Larifou

Editorial. Comores. Remaniement gouvernemental en faveur du parti présidentiel

SouefElAmineLe Président Azali a rendu public ce lundi 17 juillet la composition de son nouveau gouvernement. Alors que les Comoriens s’attendaient à un vrai changement de gouvernement, le président s’est contenté d’un mini remaniement. En effet, il n’a quasiment fait que remplacer les ministres et secrétaires d’Etat du parti Juwa avec lequel il avait annoncé une rupture dans son discours du 6 juillet, ainsi que le Ministre de l’Education Abdou Mhoumadi qui fait sans doute les frais de la longue grève des enseignants dont la conséquence fait que jusqu’à maintenant les examens de fin d’année n’ont pas commencé.

Le nouveau gouvernement renforce la position du parti CRC, parti présidentiel. Il est surtout marqué par l’arrivée d’un poids lourd de l’entourage du président, originaire du même village que lui : Soeuf El-Amine au poste de Ministre des Relations Extérieures. Il est aussi membre fondateur de la CRC (comme le jeune Mahamoud Salim nommé Ministre de la Jeunesse et des Sports). Si le Ministre précédent, Mohamed Dossar a été presque invisible et son action peu lisible, avec Soeuf El-Amine, qui sans aucun doute bénéficiera de la confiance du président, les choses en seront autrement. L’expérience va s’imposer.

L’autre fait marquant est l’entrée au gouvernement d’une ministre à part entière, puisque dans le précédent gouvernement, il n’y avait que des femmes secrétaires d’état. Là aussi, le président de la république a misé sur l’expérience de puisqu’il a nommé une femme médecin comme Ministre de la Santé : Dr Rashid Mohamed Mbaraka Fatma.

D’autres personnalités marquantes de la scène politique comorienne avaient été pressenties pour entrer dans ce gouvernement et notamment l’ancien Ministre Houmed Msaidié ou l’avocat Saïd Larifou. Ils n’ont pas été retenus pas le président Azali, alors qu’on sentait un rapprochement qu’ils avaient opéré ces derniers temps avec la politique d’Azali Assoumani, le premier en soutenant ouvertement la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar, rupture fortement décriée par l’opinion comorienne et le deuxième en s’engageant (y compris à long terme) sur la question de l’émergence dont le président s’est fait le champion depuis peu de temps.

Quels signes le président Azali entend-il donner avec ce remaniement ? Il est difficile de lire un message clair. Mais, il a signifié aux Comoriens la fin de l’alliance avec le parti Juwa qui lui a permis d’être élu. Il a également montré une volonté de se recentrer sur ses proches, et particulièrement ceux de son parti, la CRC.

Il est également clair qu’il pense continuer à bénéficier de la sollicitude des partis qui sont de fait dans l’opposition et qui se sont faits remarquer ces derniers temps par leur silence. Il espère surtout que les grands leaders de l’échiquier politique qu’il a ignorés à l’occasion de ce remaniement n’iront pas renforcer l’opposition que va sûrement mener le parti Juwa et son président d’honneur Ahmed Sambi, encore assommés par la trahison qu’ils viennent de subir.

Un peu comme son prédécesseur Ikililou Dhoinine, Azali Assoumani pense sans doute manipuler à sa guise les personnalités de l’opposition en leur faisant croire qu’ils seront dans le prochain gouvernement, espérant ainsi qu’ils l’aideront à obtenir ce qu’il veut avec les Assises prévues bientôt et qui doivent aboutir à un changement profond de la Constitution et sans doute mettre fin à la tournante.

Mahmoud Ibrahime

Conférence de presse des partisans de Mamadou. Rassurés quant à leur victoire le 10 avril

HItsandra310316Après une tournée fructueuse à Anjouan les personnalités réunies autour de Mohamed Ali Soilihi (Mamadou) ont tenu une conférence de presse ce mercredi matin à l’Hôtel Itsandra. En l’absence de Mamadou, c’est Houmed Msaidié qui a pris la direction de la conférence. Il s’agissait pour les conférenciers de faire le bilan de la campagne à moins de deux semaines du vote.

D’entrée de jeu, Houmed Msaidié, Vice-président à Ngazidja de Mohamed Ali Soilihi a expliqué pourquoi son camp est rassuré quant à la victoire de leurs candidats le 10 avril prochain.

Anissi Chamsidine, candidat à sa propre succession au poste de gouverneur d’Anjouan a commencé par remercier ses électeurs pour la confiance qu’ils lui accordent tout au long de cette campagne.

Les autres conférenciers ont fait le bilan de la tournée à Anjouan où les candidats et leurs alliés ont organisé des meetings à Mutsamudu, Wani, Bandrani, Tsembehu, Mirontsi, Domoni entre autres. Houmed Msaidié a expliqué que malgré les retards dans les meetings   » le peuple a répondu présent et cela montre toute la confiance que l’on nous porte ». Pour lui, la vitrine des meetings organisés à Anjouan, c’est Domoni. Dans cette ville des milliers d’habitants ont bravé la pluie et ont attendu malgré le retard des candidats. Anissi Chamsidine abonde dans ce sens : « la victoire est certaine ».

Interrogé sur le fait que Mamadou « ne noue plus d’alliances », Houmed Msaidié a déclaré : « Nous sommes disposés à travailler avec tous les acteurs de ce pays. Nous ne refusons et ne refuserons aucune alliance politique si ce n’est avec ceux qui veulent uniquement le pouvoir et non l’intérêt de la Nation « .

Questionnés sur les  problèmes qui opposent Hadidja Aboubacar et Abiamri Mahamoud, les conférenciers sont tous d’accord : « Aujourd’hui, on vous assure que tout va bien. Il n’y a aucun problème au niveau de l’Updc ».

Anissi Chamsidine, quant à lui reconnait « la leçon » infligé par les anjouanais au premier tour et l’explique par le fait que ceux-ci n’avaient pas compris son départ de Juwa. « Maintenant, ils l’ont compris et je suis certain qu’ils cautionnent mon choix à savoir le refus de travailler pour les intérêts de certains aux dépens du pays. Par conséquent, le second tour sera tout autre ».

Larifou Saïd, leader du Ridja a été interrogé sur la tentative de corruption par Azali. Il a commencé par dire qu’il n’avait pas donné de nom. Il a ensuite affirmé avoir refusé. « Je ne suis pas à vendre, dit-il. Avant même la publication des résultats définitifs, j’ai reconnu ma défaite et annoncé mon soutien à Mamadou. Pour moi, c’est celui qui incarne le plus les valeurs qui transcendent les partis car il s’agit de notre pays. J’ai mis en évidence ses capacités à dépasser les clivages politiques ».

Ali Ahmed Papa (Moroni)

Le candidat Azali Assoumani est accusé de tentative de corruption par l’avocat Said Larifou

Azali-SalamiDepuis mardi, au cours d’une conférence de presse, celui qui est arrivé cinquième aux primaires des présidentielles comoriennes, l’avocat Saïd Larifou a déclaré que le colonel Azali a tenté de le corrompre pour le récupérer dans son camp. Il a affirmé : « Moi, je vous confirme qu’il a voulu me corrompre, il a même avancé le montant de 20 millions, j’ai été énervé. J’ai immédiatement quitté les discussions car j’ai estimé que c’était de l’insolence ».

Depuis mardi, on s’attendait à une réaction, voire à une tentative de négation de la part du colonel ou de ses équipes de campagnes, à Moroni ou à Paris. Mais, depuis, il n’y a eu aucune réaction officielle de leur part et cela tend à accréditer ces affirmations, d’autant que l’avocat a laissé entendre qu’il pourrait porter plainte pour tentative de corruption.

Cette révélation de Saïd Larifou montre que le candidat à la présidence est prêt à tout pour faire des alliances et s’attirer certaines personnalités. Arrivé en troisième position des primaires, avec un candidat au gouvernorat à Anjouan qui n’a fait que près de 3%, il est obligé de trouver des alliances et il y mettra tous les moyens possibles.

On en revient à une interrogation sur la situation d’Anjouan. On a vu, il y a quelques jours que le colonel Azali a signé avec les candidats Juwa (Fahmi Said Ibrahim par l’intermédiaire de Mohamed Dossar) et Abdou Salami Abdou essentiellement, un pacte qui a été immédiatement dénoncé par les instances dirigeantes  du parti Juwa (qui était aujourd’hui en meeting à Domoni avec le candidat Mouigni Baraka). Dans un contexte où le candidat de la CRC au gouvernorat d’Anjouan n’a obtenu que 3%, plusieurs observateurs de la vie politique comorienne s’était demandé quelle était la motivation d’Abdou Salami ou même de Mahamoud El Arif (qui a été le maître d’oeuvre de cette alliance) dans une telle alliance. Qu’est-ce que la CRC d’Azali pouvait leur apporter.

Les résultats des urnes montraient qu’ils ne pouvaient rien apporter à Juwa et Abdou Salami. Les révélations de Saïd Larifou montrent qu’il pouvait y avoir d’autres motivations.

Mahmoud Ibrahime

Elections aux Comores : La Cour Constitutionnelle a parlé

MamadAnjLa plus haute juridiction du pays a parlé. Aucun recours n’est possible. La Cour Constitutionnelle des Comores a confirmé l’ordre des candidats arrivés en tête des primaires des élections présidentielles aux Comores : Mohamed Ali Soilihi (Mamadou), Mouigni Baraka et Azali Assoumani. Elle a également confirmé les deux candidats arrivés en tête du premier tour des élections des gouverneurs  dans chaque île : Ahamada Moussa (Aby) et Hassani Ahamada à la Grande-Comore, Abdou Salami Abdou et Anissi Chamsidine à Anjouan et Mohamed Said Fazul et Mme Hadidja Aboubacar à Mwali.

Les partisans du candidat arrivé en quatrième position, Fahmi Saïd Ibrahim, demeurent donc dans la déception et l’expectative depuis l’annonce des résultats provisoires par la CENI.

La question qui reste maintenant pour eux est celle-ci : vont-ils continuer à défier l’autorité de l’Etat dans les rues ou après que toutes les instances électorales (CEI, CENI, Cour Constitutionnelle) se soient prononcées, ils vont se rallier à l’un des trois candidats encore en lice ?

La tentation est grande pour la mouvance du parti Juwa et les soutiens de dernière heure de l’ex-leader du PEC de prolonger le combat électoral par un combat dans la rue d’autant qu’il a réussi à rallier un nombre important de petits candidats dont l’honneur a été bafouillée par leurs résultats. Mais malheureusement pour lui, le mouvement qui se dit populaire n’arrive pas à prendre forme : une centaine de manifestants au lendemain de l’annonce des résultats provisoires, un appel à un « archipel mort » qui n’a pas rencontré d’écho significatif, y compris dans le fief de Sambi à Moroni, une occupation de la Place Badjanani qui n’a réuni que quelques dizaines de personnes, et même une manifestation au Trocadero qui selon certains témoins n’a réuni au plus qu’une centaine de personnes. Il est donc difficile pour Fahmi Said Ibrahim et ses partisans de mettre la pression sur le gouvernement.

Il se pourrait donc que le parti Juwa prenne conscience d’une possibilité de disparition ou d’éclatement et engage des discussions avec ses adversaires d’hier d’autant que les trois qualifiés pour l’élection présidentielle ont déjà commencé à lorgner sur l’électorat sambiste à Moroni et à Anjouan.

On n’a donc vu les candidats arrivés en seconde et en troisième place suivre le mouvement des candidats contestataires sans vraiment le suivre. Ainsi, il y a quelques jours le candidat Azali Assoumani (arrivé 3e) a suivi la réunion des candidats contestataires au domicile de Saïd Ali Kemal, puis a disparu lors de la manifestation. Il était avec la contestation quelques heures avant l’annonce des résultats par la Cour Constitutionnelle, mais il s’est démarqué des propos belliqueux du candidat de Juwa (« ye sukari yika iheya mbapvi » dit-il de Fahmi Said Ibrahim).

Quant à Mouigni Baraka (arrivé 2e), il a soufflé le chaud et le froid, acceptant les résultats provisoires puis définitifs, mais envoyant quand même son VP, Ibrahim Mzimba dans les réunions des contestataires.

Il est certain que le mouvement de contestation n’a pas pris de l’importance, car outre la fermeté du gouvernement, Mouigni Baraka et Azali Assoumani n’ont pas appelé leurs militants à descendre dans les rues pour contester les résultats des élections.

Qui des deux candidats arrivés second et troisième gagnera dans ce jeu à vouloir ménager le choux et la chèvre pour capter l’électorat sambiste ? Peut-être celui qui est arrivé premier.

En effet, Mohamed Ali Soilihi (Mamadou) qui une différence de deux points avec le deuxième, a refusé d’entrer dans les polémiques, attendant tranquillement les résultats de la Cour Constitutionnelle. Il a profité de ce temps pour négocier surtout avec ceux qui, parmi les perdants, ont montré une capacité à capter les suffrages de leur région (Said Larifou et Hamidou Bourhane, arrivés 5e et 6e). Son allié à Anjouan, Anissi Chamsidine (UPDC), challenger du candidat de Juwa arrivé en tête du premier tour des élections au gouvernorat, est également entré dans les négociations avec ceux qui ont été éliminés. Son objectif étant de profiter du fait que le parti Juwa a toujours des difficultés à rassembler les partis et les candidats au deuxième tour, pour conserver son fauteuil de gouverneur le 10 avril prochain.

Mahmoud Ibrahime

 

Mes quatre questions à Maître Mafoua Badinga

  • Mes 4 Questions à Maitre Mafoua Badinga (avocat au barreau de Seine St-Denis)

  • Moi : Bonjour Maitre Mafoua Badinga. Je rappelle que vous êtes l’avocat de M. Mahamoud Abdallah, de M. Joris Nkombé et de M. Alamine Mustapha, tous les 3 sont detenus aux Comores, accusés de tentative de coup d’Etat, d’atteinte à la sureté de l’Etat et de tentative d’assassinat du président Ikikilou et de son chef d’Etat-major.
  •  Maitre Mafoua Badinga : Bonjour monsieur Irchad Abdallah
  • Me Badinga lors de la manifestation organisée devant l’Ambassade des Comores à Paris

    1– Moi : Cher maitre, comment, en tant qu’avocat, êtes-vous en mesure d’assurer la défense de prévenus, bien que présumés innocents, dans une procédure la plus complexe qui puisse exister, notamment celle dont la principale charge retenue est l’atteinte à la sureté de l’Etat, tout en vous trouvant à 9.000km de la maison d’arrêts?

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  • 1- Maitre Mafoua Badinga : Ma présence sur place n’est pas nécessaire. Avec internet, je peux prendre un acte et l’envoyer dès demain. J’ai le mail du juge d’instruction, je peux via ce canal lui demander des actes. Sachez qu’en matière de procès, c’est une relation. Vous avez le juge d’un coté, vous avez l’avocat et le commissaire du gouvernement. C’est un échange en quelque sorte, or en ce moment, je peux vous dire qu’actuellement cet échange ne se fait pas sous de bonnes conditions. Les droits de la défense sont bafoués aux Comores. Tous les actes, toutes les demandes de pièces et même toutes les demandes de mise en liberté ont été rejetées sans argumentations
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  • Moi : Sans motivations ?
  •  Me Mafoua Badinga : Sans argumentations ! Il peut y avoir motivations mais elles doivent être bien argumentées ! Sachez qu’en matière de droit, il y’a la réitération des faits, le risque de réitération, le risque de concertation, tout doit être fait pour éviter que les personnes mises en cause s’échappent.

    Je vais vous faire une révélation. On avait même proposé à Joris Nkombé de s’évader. Lorsqu’il m’a fait part de ce projet, je lui ai tout de suite dit, non pas question! Ca va être un motif pour t’abattre et ils diront, voilà il a voulu faire un coup d’Etat, c’est pour cela qu’il voulait s’évader. Ils lui ont ensuite proposé des voitures, de le corrompre pour qu’il maintienne sa position.

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  • Moi : Mais qui lui a proposé tout cela? Avez-vous des noms?
  • Me Mafoua Badinga : Je vous donne une information, et c’est d’après ce que m’a dit mon client, à moi son avocat, qu’il a eu cet appel du pied parce que le gouvernement, les autorités comoriennes cherchent à tout prix à crédibiliser l’idée d’un coup d’Etat. Donc il faut que ce soit Joris Nkombé qui le dise. Je peux même vous dire qu’il y’a eu comme une tentative de le soudoyer. …………..
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  • 2– MOI: La dimension psychologique est aussi importante sinon plus importante que la personne elle-même dans pareille situation. Comment entendez-vous être efficace dans le suivi même de la procédure au quotidien? Depuis l’incarcération de vos clients aux Comores, ils ont été interrogés à plusieurs reprises par le magistrat instructeur comorien. Etant à Paris, êtes-vous informés de ces interrogatoires, avez-vous accès aux dossiers de vos clients et êtes-vous en contact avec des confrères comoriens qui représentent vos clients sur place.
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  • 2- Me Mafoua Badinga : Je ne suis pas le seul avocat dans cette affaire. J’ai des confrères sur place. Ma part de contribution a été de comprendre ce dossier de fond en comble. Notez que j’ai effectué deux voyages aux Comores, je l’ai vu le dossier. La distance avec les moyens de communication actuels ne pose pas de problème. On échange. À chaque fois que mon confrère Maitre Atiki, avec lequel nous sommes avocats de Joris Nkombé intente une action, il m’en réfère, je lui fais un retour en lui donnant mes idées. Je vous assure que nous travaillons en synergie. Mes confrères sont informés de toutes les déclarations dont je serai emmené à vous faire part aujourd’hui parce que je suis comme leur porte parole en Europe. Ils sont sur le terrain, ils se battent pour que la vérité éclate malgré les moyens limités à leurs dispositions. Le jour où il faudra bâtir une stratégie de plaidoirie, je serai bien évidemment sur place.
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  • 3- Maitre, je veux bien me faire l’avocat des prévenus, mais, admettons qu’il n y’ait aucun élément moral dans ce dossier, « j’entends par là, la résolution, la concertation, la préméditation ou même l’intention », et que tout ceci ne soit qu’un montage, un complot ou in-fine une macabre mise en scène. Selon vous, à qui profiterait le crime?
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  • 3-Me Mafoua Badinga : Toute la question réside à ce niveau. Vous connaissez les Comores mieux que moi. On a parlé du fameux Boléro qui est, je crois, directeur de cabinet à la présidence et en charge de la défense. On n’oublie pas que le mandat du président Ikililou s’achève dans moins de 2 ans, sans aucune réalisation visible. Selon mon hypothèse, au niveau des autorités comoriennes, tout le monde savait que le président de la république devait voyager, il fallait donc absolument faire capoter ce voyage. Il y’a donc eu une manipulation à la base, et ce sont des éléments issus de l’enquête. On nous a parlé de plusieurs choses, on nous a parlé d’un fameux hélicoptère qui a soi-disant exfiltré un agent franco-comorien. Ces éléments là, vous ne trouverez aucune photo ! Les enquêteurs, avancent des hypothèses sans jamais apporter le moindre début de preuves. Je peux même vous dire que parmi les enquêteurs, il y’a des personnes qui étaient dans une histoire de trafic d’armes. Ce sont des éléments que nous allons verser dans le dossier pour démontrer que tout cela est une grosse machination au sein du pouvoir. Il y’a un problème de règlements de comptes entres eux, ils ont saisi cet alibi pour mettre en prison des personnes qui n’ont rien à voir avec la politique aux Comores.
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  • Moi : Donc, maitre, vous pouvez nous dire que le dossier est strictement vide ? Quand je dis dossier vide, cela signifie que le dossier d’accusation ne contient pas d’éléments matériels pouvant caractériser ne serait-ce qu’un début de preuve.
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  • Me Mafoua Badinga : En droit, il faut qu’il y’ait des indices concordants faisant présumer ou tendant à faire présumer qu’une infraction allait se réaliser. Quand on parle d’atteinte à la sureté de l’Etat, c’est une notion juridique qui a un sens. Quand on parle de coup d’Etat et tentative d’assassinat, cela nécessite une certaine organisation pour faire un guet-apens et il n’en est rien dans ce dossier.

    Je vais vous raconter une anecdote. Lors de mon dernier voyage aux Comores, je me suis rendu dans la propriété de M. Babataye, située sur la route de l’aéroport. Et le hasard a fait qu’à ce moment là, le président Ikililou allait voyager. Ils ont placé des militaires sans armes, tous les 500m le long de la voie sous un soleil de plomb! Franchement, un commando bien organisé aurait-il peur de ça ? Ce n’est pas parce que la maison de M. Babataye se situe sur l’axe menant à l’aéroport que c’est là que mes clients allaient attendre pour passer à l’acte. Je vous le dis, des vrais professionnels ne feraient pas ça !

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  • 4- Moi : Alors comment expliquez-vous que deux de vos clients (NDLR Alamine Mustapha un tchadien et Joris Nkombé un congolais) se soient trouvés à un moment précis, avec des personnes précises, dans une posture précise, à un lieu précis à l’autre bout du monde. Est-ce un pur hasard?
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  • 4-Me Mafoua Badinga: Il n’y pas de hasard. Joris Nkombé a connu Mahamoud Abdallah en prison et non à l’extérieur. Ils n’avaient aucun contact. Quand mon client a été arrêté il était 16H00, il avait rendez-vous avec un commissaire de police qui devait lui permettre de rencontrer le ministre de l’intérieur le lendemain pour lui solliciter des agréments pour son business. Il voulait avoir un marché de riz. Et l’autre (Alamine Mustapha) qui effectivement connaît Patrick Klein a accompagné Joris Nkombé, c’est tout. Mais je peux vous assurer qu’il n’y avait pas concertation.

    Imaginons que l’hypothèse était sérieuse. Mais ils auraient du les arrêter depuis longtemps ! Mon client, Alamine Mustapha a été arrêté à la sortie de la mosquée. Il revenait de la prière. Soyons sérieux ! Des gens qui seraient en phase de faire un coup d’Etat, qui traine des jours sans être inquiétés et qu’on arrête par des simples circonstances … des circonstances purement hasardeuse.

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  • Moi : Vous venez de citer le nom de Patrick Klein. Permettez moi une question complémentaire maitre. Parlez-nous de la commission rogatoire émise par le magistrat instructeur comorien qui aurait abouti ces derniers jours à l’ouverture d’une enquête préliminaire et d’information judiciaire auprès du parquet de Paris.
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  • Me Mafoua Badinga: Ce dossier là, je ne le maitrise pas. Je ne suis pas l’avocat de Patrick Klein. Sachez que la commission rogatoire, c’est en quelque sorte une plainte contre X. Moi j’ai appris l’existence de cette procédure à travers la compagne de Joris Nkombé. Au départ, je pensais que c’était en relation avec la procédure lancée aux Comores et j’ai finalement compris que c’était une association qui aurait eu à déposer plainte et malheureusement, ce dont je peux présager, cette plainte n’aboutira nulle part. Si cette association a droit à agir, elle n’a pas intérêt à le faire, à agir car elle n’a pas été habilitée à défendre les intérêts de l’Etat comorien.
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  • Moi : Est-ce l’association présidée par Me Larifou dont il s’agit ici ?
  •  Me Mafoua Badinga : Je ne sais pas. Je rapporte des éléments qu’on m’a communiqués ici et là. Donc, je peux vous dire qu’aujourd’hui il y a pas peut être l’ouverture d’une information judiciaire, mais il n’y pas de juge d’instruction désigné.
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  • Moi : Donc, vous pouvez nous assurer que de bout en bout, nous sommes en présence d’une grosse machination, que ce dossier est vide ?
  • Me Mafoua Badinga : Mon propos est encore plus fort. C’est un dossier mort-né ! Ce dossier ne devait même pas exister. Dès les premiers jours, on devait constater que ce dossier là n’existe pas, qu’ils se sont trompés en empruntant une mauvaise piste. Aujourd’hui, nous avons des familles moralement, physiquement et matériellement dévastées. Ces personnes incarcérées ne devraient pas se trouver là.

    Nous avocats, demandons la clôture immédiate du dossier. Nous avons formulé plusieurs demandes de mise en liberté qui n’ont pas abouti. Donc, nous sommes face à une situation où nous pouvons rien faire. La justice comorienne fonctionne très mal. Je vais vous dire un élément révélateur ; mon confrère Akiti a eu une petite altercation avec un juge, il a été mis en dépôt alors qu’il était dans l’exercice de ses fonctions. Un avocat ne peut pas être placé en mandat de dépôt tant que l’ordre des avocats n’a pas statué et levé une sorte d’immunité or aux Comores, c’est possible de le faire subir à un avocat. À l’allure où les choses vont, si le gouvernement comorien ne se décide pas vite, je pense qu’il y’aura beaucoup d’échos, parce que je peux éventuellement être emmené à déposer plainte contre le gouvernement pour torture de mon client. Je vous le dis, M. Joris Nkombé a été bel et bien torturé. Il faut que ces personnes soient libérées le plus vite possible. Nous sommes à même de donner des garanties que nos clients resteront aux Comores jusqu’à l’ouverture de leur procès. On ne doit éternellement les maintenir en détention.

  •  
  • Moi : Je vous remercie maitre, d’avoir accepté de répondre à mes questions.
  •  
  • Maitre Mafoua Badinga : C’est moi qui vous remercie et publiez tout ..
  • Propos recueillis par Irchad Abdallah

De la révision de la Constitution de l’Union

ImageLes conseillers des Iles ont entériné ce soir la loi du 23 décembre 2013 sur la réforme de la constitution de l’Union des Comores afin de permettre au gouvernement d’organiser les élections législatives (députés et conseillers) et municipales au même moment, en novembre et décembre 2014.

Au sein de la classe politique et de la société civile, il n’y avait pas vraiment d’opposition à cette démarche qui découle d’une entrevue à Beit-Salam entre les grands élus (Président, Vice-présidents, Gouverneurs, Président de l’Assemblée de l’Union et des conseils des Iles Autonomes).

Dans l’opposition, Saïd Larifou a annoncé qu’il avait saisi la Cour Constitutionnelle pour faire annuler cette loi et que si le président Ikililou Dhoinine ne sursoit pas à l’exécution de cette loi, il allait saisir de nouveau la Cour Constitutionnelle pour faire constater son « incapacité à assumer le fonctionnement régulier de nos institutions ». Cela veut dire que le leader du RIDJA est prêt à engager une procédure de destitution du président élu en invoquant une incapacité. Dans l’histoire des Comores, cette procédure a été utilisée une fois contre le président Djohar dans une tentative de « putsch constitutionnel » mené par le président de la Cour Constitutionnelle à partir du 3 août 1991. Mais le président Djohar n’a pas eu de mal à rétablir son autorité dans le pays. Et le juriste Saïd Larifou sait très bien qu’une telle procédure ne peut aboutir en l’état actuel des choses.

L’ancien Ministre, Houmed Msaidié avait lui aussi engagé une démarche auprès des Conseillers des Iles. Il leur affirmait que cette loi visait à proroger le mandat des députés sous couvert d’harmonisation. Il avait en outre rappelé que cette harmonisation n’est plus possible d’une manière permanente dans la mesure où la réforme constitutionnelle de 2009 (réforme Sambi) donne au Président de la République la possibilité de dissoudre l’Assemblée de l’Union à tout moment.

Tout en concédant au gouvernement le fait que la situation légale née de l’arrêt de la Cour Constitutionnelle laisse le pays sans Assemblée Nationale pendant huit mois, Houmed Msaidié critiquait le fait que l’opposition ait été tenue à l’écart des négociations à un moment où il aurait fallu un consensus de la classe politique.

La loi qui a été adoptée par les parlementaires de l’Union et des Iles va à l’encontre de l’arrêt de la Cour Constitutionnelle qui précisait que le mandat des députés se terminait en avril 2014 et celui des conseillers en novembre 2014. Était-il imaginable de faire des élections en mars ou avril puis en octobre ou novembre de la même année ? Les Sages ont dit la loi, il était nécessaire pour les élus de voir ce qui pouvait se faire concrètement sans trop s’éloigner de ces dates. Les Grands élus, les députés et les conseillers ont pris leur responsabilité et tout homme politique a le droit de saisir les instances de régulation prévues par la Constitution pour contester cette décision. La modestie voudrait qu’un opposant ne se mette pas à parler « au nom des Comoriens » alors que ceux-ci, précisément, ne l’ont pas élu et ont choisi son adversaire.

Mahmoud Ibrahime

Pour Larifou, « Mayotte est une terre française » ?

LarifouLe 30 janvier dernier, une délégation  de Mayotte est arrivée à Paris pour protester contre la profanation de la mosquée de Labattoir. La délégation était accompagnée par son conseiller juridique qui n’est autre que l’avocat Franco-comorien, Maître Larifou.

Ce dernier, oubliant qu’il a demandé les suffrages des Comoriens pour être président et qu’il a l’intention de le faire encore en 2016, oubliant aussi la constitution comorienne a déclaré :

« Mayotte est une terre française et que les musulmans doivent bénéficier de  l’attention au même titre que les autres cultes de la France métropolitaine » (Dépêche AFP du 30/01/2014).

Mlimengu