croissance

Comores : une croissance paradoxale

Les agents de l’Etat sont descendus dans la rue à Moroni pour réclamer le payement de deux mois d’arriérés de salaires. Les enseignants du second degré menacent de boycotter l’année scolaire si le gouvernement n’apporte pas une solution rapide aux arriérées.

Pourtant, selon les chiffres du Fond monétaire international (FMI) repris par le Bilan économique du journal Le Monde, les Comores ont eu une croissance économique de 3.5 % en 2013 et de 4 % en 2014.

Mamadou

Mohamed Ali Soilih dit Mamadou, Ministre des Finances.

En économie, quand il y a de la croissance pour un pays, on s’attend à deux choses : la création d’emplois et une bonne recette fiscale pour les finances de l’Etat. L’illusion d’une forte croissance pour 2014 alors que l’Etat peine à payer ses agents montre bien le paradoxe de cette croissance comorienne. Le problème des arriérés de salaires est très récurrent aux Comores depuis belle lurette, mais force est de constater que sous la présidence Sambi, les agents de l’Etat touchaient régulièrement leurs salaires, l’alternance ayant eu lieu, l’actuel président continue de payer les fonctionnaires malgré les retards de ces derniers temps.

Depuis la décolonisation du pays jusqu’à nos jours le problème des finances publiques constitue le talon d’Achille de tous les gouvernements successifs. Le taux de chômage continue de progresser et à chaque alternance, on recrute à tout va sans se soucier si les recrutements sont budgétisés ou pas. Il faut noter que la croissance et la consommation forment un binôme, si l’État assure la pérennité des salaires de ses agents, il contribue à relancer la consommation. Quand l’État a un problème de trésorerie, il faut déblayer des pistes possibles pour créer des nouvelles recettes. Le 23 octobre 2014 a débute à Moroni un forum des acteurs économiques de la région de l’ océan indien, un moment crucial pour le gouvernement de se mobiliser pour attirer les éventuels investisseurs étrangers .

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Une forte croissance en trompe–l’œil pour les Comores

Une forte croissance en trompe –l’œil pour les Comores

subprimesDepuis 2008 une crise économique dite des « subprimes », partie des Etats-Unis touche de plein fouet les pays de la triade (Amérique du Nord, Union Européenne et Asie Orientale). Seuls les pays émergents, la Chine en tête, parviennent à avoir une croissance à deux chiffres ; le taux de croissance de la zone euro varie entre 0.3 à 1.5 pour cent. L’activité économique ne démarre pas convenablement et la courbe du chômage est à la hausse dans beaucoup de pays de l’Union Européenne, à l’exception de l’Allemagne.

Certains pays, parmi les moins avancés, en marge de la mondialisation, connaissent une forte croissance en trompe-l’œil : c’est le cas des Comores.

L’archipel peine à sortir du sous-développement et pourtant selon les chiffres du Fond monétaire international (FMI) repris par le bilan économique de 2014, les Comores ont eu une croissance de 3.5 en 2013 et de 4 pour cent de croissance pour 2014.

L’ économie de l’archipel repose sur deux principaux secteurs à savoir : le secteur primaire (agriculture , pêche) et le secteur tertiaire (marchand : service et commerce) et non marchand (la fonction publique). L’agriculture, à elle seule, représente 40 % du PIB , les envois d’argent de Comoriens vivant à l’étranger , dont 300000 en France, alimentent un quart du PIB.

En février de cette année, les pays membres du club de Paris ont procédé à l’effacement de la dette du pays d’un montant de 5,9 millions d’euros, enfin une réduction de l’inflation de l’ordre de 3,2 %. Cette croissance en trompe-l’œil de l’économie Comorienne depuis 2012 n’ a pas des conséquences immédiates en terme d’emplois, ni une réduction du taux de la pauvreté. Il faut rappeler que 45 % des Comoriens continuent de vivre sous le seuil de la pauvreté. On constate que beaucoup d’indices économiques tels que le taux de chômage, le salaire minimum du travailleur comorien ne sont jamais fournis par les autorités comoriennes aux créanciers des Comores (FMI, BAD Banque mondiale et CLUB DE PARIS).

Cette absence d’outils économiques et statistiques de l’économie de l’archipel marque le manque de volonté des majorités politiques successives à définir une politique économique claire visant à redresser le pays ou à réduire les inégalités et la pauvreté qui ne cessent de croitre depuis quarante ans d’indépendance. Les changements de majorités suscitent toujours de nouveaux espoirs, mais ce sont les désillusions et le désespoir qui prennent le dessus après l’euphorie des premières années de pouvoir de l’équipe en place. Les manifestations des enseignants, des étudiants de l’Université des Comores et autres catégories sociales témoignent un raz-bol social. Le pays fonde des espoirs dans l’ exploitation pétrolière au large du Mozambique, les autorités veulent être prêtes à le trouver. En 2013, elles se sont dotées d’un code pétrolier avant de lancer des activités de prospections. Il faut espérer que cette source d’énergie fossile aidera le pays à emprunter la voie du développement .

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY