Alwatwan

Alwatwan. La liberté d’expression mise en cause aux Comores

Mohamed Abdou Soimadou, DG du journal Alwatwan

Mohamed Abdou Soimadou, DG du journal Alwatwan

Ce qui se passe ces derniers temps au sein du quotidien gouvernemental Alwatan nous interpelle tous. Le directeur général de ce journal, Mohamed Abdou Soimadou a une drôle de conception de la liberté d’expression.

Les médias sont aujourd’hui reconnus comme le premier contre-pouvoir dans les sociétés démocratiques en Occident. Il faut rappeler que des scandales ont été dévoilés par la presse que le pouvoir exécutif aurait voulu étouffer. Le scandale le plus célèbre du siècle passé est celui du WATERGATE aux États-Unis sous la présidence de RICHARD NIXON.

En Afrique la démocratie est récente, voire fragile. En UNION DES COMORES, elle demeure balbutiante.

Les journalistes d’Alwatan sont d’abord des professionnels de la presse écrite  qui vérifient leurs sources avant de publier telle information ou tel article. Suspendre ou limoger un journaliste ou une journaliste à cause de sa liberté de plume nous amène à nous interroger sur la conception que les censeurs officiels ont de la liberté d’informer. Les journalistes peuvent-ils publier des contre-vérités ou des mensonges maquillés pour être politiquement correcte ? Est-ce que publier un article non complaisant envers la ligne officielle du gouvernement constitue un délit ?

A propos de la crise qui oppose la rédaction du journal gouvernemental au Directeur Général, on se demande où sont passés les défenseurs de la liberté d’expression ? 

Alwatan est certes un quotidien gouvernemental, ce n’est pas pour autant qu’un journaliste n’a pas un minimum de droit et qu’il ne peut pas émettre un avis contraire contraire à celui du gouvernement. Mais, aux Comores, on confond la critique et l’insulte, or en démocratie, sans critique, il n’y a pas de progrès possible pour un pays. Malgré ces critiques, les médias gardent un rôle indispensable pour équilibrer les pouvoirs institutionnels, et leur pluralité permet d’accéder à une information diversifiée.

La classe politique comorienne, au lieu de nous rabâcher les oreilles à longueur d’interventions sur le thème du « il faut sauver les institutions », devrait consolider l’un des piliers de la démocratie, c’est-à-dire la liberté d’expression. La séparation des pouvoirs, le pluralisme d’opinions doivent être garantis par un arsenal législatif.

Il est inadmissible que des journalistes soient mis au pas ou réduits au silence. Le quotidien Alwatan ne peut pas fonctionner comme la Pravda sous l’ère Stalinienne. A l’heure du numérique et de la multiplication des blogs d’informations , la liberté d’expression ne peut pas être sous surveillance .

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Kassim Mohamed Soyir ou l’excellence comorienne au service du shikomori

Soutenance de thèse

Kassim Mohamed Soyir ou l’excellence comorienne au service du shikomori

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Kassim Mohamed Soyir Badjrafele lors de sa soutenance

Lundi 1er décembre 2014, l’Imam et linguiste Kassim Mohamed Soyir, plus connu sous le nom de Badjrafele a soutenu sa thèse de linguistique à l’Université Jussieu Paris 7. Les thèses en linguistique basées sur la langue comorienne sont très rares pour que celle-ci ne soit pas remarquée. Le chercheur a choisi de travailler sur « Le nom en shiNgazidja (G44a) : morphologie, phonologie, sémantique et syntaxe ».

Ceux qui ne connaissaient pas Badjrafele l’ont découvert le 25 septembre dernier dans deux émissions de la télévision française : « Envoyé spécial » (France 2) et « 64 minutes » (TV5-Monde) dans lesquelles il a montré à la France entière l’image véritable de l’Islam prenant le contre-pied des caricatures fabriquées par les médias qui couvrent les prises d’otages et les assassinats d’occidentaux. Il a aussi mis en avant cet islam religion de tolérance tel qu’il est enseigné dans son pays d’origine.

Cela fait plusieurs années que le chercheur s’attèle à l’analyse de sa langue natale, un terrain qui, malgré les travaux de Mohamed Ahmed-Chamanga, reste relativement vierge. Mais, comme l’a rappelé le professeur qui l’a accompagné dans ses premiers pas dans la recherche, Jean Lowenstamm, Badjrafele est un homme qui cumule les responsabilités. En plus d’être père de quatre enfants, il est chargé de cours d’arabe à l’Université de Créteil, enseignant au lycée, imam de la mosquée d’Ivry et il est toutes les fins de semaines dans les manifestations religieuses des musulmans de la région parisienne.

Il a défendu pendant plus de 3 heures son travail devant un jury de cinq professeurs spécialistes dans diverses branches de la linguistique. Dans cette thèse Mohamed Soyir a analysé la formation du nom en ShiNgazidja, le parler de la Grande-Comore.

Après avoir fait un état des lieux du shingazidja dans la recherche, l’auteur s’attaque dans le second chapitre aux noms de la classe 5 selon le classement des bantuistes.

Dans le chapitre 3, Badjrafele s’intéresse au système numéral du shingazidja et émet l’hypothèse que ce système s’arrête au chiffre 5, hypothèse qui pourrait s’étendre au bantu lui-même.

Dans le chapitre 4, le linguiste aborde les noms dérivés ou composés dans une optique de morphologie lexicale. Il décrit minutieusement la formation des noms dérivés.

Enfin, il récapitule les principaux résultats de ses recherches dans un dernier chapitre 5.

Le jury a été convaincu par ce travail de qualité puisqu’il a accordé à Kassim Mohamed Soyir la mention Très honorable avec les félicitations du jury à l’unanimité.

Pendant qu’il écoutait la sentence du jury bien des choses ont dû traverser la tête de cet homme qui, sans conteste, représente ce que les Comores peuvent produire de meilleur et en comptant uniquement sur leurs propres forces. Il devait se revoir descendant à grandes enjambées les hauteurs de Dzahani-la-Tsidjé pour se rendre au lycée Saïd Mohamed Cheikh ou Abdoulhamid, selon les années, et surtout selon la disponibilité financière de ceux qu’il considère comme ses pères et qui ont pris en charge ses études secondaires (Youssouf Idjihadi, Abdoulmadjid Youssouf, Houssein Boina Boina et Bacri Chakira) et qu’il ne manque pas de remercier au début de sa thèse.

Ses camarades du lycée le voyaient arriver en retard, en sueur, épuisé, mais ils ne s’imaginaient pas que le garçon s’était levé à 4 heures du matin pour suivre les cours de grammaire arabe de fundi Abou Bakari Bin Abdillah de Salimani ou de fiqh et de soufisme dispensés par son père, avant de se rendre au lycée. Malgré les contraintes, l’absence d’une mère décédée alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Badjrafele était parmi les meilleurs du lycée et il a obtenu la mention Bien au Bac avec une moyenne de 15/20.

Cela étonnera toujours ses amis d’apprendre que ce perfectionniste, capable de s’autoformer sur bien des choses n’a jamais fait une seule année d’étude dans un pays arabe mais qu’il parle arabe parfaitement, qu’il est arrivé en France après le Bac mais maîtrise le français mieux que des jeunes qui y sont nés. C’est en cela qu’il est le produit de l’excellence comorienne que de jeunes de la diaspora ne saisissent pas encore.

Son professeur, Jean Lowenstamm avait raison de rappeler aussi l’aspect humain de cet homme qui est conscient que pour arriver là où il est aujourd’hui, il a dû compter sur la confiance et l’aide de beaucoup de gens. Il sait également ce que l’amitié veut dire et conforme ses actes de tous les jours à ce qu’il enseigne dans les mosquées en France et en Belgique.

Mahmoud Ibrahime

Article paru dans Alwatwan du 22 décembre 2014

Ahmed Ali Amir. Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

 

Lettre ouverte à son Excellence Monsieur le Président de la République,

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Ahmed Ali Amir, Journaliste, Alwatwan

Jamais, de ma carrière de journaliste, je n’ai utilisé ce mode de communication pour adresser un message au premier magistrat du pays. Si j’en use aujourd’hui, c’est parce que mes nombreuses tentatives pour vous rendre une visite de courtoisie sont restées infructueuses et ma demande d’entrevue pour vous présenter les résultats de l’enquête de l’agence Thomson Reuters sur la situation des femmes dans les Etats membres de la Ligue Arabe n’a pas non plus obtenu gain de cause.

A travers cette lettre, je voudrais vous entretenir sur un sujet délicat : la crise de la presse comorienne. D’abord pour partager mes diagnostics, ensuite pour parler des responsabilités et enfin proposer des pistes de solution, dans l’espoir que vous y apporterez tout votre soutien.

Excellence M. le Président,

La presse comorienne est doublement en crise. Une crise éditoriale qui ne cesse de s’aggraver et une crise financière qui n’est pas près de voir le bout du tunnel. Cette crise se caractérise par la pauvreté éditoriale qui n’honore pas le pays et la médiocrité de l’écriture journalistique qui décrédibilise le métier.

Les journalistes se sont englués dans un doute collectif, une sorte de crisede conscience, parce qu’ils savent qu’ils s’écartent des principes de l’éthique journalistique et des règles déontologiques de l’exercice du métier. Les journaux, la presse audiovisuelle, en quête permanente de financement pour supporter les coûts exorbitants de production, se sont transformés en simples interfaces de communication des institutions nationales et du Système des Nations-unies. Certains organes, radios pour la plupart, ont choisi de jouer les relais de la propagande et des hauts responsables en font leurs choux gras. Et on assiste impuissant à une désaffection des plus belles plumes de la presse nationale.

Il est donc devenu coutumier de ne croiser les journalistes que dans les salles de conférence des hôtels, dépêchés pour couvrir les ateliers et les séminaires. Ils sont, par contre, totalement absents dans les zones où vit la population, absents dans les secteurs d’intenses activités sociales ou économiques pour parler des secteurs en difficultés ou en crise, des contraintes, ou des espoirs et des perspectives.

Or notre rôle, permettez-moi de le rappeler, est de rechercher l’information, la trier, la traiter, pour la rendre signifiante, assimilable et attrayante. Notre mission principale est de permettre surtout à nos concitoyens de comprendre le monde qui l’entoure pour pourvoir agir avec intelligence et être capable d’influer sur le cours des événements.

Dans le traitement de l’information, nous n’avons ni amis, ni ennemis. Nous avons un devoir d’objectivité et de neutralité. On distingue les professionnels par la pertinence des propos, l’éclairage qu’ils portent sur les événements, la profondeur de « la valeur ajoutée » de l’information.

L’information est un élément de pouvoir. Nous en sommes les premiers conscients. Elle permet de préparer et d’orienter les actions des citoyens. Mais mal conduite, mal restituée, elle provoque « un enchainement de jugements » erronés, susceptibles de créer des réactions détournées, des tensions inutiles, parfois disproportionnées. Les pressions commerciales sont si énormes que les journaux perdent leur âme.

Résultat ? L’injustice s’installe, les abus se multiplient, les dysfonctionnements de l’Etat restent en l’état, les services sociaux continuent à se dégrader, les relations humaines et la qualité de la vie se détériorent, le débat politique se situe au ras des pâquerettes et la presse continue d’évoluer en marge de la société.

Faire de la communication par le biais de la presse d’information générale est devenue une pratique abusivement exploitée par les détenteurs du pouvoir. « L’information » véhiculée n’est pas juste, n’est pas vraie, n’est pas complète car elle est fondée sur la manipulation.

La presse n’est appréciée en haut lieu que si elle présente des gros titres flatteurs, des grands portraits à la « Une » des hauts responsables. Le ministère des Finances a auguré deux pages de communication chaque mercredi, financé par l’argent du contribuable. Des papiers redondants, des informations redoublées et colorées, subtilement et dangereusement confondues avec les pages d’information.

Le financement de ces pages de publicité entretient une autocensure regrettable, parce que la presse d’Etat qui bénéficie de ces retombées financières ne disserte plus en retour sur les dysfonctionnements de ce ministère.

La loi comorienne et la Charte des journalistes définissent, pourtant clairement la limite de l’exerce de nos libertés, en protégeant « le respect de la dignité humaine », « la liberté et de la propriété d’autrui », et « le caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion. » La loi et la Charte encouragent la presse à « provoquer par l’information, le débat et l’échange des idées indispensables au bon fonctionnement des institutions démocratiques », favorisant ainsi « la participation des Comores au dialogue universel et culturel par la diffusion à l’étranger des valeurs culturelles comoriennes sous toutes ses formes. »

En lisant la presse le matin, on constate que nous sommes trop éloignés des préoccupations que la loi et la Charte des droits et des devoirs nous confèrent et des missions qu’elles nous assignent.

Rien qu’en parcourant la liste des plaintes déposées par la commission anti-corruption, en s’imprégnant de  la nature et de l’ampleur des affaires de détournement et de malversation, on se rend compte que la presse ne joue pas son rôle, parce qu’elle n’est pas, comme sous d’autres cieux, à la pointe de ce combat,  mais plutôt à la traîne.

Nous avons la chance d’avoir une diaspora qui aime son pays et qui apporte une contribution de près de 179% du budget de l’Etat. L’information qu’elle reçoive est médiocre et le regard qu’elle porte sur la liberté est des plus sévères. Par d’autres billets de communication, elle reçoit l’écho, des hommes et des femmes, des associations qui travaillent admirablement, comme lui parvient aussi l’écho des gâchis en matière de gestion politique et financière et de respect des droits humains.

Al-Watwan se fait un devoir d’honorer les femmes et les hommes, de l’intérieur comme de la diaspora, qui se sont distingués durant l’année écoulée, par le talent, le courage, l’initiative, l’intelligence, le patriotisme. Parce qu’au-delà de la critique, la presse reconnait le mérite.

Excellence M. le Président,

Les derniers rapports des experts révèlent que la pauvreté s’est aggravée en dix ans, malgré les programmes mis en œuvre; les objectifs du millénaire s’éloignent malgré les milliards engloutis. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond quand nous lisons à « longueur d’années», des bilans globalement positifs présentés par la presse.

Il est temps d’interpeller nos consciences. Parce qu’une presse qui cache ou qui n’ose pas enfonce son pays dans la gadoue au lieu de l’aider à se relever et à avancer.

Le vicieux débat entre une presse gouvernementale qui doit rester sur commande et une presse indépendante qui peut demeurer libre démontre que ceux qui le colportent ignorent que la loi portant code de l’information ne reconnait pas de dualité de l’information. Mieux encore, l’Etat n’accorde ses subventions que pour assurer le plein exercice de la liberté de la presse et pour empêcher au contraire les groupements privés de prendre le contrôle total.

La presse comorienne ne dispose pas de moyens de mener des enquêtes d’investigation, et l’Etat comorien fait tout pour l’en dissuader. Pendant que dans certains pays comme les Etats-Unis, des fonds sont mis en place pour encourager les enquêtes d’investigation, ici, on brandit les menaces de retrait des publicités, de censure brutale, comme ce fut le cas du Magazine d’Al-Watwan, retiré des kiosques, parce que la rédaction a  »commis le péché » d’enquêter sur l’état chaotique des finances publiques, la gestion malsaine de la citoyenneté économique, la corruption dans les appels d’offres publics…

Il est temps d’accorder un temps de réflexion à la presse, pour déterminer « Quelle Presse Voulons-nous Dans Ce pays ? ». Les professionnels, les citoyens, l’Etat, les partis politiques, les syndicats, les associations, les annonceurs doivent se pencher sérieusement pour donner à la presse les moyens et les capacités de jouer son rôle.

Il faut d’abord passer par l’institutionnalisation des formations permanentes pour répondre aux impératifs des rédactions, améliorer sans cesse la qualité des productions intellectuelles. Il faudra aussi prendre en compte la dimension internationale de la crise de la presse écrite pour accompagner le virage encore balbutiant du numérique. La France finance déjà les formations spécialisées au prestigieux Centre de Formation Professionnelle des Journalistes de Louvre et la Chine est disposée à accueillir des journalistes dans les domaines de la presse écrite et de l’audiovisuel.

Pour ce faire, le gouvernement, garant de la démocratie, doit d‘abord adopter un « Plan en Faveur de la Presse. »

Il faut de toute urgence mettre en place une coordination regroupant le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel, le ministère et les commissariats de l’information, le ministère de la Culture, l’Université, les organisations professionnelles de la presse, et les services de presse de la présidence, pour préparer des assises nationales.

Des chantiers peuvent d’ores et déjà être lancés. Il s’agit très vite, comme cela se fait de nos jours en France, d’accompagner le virage stratégique du numérique, négocier des réaménagements fiscaux pour abaisser les coûts d’impression, défendre les valeurs et les métiers du journalisme et restaurer la confiance avec les lecteurs, renforcer les fonds propres des entreprises de presse, reconquérir le lectorat au travers de mesures d’encouragement à la lecture pour les jeunes, repenser globalement la gouvernance des « communications publiques » et des subventions pour en faire bénéficier à la presse indépendante.

Il convient de rappeler ici, que les recommandations pertinentes des Etat généraux de la presse écrite n’ont été que très partiellement prises en compte.

Les journalistes avaient proposé de mettre en place une rotative pour imprimer les journaux à un coût moindre, ouvrir un centre de formation professionnelle qui répondra aux demandes de formations adaptées des organes de presse, mettre en place le conseil national de la presse en le dotant des moyens adéquats de fonctionnement, soutenir le transfert au numérique et mieux outiller la presse pour utiliser les réseaux sociaux, favoriser la négociation des conventions collectives pour défendre les droits des journalistes en vue de les sortir de la précarité et enfin légiférer en matière d’accès aux sources et de dépénalisations des délits de presse.

Pour toutes ces questions, je suis convaincu que vous porterez toute l’attention méritée et que vous mobiliserez les ressources nécessaires pour sortir la presse de la crise.

Je vous prie de croire, Excellence Monsieur le président, à l’expression de ma très haute considération.

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Ahmed Ali Amir

Journaliste

ahmedaliamir@yahoo.fr

Tel : 322 63 11

Le retour de Soimadou à Alwatwan

Le retour de Soimadou à Alwatwan

 

Par le décret n°14-55 du président de la République, Mohamed Abdou Soimadou, actuel maire de Gnoumassirou-Mbeni, et président des Maires de Ngazidja, a été nommé Directeur Général d’Alwatwan en remplacement de Hassane Moindjié, qui avait pris ses fonctions en avril 2012.

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Mohamed Abdou Soimadou, nouveau DG d’Alwatwan

Lundi 21 avril, en milieu d’après-midi l’ex-Directeur a annoncé son départ et c’est dans un silence de mort que le nouveau Directeur a dit quelques mots sans entendre une seule voix lui souhaiter la bienvenue.

La nouvelle a créé un certain émoi dans le milieu des facebookers comoriens qui a toujours tendance à refuser ou à se méfier de toute nomination venant du pouvoir actuel. La nouveauté, c’est que cette fois l’inquiétude a atteint la rédaction du journal de l’État, à l’image du jeune journaliste Toyb Ahmed qui a annoncé dès le début un « lundi noir ».

Mohamed Abdou Soimadou n’est pas un inconnu dans la maison puisqu’il l’a dirigée en tant que Ministre de l’information, puis en tant que DG sous la présidence du colonel Azali Assoumani.

Mais pour les jeunes journalistes d’Alwatwan, le nom de Soimadou est synonyme d’attaques en règle contre eux. C’est en tant que Conseiller du Vice-Président chargé des Finances, Mohamed Soilihi alias Mamadou, originaire de Mbeni comme lui, que dans Alwatwan-mag n°15 (mai 2012), il mène l’attaque contre les journalistes qui ont osé remettre en cause certaines pratiques de l’administration financière depuis des années et connues de tous. Le Ministère des Finances fait un droit de réponse sur cinq pages. Mohamed Abdou Soimadou n’y va pas de main morte avec les journalistes d’Al-Watwan qu’il accuse de vouloir nuire à son patron direct et au Président de la République. Il les accuse aussi d’« abus de confiance » (les mots veulent dire ce qu’ils veulent dire, surtout pour l’ancien professeur de français qu’est Soimadou), de « perfidie », de « propagande », de « désinformation », l’intention de « porter une si grave atteinte aux intérêts du pays », de « malhonnêteté », « de mauvaise foi ». Avec autant et d’aussi gentils qualificatifs, on comprend l’inquiétude des journalistes, mais surtout on se demande comment l’auteur de cette missive peut travailler avec de tels journalistes.

Mohamed Abdou Soimadou c’est, pour les anciens journalistes, le théoricien du journalisme d’État. C’est lui qui la première fois, en tant que Ministre de l’information du colonel Azali, a dit ce que devait être un journaliste travaillant pour un organe de l’État : un serviteur, non pas du peuple, ni de l’État, mais du gouvernement, étant entendu que pour lui, ce n’est pas le peuple qui par ses impôts paye les fonctionnaires, mais le gouvernement. Visant notamment Ahmed Ali Amir, il avait déclaré qu’un journaliste d’Alwatwan devait uniquement véhiculer les idées du gouvernement et qu’autrement, il devait aller chercher du travail dans un journal privé. Cette thèse a été remarquablement reprise par le Ministre de l’intérieur et de l’Information Hamada Abdallah récemment, dans une phrase qui restera longtemps dans les Annales du journalisme aux Comores : « Tout journaliste d’un média d’Etat qui veut avoir la liberté d’écrire ou de parler, a l’obligation de se mettre dans le moule du gouvernement, ou bien il doit avoir l’honnêteté intellectuelle d’aller travailler dans un organe privé ».

Contrairement à ce qu’on peut penser Mohamed Abdou Soimadou a eu une longue expérience de journaliste, au sein de l’ASEC. Il a même été Directeur de publication de l’organe de cette association marxiste, Usoni en 1977. C’était le temps des articles glorifiant le camarade Mao et attaquant avec virulence la révolution soilihiste. Le temps où il était de bon ton de chérir le centralisme démocratique et où les militants étaient « cordialement invités » à l’autocritique permanente. Un autre monde.

Depuis, Mohamed Abdou Soimadou a fait du chemin, passant entre les gouvernements et les partis politiques, presque toujours au premier plan. Du Front Démocratique au parti du président Ikililou, en passant par l’UNDC du président Taki. On le croyait Secrétaire Général du RIDJA, il est un des fondateurs de l’UPDC ! À donner le tournis.

Cette nomination est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient à l’approche d’élections législatives et municipales que le pouvoir en place craint fortement de perdre. De plus, le parti du président a déclaré récemment sa volonté de devenir le relais de la communication du gouvernement.

Mais, c’est ici que le gouvernement du président Ikililou montre ses faiblesses, il n’a pas pris en compte les changements intervenus dans les médias. Si la télévision et la radio sont encore suivies par beaucoup de Comoriens, la diffusion d’Alwatwan reste symbolique. La censure d’un tel journal ne rapporte qu’une mauvaise image au gouvernement et n’a aucune efficacité. On l’a vu récemment lorsque le Ministre Hamada Abdallah a fait retirer Alwatwan-mag n° 14 des kiosques, il a été lu au delà des lecteurs habituels par la diffusion sur internet. Mais, il est facile de comprendre que les journalistes sont dans la blogosphère et qu’ils peuvent publier ce qu’ils veulent sous des pseudonymes ou par des intermédiaires qui sont de véritables leaders d’opinion. C’est ce qui manque au gouvernement actuel, obligé d’aller chercher dans le passé des médias comoriens Mohamed Abdou Soimadou.

Mahmoud Ibrahime