délinquance

Une insécurité inquiétante à Mayotte

MayotteDepuis quatre ans environ, la délinquance ne cesse d’augmenter de manière exponentielle à Mayotte. Viols, agressions physiques et gratuites, cambriolage en tout genre et en toute impunité. Des faits divers terribles qui deviennent le quotidien des habitants de l’ile.

Mayotte, comme les autres départements d’outre-mer est frappé par des fléaux qui gangrènent la société : un chômage massif ( 17% dans l’île ), une montée inquiétante de l’insécurité , la défaillance de l’autorité familiale liée au délitement des liens familiaux. Des bandes rivales bien organisées font régner la violence aux abords des établissements scolaires, mais aussi dans certaines communes de l’agglomération de Mamoudzou.

La violence est réellement installée à Mayotte avec la scène de braquage de la poste de Passamainty la semaine passée.  A tel point que beaucoup de wazungu (blancs) sont en train de quitter l’île. Ceux qui vivent à Mayotte depuis vingt-cinq ans qui s’étaient amourachés de Mayotte et installés de façon indécrottables : eux aussi sont sur le départ. Cela a des conséquences catastrophiques ; beaucoup de petites entreprises ont fermé ou sont sur le départ.

L’autre préoccupation des Maorais est l’immigration clandestine évaluée cette année par la préfecture à 80.000 étrangers en situation irrégulière. Selon les autorités de l’île le flux migratoire sature les services hospitaliers, les écoles et laisse des mineurs isolés dans les rues. Ce problème est très complexe, car les reconduites à la frontière sont inefficaces. A titre d’exemple et selon la préfecture, en 2014, les reconduites à la frontière ont avoisiné 20.000 personnes (le double de la France) dont la moitié retente la traversée peu après. C’est devenu un calvaire kafkaÏen. Pour le préfet, il faut mettre en place des actions collectives contre l’insécurité. Des renforts des forces de l’ordre, s’inscrivent dans la lutte contre l’insécurité en recrudescence dans le département.

Devant ce fléau d’insécurité grandissant le représentant de l’Etat et les élus locaux se renvoient la balle. Le sujet est devenu une patate chaude, qui entraine un climat de psychose chez les habitants de l’ile. Le pourcentage des mineurs délinquants en déshérence est considérable. L’absence des structures d’accueil, tels que des orphelinats ou des centres éducatifs pour mineurs complique beaucoup plus le problème. La petite prison de Majicavo   ne dispose pas d’une capacité d’accueil suffisante pour les adultes mais aussi pour interner les mineurs délinquants. Du coup, ces derniers commettent beaucoup de vols et agressent à longueur de journées sans être punis. Un autre phénomène touche la famille maoraise : le manque des repères et l’absence de l’autorité parentale. Le chômage de masse qui touche beaucoup de personnes dans l’ile contribue à déstructurer certaines familles, à fragiliser l’autorité des parents, et accroître l’échec scolaire. Les conséquences de ce fléau sont multiples, il faut mutualiser les moyens pour le combattre afin de sauver l’image de Mayotte.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Mayotte. Une délinquance progressive et dramatique

Mayotte

Carte de Mayotte et son lagon

Mayotte connaît une explosion de la délinquance ces dernières années. L’île n’est pas organisée pour répondre aux besoins de sa jeunesse.

C’est le plus jeune des départements français, mais en ce qui concerne les agressions physiques, les incivilités ou les atteintes aux biens, Mamoudzou, chef-lieu, occupe une place de choix dans la liste des villes les plus cambriolées, puisqu’elle est classée quatrième au palmarès. La montée de cette délinquance est devenue progressive et dramatique.

Le sentiment de sécurité est un besoin vital au même titre que boire, manger ou dormir. Lorsque ce besoin n’est pas satisfait, une sensation de malaise s’installe , on devient inquiet voire anxieux.

Il faut rappeler que depuis les événements de 2011, la délinquance est devenue plus visible et l’atteinte aux biens a fortement augmenté. Ainsi les cambriolages qui représentaient déjà 17% des faits de criminalité atteignaient 40% en 2012 et 58% en 2013.

Quelles sont les causes de la hausse de cette délinquance ? Où sont les élus du conseil départemental ? Où est la préfecture et les acteurs de la société civile ? Qu’ont-ils fait en amont pour éviter ce phénomène ?

Il y a un réel souci en ce qui concerne la délinquance des mineurs et les causes sont multiples. Mayotte connait un changement rapide, qui se caractérise par la coexistence de deux modèles. D’une part une société traditionnelle fondée sur un idéal communautaire et des références religieuses et une société de consommation occidentalisée d’autre part, qui draine son lot de désirs : véhicules, téléphones, matériels informatiques de dernier cri… Face à cette modernisation brutale de l’île, les parents maorais ne savent plus comment élever leurs enfants. On est passé trop rapidement de ce modèle communautariste où c’était tout le village qui élevait les enfants à un modèle individualiste qui ne correspond pas à la société mahoraise. On est donc face à un véritable problème d’ordre socio-culturel.

On constate que cette délinquance des mineurs est d’abord alimentaire dans la plupart des cas : ce sont des jeunes qui volent pour revendre et s’acheter des choses. Il faut construire des centres de détention pour mineurs, dans lesquels on propose un encadrement (scolarité, activités sportives, culturelles…) afin de faciliter leur insertion dans la société. On a affaire à une population jeune qui souffre, qui n’a pas d’emplois et qui est sortie du système scolaire sans la moindre qualification.

Face à ce fléau qui ne cesse de croître, il faut une réaction politique et pourtant on observe une gué-guerre entre l’Etat et le département au sujet des mineurs isolés. Selon une étude réalisée par David Guillot en 2012 de l’association Tama qui s’occupe des mineurs isolés, il y a 3000 ou 4000 mineurs isolés qui sont à Mayotte, le département se dit non responsable de ces chiffres, car c’est la conséquence d’une politique de reconduite à la frontière menée par l’État à Mayotte. La situation de ces mineurs isolés est la conséquence de la politique de l’administration et de la préfecture. Les reconduites se font rapidement à Mayotte. Lorsqu’on interpelle quelqu’un à 9h, on peut être sûr qu’à 15h il a quitté le territoire.

Les conséquences économiques et sociales sont alarmantes : baisse d’activité pour les entrepreneurs et les responsables des restaurants car les consommateurs ont peur de sortir seul la journée ou le soir.

Il est urgent de réunir autour d’une table les pouvoirs publics, les associations, les entrepreneurs et autres organismes concernés et essayer de trouver enfin des solutions concrètes qui soient suivies d’effets. C’est une question cruciale pour la survie de l’économie locale et de la population.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY