Fomboni

Sambi et ses acolytes veulent marcher sur la Constitution

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Photo officielle du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi (2006-2011)

Il est du devoir de chaque citoyens comoriens de prendre la dimension du contexte actuel qui risque de nous plonger dans une guerre civile. Les ambitions de l’ex-Rais Ahmed Abdallah Sambi inquiètent et divisent le peuple comorien.

Ceux qui veulent coûte que coûte faire revenir Ahmed Abdallah Sambi au pouvoir 2016, à la place d’un Grand- Comorien, s’appuyent sur des interprétations souvent fallacieuses de notre Constitution.

Les juristes qui soutiennent le projet de l’ex-Rais se basent sur les articles 13 et 14, en les tordant dans tous les sens et sans tenir compte de l’esprit véritable de notre Constitution. Ils pensent que la solution est là, dans ces deux articles. Ils contraignent ceux qui ne sont pas juristes d’apporter leurs points de vue par rapport à la question. Personnellement, je pense que la solution n’est pas seulement juridique.

Revenons un peu en arrière pour comprendre le pourquoi nous sommes arrivés jusqu’à inscrire dans la Constitution ce principe de la présidence tournante.

Le 3 août 1997, quand Anjouan décide de proclamer son indépendance de la République Fédérale Islamique des Comores, personne ne sait encore que la décision qui va plonger l’archipel au bord d’une guerre civile qui a failli commencer en Grande-Comore quand les 26 et 27 avril 1999, des jeunes grand-comoriens ont décidé de demander aux Comoriens vivant à Anjouan de plier bagages pour rentrer dans leur île natale. Nous nous rappelons de Sbata de Bangoi Kuni (paix à son âme), de Leza Massulaha et tant d’autres qui étaient à la tête de ce Mouvement. Mais pourquoi ces jeunes se sont soulevés soudainement contre nos compatriotes anjouanais ?

Parce que, lors de la conférence inter-îles tenue à Tananarivo (Madagascar), du 19 au 23 avril 1999 sous l’égide de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), actuelle UA (Union Africaine) pour tenter de mettre fin à la crise anjouanaise, seulement les dirigeants de la délégation grande-comorienne et mohélienne ont accepté de signer « l’accord » qui crée l’Union des Comores, un futur Etat doté d’une large autonomie des îles. La délégation anjouanaise, quant à elle, a refusé de signer « cet accord » par peur d’être massacrée par ceux qui les attendaient dans l’île rebelle, tellement les tensions étaient si grandes et très violentes.

Les dirigeants politiques anjouanais qui ont pu manipuler la population anjouanaise ne voulaient aucun contact avec Moroni. Ils n’avaient qu’un souhait : la rupture totale d’Anjouan avec les autres îles (Grande-Comore et Mohéli). Ils ont dissout toutes les organisations syndicales parce qu’elles relient les îles par leurs membres dirigeants. Un acte dénoncé le 25 décembre par la Fondation anjouanaise des Droits de l’Homme (FADH) dans un communiqué. La FADH a même demandé aux chefs séparatistes de revenir sur leur décision. Les tensions étaient rudes. La paix était menacée. Le pays risquait une guerre civile. Du 3 au 5 septembre, Mutsamudu « capitale » d’Anjouan a même connu des combats de rues entre séparatistes.

Le 31 décembre,  Le chef séparatiste Abeid critique l’accord d’Antananarivo, qui, affirme-t-il, risque de faire revenir Anjouan « sous l’autorité de Moroni et des Grands Comoriens ».

Des incidents ont opposé, dans la nuit de lundi à mardi 6 février, des manifestants aux forces de l’ordre sur la route menant de l’aéroport de Ouani à Mutsamudu.

Les irréductibles du mouvement séparatiste Abdallah Mohamed, Bagoulam et Saindou Cheik voulaient par cette action empêcher une délégation de l’OUA de se rendre à Anjouan. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ne souhaitaient pas négocier afin d’empêcher tout accord qui leur demanderait l’abandon de leur positions séparatistes.

Mais, le 17 février 2001, les délégations des trois îles ont fini accepter les accords de Fomboni qui mettaient fin aux magouilles des séparatistes. L’accord de Fomboni est en réalité le contrepied de l’Accord d’Antananarivo proposé par l’Union Africaine, beaucoup plus clair sur les notions de souveraineté et d’unité nationale.

L’accord de Fomboni a affaibli l’Unité nationale par :

–          Une large autonomie des îles dont on ne dit pas les limites mais qui s’apparente à une quasi-indépendance ;

–          Une Présidence tournante qui consacre l’insularité au-dessus de la nation, chose voulue et très attendue par nos compatriotes anjouanais et mohéliens.

–          La multiplication des administrations et des superstructures.

Pourquoi avions-nous adopté cette Constitution à présidente tournante ?

Cette Constitution a été adoptée parce que Anjouanais et Mohéliens se disaient victimes de l’ancienne Constitution qui, selon eux, favorisait les grands-comorien pour le poste du Président de la République. Ils ont soulevé ce mouvement séparatiste quand ils ont constaté que lors des élections de 1996 qui ont amené Mohamed Taki Abdoulkarim au pouvoir, à Anjouan, trois grands comoriens étaient en tête alors qu’il y avait des candidats anjouanais dans la course.

Avant même les élections de 1996, en 1995, après la déportation du Président Saïd Mohamed Djohar à la Réunion, à Marseille se réunissaient les candidats aux élections et là, on leur a  présenté une pétition rédigée par l’OPIA (Organisation Pour les Intérêts d’Anjouan) dont Commandant Ahmed était le chef, signée par 6000 anjouanais, qui demandaient le détachement d’Anjouan de Moroni.

Donc voyez-vous, tous ces troubles qui ont failli coûter l’unité et l’intégrité territoriale de notre pays sont oubliés parce qu’on veut soutenir quelqu’un qui veut le pouvoir quel que soit le prix à payer pour la paix civile. Nous ne pouvons pas oublier ce passé récent. Nous aimons la paix chez nous. Et s’il faut mettre en prison ceux qui risquent de faire plonger notre pays dans une guerre sans précédente, il ne faut surtout pas hésiter à les mettre en prison.

Sambi peut, s’il le veut, être un candidat vice-président, mais sûrement pas le candidat président. Il attendra le tour d’Anjouan. Comme Azali Assoumani, dont je ne partage pas les idées, a attendu dix ans.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

Hamada Madi Boléro. Au service des Comores. T.2. La Renaissance

Couverture Au service des Comores 2. Hamada Madi Boléro

Hamada Madi Bolero, Au service des Comores. Tome 2. La Renaissance.

Le Directeur de cabinet du chef de l’État comorien, chargé de la Défense, Hamada Madi Boléro vient de sortir aux Éditions Coelacanthe le tome 2 de ses mémoires. Il y aborde la période des négociations avec les séparatistes anjouanais, négociations qui ont abouti à la Constitution de 2001 et à la Renaissance de l’État comorien.

Après des années d’incertitudes politiques et institutionnelles, l’accord de Fomboni est signé le 17 février 2001. Il donne l’espoir de mettre un terme au séparatisme anjouanais qui a mis en danger l’existence même des Comores en tant qu’état-nation.

Afin de consolider le processus de réconciliation nationale, une refonte totale du système politique est lancée. Elle aboutit le 23 décembre 2001 à l’adoption par référendum d’une nouvelle constitution. Elle instaure une présidence tournante et accorde une large autonomie aux îles de l’archipel. La République fédérale islamique des Comores devient l’Union des Comores.

Le tome 2 d’Au service des Comores couvre toute cette période d’organisation des nouvelles institutions. Hamada Madi Boléro prend la tête du gouvernement d’Union nationale de transition en attendant l’élection du premier Président de l’Union nationale. Elle amène au pouvoir, cette fois par les urnes, Azali Assoumani le 26 mai 2002. Ce nouvel ordre n’est pas sans créer de nombreux conflits de compétences, de personnes, et une situation de blocage institutionnel. Etape par étape, le déroulement des opérations ainsi que les tentatives de déstabilisation menées de part et d’autre sont expliqués.

Successivement Conseiller spécial chargé de la sécurité, puis Ministre de la Défense et de la Sûreté du territoire sous Azali, Boléro nous rapporte ses actions à la tête de ces postes à hautes responsabilités, mais aussi son rôle dans le développement économique et la lutte contre la pauvreté aux Comores. Il revient ainsi sur sa participation à la Conférence des donateurs pour la relance économique et à la Conférence des donateurs à l’Ile Maurice, dévoilant dans le détail les stratégies, les objectifs et les réalisations.

L’ouvrage nous fait enfin pénétrer dans les coulisses des élections législatives de l’Union et des îles autonomes de 2004. Après sa défaite, Boléro devient Président-directeur général de l’Office de la Radio et de la Télévision des Comores (ORTC). Il met en place ce nouvel organe et inaugure officiellement la Télévision Nationale des Comores, qui diffuse ses premières émissions en 2006.

Au total, ce sont cinq années d’histoire politique comorienne qui sont passées au crible. L’occasion de revenir sur l’affaire COMORETEL, la mort suspecte de Mohamed Taki Abdoulkarim et l’approche du Président Azali sur l’épineuse question de Mayotte.

La Constitution de l’Union des Comores stipulant que l’île d’origine du président doit changer tous les quatre ans, le 26 mai 2006, le président Azali laisse sa place à un président issu de l’île d’Anjouan. C’est Ahmed Abdallah Sambi qui remporte les élections. Celui-là même qui fera l’objet du tome 3 des mémoires d’Hamada Madi Boléro.

Laurence Mennecart