Djohar

Le retour de Mohamed El-Amine Souef au Mirex. Portrait d’un professionnel de la diplomatie

Azali-Souef

Entrevue ce matin entre le Ministre des Affaires Étrangères et le Président de la République

Le nouveau Ministre des Affaires Étrangères est enfin arrivé aux Comores ce lundi pour prendre ses fonctions, vingt jours après la mise en place du deuxième gouvernement du président Azali Assoumani. Fonctionnaire de ce Ministère, il y retourne après 10 ans à l’extérieur.

Une polémique était née suite à la nomination de Mohamed El-Amine Souef à ce poste, du fait qu’il est du même village que le président, qu’il est un proche et fidèle, ayant exercé le pouvoir avec lui depuis le coup d’État de 1999.

Un diplomate de formation

Mais en réalité, quel meilleur profil peut-on trouver aux Comores aujourd’hui à ce poste ? Le président Azali a fait de nombreuses erreurs de casting en cherchant absolument à remercier les militants qui ont fait sa campagne, souvent au détriment des compétences. Cette fois avec El-Amine Souef, il est certain de ne pas se tromper en mettant un vrai diplomate de formation, un homme expérimenté et dont les qualités sont reconnues même sur le plan international.

Pourtant, El-Amine Souef a connu la traversée du désert après l’arrivée au pouvoir du président Sambi et suite à la chasse aux anciens collaborateurs du président Azali à laquelle s’est livrée une justice aux ordres à partir de la fin 2006. Il a été sur la liste des chefs de la CRC (Convention pour le Renouveau des Comores) recherchés par la Justice de Sambi. Les dossiers mal montés, instruits uniquement à charge se sont tous effondrés et tous ont été libérés sauf un. Pourtant, ce n’est qu’à la fin du régime d’Ahmed Sambi qu’El-Amine Souef a terminé sa traversée du désert et a intégré l’ONU. Il est nommé Chef du Bureau Régional de la MINUAD au Soudan (à Nyala, Elfasher et Karthoum) de 2011 à 2015, puis depuis 2015 jusqu’à aujourd’hui, il exerçait à Gao (Mali) en tant que Chef du Bureau Régional de la MINUSMA. Ces deux postes lui ont permis de rencontrer de nombreuses personnalités diplomatiques et d’enrichir un carnet d’adresses qui était déjà plein. On dit qu’il aurait beaucoup hésité à quitter son poste et à interrompre sa carrière au sein de l’ONU. Le président Azali a beaucoup insisté pour avoir ce joker dans un gouvernement dont les observateurs ont dit qu’il était sans envergure.

Une carrière au MIREX

Mohamed El-Amine Souef n’a pas attendu l’arrivée au pouvoir du colonel Azali pour se faire remarquer en tant que diplomate. Il a auparavant servi trois présidents de la République avant de s’engager auprès du colonel Azali Assoumani, à partir d’avril 1999.

En effet, après un DEA de Lettres Modernes à Fez et une année d’Anglais à Tanger, il a poursuivi des études à l’Institut diplomatique d’Islamabad (Pakistan). Il est ensuite rentré au pays et après une courte période en tant que chercheur au Centre National de Documentation et de Recherche Scientifique (CNDRS), il intègre le Ministère des Affaires Étrangères en 1991 en tant que Chef de la Division de la coopération bilatérale Afrique/Asie. En 1993, il est nommé par le Président Djohar Conseiller Technique. En 1994, le même président Djohar le nomme Ambassadeur en Égypte et Représentant des Comores auprès de la Ligue Arabe. Malgré le coup d’État de Bob Denard déposant le président Djohar et l’arrivée au pouvoir du président Taki, il demeure en place. Il est même nommé Secrétaire d’État auprès du Président de la République chargé du monde arabe en juillet 1998. La mort prématurée de Mohamed Taki en novembre 1998 a interrompu cette expérience. Il devient alors Conseiller du président par interim,  Tadjiddine Ben Massound.

Le fidèle du Président de la République

Nommé Ministre des Relations Extérieures en 1999, il le restera sans discontinuité jusqu’en juillet 2005. Il quitte alors momentanément la diplomatie pour devenir Directeur Général de la Société des Hydrocarbures. Puis, en février 2006, le Président Azali le nomme Ambassadeur des Comores aux Etats-Unis et Représentant Permanent des Comores à l’ONU. Deux mois après l’élection du président Sambi, il est contraint de quitter son poste à New York. Il entame alors sa traversée du désert.

Le nouveau Ministre des Affaires Étrangères est souvent perçu comme un technicien, comme un homme des dossiers. Pourtant, c’est aussi un homme politique, certes discret mais efficace. Il allie l’action politique à la réflexion à travers ses nombreux livres. Aux élections législatives de 2004, il est un des rares élus de la CRC. Il a également joué un rôle central dans la tentative vaine de réconcilier les deux parties de la CRC en guerre, avant et après la rupture. Mohamed El-Amine est également un homme de principes qui considère que l’amitié n’est pas un vain mot. Cela ne l’empêche pas, en privé, de dire ce qu’il pense à ses amis et notamment au président de la République.

C’est une bonne nouvelle pour les Comores car dans la Cour des flatteurs qui entourent le président Azali, il sera sans doute le seul à pouvoir lui dire quelques vérités. En mettant un homme de l’envergure de Souef El-Amine aux Affaires étrangères, c’est sans doute pour le chef de l’État une manière de se libérer des affaires extérieures et se concentrer sur les affaires intérieures notamment l’émergence et les réformes institutionnelles qui sont prévues après les Assises Nationales.

MI

Tocha Djohar serait en cavale

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Tocha Djohar à gauche, aux côtés de Fahmi Saïd Ibrahim

Tout semble indiquer ce soir que Tocha Djohar, bras droit du candidat Fahmi Ibrahim, un des rares cadres du parti PEC qui a rejoint Juwa, serait en cavale, recherché à la fois par la police et par des personnes de sa région.

Cet ancien cadre du parti PEC, en compagnie d’autres personnes aurait cassé la porte de la maison d’un certain Kafou (intendant à la présidence des Comores) et des mobiliers à la recherche de cartes électorales qu’il pensait être cachées et destinées à être remises à des Anjouanais (supposés par ces militants ne pas être des électeurs de Ngazidja).

La recherche de ces cartes aurait été vaine. Mais, à présent Tocha Djohar et ses compagnons sont recherchés à la fois par la police et par la famille de Kafou. Ces hommes restent pour le moment introuvables.

Nous rappelons que le même Tocha Djohar a déjà été arrêté il y a 9 mois (le 3 juillet 2015) sur instruction du parquet après avoir lancé des menaces comme quoi le sang allait couler si jamais la Cour Constitutionnelle des Comores ne validait pas la candidature de l’ex-président Ahmed Sambi, originaire d’Anjouan.

De notre correspondant à Moroni.

Des grève des collégiens et lycéens aux Comores

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Elèves manifestant à Moroni en mars 2014

Depuis 1968 on assiste à des grèves de collégiens et lycéens dans notre pays. Certes, les raisons de toutes ces grèves ne sont plus les mêmes. En 1968, les élèves ont manifesté contre les mauvaises conditions liées à leur hébergements et nourriture à l’internat du Lycée Moroni. Cette grève a très rapidement pris une dimension politique car, après le crash d’un avion près du lycée, les élèves avaient été qualifié de pilleurs par un journaliste français de l’ORTF alors que certains avaient risqué leur vie pour sauver des passagers. Cela avait agacé les élèves qui envahirent les rues de Moroni, dès le lendemain, avec des pancartes pour manifester leur colère et demander le départ de ce journaliste.

Au temps d’AHMED ABDALLAH ABDEREMANE, il y a eu peu de grèves contre le gouvernement et pour améliorer l’enseignement sous peine d’être arrêté par les mercenaires de BOB DENARD qui avaient le contrôle de notre pays pendant 12 ans.

Mais à partir de 1990, l’arrivée de DJOHAR et l’avènement de la démocratie dans notre pays bouleverse le système. De 1990 à 2009, c’est-à-dire durant 19 ans, les Comores ont connu 19 grèves des enseignants car chaque année à l’approche des examens nationaux (BAC, BEPC et concours d’entrée en 6e) ils se mettaient toujours en grève.

Ils arrêtaient brusquement les cours et menaçaient de ne pas proposer des sujets ni participer à la surveillance ou à la correction des examens. Cela a permis à des fonctionnaires non enseignants de proposer et corriger des sujets lors du BAC de 1998, tout de suite qualifié de Titanique, faisant allusion au bateaux britannique Titanique qui a fait beaucoup de victimes sauf que ici, 95% des candidats ont obtenu leur baccalauréat. Ces enseignants avaient certes raison car ils accusaient plus de 18 mois d’arriérés de salaires. Mais pourquoi ces enseignants attendent toujours l’approche des examens pour grever ? La réponse est simple. C’est pour se servir de leurs élèves comme bouclier. Une méthode qui fait beaucoup de victimes chez les élèves, souvent tabassés et même blessés à balle réelle. Beaucoup gardent en eux des séquelles de ces grèves. Ce qui est triste, c’est que les dirigeants politiques au pouvoir n’acceptent pas leurs erreurs. Ils accusent toujours les élèves d’être manipulés par leurs opposants. Ces dirigeants refusent toujours de faire leur autocritique.

A partir de 2009, les grèves contre les arriérés de salaires étaient finies. Le Qatar est venu en aide au gouvernement comorien avec une somme considérable qui a permis à ce dernier de payer ses fonctionnaires six mois de salaires d’un coup. Bravo ! Un bon geste louable. Depuis, les enseignants reçoivent leurs payes à chaque fin du mois. Mais au prix de quoi ? Tout le monde le sait très bien qu’il a fallu pour nos dirigeants politiques, précisément SAMBI et les siens, vendre notre nationalités à des étrangers que personne ne connaît.

Aujourd’hui encore, les grèves continuent mais cette fois-ci pour réclamer des avancements. Les enseignants ont encore raison car cela fait plus de 20 ans qu’il n’y a pas eu d’avancement. Là encore, les enseignants ont profité des élèves. Les cours ont repris après une semaine de souffrance infligée aux élèves. Mais quand est-ce que ces enseignants vont-ils grever pour un programme cohérant pour l’ensemble des écoles publiques et privés aux Comores ?

Les enseignants ne doivent pas se limiter aux grèves pour leurs salaires. Ils doivent travailler main dans la main avec leur ministre en proposant une feuille de route vu que le ministère de l’éducation nationale est souvent géré par des personnes qui n’ont aucune expérience ou vision de ce que doit être l’enseignement aux Comores. Jusqu’à maintenant, chaque enseignant a son programme, choisi ses manuel pour assurer ses cours. Un système qui conduit nos élèves à l’échec. Nous le constatons lors des résultats des BAC et BEPC dans lesquels plus de 70% de nos enfants échouent.

   Abdourahim Bacari