indépendance

Fatouma Mze Cheikh. « La femme comorienne évolue à petits » pas

Fatouma Mze Cheikh

Fatouma Mze Cheikh

 

Les Comores ont célébré leur quarantième anniversaire d’indépendance le 6 juillet 2015. La communauté comorienne partout où elle se trouve a célébré cette journée commémorative. En vue de parler de la femme comorienne (celle qui vit aux Comores et celle qui réside en France) après l’indépendance, Mlimengu est allé à la rencontre de Fatouma Mze Cheikh. Ancienne agent du service statistique et responsable des recensements familles et ménages au Plan aux Comores, cette mère de famille vit actuellement en France, en région parisienne. Présidente de la communauté comorienne du Val d’Oise (95), Fatouma Mze Cheikh est assistante de direction. Elle répond aux questions de Mlimengu.

 

Mlimengu : quarante ans après l’indépendance des Comores, que peut-on dire de la femme comorienne ?

Fatouma Mze Cheikh : les femmes qui sont aux Comores se sont battus et se battent toujours. Il y a des gens qui étaient dévoués à la religion. Or que ça n’a rien à voir avec la religion. Il y a des femmes qui se sont organisées à partir du mouvement « Femmes et Réseau ». Et après il y a quand même la continuité. Car on voit une structure comme femmes entreprenariat au féminin, il y a des femmes qui font des galeries etc. ce qui est bien aux Comores, la femme comorienne vivant dans notre archipel a compris l’enjeu. Les femmes se sont organisées en une sorte de réseau où elles accompagnent les autres femmes qui veulent créer, d’où le nom entreprenariat au féminin. Je pense aussi que la femme comorienne vivant à l’extérieur a quand même évolué. Depuis les années 80, elle a progressé dans la mesure où il y a eu les créations d’associations. A partir de là, la femme migrante a pu saisir cette opportunité. Et la femme comorienne est dedans. Parce que nous femmes comoriennes, nous migrons. Je pense que la femme comorienne (celle qui est aux Comores et celle qui vit en France) évolue à petits pas

Mlimengu : vous êtes militante associative en France, quelles difficultés la femme comorienne rencontre-t-elle dans ce pays ?

F.M.C : le comorien a pas mal des sujets et problématiques qu’on n’aborde pas. Par exemple, nous sommes la seule communauté qui ne parle pas d’intégration, ni de génération. Et pourtant la génération existe : il y a eu les générations des années 60,70 et des années 80. Donc il y a deux générations : celle des anciens (année 60) et celles des jeunes (pour nos enfants). J’appelle ça « nouvelle génération » et on n’en parle pas. Nous comoriennes avons du mal à nous intégrer. Car, pour pouvoir s’intégrer il faut d’abord être intégrées dans notre pays d’origine. Or, ce n’est pas le cas dans la mesure où aux Comores, il y a peu de femmes qui occupent des postes politiques importantes on peut les compter : il y a première femme ministre, et puis maintenant une femme député et une autre femme maire sur combien d’hommes qui sont au pouvoir. Donc à la base nous ne sommes pas intégrées dans notre pays. Après nous venons ici, nous avons du mal à nous intégrer. Car les gens qui s’intègrent facilement ce sont les communautés qui ont été intégrées à partir de chez eux. Même si nous savions ce que nous voulons faire, où nous voulons aller, mais nous avons quand même du mal. Et pourtant nous avons une double culture : une richesse de notre pays d’origine et la richesse du pays d’accueil. Mais nous n’arrivons pas à les exploiter.

Mlimengu : certains disent que la femme comorienne est avantagée et a eu de la chance par rapport à une autre femme d’une autre communauté, vu que la société comorienne est matriarcale, partagez vous cette opinion ?

F.M.C : elle a eu de la chance, je ne pense pas. Nous n’avons rien demandé. Dans la société comorienne, la femme est protégée. Pour le mariage, c’est le père et l’oncle qui sont les responsables de la famille. C’est l’homme qui construit. La fille avant n’allait pas à l’école. Maintenant avec l’évolution, elle y va. Le fait que la société est matriarcale fait que la femme a tout. C’est une protection. Dans d’autres communautés, c’est la femme qui va chez le mari. Et nous c’est le contraire, il vient chez nous et encore heureux. L’or, l’argent tout ça c’est la dot. Et nous la faisons à notre manière. Même dans la religion il y a la dot. Nous sommes partagées entre la religion et la colonisation. Nous sommes assises sur deux chaises.

Mlimengu : pour quarante ans d’indépendance, quel bilan peut-on dresser par rapport à la femme comorienne ?

F.M.C : le bilan est mitigé. Car, la femme comorienne a vraiment joué un rôle juste après l’indépendance en 75-78. Elle a joué un rôle capital. Et avec quelques années en arrière, c’est une régression. Mais ça n’empêche que la femme se bat toujours, aussi bien celle qui est aux Comores que celle qui vit en France. Cette dernière se bat doublement. Car nous ne sommes pas chez nous. Nous sommes obligées de lutter. Et le seul moyen de le faire est de militer. C’est un dispositif qui permet de s’exprimer.

Mlimengu : selon vous quels sont les progrès à faire dans l’avenir pour la femme comorienne ?

F.M.C : les Comores est un cas vraiment spécifique. Dans notre pays, on dit que pour que la femme évolue, il faut qu’elle soit dans un parti politique. Or, elle peut évoluer sans être dans un parti politique. On peut évoluer via la société civile. Chose qu’on n’en parle même dans notre pays. Il faut que la femme intègre la thématique de la société civile. Dans la mesure où la femme comorienne n’arrive pas à affecter dans la politique pourquoi nous ne tirons pas vers le haut en passant par la société civile ?

Propos recueillis par Natidja HAMIDOU

Le Président de la République, Dr Ikililou Dhoinine a appelé au respect de l’unité nationale et de la tournante

ikililouLa célébration des 40 ans de l’indépendance a été l’occasion pour le Président de l’Union des Comores, Dr Ikililou Dhoinine de faire une rétrospective générale en mettant l’accent sur l’unité nationale, pour lui source de paix et de stabilité.

Ce n’est un secret pour personne que malgré les Accords de Fomboni, la Constitution de l’Union qui a mis en place la tournante et l’« opération Démocratie » à Anjouan en 2008, le pays vit au quotidien avec l’esprit séparatiste de certains politiques.

Il y a une semaine, le Porte-parole du Gouvernement également chargé des élections, Houmed Msaidié avait réuni les partis politiques du pays pour leur affirmer que les élections présidentielles se dérouleront en 2016 comme elles se sont déroulées en 2002, 2006 et 2010 en suivant les principes de la tournante telle qu’elle est conçue et énoncée dans la Constitution.

Sachant qu’un clan politique a déclaré qu’il imposera coûte que coûte la candidature de l’ex-Président de l’Union des Comores, Ahmed Sambi, le Ministre de l’Intérieur a affirmé sans ambages : « Le Gouvernement prendra toutes les dispositions nécessaires pour garantir la paix et la stabilité du pays ».

Sortis de cette rencontre le parti Juwa et ses alliés sont montés au créneau en qualifiant les propos du Ministre de l’Intérieur d’engagement personnel, allant jusqu’à lui demander de démissionner.

Il est une obligation pour l’Etat que dans de telles circonstances où se profile une « guerre civile » d’user de tous les moyens afin de garantir et préserver la paix du peuple comorien. C’est ce que martèle sans cesse le Ministre de l’Intérieur au nom du Gouvernement, n’en déplaise aux partisans de l’ancien président.

Dans son discours du 6 juillet 2015, le Chef de l’Etat a confirmé que les paroles du Ministre de l’Intérieur reflètent les décisions du Gouvernement :

« Je voudrais très solennellement rappeler à tous ceux qui semblent l’avoir oublié, que la situation actuelle est le fruit d’un consensus national et que si nos institutions ont fait la preuve de leur viabilité, elles restent encore très fragiles.

La crise séparatiste qui a éclos, en août 1997, dans l’île d’Anjouan, le débarquement contre la rébellion 10 ans plus tard et les réflexes insulaires sont toujours présents dans nos paroles et nos actes. C’est pourquoi, nous devons cultiver le respect de l’unité nationale qui ne consiste pas en de paroles démagogiques, lancées ici et là, à des fins électorales mais qui est un devoir se traduisant par des actes et des comportements responsables qui s’imposent à tout citoyen, quel que soit son rang, passé, présent ou à venir, quel que soit son île ou son lieu géographique d’origine, quel que soit sa catégorie sociale ou sa fonction.

Ainsi, l’attitude ambiguë de certains hommes politiques, consistant à clamer et à afficher par opportunisme, une volonté pour l’unité du pays, tout en adoptant des démarches politiques qui sont autant d’actes de division et d’érosion de l’unité nationale doivent cesser.

L’unité de notre pays est sacrée et j’ai la responsabilité constitutionnelle pendant les mois qui me restent à la tête de l’État, de tout faire pour qu’elle soit préservée.

Je ne faillirai pas à ce devoir. »

Ainsi, le Président de la République confirme la position du Ministre de l’Intérieur sur la tournante et sur les mesures préventives à prendre pour faire face aux troubles que certains annoncent si Ahmed Sambi n’est pas admis comme candidat aux prochaines présidentielles.

Moroni, le 7 juillet 2015

Yasmina Mohamed Chaihane

Service de presse du Ministère de l’Intérieur

40 ans d’indépendance sur fond de crise politique et économique

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d'indépendance le 6 juillet 1975

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d’indépendance le 6 juillet 1975

En 1945, le réveil nationaliste des peuples colonisés d’Asie et d’Afrique sonne le glas des empires coloniaux. Par vagues, pendant une vingtaine d’années, dans la paix ou au terme de conflits, naissent de nouveaux Etats en Afrique et en Asie.

Protectorat proclamé en 1886, colonie française rattachée à Madagascar de 1912 à 1946, puis territoire d’outre-mer en 1946, les Comores n’accèdent à l’indépendance qu’en 1975,  mais en étant amputées de l’île de Mayotte.

Said Mohamed Cheik, acteur principal de l’autonomie interne, voyait l’importance de l’indépendance. Il a voulu passer par une phase préparatoire avant d’engager la population comorienne dans une aventure incertaine. La déclaration unilatérale d’indépendance du 6 juillet 1975 par Ahmed Abdallah allait modifier les rapports de force sur l’échiquier franco-comorien.

Le référendum de décembre 1974, auquel 65% des Maorais ont répondu « Non » à la proposition d’indépendance, ne fut pas suffisant pour briser l’unité de l’Archipel. Au sein de la classe politique de l’époque, il y a eu une rivalité entre deux hommes de pouvoir : Ahmed Abdallah et Ali Soilihi. Cette rivalité allait renforcer la fracture avec la France, et par contrecoup, renforcer la crédibilité de Marcel Henry auprès du gouvernement français.

En quarante d’indépendance les Comores ont connu plus de dix sept tentatives de coups d’Etat dont trois ont abouti et ont marqué la vie politique comorienne. Cette instabilité politique illustre le manque de consensus au sein de la classe politique comorienne de ce qu’ils ont comme vision pour le pays. Cette division chronique des politiques comoriens sur la manière de diriger l’archipel alimente de fond en comble le poison du séparatisme. Il faut rappeler que sous la présidence de Taki a eu le coup d’Etat sécessionniste dans l’île d’Anjouan le 3 août 1997, il s’agit comble du paradoxe, de l’île dont est originaire le père de l’indépendance Ahmed Abdallah, premier président de la République comorienne. Pour mettre un terme au séparatisme anjouanais, les accords de Fomboni de 2001 ont institué une présidence tournante. L’esprit de ces accords ne va pas dans le sens d’une nation et un peuple indivisible car pour qu’on soit élu président de l’Union des Comores, il faut qu’on soit originaire de l’île à laquelle revient la tournante. C’est un paradoxe car on se définit Comorien que par rapport à son île et non à une nation. Les politiques comoriens pour assouvir leurs appétits du pouvoir ont installé une présidence tournante qui ressemble au gâteau chinois et ils se servent à tour de rôle ; pour eux c’est la paix retrouvée depuis 2001, mais pour le comorien lambda, rien n’a changé de son quotidien : le manque des soins dans les hôpitaux, les retards de paie pour les agents de l’Etat, et la montée inquiétante du chômage des jeunes ne cessent de se dégrader. Sur le plan économique la situation n’est pas rose, les Comores ont des PNB les plus faibles du monde ; la banque mondiale avance le chiffre de 475 dollars par habitant en 1996 ; une économie micro-insulaire à dominante agricole et vivrière, un secteur touristique qui commence à peine à se développer, une quasi-absence de ressources naturelles accentuent la dépendance des Comores aux aides de la France et des subventions de l’Union européenne, de l’ONU et de la Ligue arabe. Du coup le déficit budgétaire étant en perpétuel accroissement, à l’heure actuelle les caisses de l’Etat sont vides car la corruption est à tous les étages de l’administration et la spirale endémique du non paiement des fonctionnaires va de mal en pis ; et la crise de l’énergie plombe l’activité économique et rend le pays de moins en moins attractif. Les Comoriens souffrent en permanence des délestages à répétition et on ne veut pas privatiser la société de l’énergie car c’est une vache à lait pour tous les dirigeants successifs.

Etre libre oui ! Mais vivre durant quarante ans dans la misère et le désespoir, le Comorien lambda ne l’a jamais souhaité.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Professeur certifié d’histoire-géo à Mayotte

Les Comoriens fêtent 40 ans d’indépendance

Tribune Libre

Par Mahmoud Ibrahime, historien

Le drapeau comorien

Le drapeau comorien

40 ans. Les Comoriens fêtent leurs 40 d’indépendance depuis ce week-end. J’ai écouté et lu jusqu’à la nausée tous les mots de mes compatriotes, histoire d’en tirer une vision globale de cet événement aujourd’hui. Certes les avis divergent. Il y a ceux qui parlent avec un grain de nostalgie du temps de la colonisation. Ceux qui disent : les vieux nous avaient prévenu de ne pas encore prendre cette indépendance. Ceux qui sont prêts à se mettre des chaines aux mains et aux pieds et à appeler l’ancien colonisateur venir développer le pays. Ceux qui disent « tsihaba » (« ce n’est pas rien »). Ceux qui disent que le pays n’a pas encore atteint la maturité nécessaire…

Il y a un dénominateur commun à tout ce que j’ai lu : aucun ou presque ne se sent responsable de la situation actuelle du pays. Qu’on ait 20, 30, 40 ou même 50 ans, aucun Comorien (ou presque) ne se sent responsable de la situation actuelle de son pays. Chacun renvoie la responsabilité à une vague entité, difficilement repérable en réalité : ces salopards d’hommes politiques ! Des extra-terrestres venus d’on ne sait quelle planète aider l’ancienne puissance coloniale à empêcher le développement des Comores par les Comoriens !

Si les hommes politiques seuls développent les pays, ça se saurait !

Cette mauvaise foi va jusqu’à affirmer que l’indépendance est inachevée pour justifier l’immobilisme, le fait que plusieurs générations de Comoriens refusent de prendre en mains leur destin.
Même à 40 ans révolus, certains ne se sentent pas comptables de ce qui arrive au pays. Pourtant parmi eux, il y a des fonctionnaires de l’Etat comorien qui, tous les jours, estiment normal d’aller au bureau juste pour voir les amis et discuter, des professeurs conscients de leurs lacunes mais qui ne cherchent pas à s’améliorer et qui peuvent passer une année scolaire sans lire un seul livre, il y a des chefs d’entreprises qui depuis l’autonomie interne ont profité des différents régimes des « Wana hatru » pour ne jamais payer la douane et autres taxes qui pourraient permettre d’aider à la construction du pays, des étudiants ou anciens étudiants sur lesquels l’Etat comorien a investi depuis la primaire jusqu’au bac et qui sont partis à l’étranger faire des études et qui ne sont jamais revenus rembourser ce qu’ils doivent à la nation. Et même des « Je viens » qui de passage au pays estiment qu’on leur doit tout et inventent mille subterfuges pour ne pas respecter les lois du pays. Je n’oublie pas que parmi eux, il y a aussi ceux qui ne font jamais rien pour le pays, mais qui passent leur temps à critiquer et à dévaloriser ceux qui voudraient faire quelque chose.
Alors mon souhait pour les 40 prochaines années serait que chaque Comorien se sente responsable du destin du pays car il n’y a nulle part des gens qui se cachent (ou un messie) et qui viendraient développer le pays à la place de ses enfants. Que chacun de nous se dise qu’il est peut-être responsable de ce qui est arrivé et qui arrivera dans l’avenir.
Je terminerai par une lueur d’espoir, par cette phrase que j’ai piquée sur le mur facebook d’un jeune comorien parmi les plus actifs du pays, un jeune qui n’a même pas 30 ans (je crois), Toimimou Ibrahim​ : « Rien ne vaut la conquête du destin de nos îles, car tout ce qui en découle est le fruit de nos efforts COLLECTIFS et INDIVIDUELS pour faire honneur ou pas à la nation. »

Viva Komoro !

La consultation du 22 décembre 1974

La consultation du 22 décembre 1974

Mahmoud Ibrahime

Mahmoud Ibrahime

Le 22 décembre 1974, les Comoriens sont appelés aux urnes. Ils doivent dire s’ils veulent que leur pays devienne indépendant ou pas. Ils ont répondu à près de 95% « oui » à l’indépendance. Mais la suite donnée par la puissance colonisatrice, la France, ne fut pas celle qu’ils attendaient.

La consultation du 22 décembre 1974 est la conséquence de deux autres événements importants dans l’histoire récente des Comores : la visite du Premier Ministre français, Pierre Messmer, aux Comores du 29 janvier au 1er février 1972 et les « Accords du 15 juin 1973 ».

Lors de la visite de Messmer, le Président du Conseil de Gouvernement, le Prince Said Ibrahim, avait réussi a maintenir un consensus qui avait cours pendant toute l’autonomie interne : l’idée qu’aucun homme politique (et aucun parti officiel) ne pouvait prononcer le mot « indépendance ». Mais la rue, notamment les militants du Parti Socialiste des Comores (PASOCO) n’ont pas suivi la consigne et ont accueilli le Premier Ministre français aux cris de « Mkolo Nalawe » (« Dégage le colon ! »). Vexé, le Premier Ministre français a formulé dans ses discours à Moroni et à Dzaoudzi une menace claire : si les Comoriens réclament l’indépendance, la France organisera un référendum dans lequel chaque île se prononcera sur l’indépendance. Cela signifiait que le gouvernement français n’hésiterait pas à casser l’unité de la nation comorienne. Ce passage du Premier Ministre français et ses menaces ont eu plusieurs conséquences. À la suite de cette visite, pour la première fois, un parti officiel et représenté à la Chambre des Députés, le Rassemblement Démocratique du Peuple Comorien (RDPC) de Mouzaoir Abdallah réclame l’indépendance des Comores dans une déclaration le 2 mars, il est suivi le 19 mars par le Parti Social-Démocrate des Comores.

Malheureusement, le Président du Conseil de gouvernement, Saïd Ibrahim est resté attaché à l’idée qu’il ne fallait pas prendre l’indépendance avant d’avoir obtenu certains avantages économiques. Cela provoque la rupture des jeunes du RDPC qui lui étaient jusque-là attachés. Ils s’allient avec le Parti Vert et Ahmed Abdallah pour le renverser en juin 1972. Après l’interim du Prince Said Mohamed Jaffar, Ahmed Abdallah est désigné par la Chambre des Députés comme Président du Conseil de Gouvernement en décembre 1972 avec comme mission de négocier l’indépendance dans « l’amitié et la coopération avec la France »

Dès juin 1973, Ahmed Abdallah signe avec le gouvernement français les « Accords du 15 juin 1973 ». Le point 1 de ces accords prévoit une consultation des Comoriens en vue de son indépendance.

Après les élections présidentielles françaises pendant lesquelles Ahmed Abdallah a apporté quasiment tous les suffrages des Comoriens à V. Giscard d’Estaing contre F. Mitterrand, Giscard décide de tenir sa promesse envers Abdallah et donc prépare une loi sur la consultation des Comoriens. Cette loi est déposée à l’Assemblée nationale en octobre 1974. Elle est discutée au Parlement français pendant près de deux mois et devient la loi du 23 novembre 1974 qui prévoit « la consultation des populations comoriennes ».

Au vue de la situation actuelle, les Comoriens ont tendance à ne retenir dans cette loi que le mot « populations » mis au pluriel. On y voit déjà l’annonce de la partition maoraise. Mais, ce mot n’a eu aucune conséquence sur le vote ou sur les décisions prises par la suite.

Personne n’évoque par exemple le fait qu’un député de droite a introduit un amendement pour que les résultats soient pris en compte île par île et que cet amendement a été rejeté. Il est donc indiqué dès le départ que le résultat de la consultation sera pris en compte d’une manière globale, même si les sénateurs ont pu obtenir un classement « île par île ». C’est d’ailleurs ce qu’a fait le gouvernement français au lendemain du vote en donnant un résultat global d’environ 95% de « Oui ».

Mais, là dessus aussi, nous avons tendance à oublier qu’il y a une grande différence entre une consultation et un référendum. Ce sont deux notions qui renvoient à des conséquences juridiques complètement différentes. Lorsqu’on fait un référendum, le résultat devient automatiquement une décision juridique. Par exemple lorsqu’on fait un référendum sur une constitution, si le peuple répond « oui », la constitution est automatiquement adoptée comme nouvelle constitution du pays. Mais lorsqu’on consulte un peuple, cela veut dire qu’on lui demande son avis, mais après le vote, on peut faire ce qu’on veut. C’est ce qui s’est passé après la consultation du 22 décembre 1974. La France a demandé aux Comoriens s’ils voulaient leur indépendance. Elle a noté qu’à 95% les Comoriens voulaient cette indépendance, mais elle a choisi de faire autrement.

Cet « autrement » est explicité dans la loi du 3 juillet 1975 dans laquelle la France demande l’élaboration d’une constitution qui devait être adoptée île par île, laissant entendre que l’île qui n’adopterait pas cette constitution ne deviendrait pas indépendante. La menace de Pierre Messmer allait devenir une réalité. C’est cette nouvelle mesure qu’Ahmed Abdallah a ressenti comme une trahison et une humiliation et qui le pousse à faire une déclaration unilatérale d’indépendance trois jours plus tard.

Cette différenciation entre « référendum » et « consultation » est importante dans la lutte pour l’unité et l’intégrité des Comores car on voit de plus en plus les milieux « pro Mayotte française » proclamer que les Comoriens ont eu le choix et les Maorais ont choisi par « référendum » en 1974 de rester Français. C’est une manière de nier la responsabilité de l’Etat colonial sur la situation actuelle. Or le format de la consultation fait que les Maorais n’ont en réalité rien choisi. C’est l’Etat français qui a décidé pour eux, d’abord par la loi du 3 juillet et ensuite et surtout dès le 9 juillet 1975, en déclarant à la fin du Conseil des Ministre que la France acceptait la déclaration d’indépendance de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mohéli mais que Mayotte restait française. Pour moi, c’est à ce moment précis que la partition de Mayotte est devenue une réalité. Les événements qui ont suivi ont été des tentatives pour retrouver cette unité perdue le 9 juillet.

Mahmoud Ibrahime

Présentation faite lors du diner-gala du collectif Uhuru Komori

Le 20 décembre 2014

Le 3 août 1975 : un coup d’Etat pour l’unité et la démocratie

 

Le 3 août 1975 : un coup d’État pour l’unité et la démocratie

 

Ali Soilihi Mtsachiwa, révolutionnaire comorien

Ali Soilihi Mtsachiwa (1937-1978), révolutionnaire comorien, chef d’État de 1976 à 1978.

Le 3 août 1975, moins d’un mois après la déclaration unilatérale d’indépendance des Comores, les leaders de l’opposition comorienne, regroupés au sein du Front National Uni (FNU) s’emparent du pouvoir par les armes et mettent fin à la présidence d’Ahmed Abdallah qui était alors à Anjouan.

Si l’on en croit les principaux acteurs, Ali Soilihi, à la tête d’une dizaine ou d’une vingtaine de militants a pris le contrôle de la caserne de la Garde des Comores à Moroni avec l’accord de son commandant. Le coup d’État aurait été accompli avec « deux voitures R4, quatre fusils de chasse et cinq pistolets » selon Ali Soilihi. La prise de pouvoir se poursuit les jours suivants par le ralliement de l’île de Mohéli le 7 août. Mais des négociations directes à Mayotte n’aboutissent pas au retour de l’île dans le giron comorien. À la Grande-Comore, c’est Ali Soilihi lui-même qui se rend dans le Hamahame avec 12 hommes pour mettre fin à la rébellion takiste, le 2 septembre. Bob Denard arrive dans le pays en septembre et il est chargé, le 21 septembre, d’aller à Anjouan pour capturer Ahmed Abdallah. Après cela, l’île d’Anjouan se rallie au nouveau régime.

Le coup d’État du 3 août 1975 est la conséquence directe de la manière dont l’indépendance des Comores a été préparée depuis 1972 et du mode opératoire qui a finalement prévalu : la déclaration unilatérale.

Il faut d’abord noter que jusqu’à aujourd’hui, aucune étude sérieuse n’a été menée par les historiens sur ce putsch et qu’on se contente souvent soit des explications des acteurs (particulièrement Ali Soilihi) ou des opposants (essentiellement l’ASEC et les chefs du parti Udzima qui avaient besoin de justifier le coup d’État qu’ils ont eux-mêmes commis en 1978).

« Le 3 août » est souvent perçu comme le coup d’État d’Ali Soilihi car c’est lui qui a incarné par la suite la révolution comorienne, par ses actions sur le terrain et ses discours à la radio. Mais, il s’agit d’un raccourci qui n’est pas conforme à la vérité historique. Ce coup d’État a été mené par l’ensemble de l’opposition au pouvoir d’Ahmed Abdallah. En grande majorité, ce sont de jeunes des grandes villes, souvent issus de la notabilité qui est alors au pouvoir depuis le début de l’autonomie interne et mieux formés que leurs prédécesseurs. Ils se sont opposés aux « Accords du 15 juin 1973 », conclus entre l’exécutif français (représenté par B. Stasi, secrétaire d’État aux DOM-TOM) et Ahmed Abdallah (président du Conseil de Gouvernement). Ces accords prévoyaient qu’après l’indépendance tous les pouvoirs seraient entre les mains d’Ahmed Abdallah et du parti vert. Or, l’opposition avait subi les excès de pouvoir des dirigeants du « parti vert » depuis le début de l’autonomie interne (1961) et savait que dans le cadre d’un État indépendant, ces excès qui étaient encore contrôlés par l’État colonial pouvaient se transformer en dictature. A ce propos, elle avait vu juste puisqu’après la restauration, le « parti vert » a mis en place une dictature soutenue par les mercenaires de Bob Denard, payés par le régime de l’Apartheid, de 1978 à 1989.

L’autre danger, soulevé depuis 1958 avec la décision de procéder au transfert du chef lieu de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande-Comore) était la possible sécession de l’île de Mayotte, dont les habitants avaient subi des vexations pendant toute l’autonomie interne et dont les dirigeants politiques avaient clairement exprimé, pour le moins, leur méfiance envers Ahmed Abdallah. Le Mouvement populaire Mahorais (MPM) avait d’ailleurs rejoint l’opposition pour trouver une « solution comorienne » et éviter la dictature et la sécession.

C’est donc toute l’opposition à Ahmed Abdallah, regroupée au sein du Front National Uni (FNU) qui prépare et  accomplit le putsch du 3 août 1975. Il est probable qu’Ali Soilihi n’a pas eu le rôle le plus important pendant ce putsch, au cours duquel des personnalités comme Abbas Djoussouf, Saïd Bakar Tourqui ou Naçr-Eddine Saïd Ibrahim… se sont illustrées. Malgré ce qu’on peut lire ici et là, souvent repris des slogans de l’ASEC, ce putsch n’a pas pour objectif de donner le pouvoir à Ali Soilihi. Au lendemain du coup d’État, le pouvoir est donné provisoirement au prince Saïd Mohamed Djaffar et de Paris, le prince Saïd Ibrahim se déclare solidaire des putschistes et prêt à assumer le pouvoir.

Prince Saïd Ibrahim (1911-1975), président du Conseil de Gouvernement de 1972 à 1975.

Prince Saïd Ibrahim (1911-1975), président du Conseil de Gouvernement de 1972 à 1975.

Saïd Ibrahim est en fait attendu par la grande majorité de l’opposition pour incarner le nouveau pouvoir. Depuis qu’il a été évincé par une motion de censure menée par Ahmed Abdallah et le parti vert, il cherche les moyens de revenir aux affaires et il travaille ses réseaux en France (c’est un gaulliste véritable et il a été député des Comores à l’Assemblée nationale française). C’est sans doute lui qui met en relation Ali Soilihi, Saïd Bakar Tourqui et Marcel Henry avec certains réseaux français qui vont appuyer ce coup d’État. Il symbolise alors l’unité du pays. Il est soutenu par un parti (UMMA), il peut compter sur le soutien de toute la nébuleuse autour d’Ali Soilihi et son parti (MRANDA) car le révolutionnaire comorien a un profond respect pour cet homme. Mais l’avantage du Prince sur Ahmed Abdallah, c’est qu’il a toujours eu des relations très cordiales avec les Maorais et leurs dirigeants. Après la mort de Saïd Mohamed Cheikh (1970), il a su leur parler et leur faire oublier, pour un moment, les vexations subies. Le MPM, intégré dans l’opposition à Ahmed Abdallah se dit prêt à travailler pour un État comorien dans l’indépendance si Saïd Ibrahim est au pouvoir.

Or, n’en déplaise à ceux qui disent que le coup d’État du 3 août 1975 a provoqué le départ de Mayotte, dès le 9 juillet 1975, trois jours après l’indépendance, Mayotte ne fait plus partie de l’Etat comorien. Le gouvernement français a accepté l’indépendance des Comores formé de trois îles, mais a affirmé que Mayotte restait française. Du coup, le MPM refuse de participer à l’élaboration d’une nouvelle constitution et confirme que Mayotte demeure française. La rupture est faite entre Mayotte et « l’Etat Abdallah » dès ce 9 juillet.

Donc, que l’on croit ou non à la sincérité des putschistes, les objectifs du coup d’État sont clairement affichés : empêcher Ahmed Abdallah de s’emparer de tous les pouvoirs et rétablir l’unité de l’État comorien, en permettant aux Maorais de retrouver leur place dans un État fédéral avec une autonomie large accordée aux îles.

Malheureusement, Saïd Ibrahim décéda sur le chemin du retour en décembre 1975 et le MPM avait ressérré les liens entre Mayotte et la France, contrairement aux engagements pris avant le putsch. Sans parler du fait que les jeunes notables et bourgeois qui avaient fait le coup d’État pensaient pouvoir user des honneurs et des prérogatives de l’État exactement comme ceux qu’ils venaient de renverser. Or, à la sortie de la colonisation, les changements étaient nécessaires, ne serait-ce que du point de vue économique. Ali Soilihi et quelques leaders l’avaient compris, ce sont ceux-là qui allaient transformer « le 3 août » en un geste révolutionnaire, en prenant le pouvoir en janvier 1976, cette fois par une élection régulière.

Mahmoud Ibrahime

L’indépendance des Comores

L’indépendance des Comores

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d'indépendance le 6 juillet 1975

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d’indépendance le 6 juillet 1975

Le 6 juillet 1975, par une déclaration unilatérale, le Président de la Chambre des Députés, Ahmed Dahalani, puis le président du Conseil de Gouvernement, Ahmed Abdallah proclament l’indépendance des Comores, après un vote solennel des députés.

Cette indépendance arrivait 15 ans après la majorité des pays africains qui ont pris l’indépendance en 1960. Aux Comores, elle est négociée depuis 1972, et la notabilité politique de l’époque, autour d’Ahmed Abdallah et du parti UDZIMA avait obtenu du président Giscard d’Estaing de conserver tous les pouvoirs après l’indépendance, malgré les protestations de l’opposition autour du discret Saïd Ibrahim et du FNU qui réclamaient des élections générales.

Pourtant, après une tentative de reculade de l’État colonial, la notabilité au pouvoir se sent trahie et humiliée. Elle décide de prendre l’indépendance non plus « dans la coopération et l’amitié avec la France » comme prévu, mais brusquement par une déclaration unilatérale. Les Comores doivent être avec les Etats-Unis, les deux seuls pays au monde à avoir eu recours à ce mode de prise d’indépendance. Il faut noter que la Guinée de Sékou Touré avait profité de la possibilité offerte par le Général de Gaulle pour quitter le giron français en votant « non » à la Constitution de la Ve République en 1958.

Le processus de colonisation des Comores par la France s’est faite en plusieurs étapes.

L’île de Mayotte est colonisée officiellement en 1843, après avoir été achetée d’une manière frauduleuse à Andriantsoly, un prince malgache qui avait réussi à s’emparer de l’île quelques années auparavant. Les trois autres îles sont colonisées en 1912, après être passées par le statut de protectorats à partir de 1886.

Les historiens ont déterminé trois phases de la colonisation française aux Comores.

La première va de 1912 à 1946, il s’agit d’une période pendant laquelle l’archipel est rattaché à Madagascar et géré comme une province de la Grande Ile.

Pendant la deuxième période (1946-1961), les Comores acquièrent une autonomie politique et financière en devenant un Territoire d’Outre-mer.

Enfin la dernière période (1961-1975) est celle de l’autonomie interne, pendant laquelle l’archipel possède un président et un Conseil de gouvernement qui, en théorie, gère les affaires internes du pays.

En 1958, l’élite politique comorienne, qui compte quelques individus, tous issus de la notabilité, décide de faire voter massivement pour la nouvelle constitution française et donc de maintenir les Comores au sein de la Communauté française. En 1960, lorsque la plupart des pays africains francophones décident de prendre leur indépendance, la même élite opte pour le maintien de la colonisation sous la forme de l’autonomie interne. Mais c’est précisément à ce moment là que certains commencent à parler d’indépendance. La notabilité au pouvoir, allié aux autorités coloniales empêche cette expression de la jeunesse. Elle n’aura donc la possibilité de s’exprimer que de l’extérieur.

C’est ainsi que de la Tanzanie naît, au début des années 1960, le MOLINACO, Mouvement de Libération Nationale des Comores, dirigé par Abdou Bacar Boina, un instituteur travaillant à l’école française. Ce mouvement envoie dans l’archipel des tracts et conscientise le peuple grâce à une radio dont les ondes arrivent jusqu’aux Comores. Il crée des antennes au Kenya et à Madagascar. Il réussit dans les années suivantes à exprimer la volonté d’indépendance du pays au sein de l’OUA, l’organisation de l’Unité Africaine et même au sein du comité de décolonisation de l’ONU. Abdou Bacar Boina établit aussi une représentation légale au pays : le Parti Socialiste des Comores (PASOCO). Mais, la notabilité au pouvoir réussit à maintenir le statu quo et surtout à faire en sorte que personne ne puisse parler d’indépendance pour ne pas indisposer les autorités coloniales. Tout parti qui exprime cette idée d’indépendance dans ses statuts est immédiatement dissout et ses dirigeants poursuivis. Ce fut le cas pour le Parti Socialiste pour la Libération des Comores dissous par Saïd Mohamed Cheikh en 1964.

Toutefois, des partis jeunes comme le Rassemblement démocratique du Peuple comorien (RDPC) de Mouzaoir Abdallah ou le Parti-social démocrate vont faire sauter les verrous, après 1970.

Le processus de décolonisation est marqué par trois dates clefs :

Le 29 janvier 1972 : Le Ministre français des Départements d’Outre-mer, Pierre Messmer est à Moroni. Le président du Conseil de Gouvernement, Saïd Ibrahim a obtenu un consensus de l’élite dirigeante pour ne pas évoquer la question de l’indépendance. Mais le Premier Ministre est tout de même accueilli à Moroni avec des cris de « Mkolo Nalawe » (« Dehors le colon ! ») lancés par les jeunes militants du PASOCO. Cette visite a des conséquences importantes car les menaces de procéder à la partition des Comores, menaces proférées par Pierre Messmer amènent, pour la première fois, le 2 mars 1972, un parti représenté à la Chambre des Députés, le RDPC, à publier une motion demandant l’indépendance. Il est suivi le 19 mars par le Parti Social-démocrate des Comores. Le Prince Saïd Ibrahim qui s’arc-boute sur l’idée de ne pas rompre avec l’Etat colonial est renversé en juin de la même année et les jeunes du RDPC s’associent avec le parti conservateur, UDC, d’Ahmed Abdallah pour former l’UDZIMA qui remporte les élections et prend le pouvoir avec la promesse de négocier l’indépendance.

Le 15 juin 1973, après des Accords entre les exécutifs français et comorien, une déclaration est rendue publique. Les deux parties s’entendent pour dire qu’un référendum sera organisé avant cinq ans et que si les Comoriens le souhaitent ils pourront accéder à la souveraineté nationale.

Le 22 décembre 1974, ce n’est pas un référendum qui est organisé mais une consultation. L’ensemble des Comoriens se prononce à 94,65% en faveur de l’indépendance. Mais, tandis que l’exécutif français, le président Giscard et le Premier Ministre J. Chirac sont favorables à cette indépendance, le Parlement et notamment le Sénat s’y oppose et souhaite faire un cas à part de l’île de Mayotte, qui a voté différemment, alors que la loi électorale prévoyait une prise en compte globale du vote.

Une nouvelle loi votée le 3 juillet 1975, exige qu’une Constitution soit votée île par île avant que la France n’accepte l’indépendance des Comores. Ahmed Abdallah qui avait jusque là eu des assurances fermes du Président et du Premier Ministre français se sent trahi. Il revient rapidement aux Comores et organise le vote d’une déclaration unilatérale qui sera adoptée à l’unanimité des députés présents à la Chambre le 6 juillet 1975. Cette déclaration unilatérale provoque la colère de l’Etat français, qui dans un premier temps, décide l’état d’urgence avant de le lever. Mais, à Mayotte, il est trop tard : les dirigeants du Mouvement populaire Mahorais déclarent que l’île reste sous administration française et l’UDZIMA préoccupé par le fait d’avoir tous les pouvoirs après l’indépendance n’avait pas prévu ce cas de figure. Dès le Conseil des Ministres du 9 juillet 1975, le gouvernement français accepte l’indépendance des trois îles de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mwali, mais affirme que Mayotte reste française. La partition devenait une réalité. Malgré, l’admission des Comores au sein de l’ONU, le 12 novembre 1975, sous ses frontières d’avant l’indépendance, c’est-à-dire les quatre îles, la France décide de se maintenir à Mayotte, hypothéquant ainsi l’avenir du nouvel Etat.

Mahmoud Ibrahime*

Docteur en Histoire

  * Sur la colonisation et l’indépendance des Comores vous pouvez lire du même auteur :

État français et colons aux Comores (1912-1946), L’Harmattan, 1997, 160p.

La naissance de l’élite politique comorienne (1945-1975), L’Harmattan, 2000, 204p.

– « Quelques aspects de la colonisation française aux Comores (1912-1975) » in Ya Mkobe n°6-7, CNDRS, août 2000.

– « Les Comores. La marche vers l’indépendance (1972-1975) » in Ya Mkobe n°8-9, CNDRS, février 2002, pp.23-33.

– « La grève de 1968 aux Comores à travers le roman Et la graine… d’Aboubacar Saïd Salim » in Tarehi n°5, mars 2002.

– « La dissolution du Parti Socialiste pour la Libération des Comores (1964) » in Tarehi n°7, janvier 2003, pp. 19-25.

– « La consultation du 22 décembre 1974. Les Comoriens votent pour l’indépendance » in Tarehi n°11, janvier 2005, pp.6-11.

– « Comores : de l’indépendance à la révolution » in Y. Combeau (dir.), La Réunion et l’océan Indien. De la décolonisation au XXIe siècle. Rivages des Xantons, 2007, pp. 39-47.

Saïd Mohamed Cheikh (1904-1970). Parcours d’un conservateur. Une histoire des Comores au XXe siècle. KomEdit, 2008, 332p.

– « Il y a 40 ans, Saïd Mohamed Cheikh… » in Al-Watwan, 22 mars 2010.