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Hamada Madi Boléro. Au service des Comores. T.2. La Renaissance

Couverture Au service des Comores 2. Hamada Madi Boléro

Hamada Madi Bolero, Au service des Comores. Tome 2. La Renaissance.

Le Directeur de cabinet du chef de l’État comorien, chargé de la Défense, Hamada Madi Boléro vient de sortir aux Éditions Coelacanthe le tome 2 de ses mémoires. Il y aborde la période des négociations avec les séparatistes anjouanais, négociations qui ont abouti à la Constitution de 2001 et à la Renaissance de l’État comorien.

Après des années d’incertitudes politiques et institutionnelles, l’accord de Fomboni est signé le 17 février 2001. Il donne l’espoir de mettre un terme au séparatisme anjouanais qui a mis en danger l’existence même des Comores en tant qu’état-nation.

Afin de consolider le processus de réconciliation nationale, une refonte totale du système politique est lancée. Elle aboutit le 23 décembre 2001 à l’adoption par référendum d’une nouvelle constitution. Elle instaure une présidence tournante et accorde une large autonomie aux îles de l’archipel. La République fédérale islamique des Comores devient l’Union des Comores.

Le tome 2 d’Au service des Comores couvre toute cette période d’organisation des nouvelles institutions. Hamada Madi Boléro prend la tête du gouvernement d’Union nationale de transition en attendant l’élection du premier Président de l’Union nationale. Elle amène au pouvoir, cette fois par les urnes, Azali Assoumani le 26 mai 2002. Ce nouvel ordre n’est pas sans créer de nombreux conflits de compétences, de personnes, et une situation de blocage institutionnel. Etape par étape, le déroulement des opérations ainsi que les tentatives de déstabilisation menées de part et d’autre sont expliqués.

Successivement Conseiller spécial chargé de la sécurité, puis Ministre de la Défense et de la Sûreté du territoire sous Azali, Boléro nous rapporte ses actions à la tête de ces postes à hautes responsabilités, mais aussi son rôle dans le développement économique et la lutte contre la pauvreté aux Comores. Il revient ainsi sur sa participation à la Conférence des donateurs pour la relance économique et à la Conférence des donateurs à l’Ile Maurice, dévoilant dans le détail les stratégies, les objectifs et les réalisations.

L’ouvrage nous fait enfin pénétrer dans les coulisses des élections législatives de l’Union et des îles autonomes de 2004. Après sa défaite, Boléro devient Président-directeur général de l’Office de la Radio et de la Télévision des Comores (ORTC). Il met en place ce nouvel organe et inaugure officiellement la Télévision Nationale des Comores, qui diffuse ses premières émissions en 2006.

Au total, ce sont cinq années d’histoire politique comorienne qui sont passées au crible. L’occasion de revenir sur l’affaire COMORETEL, la mort suspecte de Mohamed Taki Abdoulkarim et l’approche du Président Azali sur l’épineuse question de Mayotte.

La Constitution de l’Union des Comores stipulant que l’île d’origine du président doit changer tous les quatre ans, le 26 mai 2006, le président Azali laisse sa place à un président issu de l’île d’Anjouan. C’est Ahmed Abdallah Sambi qui remporte les élections. Celui-là même qui fera l’objet du tome 3 des mémoires d’Hamada Madi Boléro.

Laurence Mennecart

Sacré Iki !

ikililouUn ami poche de Hamada Madi Boléro décrivait récemment le Directeur de Cabinet du Président de la République comme un fusible pour le président Ikililou Dhoinine. Il n’avait pas tort. Mais, depuis un certain temps, tous les groupes concurrents au sein du pouvoir actuel, servent ou ont servi de rempart au chef de l’État. En a-t-il vraiment besoin ?

On peut ainsi distinguer autour d’Ikililou Dhoinine quatre murs, constitués d’hommes et femmes aux intérêts divergents.

Le premier est celui du tout puissant Vice-Président, chargé des Finances Mohamed Ali Soilihi dit Mamadou. Dans ce groupe, les personnalités les plus en vue sont un autre Vice-Président, Nourdine Bourhane et le Directeur du Port, Mohamed Djaanfari. Tous deux sont en concurrence soit pour devenir Vice-Président de Mamadou, s’il est candidat en 2016, soit pour être candidat eux-mêmes au gouvernorat d’Anjouan.

Le deuxième mur est celui de Mouigni Baraka, Gouverneur de Ngazidja et les ténors du Rassemblement Démocratique des Comores (RDC) dont le Secrétaire Général, Djaé Ahamada, vice-président de l’Assemblée de l’Union sortante.

Le troisième mur a souvent été évoqué par les médias et l’opinion publique, c’est celui formé par Mme Ikililou et le directeur de Cabinet du président, Hamada Madi Boléro. Comme souvent, l’opinion publique aime à croire que les erreurs politiques d’un président sont imputables à la domination de sa femme. Mme Ikililou n’a pas dérogé à la règle, ce qui ne semble pas trop gêner son président de mari.

La quatrième façade protectrice du président est constituée par le Ministre de l’Education Nationale, celui des Relations Extérieures, El-Anrif Saïd Hassane, ceux qu’on appelle les « Guinéens », les « Pharmaciens » et une frange du parti islamiste, Front National pour la Justice, autour de Madi Ali, conseiller privé du Président.

La préparation des élections législatives a révélé les luttes intestines entre ces quatre groupes. Le Présidet Ikililou s’est mis clairement du côté du quatrième groupe au détriment des trois autres. Dans ce choix, les premiers vainqueurs sont les « bébés ministres », Abdoulkarim et El-Anrif. Tous les deux seront les candidats du président, dotés de tous les moyens possibles pour espérer l’emporter, le premier dans le Mitsamihuli-Mboudé où il aura en face de lui, Fundi Hadji, le candidat du parti RADHI, et le second dans le Mbadjini où il est en passe de conclure une alliance avec Abdou Soefo et le même parti RADHI.

Le président Ikililou ne s’est pas contenté d’appuyer ce groupe, il lui a offert la quasi totalité des candidatures du pouvoir aux prochaines législatives. Mamadou et Mougni Baraka se retrouvent marri. L’un et l’autre doivent revoir leurs ambitions. Mamadou doit se contenter d’un candidat dans le Hamahame, Mouigni n’aura sans doute que la candidature de Djaé Ahamada dans le Washili-Dimani.

Il semble que dans le camp du pouvoir, l’entente soit devenu un marché de dupe, dans lequel le président Ikililou a imposé tous ses candidats aux dépens de ses alliés. Dans l’Itsandra, ce sera le « Guinéen » Idarous, à Moroni, ce sera le directeur de l’Aéroport, Omar Mohamed.

A Mwali, il a trouvé un terrain d’entente avec le Gouverneur Mohamed Ali Said.

A Anjouan, il a profité de la rupture entre le Parti Juwa et le Gouverneur Anissi pour se rapprocher de ce dernier.

Ainsi, ce président souvent décrit comme naïf, débonnaire et présenté comme étant sous la coupe de sa femme, se révèle sous les traits du Prince de Machiavel, habile et tacticien deux ans avant la fin de son mandat. Une de ses dernières trouvailles est de chercher à donner une épaisseur au transparent ministre des Affaires Etrangères pour espérer l’imposer comme candidat aux présidentielles de 2016.

Ahmed Ali Bacar

Interview. Hamada Madi Boléro : « Je crois en la démocratie »

 

 

 

Interview. Hamada Madi Boléro : « Je crois en la démocratie »

Hamada Madi Bolero,           Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

 

Le Directeur de cabinet du président de la République des Comores, également chargé de la Défense était de passage en France à l’occasion du 14 juillet et du centenaire de la Première Guerre mondiale. À cette occasion les autorités françaises et comoriennes ont ouvert un chemin de mémoire dans l’Oise pour rappeler que des soldats comoriens sont venus se battre pour la France à cette occasion et que certains y sont enterrés. Nous avons voulu faire un bilan de cette visite avec Hamada Madi Boléro.

Mlimengu – Monsieur Hamada Madi Boléro, vous avez passé plus de dix jours en France, dans votre agenda qui était chargé, y a-t-il un moment qui vous a marqué plus que les autres ?

Hamada Madi Boléro – Oui bien sûr ! C’est lors la cérémonie d’inauguration du chemin de mémoire des soldats venus de l’archipel des Comores et morts pour la France en 1918 pendant la Grande Guerre.
Mlimengu – Alors est-ce que vous êtes encore venu « vendre Mayotte à la France » ? (Rires)

Hamada Madi Boléro – Je n’en sais rien ! Il faudrait peut-être demander cela à ceux qui distribuent les notes de « bons » et « mauvais Comoriens ».
Mlimengu – Comme vous en avez l’habitude maintenant, vous êtes allé à la rencontre du public et notamment des Comoriens de France. Pourquoi ce besoin ?

Hamada Madi Boléro – Vous savez, je crois en l’institution « Démocratie » dans le système politique et par conséquent, j’estime qu’il du devoir du politique, qui plus est a des responsabilités étatiques, d’essayer de répondre aux inquiétudes des citoyens, des contribuables ! J’avoue que peu font cet exercice lorsqu’ils sont au pouvoir et je ne leur en veux pas puisque cela doit être fait par conviction et non pour un autre objectif ! C’est donc pour cela que lorsqu’on me le suggère, je réponds affirmativement, si le temps me le permet !

Mlimengu – Certains se demandent pourquoi c’était vous qui avez fait ce voyage et pas le ministre des Affaires étrangères. Que leur répondez-vous ?

Hamada Madi Boléro – Je leur demande d’abord pourquoi cette question ! C’est à la fête du 14 juillet 2014, la France l’a placée sous la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, vous avez certainement remarqué que la majorité des pays invités, avec 3 militaires pour leur drapeau national, ont envoyé le Ministre des militaires, donc de la Défense. Ensuite, après consultation avec la partie française, les départements de la défense de l’Union des Comores et de la France, avons convenu d’inaugurer le chemin de mémoire des soldats comoriens morts pour la France pendant le premier conflit mondial, quelques jours après justement la fête du 14 juillet. Dans ces conditions, au lieu d’envoyer deux Ministres différents, le Gouvernement a jugé bon d’envoyer celui de la défense. Et enfin, un Gouvernement décide en Conseil des Ministres et tous les membres sont solidaires des décisions.

Mlimengu – Pourquoi était-il important que l’Etat comorien soit présent, par votre intermédiaire, le 14 juillet aux Champs-Elysées et le 19 juillet dans l’Oise ?

Hamada Madi Boléro – Pour le 14 juillet, le Gouvernement français a proposé à ce que tous les pays qui ont combattu avec la France pendant la Guerre 14-18, soient présents aux Champs-Elysées pour marquer la solidarité internationale. J’ajouterai si vous me le permettez que ce symbole est fort pour envoyer un message de paix aux pays où la guerre fait rage ! Je pense bien sûr à l’Est de l’Ukraine, à Gaza, et ailleurs.

Pour le 19 juillet à Ourscamps et Cuts, nous ne pouvions pas ne pas y être puisque la cérémonie était organisée en l’honneur des soldats venus de nos quatre îles, il y a cent ans !

Mlimengu – À l’occasion de la commémoration des tirailleurs comoriens, vous avez reçu la légion d’honneur, est-ce une récompense pour « services rendus » comme on peut l’entendre ici et là ?

Hamada Madi Boléro – C’est encore à moi de répondre à cette question ou au pays qui me l’a décernée ? La France comme l’Union des Comores d’ailleurs, étant un pays indépendant, les autorités de ce pays comme celles du mien, exercent librement les prérogatives que la législation nationale leur a dévolues !

Mlimengu – En quoi cette légion d’honneur revêt-elle une importance pour vous ?

Hamada Madi Boléro – J’avoue que je n’en sais rien ! Toutefois, permettez-moi de profiter de cette opportunité pour remercier le Chef de l’Etat français et tous ceux qui ont pensé que ma très modeste personne pouvais bénéficier d’une si haute distinction de la part d’un pays si important dans les relations internationales.

Mlimengu – Sur l’affaire des personnes arrêtées pour « tentative de coup d’Etat » ou « atteinte à la sûreté de l’Etat », le commissaire de la République a annoncé des révélations, qu’est-ce que les juges comoriens ont appris auprès des juges français ?

Hamada Madi Boléro – Très franchement je ne sais pas plus que vous. Par contre, je savais depuis longtemps que des personnes que la justice comorienne soupçonnait de faire partie de ceux qui étaient considérés comme commanditaire de la tentative de déstabilisation, étaient interpellés et placés en garde-à-vue en France. Certainement la justice comorienne a pris connaissance du dossier parisien et attendons justement qu’elle nous fasse cette communication lorsqu’elle sera en mesure de le faire.

Mlimengu – Dans quelques jours, les Comores vont recevoir le Président de la République française. Pourquoi est-il là ? Un accord sera-t-il signé entre les deux pays ?

Hamada Madi Boléro – Un Accord sur quoi ? Allons, replaçons les choses à leur place. Un Sommet de la Commission de l’Océan Indien (COI) se tiendra aux Comores, à Moroni le 26 juillet prochain. La COI est formée des Etats, Union des Comores, République française, République de Madagascar, République de Maurice et République de Seychelles. Et puisque c’est un Sommet, alors sauf cas justifié, les Etats sont représentés au plus haut niveau et ce sera le cas. Pour cette raison donc, oui les Comores vont recevoir François Hollande, Chef de l’Etat français comme tous les autres chef d’État de la COI.

Les Ministères des Affaires Etrangères de l’Union des Comores et de la France sont en pleine activité et on verra si pour certains départements comme celui des finances, nos administrations pourront proposer quelque chose à la signature de nos deux Présidents. Sinon, je répète, c’est une visite dans le cadre multilatéral et plus précisément de la COI.

Propos recueillis par Mahmoud Ibrahime

Boléro au séminaire de l’institut Prospective et Sécurité en Europe

Boléro au séminaire de l’institut Prospective et Sécurité en Europe

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou, Chargé de la Défense

Hamada Madi Boléro, Directeur de cabinet du Président Ikililou, Chargé de la Défense

Le Directeur de Cabinet du Président Ikililou Dhoinine, chargé de la Défense, Hamada Madi Boléro était jeudi soir invité par l’Institut Prospective et Sécurité en Europe, en séminaire restreint à l’Assemblée Nationale française.

Le Ministre de la Défense des Comores est à Paris depuis quelques jours, à l’occasion de la fête du 14 juillet, à l’invitation de l’État français.

Après une présentation succincte de la carrière du Dircab, les questions ont fusé dans tous les sens, sans véritable ordre. Mais, avec son flegme habituel, Hamada Madi Boléro y a répondu le plus précisément possible, en évitant de compromettre son rôle et sa loyauté envers le président de l’Union des Comores.

La crise ukrainienne

Pour donner une idée sur la crise qui sévit en Ukraine, Hamada Madi Boléro a raconté qu’il a vécu pendant sept ans à Kiev (Ukraine) et qu’il ne sait parler que russe. Il a commencé par émettre des doutes quant à la possibilité pour l’Ukraine d’intégrer l’Union Européenne dans les conditions actuelles.

Sur les similitudes évoquées, notamment par le Ministre russe des Affaires étrangères, entre la question de Mayotte et la Crimée, Boléro a dit clairement que le contexte n’est pas le même. Il a appris à l’Assemblée que les Soviétiques s’étaient abstenus sur la question de l’unité des Comores à l’ONU. Et il a affirmé que les Comores, comme l’ensemble des pays du monde,ont condamné l’intervention de la Russie en Ukraine.

La question de Mayotte

De nombreuses questions sont arrivées à propos de la situation de l’île de Mayotte, elles ont permis à Boléro de préciser sa pensée et sa vision sur cette question. Il s’est d’abord étonné des nombreuses questions sur ce sujet et a rappelé que d’une part la question de Mayotte est simple (dans sa compréhension) et que d’autre part, c’est la France qui a un problème et non l’Etat comorien. Il a rappelé qu’avant même l’indépendance des Comores, la France, en tant que membre permanent de l’ONU, a voté le principe de l’intangibilité des frontières d’un territoire qui prend son indépendance. Pour lui, l’ancienne puissance coloniale doit se conformer au droit international et aux résolutions de l’ONU dont par ailleurs, elle exige l’application sur d’autres théâtres dans le monde.

Pour lui, Mayotte est comorienne et le restera. Pendant ce séminaire, il a souvent fait le parallèle avec la situation qui était celle de l’Allemagne coupée en deux (RFA et RDA) et où les Allemands avaient besoin de visa pour se rendre dans l’une ou l’autre partie, pour constater qu’aujourd’hui l’Allemagne est unifiée.

Il a réaffirmé son optimisme en disant que les lignes bougent et qu’à terme la situation se normalisera en faveur de l’unité des Comores.

Il a toutefois rappelé à ses détracteurs, qui a chaque fois qu’il vient en France disent qu’il vient vendre Mayotte à la France, qu’il aime autant qu’eux son pays et qu’il est un patriote. Seulement, il se dit plus réaliste et souhaite par conséquent pouvoir négocier avec celui qui le contraint de demander un visa pour aller voir sa grand-mère à Mayotte. C’est pour lui le seul moyen de faire cesser cette injustice un jour. Il a même ajouté qu’il aurait souhaité qu’on donne le pouvoir ne serait-ce qu’une journée à ses adversaires qui crient partout qu’il n’y a pas de négociations à mener avec la France ou avec les Maorais, pour voir s’ils ne seraient pas obligés de négocier. Pour lui, ces négociations ne peuvent se faire que dans le respect des Maorais, qu’on doit aussi écouter.

La question économique

Certains intervenants l’ont interrogé sur les améliorations économiques et sur les perspectives aux Comores, surtout quand on parle de découverte de pétrole et de gaz dans les eaux comoriennes. Le Dircab a souligné la nécessité de consolider les acquis et persévérer dans les réformes.

Sur la question du pétrole, il a affirmé que les Comores discutent dans un premier temps avec leurs voisins sur ces perspectives. Puis, l’État essaie de conscientiser les Comoriens pour éviter que certains n’en viennent à croire que les découvertes éventuelles sont la propriété de telle ou telle île.

Hamada Madi Boléro

Hamada Madi Boléro

Durant deux heures de temps, le Directeur de cabinet du président comorien a passé en revue plusieurs sujets, aussi bien ceux qui concernent son ministère (la mise en place d’une garde maritime avec l’aide d’Oman) que ceux qui ne sont pas dans le champ de ses compétences (francophonie, coopération judiciaire…). Il a même eu à répondre sur son avenir politique (candidature en 2016, soutien éventuel…), tout cela au gré des questions et de l’intérêt du public.

La diversité des questions était un piège, mais Hamada Madi Boléro est rompu à cet exercice depuis longtemps, aussi bien dans les rues de Moroni que sur les plateaux de télévision. Et l’on doit, honnêtement, dire que dans ce séminaire à l’Assemblée Nationale, il s’en est très bien tiré, donnant satisfaction aux journalistes et chercheurs tout en gardant une certaine réserve sur des questions délicates.

Hamada Madi Boléro est aussi invité par la Fondation Jaurès (une organisation proche du Parti Socialiste français), jeudi prochain, pour parler de son pays.

Mais auparavant, il participera à la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale lors des fêtes du 14 juillet, en compagnie de trois militaires et quatre jeunes comoriens (un par île) à l’invitation du gouvernement français.

Il devrait enfin participer à la cérémonie qui mettra à l’honneur les anciens combattants comoriens de la Première Guerre mondiale le 19 juillet.

Compte rendu de Mahmoud Ibrahime

 

L’affaire Boléro ou l’histoire comorienne dévoyée

L’affaire Boléro ou l’Histoire comorienne dévoyée

Hamada Madi Bolero,           Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Les propos tenus par Hamada Madi Boléro considérés comme vérité historique ont réussi à faire du tapage médiatique dans l’opinion publique comorienne alors qu’ils sont loin d’être une vérité historique. Ils constituent une instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques.

Pour Boléro, Ali Soilihi est le premier putschiste comorien et il est originaire de la Grande-Comores; et Saïd Mohamed Cheikh est le grand cerveau du transfert de la capitale de l’archipel de Dzaoudzi (Mayotte) vers Moroni, et c’est encore un originaire de Ngazidja. Ces deux éléments d’information sont une vérité historique pour le journaliste intervieweur, ainsi que le Comorien lambda.

Pour le lecteur ou l’auditeur de cette interview, une seule question lui taraude la tête qu’est-ce qu’une vérité historique ? Qu’est-ce qui différencie l’historien, le juge et le journaliste dans l’investigation des faits ? La question du régime de vérité de l’histoire déborde cependant très largement celle de l’impartialité du chercheur et du désintéressement de la recherche. C’est aussi une question de méthode : La vérité en histoire, c’est ce qui est prouvé. Or Boléro n’apporte pas des preuves à l’appui de ces allégations, il fait des déclarations auprès d’un journaliste, il n’est pas un historien spécialiste de l’ histoire politique comorienne. C’est un homme politique comorien comme tant d’autres qui fait son show pour exister politiquement et répondre aux détracteurs qui veulent rabaisser les Mohéliens.

L’investigation, au sens où l’on parle d’investigation d’un juge d’instruction ou d’un journaliste, est la méthode utilisée pour établir des faits, les enchainements, les causes et les responsabilités. Dans sa recherche de la vérité, le juge procède comme l’historien ; il relève toute une gamme de faits, le mobile, les indices et les preuves formelles. La différence entre le juge et l’historien ne réside pas dans l’investigation, mais dans la sentence. Le juge doit trancher, au terme de l’enquête et le doute bénéficie à l’ accusé. L’ historien est plus libre ; il peut suspendre le jugement, et dresser la balance des présomptions et des doutes, car la connaissance échappe aux contraintes de l’action. En   revanche, il y a eu des moments où le journaliste pris dans le vif de l’actualité écrit ou dit des choses avec exactitude et parfois, il diffuse des informations de manière partielle sans vérifier minutieusement ses sources. Pour l’homme politique, l’objectif est de séduire un électorat ou appâter un auditoire, il n’hésite pas à user de la démagogie.

Comme disait Thucydide il faut séparer nettement le merveilleux mythique de la réalité historique, vérifier avec soin ses sources (écrites ou orales) pour démêler le vrai du faux, et de ne pas s’embarrasser d’anecdotes. A force de répéter aux quatre coins des journaux qu’il n’y a pas de vérité en histoire mais seulement des interprétations subjectives et relatives, le public va finir par le croire.

 Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY