérite.

Excellence M. le Président,

Les derniers rapports des experts révèlent que la pauvreté s’est aggravée en dix ans, malgré les programmes mis en œuvre; les objectifs du millénaire s’éloignent malgré les milliards engloutis. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond quand nous lisons à « longueur d’années», des bilans globalement positifs présentés par la presse.

Il est temps d’interpeller nos consciences. Parce qu’une presse qui cache ou qui n’ose pas enfonce son pays dans la gadoue au lieu de l’aider à se relever et à avancer.

Le vicieux débat entre une presse gouvernementale qui doit rester sur commande et une presse indépendante qui peut demeurer libre démontre que ceux qui le colportent ignorent que la loi portant code de l’information ne reconnait pas de dualité de l’information. Mieux encore, l’Etat n’accorde ses subventions que pour assurer le plein exercice de la liberté de la presse et pour empêcher au contraire les groupements privés de prendre le contrôle total.

La presse comorienne ne dispose pas de moyens de mener des enquêtes d’investigation, et l’Etat comorien fait tout pour l’en dissuader. Pendant que dans certains pays comme les Etats-Unis, des fonds sont mis en place pour encourager les enquêtes d’investigation, ici, on brandit les menaces de retrait des publicités, de censure brutale, comme ce fut le cas du Magazine d’Al-Watwan, retiré des kiosques, parce que la rédaction a  »commis le péché » d’enquêter sur l’état chaotique des finances publiques, la gestion malsaine de la citoyenneté économique, la corruption dans les appels d’offres publics…

Il est temps d’accorder un temps de réflexion à la presse, pour déterminer « Quelle Presse Voulons-nous Dans Ce pays ? ». Les professionnels, les citoyens, l’Etat, les partis politiques, les syndicats, les associations, les annonceurs doivent se pencher sérieusement pour donner à la presse les moyens et les capacités de jouer son rôle.

Il faut d’abord passer par l’institutionnalisation des formations permanentes pour répondre aux impératifs des rédactions, améliorer sans cesse la qualité des productions intellectuelles. Il faudra aussi prendre en compte la dimension internationale de la crise de la presse écrite pour accompagner le virage encore balbutiant du numérique. La France finance déjà les formations spécialisées au prestigieux Centre de Formation Professionnelle des Journalistes de Louvre et la Chine est disposée à accueillir des journalistes dans les domaines de la presse écrite et de l’audiovisuel.

Pour ce faire, le gouvernement, garant de la démocratie, doit d‘abord adopter un « Plan en Faveur de la Presse. »

Il faut de toute urgence mettre en place une coordination regroupant le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel, le ministère et les commissariats de l’information, le ministère de la Culture, l’Université, les organisations professionnelles de la presse, et les services de presse de la présidence, pour préparer des assises nationales.

Des chantiers peuvent d’ores et déjà être lancés. Il s’agit très vite, comme cela se fait de nos jours en France, d’accompagner le virage stratégique du numérique, négocier des réaménagements fiscaux pour abaisser les coûts d’impression, défendre les valeurs et les métiers du journalisme et restaurer la confiance avec les lecteurs, renforcer les fonds propres des entreprises de presse, reconquérir le lectorat au travers de mesures d’encouragement à la lecture pour les jeunes, repenser globalement la gouvernance des « communications publiques » et des subventions pour en faire bénéficier à la presse indépendante.

Il convient de rappeler ici, que les recommandations pertinentes des Etat généraux de la presse écrite n’ont été que très partiellement prises en compte.

Les journalistes avaient proposé de mettre en place une rotative pour imprimer les journaux à un coût moindre, ouvrir un centre de formation professionnelle qui répondra aux demandes de formations adaptées des organes de presse, mettre en place le conseil national de la presse en le dotant des moyens adéquats de fonctionnement, soutenir le transfert au numérique et mieux outiller la presse pour utiliser les réseaux sociaux, favoriser la négociation des conventions collectives pour défendre les droits des journalistes en vue de les sortir de la précarité et enfin légiférer en matière d’accès aux sources et de dépénalisations des délits de presse.

Pour toutes ces questions, je suis convaincu que vous porterez toute l’attention méritée et que vous mobiliserez les ressources nécessaires pour sortir la presse de la crise.

Je vous prie de croire, Excellence Monsieur le président, à l’expression de ma très haute considération.

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Ahmed Ali Amir

Journaliste

ahmedaliamir@yahoo.fr

Tel : 322 63 11

L’affaire Boléro ou l’histoire comorienne dévoyée

L’affaire Boléro ou l’Histoire comorienne dévoyée

Hamada Madi Bolero,           Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Les propos tenus par Hamada Madi Boléro considérés comme vérité historique ont réussi à faire du tapage médiatique dans l’opinion publique comorienne alors qu’ils sont loin d’être une vérité historique. Ils constituent une instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques.

Pour Boléro, Ali Soilihi est le premier putschiste comorien et il est originaire de la Grande-Comores; et Saïd Mohamed Cheikh est le grand cerveau du transfert de la capitale de l’archipel de Dzaoudzi (Mayotte) vers Moroni, et c’est encore un originaire de Ngazidja. Ces deux éléments d’information sont une vérité historique pour le journaliste intervieweur, ainsi que le Comorien lambda.

Pour le lecteur ou l’auditeur de cette interview, une seule question lui taraude la tête qu’est-ce qu’une vérité historique ? Qu’est-ce qui différencie l’historien, le juge et le journaliste dans l’investigation des faits ? La question du régime de vérité de l’histoire déborde cependant très largement celle de l’impartialité du chercheur et du désintéressement de la recherche. C’est aussi une question de méthode : La vérité en histoire, c’est ce qui est prouvé. Or Boléro n’apporte pas des preuves à l’appui de ces allégations, il fait des déclarations auprès d’un journaliste, il n’est pas un historien spécialiste de l’ histoire politique comorienne. C’est un homme politique comorien comme tant d’autres qui fait son show pour exister politiquement et répondre aux détracteurs qui veulent rabaisser les Mohéliens.

L’investigation, au sens où l’on parle d’investigation d’un juge d’instruction ou d’un journaliste, est la méthode utilisée pour établir des faits, les enchainements, les causes et les responsabilités. Dans sa recherche de la vérité, le juge procède comme l’historien ; il relève toute une gamme de faits, le mobile, les indices et les preuves formelles. La différence entre le juge et l’historien ne réside pas dans l’investigation, mais dans la sentence. Le juge doit trancher, au terme de l’enquête et le doute bénéficie à l’ accusé. L’ historien est plus libre ; il peut suspendre le jugement, et dresser la balance des présomptions et des doutes, car la connaissance échappe aux contraintes de l’action. En   revanche, il y a eu des moments où le journaliste pris dans le vif de l’actualité écrit ou dit des choses avec exactitude et parfois, il diffuse des informations de manière partielle sans vérifier minutieusement ses sources. Pour l’homme politique, l’objectif est de séduire un électorat ou appâter un auditoire, il n’hésite pas à user de la démagogie.

Comme disait Thucydide il faut séparer nettement le merveilleux mythique de la réalité historique, vérifier avec soin ses sources (écrites ou orales) pour démêler le vrai du faux, et de ne pas s’embarrasser d’anecdotes. A force de répéter aux quatre coins des journaux qu’il n’y a pas de vérité en histoire mais seulement des interprétations subjectives et relatives, le public va finir par le croire.

 Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Comment lutter contre la corruption aux Comores ?

Comment lutter contre la corruption aux Comores ?

 

Commission de corruption

Hormis le gouvernement révolutionnaire d’ALI SOILIHI MTSACHIWA, les autres gouvernements ont laissé se développer le détournement des deniers publics. Lors des campagnes électorales, tous les candidats aux élections présidentielles et de gouverneurs nous disent toujours que « la lutte contre la corruption occupe la première place de leurs objectifs », car selon eux, elle ruine constamment le pays.

La corruption est bien visible aux Comores comme dans beaucoup de pays africains. Elle est pratiquée tous les jours et partout dans les institutions publiques. Elle appauvrit le pays par les détournements de deniers publics.

Le président AZALI ASSOUMANI, AHMED ABDALLAH MOHAMED SAMBI et IKILILLOU DHOININE  ont fait de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. Mais ils ont tous échoué. IKILILLOU a mis en place une structure contre la corruption. Une structure qui n’a encore proposé aucune feuille de route contre celle-ci.

Depuis maintenant trois ans, personne ne sait et ne peut dire le travail entrepris par la Commission anti-corruption pour éradiquer cette maladie grave qui gangrène aussi bien l’économie que la population comorienne. Beaucoup parmi nous, nous nous demandons comment fonctionne cette structure ? À part le bruit que cette équipe a fait sur l’affaire OUSTADH RIFKI, libéré quelques jours plus tard par la justice, elle reste sans aucun rendement.

Comment est-il possible d’éradiquer la corruption aux Comores ? Une Commission anti-corruption aux moyens humains et matériels réduit est-elle capable de mener un tel combat ? Quelles démarches l’Etat comorien doit-il entreprendre pour réduire cette pratique détestable et malsaine ?

Nous autres pensons que l’entrée facile et par des moyens multiples dans la fonction publique contribue fortement à ces pratiques de corruption légalisée par nos fonctionnaires. Beaucoup de fonctionnaires comoriens se sentent redevables envers les personnes qui les ont intégrés par on ne sait quelle magouille dans la fonction publique. Le ministre, le directeur général et le notable exercent chacun, une mainmise sur tel fonctionnaire parce qu’ils sont souvent à l’origine de son intégration dans la fonction publique.

Par peur d’être éjecté hors de celle-ci, certains fonctionnaires exigent des dessous de tables pour nourrir leurs mentors si ce sont des notables, ou violent certaines étapes en corrompant d’autres collègues pour faire plaisir à un ministre ou directeur qui était à l’origine de leur intégration et afin d’augmenter sa côte de popularité dans une région.

Il aurait été mieux pour cette commission anti-corruption de proposer au gouvernement actuel « le concours d’entrée dans la fonction publique ». Pourquoi un concours ? D’abord, parce que l’Etat comorien profiterait ainsi des meilleurs de l’élite comorienne pour booster le pays. Ensuite, aucun fonctionnaire ne se sentirait redevable envers quiconque et saurait qu’il est à tel ou tel poste parce qu’il le mérite. Enfin, entre fonctionnaires s’installerait le respect mutuel, car ni le ministre ni le directeur ni le secrétaire général voire même le président n’aura plus le pouvoir de licencier un fonctionnaire selon son bon vouloir, à partir du moment où tout le monde a intégré la fonction publique par la même voie, celle du concours. Puis le salaire peut suivre, les avancements pour que le fonctionnaire puisse gagner décemment sa vie.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

Le retour de Soimadou à Alwatwan

Le retour de Soimadou à Alwatwan

 

Par le décret n°14-55 du président de la République, Mohamed Abdou Soimadou, actuel maire de Gnoumassirou-Mbeni, et président des Maires de Ngazidja, a été nommé Directeur Général d’Alwatwan en remplacement de Hassane Moindjié, qui avait pris ses fonctions en avril 2012.

Soimadou

Mohamed Abdou Soimadou, nouveau DG d’Alwatwan

Lundi 21 avril, en milieu d’après-midi l’ex-Directeur a annoncé son départ et c’est dans un silence de mort que le nouveau Directeur a dit quelques mots sans entendre une seule voix lui souhaiter la bienvenue.

La nouvelle a créé un certain émoi dans le milieu des facebookers comoriens qui a toujours tendance à refuser ou à se méfier de toute nomination venant du pouvoir actuel. La nouveauté, c’est que cette fois l’inquiétude a atteint la rédaction du journal de l’État, à l’image du jeune journaliste Toyb Ahmed qui a annoncé dès le début un « lundi noir ».

Mohamed Abdou Soimadou n’est pas un inconnu dans la maison puisqu’il l’a dirigée en tant que Ministre de l’information, puis en tant que DG sous la présidence du colonel Azali Assoumani.

Mais pour les jeunes journalistes d’Alwatwan, le nom de Soimadou est synonyme d’attaques en règle contre eux. C’est en tant que Conseiller du Vice-Président chargé des Finances, Mohamed Soilihi alias Mamadou, originaire de Mbeni comme lui, que dans Alwatwan-mag n°15 (mai 2012), il mène l’attaque contre les journalistes qui ont osé remettre en cause certaines pratiques de l’administration financière depuis des années et connues de tous. Le Ministère des Finances fait un droit de réponse sur cinq pages. Mohamed Abdou Soimadou n’y va pas de main morte avec les journalistes d’Al-Watwan qu’il accuse de vouloir nuire à son patron direct et au Président de la République. Il les accuse aussi d’« abus de confiance » (les mots veulent dire ce qu’ils veulent dire, surtout pour l’ancien professeur de français qu’est Soimadou), de « perfidie », de « propagande », de « désinformation », l’intention de « porter une si grave atteinte aux intérêts du pays », de « malhonnêteté », « de mauvaise foi ». Avec autant et d’aussi gentils qualificatifs, on comprend l’inquiétude des journalistes, mais surtout on se demande comment l’auteur de cette missive peut travailler avec de tels journalistes.

Mohamed Abdou Soimadou c’est, pour les anciens journalistes, le théoricien du journalisme d’État. C’est lui qui la première fois, en tant que Ministre de l’information du colonel Azali, a dit ce que devait être un journaliste travaillant pour un organe de l’État : un serviteur, non pas du peuple, ni de l’État, mais du gouvernement, étant entendu que pour lui, ce n’est pas le peuple qui par ses impôts paye les fonctionnaires, mais le gouvernement. Visant notamment Ahmed Ali Amir, il avait déclaré qu’un journaliste d’Alwatwan devait uniquement véhiculer les idées du gouvernement et qu’autrement, il devait aller chercher du travail dans un journal privé. Cette thèse a été remarquablement reprise par le Ministre de l’intérieur et de l’Information Hamada Abdallah récemment, dans une phrase qui restera longtemps dans les Annales du journalisme aux Comores : « Tout journaliste d’un média d’Etat qui veut avoir la liberté d’écrire ou de parler, a l’obligation de se mettre dans le moule du gouvernement, ou bien il doit avoir l’honnêteté intellectuelle d’aller travailler dans un organe privé ».

Contrairement à ce qu’on peut penser Mohamed Abdou Soimadou a eu une longue expérience de journaliste, au sein de l’ASEC. Il a même été Directeur de publication de l’organe de cette association marxiste, Usoni en 1977. C’était le temps des articles glorifiant le camarade Mao et attaquant avec virulence la révolution soilihiste. Le temps où il était de bon ton de chérir le centralisme démocratique et où les militants étaient « cordialement invités » à l’autocritique permanente. Un autre monde.

Depuis, Mohamed Abdou Soimadou a fait du chemin, passant entre les gouvernements et les partis politiques, presque toujours au premier plan. Du Front Démocratique au parti du président Ikililou, en passant par l’UNDC du président Taki. On le croyait Secrétaire Général du RIDJA, il est un des fondateurs de l’UPDC ! À donner le tournis.

Cette nomination est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient à l’approche d’élections législatives et municipales que le pouvoir en place craint fortement de perdre. De plus, le parti du président a déclaré récemment sa volonté de devenir le relais de la communication du gouvernement.

Mais, c’est ici que le gouvernement du président Ikililou montre ses faiblesses, il n’a pas pris en compte les changements intervenus dans les médias. Si la télévision et la radio sont encore suivies par beaucoup de Comoriens, la diffusion d’Alwatwan reste symbolique. La censure d’un tel journal ne rapporte qu’une mauvaise image au gouvernement et n’a aucune efficacité. On l’a vu récemment lorsque le Ministre Hamada Abdallah a fait retirer Alwatwan-mag n° 14 des kiosques, il a été lu au delà des lecteurs habituels par la diffusion sur internet. Mais, il est facile de comprendre que les journalistes sont dans la blogosphère et qu’ils peuvent publier ce qu’ils veulent sous des pseudonymes ou par des intermédiaires qui sont de véritables leaders d’opinion. C’est ce qui manque au gouvernement actuel, obligé d’aller chercher dans le passé des médias comoriens Mohamed Abdou Soimadou.

Mahmoud Ibrahime