Mandza

Hommage

Des morts et des questions

 

Samedi 20 août 2017, quelque part en région PACA. Il est dix ou onze heures, je ne sais ; devant mon ordinateur ce matin là, j’écris, je cris comme d’habitude. J’ai pour habitude de crier le mal qui frappe mon pays, un pays spolié, un pays oublié.

Soudain, mon téléphone vibre. J’ai raté l’appel. J’eus à peine le temps de vérifier l’identité de mon correspondant quand soudain, il se mit là aussi à vibrer. Mon cœur palpite, quelque chose de grave, en tout cas de pas ordinaire, se produit. Je rappelle, la boule au ventre, les personnes qui essayèrent de me joindre. Et là, c’est l’effroi. C’est bien ce que je craignais. C’est dramatique. Un kwasa-Kwasa, ces embarcations meurtrières, a coulé au large de Mayotte en provenance de l’île d’Anjouan. Deux cousins ont péri et avec eux, près de vingt personnes (tous des Comoriens) sont mortes noyées.

Mandza et les Comores en larmes

 

Mohamed Assoumani et Nassur Said Mhadji respectivement connus sous les noms de GOVEA et de DJ SILVA sont deux jeunes très appréciés à Mandza et nationalement connus. GOVEA est tout simplement l’ancien bassiste de l’ASMUJEM, cet orchestre musical qui a fait danser les Comores à travers notamment les voix de Farid SAID et de Boinaid MOHAMED dans les années 1990. DJ SILVA lui, n’est autre que le petit frère de Farid SAID. Les plus jeunes d’entre nous le connaissent pour ses chansons de zouk qui, aux dires de ceux qui l’écoutent, font enivrer plus d’un. Les Comores perdent d’immenses musiciens.

Mandza pleure des jeunes très dynamiques, investis dans le développement du village. Des travaux de rénovation du village aux différentes activités culturelles, GOVEA et SILVA ont toujours répondu à l’appel avec l’humour qui caractérise le premier et le calme qui distingue le deuxième. On s’est tous déjà éclaté devant une blague de GOVEA et on a tous, au moins une fois, déjà évoqué le caractère très réservé de SILVA qui a fait de lui, un homme sans histoire jusqu’à son départ prématuré. On se souviendra longtemps de ces deux hommes au destin tragique, on n’oubliera jamais ces deux musiciens disparus un soir enchanté de toirab, un jour de grand mariage ; un mariage pas comme les autres, celui de l’oncle de SILVA. Ils ont tellement donné à la musique comorienne et à la chanson de Mandza qu’ils ne pouvaient partir que la nuit d’un samedi animé, jour de toirab quelque part dans un Bagwe à Mandza. Mandza est en deuil, Mandza pleure.

 

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image d’un kwassa

 

 

Les morts de trop?

 

« Le Kwasa-Kwasa pèche peu. Il amène du Comorien.»  Cette sortie malheureuse du président Macron, nous l’avons tous combattue. Mais derrière cette regrettable déclaration, se cache une triste réalité. Nombreux sont les Comoriens qui risquent leur vie en empruntant le périlleux chemin maritime qui mène à Mayotte depuis Anjouan. A partir de 1995, les drames humains qui se produisent dans ce bras de mer, ne cessent de se multiplier. On compte à ce jour, plus de 12000 morts parmi les Comoriens, des Comoriens qui, au total, n’atteignent pas encore le million d’habitants.

Face à cette véritable catastrophe, les Comores semblent impuissants. La communauté internationale également. A quand des assises nationales ou, rêvons plus grand, internationales sur ce véritable mouroir qu’est devenu l’Océan Indien ? Cette partie du globe se vide peu à peu et dangereusement de sa population ; cela se passe sous nos yeux et personne ne semble s’en soucier.

Réagissons. Mobilisons-nous. Rester de marbre sur une question aussi dramatique, c’est humainement inacceptable. Nous perdons constamment pères, mères, frères et sœurs. Il est même des cas larmoyants où des femmes enceintes, accompagnées d’enfants en bas âge, prennent les kwasa-kwasa. Voilà qui nous pousse à nous mettre dans la tête des candidats au départ pour comprendre ce qui s’y passe.

Dans la peau de ceux qui partent

 

Que se passe-t-il dans la tête d’une mère qui part d’Anjouan vers Mayotte à bord d’un kwasa-Kwasa? Que se passe-t-il dans la tête d’une femme enceinte qui engage sa vie et celle de ses futurs enfants ? Que se passe-t-il dans la tête d’un frère qui, après avoir perdu un proche, décide de reprendre le chemin de la mort ? Sans doute, la décision de prendre ces embarcations n’est elle pas anodine. C’est le fruit d’un profond désarroi.

Les personnes qui se rendent à Mayotte, sachant qu’elles flirtent avec la mort, le font parce qu’elles n’ont plus rien à perdre. Parce que notre pays est incapable d’offrir à tous un peu de décence, certains de nos proches sont prêts à mettre leur vie à rude épreuve. Ces morts révèlent un certain malaise. Le pays va mal et c’est bien cet amer constat qui cause ces pertes.

Parce que notre pays, très affaibli est loin d’atteindre le chemin de l’essor, assurons au moins le service minimum. Pourquoi ne pas barricader ou sécuriser sans relâche nos côtes pour éviter d’autres départs ? Nos autorités ont le devoir d’assurer la sécurité de nos compatriotes. A nous aussi de nous éviter ces malheurs en nous défendant de prendre ces routes. Les Comores souffrent, les Comores saignent. Mais qui, pour stopper cette véritable hémorragie ?

O M 

Le torchon brûle sur la commune de Nyumamro Kiblani: l’histoire d’un maire sur la sellette

Mandza et Douniani, dans le M’boudé, sont deux villages insoumis. Si autrefois, comme
d’ailleurs la plupart des villages voisins à Ngazidja, ces localités furent rivales, des événements
récents, de plus en plus nombreux, les rassemblent. En effet, le maire de Nyumamro Kiblani,
originaire de Djomani a réussi, malgré lui, là où tout le monde a échoué. Il est parvenu à rapprocher
ces deux cités.

Portrait d’un maire atypique, au bord du précipice.

Le maire de la commune de Nyumamro Kiblani, qui comprend les villages de Djomani,
Chamlé, Vouvouni, Mandza, Mdjoizi, Helendjé, Douniani et Koua, est issu de la localité de Djomani,
ville principale de la commune. Les instances de la commune s’y trouvent logiquement et le maire y siège naturellement.
Seulement, depuis son élection, le maire semble s’occuper prioritairement de Djomani aux dépens des autres villages placés sous son autorité. Il s’est, par exemple, opposé à l’inauguration du collège de Douniani et a joué de toutes son influence pour empêcher là aussi, l’ouverture du bureau du cadi à Mandza. Il avance sans tergiverser l’argument selon lequel ces structures devaient être installées à Djomani pour renforcer le statut de ville-tête.

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une vue du village de Mandza dans la commune de Nyumamro Kiblani 

Ces deux exemples n’auraient pas eu grandes conséquences si les notables de cette commune n’avaient pas remarqué une gestion partiale des affaires communes en faveur de la localité de Djomani. Résultat, le maire est de plus en plus contesté et Djomani est complètement déconnecté des autres localités de la commune. Une espèce d’embargo moral s’est imposée, les villages de Douniani et Mandza sont désormais en froid glacial avec Djomani, la communication peine à passer entre ces trois localités.
Cette histoire est d’autant plus profonde que les villages de Mandza et Douniani sont
aujourd’hui soudés contre ce maire. Une rivalité extrême s’était glissée entre Mandza et Douniani, si bien qu’il aurait suffit parfois d’une étincelle pour qu’un feu non maîtrisable se déclare. On retrouve aujourd’hui ces deux villages réunis autour d’un objectif commun : celui de faire barrage et opposition au pouvoir villageois du maire de Djomani. Depuis l’ouverture à Mandza du bureau du cadi, la guerre a été déclarée contre le maire et de part et d’autres les hostilités se multiplient et cette situation de
chaos atteint ces temps-ci, son paroxysme avec au passage son grain d’absurdités et d’aberrations.

Décision ridicule, riposte légitime?
Dans ce contexte de mésentente et de rupture entre le maire et ses administrés de Mandza et Douniani, le premier a décidé de n’établir aucun document officiel de quiconque provenant de ces deux villages. En propre, il refuse de parapher les extraits d’acte de naissance et tout autre document nécessitant sa signature à partir du moment où le demandeur est originaire de Mandza ou de Douniani. Pour que le maire révolté traite les demandes des ressortissants de Mandza et de Douniani, ceux-ci doivent lui débourser une redevance financière à l’issu de chaque grand mariage célébré. Il se
trouve que les notables de Mandza et de Douniani décident eux aussi de boycotter le maire en refusant catégoriquement de lui verser cet impôt controversé.
Si nous nous refusons de commenter la légalité ou la constitutionnalité de cette décision impopulaire et, osons le dire, ridicule, du moins en apparence, nous pouvons cependant nous interroger sur la responsabilité de ce maire qui engage ouvertement un bras de fer contre une partie de ses administrés. Un maire qui a recours à de tels agissements est-il digne de diriger la commune de Nyumamro Kiblani ? Le moins que l’on puisse dire est que la question est d’actualité. Seul l’avenir nous dira si dans ce véritable combat de coqs, l’une des parties belligérantes baissera ses armes ou si
ce conflit continuera de s’éterniser dans l’indifférence générale. Il est temps que le ministre de l’intérieur se saisisse de cette affaire car une solution doit être trouvée.
En attendant, les personnes originaires de Mandza ou de Douniani résidant à l’étranger qui souhaitent établir leur extrait d’acte de naissance, peuvent continuer à espérer, quand bien même, cela leur porte préjudice là où ils se trouvent.
Et, sachant que le maire n’a plus aucun pouvoir sur une partie de son territoire, peut-on
craindre un effet domino? Le maire peut-il rester accrocher longtemps à son pouvoir local ? La situation politique dans laquelle le maire se trouve aujourd’hui est clairement intenable. Plus récemment encore, le président Azali se rendait à Mandza sur invitation du député RADHI, Ali Hadji. Le maire n’était même pas informé de cette venue présidentielle qui se déroulait pourtant sur ses «terres». Finira-t-il par prendre ses responsabilités et renoncer à son fictif pouvoir de maire,
amputé ?
O.M