Bourhane

La carte consulaire est indispensable pour les Comoriens de France

Ambassade des Comores en France

Ambassade des Comores en France

Le service consulaire de l’ambassade des Comores à Paris ne délivrera aucun document administratif à ses ressortissants sans présentation de la carte consulaire à partir 1er juillet 2015.

 Suite à la publication d’un communiqué de l’ambassade des Comores à Paris appelant ses ressortissants à venir s’enregistrer afin d’obtenir la carte consulaire, l’opération a déjà commencé. Certains comoriens de la diaspora en France disposent de la carte consulaire selon le conseiller de l’ambassade chargé de la communication, Saïd Omar Badaoui. Ce dernier appelle les comoriens de France à aller s’inscrire massivement.

Plus d’une centaine de comoriens de la diaspora comorienne de France sont enregistrés au service consulaire de l’ambassade des Comores à Paris et possèdent désormais la carte consulaire. L’opération a commencé il y a un mois. L’obtention de ce document désormais indispensable pour les Comoriens résidant en France nécessite une pièce d’identité comorienne, une attestation de domicile et une somme de quinze euros. « La carte est délivrée à l’instant même que la personne est enregistrée. La photo est prise sur place », affirme Saïd Omar Badaoui, le conseiller chargé de la communication à l’ambassade des Comores à Paris.

Saïd Omar Badaoui, Chargé de la Communication à l'Ambassade des Comores à Paris

Saïd Omar Badaoui, Chargé de la Communication à l’Ambassade des Comores à Paris

Ce taux d’enregistrement très faible s’explique par le fait que les Comoriens de la diaspora ne se présentent pas massivement depuis le lancement de l’opération selon notre interlocuteur. Il estime que les Comoriens confondent entre carte consulaire et carte d’électeur : « nos compatriotes ont tendance à tout mélanger. La carte consulaire n’a rien à voir avec la carte d’électeur. C’est un impératif. D’ailleurs, l’initiative a été prise avant que le projet du vote de la diaspora soit lancé », se désole Badaoui. L’ambassadeur des Comores à Paris, Ahmed Bourhane a tenu à préciser que « tout comorien vivant à l’étranger doit s’inscrire dans son ambassade ou dans le consulat le plus proche. Nous voulons avoir une base de données de nos ressortissants en France. Cela se passe dans tous les pays du monde entier. C’est pour le bien de nos compatriotes ». Interrogé sur la raison de prendre une telle décision tardive, l’ambassadeur n’a pas hésité à dire « il n’est jamais trop tard pour mieux faire ». Par ailleurs, le service consulaire a pris l’initiative de ne délivrer aucun document administratif sans présentation de la carte consulaire à partir du 1er juillet prochain.

Actuellement ce sont les Comoriens qui résident en région parisienne qui se font enregistrer. Une mission sera dépêchée à Marseille dans les prochains jours pour sensibiliser les Comoriens de cette ville et les inscrire également. S’agissant des Comoriens des autres villes autre que la région parisienne et Marseille, Saïd Omar Badaoui déclare que «  nous réfléchissons sur une possibilité de nous approcher de ceux qui sont dans les autres villes et régions telles que Lyon, Dunkerque afin que le travail puisse être accompli ».

Natidja Hamidou

Elections législatives et des conseillers des Iles. Qui ? Quoi ?

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Le Gouverneur Mouigni Baraka

Les résultats officiels des élections du 25 janvier aux Comores ne sont pas encore connus. Cependant, les recoupements faits par les états-majors des candidats et des partis, nous permettent de faire quelques observations.
D’abord, indéniablement le parti Juwa, de création récente, va s’ancrer de manière durable dans le paysage politique du pays. Avec ses élus, qui sont pour le moment loin d’une majorité de congrès à même de modifier la Constitution, l’ex-président Sambi devient le chef de l’opposition à la fois du gouvernement de l’union et des exécutifs des îles. Cependant son rêve de modifier la Constitution par voie de Congrès pour pouvoir se présenter en 2016 en toute légalité semble s’éloigner. Une véritable contrariété qui le poussera certainement à provoquer une crise pour pouvoir être dans son timing, au demeurant, répondant à des impératifs personnels, de 2016. Comment Sambi va-t-il manœuvrer pour tenter d’imposer sa candidature en 2016 ? Il importe à ce stade de surveiller l’évolution de la situation politique à Anjouan où les antagonismes entre Sambi et Nourdine Bourhane et entre ce dernier et Anisse, puis entre Anisse et Sambi vont s’exacerber.
En effet 2016 est crucial pour l’avenir de chacun de ces protagonistes. Sambi, pressé par ses impératifs idéologiques et la découverte des hydrocarbures ne peut pas attendre 2021. Anisse et Nourdine veulent rempiler pour justement pouvoir se préparer tranquillement les primaires de 2021.
Ensuite, parmi ceux qui apparaissent comme les vainqueurs de ces élections, il y a le RDC. Ce parti vert, nouvelle version, a envahi Ngazidja d’est en ouest, du sud au nord sans oublier le centre. Au deuxième tour, le RDC sera présent dans sept circonscriptions sur onze à Ngazidja, avec la probabilité de s’en sortir avec 3 ou 4 députés élus. Ce qui donne des ailes au gouverneur Mouigni Baraka qui se voit à Beit Salam en 2016. D’autan plus que sa victoire semble éclipser le frère ennemi Kiki du parti Orange, celui là même qui disait partout que Mouigni était sa création.
Alors, comment expliquer ce fulgurant « succès » du Gouverneur de Ngazidja ? Comme lors des législatives de 2009, à l’époque de Sambi, le gouverneur n’a pas hésité un seul instant à user, au mépris du cadre légal, des moyens de l’État. En outre le gouverneur, ses deux principaux lieutenants candidats dans le Bambao et le Hambou sont des anciens douaniers, disposant de moyens considérables.
Balayée à Anjouan et à Moheli, la CRC se sent pousser des ailes à la Grande Comore. Quatre de ses candidats vont aller au deuxième tour dont 1 seul en ballottage favorable.
Il est à remarquer que les gagnants sont ceux qui disposent de fonds personnels, ou de fonds de l’État (Mouigni dispose des fonds secrets comme de fonds personnels, Sambi et Azali bénéficient de fonds liés à leur statut d’anciens chefs d’État…).
Selon les projections qu’on peut faire, le Juwa de Sambi devrait s’en sortir avec au maximum 6 élus à l’Assemblée Nationale, le parti du pouvoir de l’Union, l’UPDC 5 élus, le RDC de Mouigni 4 et la CRC d’Azali 1.
Enfin, il semble qu’aucun parti ne réponde aux critères de la loi sur les partis politiques, applicable à partir de 2021. Mais, il serait plus sage d’attendre la fin du processus (2e tour et élections municipales) pour tirer des leçons sur la place des partis sur l’échiquier politique comorien.

Ahmed Ali Bacar

Moroni

Sacré Iki !

ikililouUn ami poche de Hamada Madi Boléro décrivait récemment le Directeur de Cabinet du Président de la République comme un fusible pour le président Ikililou Dhoinine. Il n’avait pas tort. Mais, depuis un certain temps, tous les groupes concurrents au sein du pouvoir actuel, servent ou ont servi de rempart au chef de l’État. En a-t-il vraiment besoin ?

On peut ainsi distinguer autour d’Ikililou Dhoinine quatre murs, constitués d’hommes et femmes aux intérêts divergents.

Le premier est celui du tout puissant Vice-Président, chargé des Finances Mohamed Ali Soilihi dit Mamadou. Dans ce groupe, les personnalités les plus en vue sont un autre Vice-Président, Nourdine Bourhane et le Directeur du Port, Mohamed Djaanfari. Tous deux sont en concurrence soit pour devenir Vice-Président de Mamadou, s’il est candidat en 2016, soit pour être candidat eux-mêmes au gouvernorat d’Anjouan.

Le deuxième mur est celui de Mouigni Baraka, Gouverneur de Ngazidja et les ténors du Rassemblement Démocratique des Comores (RDC) dont le Secrétaire Général, Djaé Ahamada, vice-président de l’Assemblée de l’Union sortante.

Le troisième mur a souvent été évoqué par les médias et l’opinion publique, c’est celui formé par Mme Ikililou et le directeur de Cabinet du président, Hamada Madi Boléro. Comme souvent, l’opinion publique aime à croire que les erreurs politiques d’un président sont imputables à la domination de sa femme. Mme Ikililou n’a pas dérogé à la règle, ce qui ne semble pas trop gêner son président de mari.

La quatrième façade protectrice du président est constituée par le Ministre de l’Education Nationale, celui des Relations Extérieures, El-Anrif Saïd Hassane, ceux qu’on appelle les « Guinéens », les « Pharmaciens » et une frange du parti islamiste, Front National pour la Justice, autour de Madi Ali, conseiller privé du Président.

La préparation des élections législatives a révélé les luttes intestines entre ces quatre groupes. Le Présidet Ikililou s’est mis clairement du côté du quatrième groupe au détriment des trois autres. Dans ce choix, les premiers vainqueurs sont les « bébés ministres », Abdoulkarim et El-Anrif. Tous les deux seront les candidats du président, dotés de tous les moyens possibles pour espérer l’emporter, le premier dans le Mitsamihuli-Mboudé où il aura en face de lui, Fundi Hadji, le candidat du parti RADHI, et le second dans le Mbadjini où il est en passe de conclure une alliance avec Abdou Soefo et le même parti RADHI.

Le président Ikililou ne s’est pas contenté d’appuyer ce groupe, il lui a offert la quasi totalité des candidatures du pouvoir aux prochaines législatives. Mamadou et Mougni Baraka se retrouvent marri. L’un et l’autre doivent revoir leurs ambitions. Mamadou doit se contenter d’un candidat dans le Hamahame, Mouigni n’aura sans doute que la candidature de Djaé Ahamada dans le Washili-Dimani.

Il semble que dans le camp du pouvoir, l’entente soit devenu un marché de dupe, dans lequel le président Ikililou a imposé tous ses candidats aux dépens de ses alliés. Dans l’Itsandra, ce sera le « Guinéen » Idarous, à Moroni, ce sera le directeur de l’Aéroport, Omar Mohamed.

A Mwali, il a trouvé un terrain d’entente avec le Gouverneur Mohamed Ali Said.

A Anjouan, il a profité de la rupture entre le Parti Juwa et le Gouverneur Anissi pour se rapprocher de ce dernier.

Ainsi, ce président souvent décrit comme naïf, débonnaire et présenté comme étant sous la coupe de sa femme, se révèle sous les traits du Prince de Machiavel, habile et tacticien deux ans avant la fin de son mandat. Une de ses dernières trouvailles est de chercher à donner une épaisseur au transparent ministre des Affaires Etrangères pour espérer l’imposer comme candidat aux présidentielles de 2016.

Ahmed Ali Bacar