Anjouan

Tribune Libre. Zoubeda est au ciel

par Omar Mirali

 

Ne restez pas à pleurer autour de mon cercueil,

Je ne m’y trouve – je ne dors pas.

Je suis un millier de vents qui soufflent,

Je suis le scintillement du diamant sur la neige,

Je suis la lumière du soleil sur le grain mûr,

Je suis la douce pluie d’automne, je suis l’envol hâtif.

Des oiseaux qui vont commencer leur vol circulaire quand tu t’éveilles dans le calme du matin,

Je suis le prompt essor qui lance vers le ciel où ils tournoient les oiseaux silencieux.

Je suis la douce étoile qui brille la nuit,

Ne restez pas à vous lamenter devant ma tombe, je n’y suis pas : je ne suis pas mort.

Stevenson

 

Devant la difficulté de dire ma douleur, devant l’impossibilité de faire le deuil, un jour sombre où mon cœur s’est froissé, j’ai tenté en vain de retrouver mon sommeil parti. Il est une, deux ou trois heures du matin, je ne sais, je cris, j’écris.

J’écris ma peine et crie mon désarroi. Je pleure son départ, le désespoir qu’il suscite pour ces milliers d’enfants d’oubliés dont la nature promet le plus triste des sorts. Que ne faut il pas craindre dans ce pays aux dirigeants absents où la générosité, l’humanité et l’amour manquent à l’appel ?

Je suis père d’une petite fille née en France de parents hors du besoin. Tout ce que n’a pas connu Zoubeda, elle qui est née aux Comores de parents modestes. Dans ce pays, même la plus bénigne des pathologies peut emporter le plus faible, tant la santé semble accessoire face à l’auto-enrichissement et au pillage. Et que dire de la peine d’un père qui voit périr son enfant dans l’indifférence de ceux qui n’auraient jamais du cesser de le soutenir…C’est là une peine indescriptible, une faute impardonnable. Surtout lorsque l’on sait qu’à la place de Zoubeda, d’autres enfants « bien nés auraient pu être sauvés…

ZoubedaLongtemps, Zoubeda a souffert de problèmes cardiaques sans que les autorités comoriennes aient levé le petit doigt. On nous signale quelques gestes individuels isolés ici ou là, de la part notamment de certains grands rapaces, mais à quoi servent-ils quand on sait que notre État, cette institution morale, bien commun, est resté comme à son accoutumée, muet ?

Les plus petits, ceux contre lesquels les autorités de la nation agissent, dépourvus et altérés à trépas, se sont mobilisés pour sauver, ou du moins essayer de sauver cette petite fille, vieille, très vieille, de deux ans seulement.

Sous le soleil de Mutsamudu, alors qu’elle lutte contre les sarcasmes de la mort, Zoubeda pensa à l’hypocrisie et à l’irresponsabilité de l’homme. Avant de partir, elle aura fait preuve de bravoure, elle qui s’est attachée courageusement à la vie sans jamais vouloir céder. Hélas, la mort a fini par s’imposer en ce jour amère de juillet 2017. Te voilà partie, te voilà immortelle. Ton histoire restera à jamais l’emblème de l’immaturité de nos dirigeants.

Si j’avais été au gouvernement comorien en ce jour, je l’aurais quitté. Quel est le sens de l’action politique quand on laisse un enfant de 2, 4 ou 6 ans périr, alors qu’on a la possibilité de le sauver ? Honte à vous qui prétendez présider au destin de ce pays meurtri, fragilisé et mis à mal.

Mais ce pays est gouverné par des sinistres personnes sans scrupules qui s’accrocheront à leur infâmes privilèges à mesure qu’il leur sera encore possible de sévir. Plus il y aura des sacrifiés, plus ils s’en valoriseront, à croire que leur orgueil n’a d’égal que leurs propres bêtises et inepties.

Zoubeda, ma fille, je t’imagine au paradis traversant les cieux et brandissant le drapeau noir de ces milliers d’individus morts par la faute de l’État. Quand tu croiseras cette sœur, dont le nom gagne à être tu tant son sort fut aussi des plus durs, celle qui, en plein accouchement a du abandonner pour une coupure routinière de courant, formez le groupe des martyrs et allez briser leur sommeil profond. Ne soyez pour eux que cauchemars et dites à ceux, nombreux qui vous suivront, que vous êtes les énièmes victimes d’un système calamiteux incarné par des individus piteux.

Quoi pour sécher mes larmes de père ? Je n’ai d’yeux que pour pleurer en ces moments d’insomnie et de doute. Lorsque par le deuil, les mots, telles les nuages se dispersent, l’on se demande quoi faire pour décrire sa souffrance. Alors on chante, on danse comme pour oublier, écarter ces souvenirs trop présents, trop persistants.

Tout à coup, l’on se souvient qu’en fait, le départ de Zoubeda aurait peut-être pu être évité. À la frontière entre la vie et la mort, elle a d’abord vu l’espoir, quand soudain, la lueur s’est dissipée sous ses yeux d’enfant impuissant et innocent.

Alors pour Zoubeda et pour les autres Zoubeda anonymes ou en devenir, ne restons pas silencieux. Faisons du bruit pour ces innombrables sans voix. Pour ces enfants nôtres disons nos inquiétudes et nos maux. Chassons ces démons qui nous hantent, c’est là une priorité absolue. En attendant, face à ce temps qui coule et amnésique, au milieu de tous ces brouhahas aux confins des tourmentes, dans un monde en pleine turpitude au sein d’un pays qui se cherche, je vous demande de ne pas oublier Zoubeda, symbole malgré elle d’un État mortifère et d’une humanité agonisante.

Conférence de presse des partisans de Mamadou. Rassurés quant à leur victoire le 10 avril

HItsandra310316Après une tournée fructueuse à Anjouan les personnalités réunies autour de Mohamed Ali Soilihi (Mamadou) ont tenu une conférence de presse ce mercredi matin à l’Hôtel Itsandra. En l’absence de Mamadou, c’est Houmed Msaidié qui a pris la direction de la conférence. Il s’agissait pour les conférenciers de faire le bilan de la campagne à moins de deux semaines du vote.

D’entrée de jeu, Houmed Msaidié, Vice-président à Ngazidja de Mohamed Ali Soilihi a expliqué pourquoi son camp est rassuré quant à la victoire de leurs candidats le 10 avril prochain.

Anissi Chamsidine, candidat à sa propre succession au poste de gouverneur d’Anjouan a commencé par remercier ses électeurs pour la confiance qu’ils lui accordent tout au long de cette campagne.

Les autres conférenciers ont fait le bilan de la tournée à Anjouan où les candidats et leurs alliés ont organisé des meetings à Mutsamudu, Wani, Bandrani, Tsembehu, Mirontsi, Domoni entre autres. Houmed Msaidié a expliqué que malgré les retards dans les meetings   » le peuple a répondu présent et cela montre toute la confiance que l’on nous porte ». Pour lui, la vitrine des meetings organisés à Anjouan, c’est Domoni. Dans cette ville des milliers d’habitants ont bravé la pluie et ont attendu malgré le retard des candidats. Anissi Chamsidine abonde dans ce sens : « la victoire est certaine ».

Interrogé sur le fait que Mamadou « ne noue plus d’alliances », Houmed Msaidié a déclaré : « Nous sommes disposés à travailler avec tous les acteurs de ce pays. Nous ne refusons et ne refuserons aucune alliance politique si ce n’est avec ceux qui veulent uniquement le pouvoir et non l’intérêt de la Nation « .

Questionnés sur les  problèmes qui opposent Hadidja Aboubacar et Abiamri Mahamoud, les conférenciers sont tous d’accord : « Aujourd’hui, on vous assure que tout va bien. Il n’y a aucun problème au niveau de l’Updc ».

Anissi Chamsidine, quant à lui reconnait « la leçon » infligé par les anjouanais au premier tour et l’explique par le fait que ceux-ci n’avaient pas compris son départ de Juwa. « Maintenant, ils l’ont compris et je suis certain qu’ils cautionnent mon choix à savoir le refus de travailler pour les intérêts de certains aux dépens du pays. Par conséquent, le second tour sera tout autre ».

Larifou Saïd, leader du Ridja a été interrogé sur la tentative de corruption par Azali. Il a commencé par dire qu’il n’avait pas donné de nom. Il a ensuite affirmé avoir refusé. « Je ne suis pas à vendre, dit-il. Avant même la publication des résultats définitifs, j’ai reconnu ma défaite et annoncé mon soutien à Mamadou. Pour moi, c’est celui qui incarne le plus les valeurs qui transcendent les partis car il s’agit de notre pays. J’ai mis en évidence ses capacités à dépasser les clivages politiques ».

Ali Ahmed Papa (Moroni)

Ouverture de la campagne du 2e tour. Le camp de Mamadou a fait une démonstration de force

Les campagnes du deuxième tour pour le double scrutin du 10 avril  ont été ouvertes ce jeudi 17. Pour l’occasion l’UPDC,  les candidats et  les partis alliés se trouvaient à Anjouan pour leur premier grand meeting. Organisé à Mutsamudu au Gymnase de Misiri,  ce meeting a été un réconfort pour Mohamed Ali Soilihi et ses colistiers et sans conteste un moment de désespoir pour leurs adversaires.

C’es dans une atmosphère très chaleureuse que le camp au pouvoir a été reçu à Mutsamudu à l’occasion de l’organisation de son premier grand meeting. Avec un stade plein de monde,  les organisateurs estiment à 5000 personnes les participants. Mamadou et ses colistiers ont découvert leur popularité dans l’île. On trouvait entre autres les jeunes, les mamans, les grands notables et en  grande partie, les cadres et les candidats malheureux anjouanais ou autres,  tous mobilisés derrière Mamadou, ses colistiers et Anissi Chamsidine, candidat de l’UPDC au gouvernorat d’Anjouan.

Le message a été clairement reçu : le camp de Mamadou a aussi sa grande place auprès des Anjouanais. Il faut savoir que cette accueil chaleureux n’était qu’une suite de la journée du mercredi qui était le jour d’arrivée des délégations spéciales sur l’Ile d’Anjouan.
Cette atmosphère  n’a pas plu aux deux autres candidats en concurrence avec Mamadou.  La preuve en  est que lorsque les gens ont commencé à se rendre sur le lieu du meeting, ils ont trouvé des arbres coupés et des cailloux jetés dans les rues, en particulier près de Sima ville.

Ces actes barbares sont aussi des actes de désespoir et de faiblesse. Et ce parce qu’un accord protocolaire a été signé le 15 mars par les candidats eux-mêmes
visant à assurer la sécurisation du processus électoral. Ce qui a permis l’ouverture des campagnes. On parle de désespoir  car au lieu de se contenter d’ouvrir eux aussi leurs meetings, ils tentent de saboter celui de leur adversaire. Mais, ils n’ont pas réussi à nuire parce que ces actes de nuisance ne se sont produits que dans la circonscription des vices présidents Moustadrane et Mohamed Djaffar, respectivement  VP d’Azali Assoumani et de Mouigni Baraka Saïd Soilih.

Après le meeting, une conférence de presse entre les candidats  et les étudiants d’Anjouan a été organisée dans le centre universitaire de Patsy. Bien qu’elle soit politique, par cette conférence le candidat Mamadou voulait encore une fois faire une démonstration envers les étudiants après celle qu’il a faite en 2013 dans ce même endroit, sachant que la jeunesse demeure son souci numéro un.

Dhouria Abdou

 

Elections aux Comores : La Cour Constitutionnelle a parlé

MamadAnjLa plus haute juridiction du pays a parlé. Aucun recours n’est possible. La Cour Constitutionnelle des Comores a confirmé l’ordre des candidats arrivés en tête des primaires des élections présidentielles aux Comores : Mohamed Ali Soilihi (Mamadou), Mouigni Baraka et Azali Assoumani. Elle a également confirmé les deux candidats arrivés en tête du premier tour des élections des gouverneurs  dans chaque île : Ahamada Moussa (Aby) et Hassani Ahamada à la Grande-Comore, Abdou Salami Abdou et Anissi Chamsidine à Anjouan et Mohamed Said Fazul et Mme Hadidja Aboubacar à Mwali.

Les partisans du candidat arrivé en quatrième position, Fahmi Saïd Ibrahim, demeurent donc dans la déception et l’expectative depuis l’annonce des résultats provisoires par la CENI.

La question qui reste maintenant pour eux est celle-ci : vont-ils continuer à défier l’autorité de l’Etat dans les rues ou après que toutes les instances électorales (CEI, CENI, Cour Constitutionnelle) se soient prononcées, ils vont se rallier à l’un des trois candidats encore en lice ?

La tentation est grande pour la mouvance du parti Juwa et les soutiens de dernière heure de l’ex-leader du PEC de prolonger le combat électoral par un combat dans la rue d’autant qu’il a réussi à rallier un nombre important de petits candidats dont l’honneur a été bafouillée par leurs résultats. Mais malheureusement pour lui, le mouvement qui se dit populaire n’arrive pas à prendre forme : une centaine de manifestants au lendemain de l’annonce des résultats provisoires, un appel à un « archipel mort » qui n’a pas rencontré d’écho significatif, y compris dans le fief de Sambi à Moroni, une occupation de la Place Badjanani qui n’a réuni que quelques dizaines de personnes, et même une manifestation au Trocadero qui selon certains témoins n’a réuni au plus qu’une centaine de personnes. Il est donc difficile pour Fahmi Said Ibrahim et ses partisans de mettre la pression sur le gouvernement.

Il se pourrait donc que le parti Juwa prenne conscience d’une possibilité de disparition ou d’éclatement et engage des discussions avec ses adversaires d’hier d’autant que les trois qualifiés pour l’élection présidentielle ont déjà commencé à lorgner sur l’électorat sambiste à Moroni et à Anjouan.

On n’a donc vu les candidats arrivés en seconde et en troisième place suivre le mouvement des candidats contestataires sans vraiment le suivre. Ainsi, il y a quelques jours le candidat Azali Assoumani (arrivé 3e) a suivi la réunion des candidats contestataires au domicile de Saïd Ali Kemal, puis a disparu lors de la manifestation. Il était avec la contestation quelques heures avant l’annonce des résultats par la Cour Constitutionnelle, mais il s’est démarqué des propos belliqueux du candidat de Juwa (« ye sukari yika iheya mbapvi » dit-il de Fahmi Said Ibrahim).

Quant à Mouigni Baraka (arrivé 2e), il a soufflé le chaud et le froid, acceptant les résultats provisoires puis définitifs, mais envoyant quand même son VP, Ibrahim Mzimba dans les réunions des contestataires.

Il est certain que le mouvement de contestation n’a pas pris de l’importance, car outre la fermeté du gouvernement, Mouigni Baraka et Azali Assoumani n’ont pas appelé leurs militants à descendre dans les rues pour contester les résultats des élections.

Qui des deux candidats arrivés second et troisième gagnera dans ce jeu à vouloir ménager le choux et la chèvre pour capter l’électorat sambiste ? Peut-être celui qui est arrivé premier.

En effet, Mohamed Ali Soilihi (Mamadou) qui une différence de deux points avec le deuxième, a refusé d’entrer dans les polémiques, attendant tranquillement les résultats de la Cour Constitutionnelle. Il a profité de ce temps pour négocier surtout avec ceux qui, parmi les perdants, ont montré une capacité à capter les suffrages de leur région (Said Larifou et Hamidou Bourhane, arrivés 5e et 6e). Son allié à Anjouan, Anissi Chamsidine (UPDC), challenger du candidat de Juwa arrivé en tête du premier tour des élections au gouvernorat, est également entré dans les négociations avec ceux qui ont été éliminés. Son objectif étant de profiter du fait que le parti Juwa a toujours des difficultés à rassembler les partis et les candidats au deuxième tour, pour conserver son fauteuil de gouverneur le 10 avril prochain.

Mahmoud Ibrahime

 

A Anjouan, Houmed Msaidié dénonce la volonté de sabotage des élections par les militants de Juwa

MamadAnjCe lundi, une délégation spéciale de l’UPDC s’est rendue à Anjouan. L’objectif était d’apporter un soutien à l’organisation du meeting du candidat Anissi Chamssoudine organisé dans la commune de Mrémani.

A Anjouan, cette délégation a du constater, à partir d’informations fiables, des préparatifs de sabotages contre les élections de 2016. Suite à cela, le candidat VP Houmed Msaidié a organisé ce mardi à l’aéroport de Wani, un point de presse pour dénoncer les organisateurs de ce coup. Il s’agit, selon lui, des militants du parti Juwa de l’ancien chef de l’Etat Ahmed Abdallah Mohamed Sambi.

« Nous sommes surpris par la situation politique créée par les militants de Juwa à Anjouan. Est-ce qu’ils veulent qu’on revienne aux déstabilisations qui s’étaient en cours dans notre pays il y a plus de 10 ans ? » s’est demandé Houmed Msaidié, avant d’ajouter : « notre engagement est de parvenir à organiser ces élection aux dates prévues. Alors nous ne permettrons à personne de les saboter, qui agit d’ailleurs ». Par ailleurs, le Ministre de l’Intérieur en congé a particulièrement indexé l’ancien gouverneur de l’Ile Moussa Toybou et l’ancien député Abdou Salami. Il a dit regretter que des dits responsables, comme eux, se laissent entrainer dans des actions de sabotage des élections.

Houmed Msaidié a mis en garde ceux qui veulent saboter les élections en leur rappelant que rien ni personne n’a une chance de pouvoir saboter le processus électoral. « Nous comprenons que ces gens là ne veulent pas qu’il y ait une élection de gouvernorat dans cette Ile, et s’il n’y a pas celui du gouvernorat, il n’y aura pas non plus celle de la présidentielle. Et là, nous nous engageons à prendre toutes les mesures nécessaires contre toute personne qui tentera de détruire notre pays pour des petites raisons personnelles. Si on a peur d’être vaincu, mieux vaut se retirer car il n’est pas encore tard, la commission est prête a rembourser les 3 millions, au lieu de chercher à déstabiliser notre nation » a-t-il conclu.

Dhouria Abdou

Qui peut lancer sa campagne présidentielle 2016 à Ouzini (Anjouan) ?

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Notre correspondant s’est rendu dans le village d’Ouzini sur les hauteurs du Nyumakele à Anjouan. Le village est enclavé, mais malgré les difficultés et l’absence de services publics, ses habitants n’ont aucunement l’envie de le quitter.

Ouzini le village enclavé d’Anjouan.

Une grande partie pour ne pas dire tous les candidats aux présidentielles 2016 n’ont jamais mis leurs pieds à Ouzini. Ce village de plus de 1 886 habitants se trouve confronter à tous les problèmes socio-économiques du monde. Sa particularité est qu’il est enclavé, donc pas de route pour y accéder. C’est le village le plus reculé d’Anjouan et difficilement accessible, à pied seulement.

Pour arriver à Ouzini, il faut s’armer de patience et d’endurance surtout ne pas être asthmatique pour monter jusqu’à 874 m d’altitude. Il se situe à 16 kilomètres de la ville de Domoni. Beaucoup de gens de cette localité n’ont jamais vu ni de voitures ni de ligne téléphonique depuis leur naissance.

Pourtant ces habitants sont contents d’habiter sur leur terre. « Auparavant on nous avait suggéré voire imposer de nous reloger à Salamani pendant le règne d’Ali Soilihi mais on a choisi d’y retourner après sa mort même si d’autres y sont restés jusqu’à nos jours» nous a affirmé un septuagénaire rencontré à Ouzini. « Le fait de vivre à ce rythme, couper du monde ça nous donne moins de soucis. Nous craignons qu’on vienne nous voler nos bovins et nos produits vivrières si la route était construite » ironise-t-il.

Des études de génie civil pour la construction de la route ont été faites mais aucun régime n’a jamais honoré ses engagements. Sambi aurait promis de leur faire la route et électrifier le village pendant la campagne de 2006 mais il s’est contenté de leur offrir 5 panneaux solaires pour alimenter quelques maisons. Ils sont tous déçus de Sambi et ne veulent plus entendre parler de lui. Aux dernières élections législatives, ils n’ont pas voté et envisagent de faire la même chose aux présidentielles de 2016.

A notre entrée dans ce village, tout le monde était réticent croyant qu’on était de politiciens donc on se moquait de nous avant de comprendre qu’on est des journalistes. «  Les politiciens nous ont mentis plusieurs fois, on ne veut plus d’eux. Vous voyez les conditions de vie auxquelles nous sommes confrontées tous les jours. On n’a ni électricité ni routes ni écoles dignes de ce nom. Les enseignants affectés ici ne viennent pas à cause de l’accès difficile à ce village. Le poste de santé est sans infirmier n’en parlons plus de médecin. Si une femme veut accoucher ou qu’il y a un malade grave, nous sommes obligés de l’amener sur nos épaules jusqu’à Salamani et prendre un taxi pour aller se faire soigner à Domoni» nous a relaté un maitre coranique de ce village.

Pour construire une maison en dure, la nature leur a donné du sable disponible en grande quantité, du gravier, de l’eau qui coule à flot sur place et ils n’ont pas besoin d’en acheter, mais concernant le ciment et le fer ils le chargent sur les têtes depuis Salamani jusqu’à Ouzini. « Vous voyez cette mosquée en pleine construction, nous avons utilisé de milliers de sacs de ciments transportés sur nos têtes. Une situation inimaginable mais vraie en 2015 » a insisté ce maitre coranique.

Ouzini reçoit des aides de temps en temps de la part des ONG et associations mais les habitants sont parfois réservés quant aux objectifs des opérations. Ils pensent souvent qu’il y a des politiciens derrière pour « les foutre dans la merde ».

Ces derniers temps, certains jeunes, très courageux, sont partis à Mayotte pour chercher une autre vie, observer le monde, savoir ce qui se passe en dehors de ce petit monde très fermé. Ils envoient des sous à leurs familles pour les besoins quotidiens.

Des jeunes et femmes courageux

Sur notre chemin, nous avons rencontré des gens de tous âges ayant traversé cette colline avec sur leur dos des sacs de riz, des bidons d’huile ou de sacs de sucre venant de Salamani ou de Domoni. «  Nous pouvons traverser ce chemin 2 à 3 fois par jour selon les besoins. On n’a pas le choix et personne ne se soucie de nous » nous a raconté le chef du village que nous avons croisé sur le chemin du retour.

Selon des propos d’une vieille dame, les habitants se marient entre eux car les étrangers n’aiment pas venir s’installer ici longtemps. Un enseignant de Domoni qui était payé à 150 000 KMF par la communauté pour assurer les cours de classe de CM2 n’a pas pu supporter les allers-retours et a dû arrêter le contrat. Le village ne compte aucun bachelier.

À la question de savoir s’ils accepteraient d’être relogés dans un autre endroit, la réponse est sans équivoque « nous sommes fiers de chez nous, nous vivons en harmonie avec la nature, il n’y a pas de pollution, nous mangeons bio et nous mourrons tous ici ».

Les prétendants aux présidentielles 2016 peuvent aller lancer leurs campagnes à Ouzini et promettre de désenclaver le village. Mais attention à ne pas faire comme Sambi car vous seriez une persona non grata à Ouzini. Par contre un Cheick Mc ou un Soumette à Ouzini donnerait beaucoup le sourire à ces habitants qui n’ont jamais organisé un concert.

Mbaraka Djoumbe

Anjouan vit au rythme du ramadan

Archipel des Comores

Archipel des Comores

La population anjounaise comme celle des autres îles de l’archipel des Comores observe le jeûne du mois sacré du ramadan. Cette année le climat est favorable dans toute l’île : il n’y a pas trop de chaleur ni de soleil. Dans le Nyumakele c’est plutôt le froid qui domine actuellement. On ne sent vraiment pas d’affaiblissement physique dans la journée.

Nyumakele, une région riche en agriculture

Les habitants du Nyulakele ne se plaignent pas de la nourriture pour rompre le jeûne le soir. La région a une auto-suffisante alimentaire qui permet à ces populations de vivre le ramadan sans crainte. Des marchés occasionnels dans les quartiers sont installés partout pour l’occasion. On peut trouver dans ces marchés des patates douces, des tarots, du manioc, de la banane et des légumes. Les prix sont dans la plupart estimé à 500 KMF le tas qui peut nourrir au moins deux bouches. Les revendeuses n’hésitent pas à descendre jusqu’à Domoni ou Mutsamudu pour revendre ces produits vivriers en vue d’engranger beaucoup plus de bénéfices. « L’abondance des tubercules et des légumes dans cette région est le fruit de travail de certaines ONG qui sont venues nous apprendre des nouvelles techniques pour l’agriculture. De même des nouvelles espèces venant d’autres pays ont été injectées et la production se fait plus rapidement que dans les espère d’avant » déclare Moussa Houmadi un habitant de Mrémani. Malgré la pauvreté dans cette région, les familles arrivent à joindre les deux bouts avec des produits locaux. Madame Hadija Bouchrane originaire de Adda agricultrice et vendeur au carrefour KOHANI (Rond point qui mène vers Domoni, Mrémani et Moya) se dit fière de son métier d’agricultrice car elle arrive à subvenir aux besoins de ses enfants « Si nous vendons nos récoltes c’est pour pouvoir acheter du poisson, des habits pour nos enfants et assurer leur scolarité. Aujourd’hui, nous sommes capables de nourrir toute la population comorienne sans que cela nous affecte. Par jour je peux faire un chiffre d’affaires allant jusqu’à 50000 KMF contrairement aux autres mois où on est entre 5000 et 25000 KMF ». Le même constat se fait sentir chez ses collègues qui voient le ramadan comme une opportunité pour réduire un peu leurs produits en abondance dans les champs.

Bazimini ou les bonnes affaires

A quelques kilomètres du Nyumakelé l’on trouve la localité de Bazimini communément appelée Dubai, un surnom dû à ses commerces à bas prix. Cette année on a noté une présence très remarquée de jeunes hommes et femmes venus de la Grande-Comores pour acheter des habits et chaussures pour aller les revendre à Moroni. « Dès la première semaine du mois de ramadan, nous avons constaté l’arrivée des gens venus de la Grande-Comore pour acheter nos marchandises. C’est une bonne chose pour nous. En une journée on reçoit une centaine de clients venus d’Anjouan et des autres îles notamment à Ngazidja. Il est facile de faire un chiffre d’affaires avoisinant les 2 000 000 KMF par jour et cela augmente de jour en jour » a affirmé Anli Saindou, un commerçant de Bazimini. La présence des jeunes dans le commerce peut s’expliquer par plusieurs facteurs notamment le chômage, le coût de transport Dar-Salam –Moroni, l’affaiblissement de l’euro au niveau international. « Nous préférons venir à Anjouan à Dar –salam car nous trouvons des articles moins chers ou aux mêmes prix qu’à Dar-Salam. Nous achetons en gros comme en détail. En plus de cela on se comprend très bien il n’y a pas de problème de langues. Le retour sur investissement est très significatif. Nos fournisseurs achètent en Chine comme ceux de Dar-Salam donc pas besoin de se casser la tête » a expliqué un jeune de Ntsaweni rencontré à Bazimini le vendredi dernier. C’est aussi un habitué du lieu depuis 2013. Malgré le bras de fer entre la mairie de Moroni et les marchands ambulants, ces jeunes espèrent écouler toutes leurs marchandises dans les meilleurs délais. La concurrence se fera au niveau des prix où chaque personne voudra faire valoir ses techniques marketing afin de persuader les familles à acheter leurs produits.

Il faut souligner aussi que la circulation routière a été perturbée en fin de semaine dernière pendant deux jours à Mutsamudu. Les bus ne sont pas autorisés à circuler dans Mutsamudu à partir de 9H, ainsi en a décidé le maire de Mutsamudu. Mécontents, les transporteurs du Nyumakele et des autres régions ont décidé d’observer deux jours de grève ce qui a amené un compromis entre le maire et les transporteurs. Désormais les bus sont à nouveau de retour dans les stations habituelles.

Mbaraka Djoumbé