Défense

Interview. Hamada Madi Boléro : « Je crois en la démocratie »

 

 

 

Interview. Hamada Madi Boléro : « Je crois en la démocratie »

Hamada Madi Bolero,           Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

 

Le Directeur de cabinet du président de la République des Comores, également chargé de la Défense était de passage en France à l’occasion du 14 juillet et du centenaire de la Première Guerre mondiale. À cette occasion les autorités françaises et comoriennes ont ouvert un chemin de mémoire dans l’Oise pour rappeler que des soldats comoriens sont venus se battre pour la France à cette occasion et que certains y sont enterrés. Nous avons voulu faire un bilan de cette visite avec Hamada Madi Boléro.

Mlimengu – Monsieur Hamada Madi Boléro, vous avez passé plus de dix jours en France, dans votre agenda qui était chargé, y a-t-il un moment qui vous a marqué plus que les autres ?

Hamada Madi Boléro – Oui bien sûr ! C’est lors la cérémonie d’inauguration du chemin de mémoire des soldats venus de l’archipel des Comores et morts pour la France en 1918 pendant la Grande Guerre.
Mlimengu – Alors est-ce que vous êtes encore venu « vendre Mayotte à la France » ? (Rires)

Hamada Madi Boléro – Je n’en sais rien ! Il faudrait peut-être demander cela à ceux qui distribuent les notes de « bons » et « mauvais Comoriens ».
Mlimengu – Comme vous en avez l’habitude maintenant, vous êtes allé à la rencontre du public et notamment des Comoriens de France. Pourquoi ce besoin ?

Hamada Madi Boléro – Vous savez, je crois en l’institution « Démocratie » dans le système politique et par conséquent, j’estime qu’il du devoir du politique, qui plus est a des responsabilités étatiques, d’essayer de répondre aux inquiétudes des citoyens, des contribuables ! J’avoue que peu font cet exercice lorsqu’ils sont au pouvoir et je ne leur en veux pas puisque cela doit être fait par conviction et non pour un autre objectif ! C’est donc pour cela que lorsqu’on me le suggère, je réponds affirmativement, si le temps me le permet !

Mlimengu – Certains se demandent pourquoi c’était vous qui avez fait ce voyage et pas le ministre des Affaires étrangères. Que leur répondez-vous ?

Hamada Madi Boléro – Je leur demande d’abord pourquoi cette question ! C’est à la fête du 14 juillet 2014, la France l’a placée sous la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, vous avez certainement remarqué que la majorité des pays invités, avec 3 militaires pour leur drapeau national, ont envoyé le Ministre des militaires, donc de la Défense. Ensuite, après consultation avec la partie française, les départements de la défense de l’Union des Comores et de la France, avons convenu d’inaugurer le chemin de mémoire des soldats comoriens morts pour la France pendant le premier conflit mondial, quelques jours après justement la fête du 14 juillet. Dans ces conditions, au lieu d’envoyer deux Ministres différents, le Gouvernement a jugé bon d’envoyer celui de la défense. Et enfin, un Gouvernement décide en Conseil des Ministres et tous les membres sont solidaires des décisions.

Mlimengu – Pourquoi était-il important que l’Etat comorien soit présent, par votre intermédiaire, le 14 juillet aux Champs-Elysées et le 19 juillet dans l’Oise ?

Hamada Madi Boléro – Pour le 14 juillet, le Gouvernement français a proposé à ce que tous les pays qui ont combattu avec la France pendant la Guerre 14-18, soient présents aux Champs-Elysées pour marquer la solidarité internationale. J’ajouterai si vous me le permettez que ce symbole est fort pour envoyer un message de paix aux pays où la guerre fait rage ! Je pense bien sûr à l’Est de l’Ukraine, à Gaza, et ailleurs.

Pour le 19 juillet à Ourscamps et Cuts, nous ne pouvions pas ne pas y être puisque la cérémonie était organisée en l’honneur des soldats venus de nos quatre îles, il y a cent ans !

Mlimengu – À l’occasion de la commémoration des tirailleurs comoriens, vous avez reçu la légion d’honneur, est-ce une récompense pour « services rendus » comme on peut l’entendre ici et là ?

Hamada Madi Boléro – C’est encore à moi de répondre à cette question ou au pays qui me l’a décernée ? La France comme l’Union des Comores d’ailleurs, étant un pays indépendant, les autorités de ce pays comme celles du mien, exercent librement les prérogatives que la législation nationale leur a dévolues !

Mlimengu – En quoi cette légion d’honneur revêt-elle une importance pour vous ?

Hamada Madi Boléro – J’avoue que je n’en sais rien ! Toutefois, permettez-moi de profiter de cette opportunité pour remercier le Chef de l’Etat français et tous ceux qui ont pensé que ma très modeste personne pouvais bénéficier d’une si haute distinction de la part d’un pays si important dans les relations internationales.

Mlimengu – Sur l’affaire des personnes arrêtées pour « tentative de coup d’Etat » ou « atteinte à la sûreté de l’Etat », le commissaire de la République a annoncé des révélations, qu’est-ce que les juges comoriens ont appris auprès des juges français ?

Hamada Madi Boléro – Très franchement je ne sais pas plus que vous. Par contre, je savais depuis longtemps que des personnes que la justice comorienne soupçonnait de faire partie de ceux qui étaient considérés comme commanditaire de la tentative de déstabilisation, étaient interpellés et placés en garde-à-vue en France. Certainement la justice comorienne a pris connaissance du dossier parisien et attendons justement qu’elle nous fasse cette communication lorsqu’elle sera en mesure de le faire.

Mlimengu – Dans quelques jours, les Comores vont recevoir le Président de la République française. Pourquoi est-il là ? Un accord sera-t-il signé entre les deux pays ?

Hamada Madi Boléro – Un Accord sur quoi ? Allons, replaçons les choses à leur place. Un Sommet de la Commission de l’Océan Indien (COI) se tiendra aux Comores, à Moroni le 26 juillet prochain. La COI est formée des Etats, Union des Comores, République française, République de Madagascar, République de Maurice et République de Seychelles. Et puisque c’est un Sommet, alors sauf cas justifié, les Etats sont représentés au plus haut niveau et ce sera le cas. Pour cette raison donc, oui les Comores vont recevoir François Hollande, Chef de l’Etat français comme tous les autres chef d’État de la COI.

Les Ministères des Affaires Etrangères de l’Union des Comores et de la France sont en pleine activité et on verra si pour certains départements comme celui des finances, nos administrations pourront proposer quelque chose à la signature de nos deux Présidents. Sinon, je répète, c’est une visite dans le cadre multilatéral et plus précisément de la COI.

Propos recueillis par Mahmoud Ibrahime

Mes 4 questions à Fahmi Saïd Ibrahim

Mes 4 questions à Fahmi Saïd Ibrahim

 

IrchadFahmiMOI: M. le ministre bonsoir.

FSI: Bonsoir Irchad.

 

1_MOI: J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt la création de la J-Pec (jeunesse du PEC). Une idée ingénieuse et novatrice aux Comores. Je dis bien aux Comores car chez nous la jeunesse a toujours été sacrifiée au profit

de l’ainé, des Wadjombas ou même des notables. Je vous en félicite!

Mais concrètement de quoi s’agit-il ? Une antichambre pour canaliser une jeunesse en mal de militantisme et de leadership ou une réelle démocratie participative avec un mouvement de jeunes qui aura son mot à dire au

sein du parti?

 

1_FSI: Le constat est très simple, 65% de la population comorienne a moins de 30 ans! Il faut impliquer cette jeunesse dans le destin du pays. Les Comores leur appartiennent en premier car c’est elle qui a l’avenir devant elle. Pour nous, la 50aine passée, nous sommes presque finis. C’est essentiellement pour elle que je m’engage! Il appartient à cette jeunesse de participer pour définir le destin de notre pays. Voilà pourquoi j’ai décidé de créer la JPEC pour que la jeunesse puisse prendre part aux choix, à nos décisions, partager notre vision et surtout influer au sein du parti pour que ensembles nous donnions une chance à notre pays.

Je vais vous faire 2 confidences mon cher Irchad.

Premièrement, je vous annonce que lors des prochaines élections communales, c’est la JPEC qui va conduire nos listes. Elles seront constituées de 95% de jeunes. Ensuite ce sera la parité intégrale et je m’en tiendrai s’il plait à Dieu.

 

2_MOI: Dans son édition du 07 mars dernier, le journal Le Monde nous livrait une déclaration de M. Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, pour le moins ambiguë. 

Il citait « En Droit international, on ne peut pas faire un référendum pour modifier des frontières. Imaginez un département de France qui demande son indépendance ! Et si cela se généralisait à d’autres Etats … »  et il renchérissait par..« Tout dépend de la question qui va  être posée. S’il s’agit d’aller vers davantage de décentralisation, d’accord. Mais si, en revanche, c’est une manière de changer les frontières, cela pose problème ».

Tollé général dans la société civile comorienne ainsi que toute la blogosphère! Deux poids deux mesures entendait-on !?

Coup de théâtre, lors d’une conférence de presse, face à John Kerry, secrétaire d’état américain, le chef de la diplomatie russe M. Serguei Lavrov lâche un pavé dans la mare en déclarant, je cite : «La Crimée est pour la Russie beaucoup plus que les Comores pour la France»

Quelle est votre réaction par rapport à tout cela, surtout à la transposition que tous les comoriens n’ont pas manqué de souligner par rapport à ces évènements majeurs? Le rattachement de la Crimée à la Russie suite au référendum et ces déclarations assez explicites émanant de ces deux personnalités importantes. Comment expliquez-vous le mutisme de toute la classe politique comorienne?

 

2_FSI: Ecoutez, je ne voudrais pas porter un jugement sur la classe politique comorienne, mais il est vrai que c’est assez étonnant. Quant au gouvernement comorien j’ai été quelque peu choqué par son silence. Je pense que c’était une chance extraordinaire pour les Comores de s’appuyer sur les contradictions de la diplomatie française et de la lecture qu’elle fait du droit international.

D’abord, je voudrais opposer ce qu’a dit Fabius à propos des Comores et ce qu’a dit Lavrov au sujet de la Crimée et surtout un ancien premier ministre français en la personne de Michel Rocard. Ce dernier a soutenu depuis une dizaine d’années qu’aux yeux du droit international, l’occupation de Mayotte est illégale !

Ceci étant, je pense que notre gouvernement a failli sur toute la ligne. Il aurait dû s’engouffrer dans cette brèche pour tenter de se faire comprendre au niveau international. Moi, j’ai eu l’occasion de le dire sur les plateaux d’AFRICA-24 lors du dernier sommet UE-Afrique qui s’est tenu dernièrement à Bruxelles. Je n’ai pas manqué de dénoncer les positions française et de l’Europe. Cette hypocrisie inacceptable ! Je pense que l’Europe ne peut plus donner des leçons à la Russie.

Aux yeux du droit, la Russie viole la règle, la norme internationale comme la France l’a violée depuis 1976 jusqu’à nos jours. Savez-vous que le référendum de 1976 était postérieur à l’admission des Comores « 4 ILES » à l’ONU comme Etat, comme une nation, comme un pays. Donc l’argument de L. Fabius ne tient pas puisqu’aujourd’hui les Comores sont reconnus en tant que tels et c’est la raison pour laquelle tant de résolutions des nations unis condamnent la France. Pour moi, la Russie viole le droit international au même titre que la France s’agissant du cas de l’ile comorienne de Mayotte. Pour ce qui est du silence des dirigeants comoriens, je me demande vraiment si c’est l’invitation du 14 juillet ou la dernière réunion du COI visant à intégrer Mayotte dans cette commission. Mais si tel était le cas, si Mayotte venait à être intégrée comme entité à la COI, les COMORES devraient immédiatement la quitter !

3_MOI: Lorsque vous étiez ministre en charge des relations extérieures sous la mandature de l’ex-président Sambi, vous avez été celui qui a signé les fameux accords de défenses nous liant à la France. Accords signés avec Hervé Morin ancien ministre de la défense sous Sarkozy, alors que nous le savons tous qu’en parallèle et en coulisse se tramait le processus ayant conduit dans un premier temps à la départementalisation de Mayotte puis aujourd’hui à sa rupéisation. 

Ne vous sentez-vous pas responsable de l’échec de nos relations bilatérales avec l’ancienne puissance coloniale, au même titre que toute la classe politique comorienne depuis l’indépendance? Et quelle est la place des maorais dans votre approche ?

 

3_FSI: Alors, je voudrais d’abord apporter une légère précision, mon cher Irchad, les dits accords de défenses concernaient les deux ministères de défense concernés. Le département comorien et son homologue français. Ces fameux accords ont été négociés, rédigés, préparés par le ministre de la défense de l’époque, mon ami et collègue Mohamed Bacar Dossar ainsi que l’ancien chef d’état major qui était en exercice à savoir le général Salimou.

Quand je suis devenu ministre, j’ai été mandaté en conseil des ministres pour aller signer ces accords. Je ne suis nullement concerné et ces accords ne concernaient nullement mon ministère, comme les accords monétaires ne concernent pas le ministère de l’éducation nationale.

Les accords monétaires sont en charge du ministre des finances, j’imagine que vous le savez bien ! J’ai été uniquement mandaté pour des raisons de commodité pour aller signer. Maintenant ce qu’il faut savoir, les accords dont il est question aujourd’hui sont meilleurs que ceux datant de 1978. Ceux de 78 étaient extrêmement dangereux  parce qu’en son sein, il était inséré des clauses secrètes qui autorisaient certaines pratiques. Je vous donne un exemple, ils ont permis que l’ancien président Dhojar soit enlevé puis « déporté » sur l’ile de La Réunion. Voyez-vous ? Bien que ce n’était pas l’initiateur de ces accords, sachez qu’il y’a un principe républicain qui s’appelle « La Solidarité Gouverbementale » ..  je reste solidaire au gouvernement pour lequel j’étais membre.

Nous nous devons un devoir de vérité cher Irchad. Il faut savoir que les Comores et la France sont liés. Nous sommes liés par plusieurs accords. Les accords de défenses mais également par les accords monétaires. Il faudra qu’on se le dise et qu’on arrête de tricher avec les comoriens.

Voulons-nous avoir des relations avec la France ? Oui ou Non !

Si oui, nous devons accepter de coopérer avec elle. Mais en acceptant de le faire ça ne doit pas nous enlever l’obligation de défendre nos intérêts comme la France sait si bien le faire pour ce qui est de la défense des siens. Ou alors, il y’a l’autre option. Nous ne voulons pas de la France, mais dans ce cas là, qu’on rompt nos relations avec elle, qu’on quitte la zone franc et qu’on trouve les moyens ailleurs ! Avons-nous les moyens d’assumer décision ? Je reste pragmatique car ceci ne doit pas relever de l’improvisation.

 

4_MOI : Lors de la dernière tournée française de l’ex-président Sambi pour le lancement de son parti le Juwa, vous avez été aperçu sur l’estrade aux cotés des barons de ce partis et je vous avoue que nous sommes nombreux à nous être posé la question si le PEC s’était dissous et absorbé par celui-ci au même titre que les autres partis communément appelé sambistes comme le PCP de Sounhadj, le PRD de Ahmed Djaffar ou même celui de Sidi ? Et si Sambi se déclarait candidat pour 2016, le serez-vous aussi ou pas?

 

4_FSI : Vous savez M. Irchad, je suis un homme loyal. Je ne serai jamais ingrat. Il y’a eu un rapprochement politique avec l’ancien président Sambi mais nos rapports sont et reste politiques. J’ai servi et ai été très heureux de servir le président Sambi. C’est une très belle expérience de travailler à ses côtés. Sambi est un homme d’Etat, un homme pour qui je voue un profond respect. Maintenant, j’ai crée un parti politique depuis 5 ans, nous avons donné une vision des Comores d’aujourd’hui et de demain. Nous avons fait le livre blanc, et je suis sûr qu’en tant qu’observateur avisé vous ne l’ignorez pas, nous l’avons publié, et j’estime que nous avons une petite avance par rapport au nouveau parti Juwa.

Maintenant, rien n’est exclu, tout est possible. En politique, toutes les options sont autorisées. Une alliance, une fusion, tout est possible ! Ma position n’est pas encore arrêtée.  Donnons du temps eu temps, laissons l’avenir nous guider.

Moi : Mais en 2016, servez vous candidat ou pas ?

FSI : Je ne sais pas ! D’abord .. euh .. pour le moment, je ne suis candidat à rien. Je suis candidat aux idées. Je me porte candidat pour contribuer à la réflexion et aux idées. Vous savez on n’est pas obligé d’être au pouvoir ou au gouvernement pour apporter dans le débat d’idées dans le but de faire améliorer les choses.

 

MOI : Merci M. le Ministre.

FSI : C’est moi qui vous remercie

Propos recueillis par Irchad Abdallah